Vers une ére postmédia

Paru dans Terminal N° 51La jonction entre la télévision, la télématique et l’informatique est en train de s’opérer sous nos yeux
et elle s’accomplira probablement durablement dans la décennie à venir. La digitalisation de l’image
télé aboutit bientôt à ce que l’écran de télé soit en même temps celui de l’ordinateur et celui du
récepteur télématique. Ainsi des pratiques aujourd’hui séparées trouveront-elles leur articulation. Et
des attitudes, aujourd’hui de passivité, seront peut-être amenées à évoluer. Le câblage et le satellite
nous permettront de zapper entre 50 chaînes, tandis que la télématique nous donnera accès à un
nombre indéfini de banques d’images et de données cognitives. Le caractère de suggestion, voire
d’hypnotisme, du rapport actuel à la télé ira en s’estompant. On peut espérer, à partir de là, que
s’opérera un remaniement du pouvoir mass-médiatique qui écrase la subjectivité contemporaine et
une entrée vers une ère postmédia consistant en une réappropriation individuelle collective et un
usage interactif des machines d’information, de communication, d’intelligence, d’art et de culture.
À travers cette transformation, c’est la triangulation classique : le chaînon expressif, l’objet référé et
la signification, qui se trouvent remaniées. La photo électronique, par exemple, n’est plus l’expression
d’un référent univoque, mais production d’une réalité parmi d’autres possibles. L’actualité télévisée
résultait déjà d’un montage à part de composantes hétérogènes : figurabilité de la séquence,
modélisation de la subjectivité en fonction des patterns dominantes, pression politique normalisante,
soucis d’un minimum de rupture singularisante… À présent, c’est dans tous les domaines qu’une
telle production de réalité immatérielle passe au premier plan, avant la production de liens matériels
et de services.
Doit-on regretter le « bon vieux temps » où les choses étaient ce qu’elle étaient, indépendamment de
leur mode de représentation ? Mais ce temps a-t-il jamais existé ailleurs que dans l’imaginaire scientiste
et positiviste ? Déjà au paléolithique – avec les mythes et les rituels – la médiation expressive
avait pris ses distances avec « la réalité ». Quoi qu’il en soit, toutes les anciennes formations de pouvoir
et leurs façon de modéliser le monde ont été déterritorialisées. La monnaie, l’identité, le contrôle
social passent sous l’égide de la carte à puce. Les événements d’Irak, loin d’être un retour sur
terre, nous font décoller dans un univers de subjectivité mass-médiatique proprement délirant. Les
nouvelles technologies sécrètent, dans le même mouvement, de l’efficience et de la folie. Le pouvoir
grandissant de l’enginerie logicielle ne débouche pas nécessairement sur celui de Big Brother. Il est
beaucoup plus fissuré qu’il n’y paraît. Il peut exploser comme un pare-brise sous l’impact de pratiques
moléculaires alternatives.

Guattari Félix

Félix Guattari né à Villeneuve-les-Sablons, Oise, le 30 avril 1930 est décédé à La Borde, Loir-et-Cher,le 29 août 1992, il fut tout à la fois agitateur politique, psychanalyste et philosophe. Son trajet, commencé dès le lendemain de la guerre dans le mouvement des Auberges de la jeunesse, a été marqué par deux expériences majeures : la volonté de changer la nature des rapports humains dans le milieu psychiatrique et le militantisme politique dans l'extrême gauche non stalinienne. Psychanalyste, formé au départ par Jacques Lacan, Félix Guattari découvre peu à peu l'« autre face du mystère analytique »; en effet, c'est par une rencontre décisive avec Fernand et Jean Oury (l'un est instituteur, disciple de Célestin Freinet ; l'autre est psychiatre) que Félix Guattari, jeune étudiant en pharmacie, s'orienta très tôt vers la psychiatrie, en y associant une réflexion sur la psychothérapie institutionnelle. En 1950, il participe à la fondation et travaille à la clinique de La Borde, dont il sera jusqu'à sa mort, l'inspirateur et l'organisateur. Il s'est investi dans les initiatives qui visaient à transformer radicalement les conceptions traditionnelles de la maladie mentale et des rapports entre soignants et soignés : ainsi, à La Borde, les malades participent à la vie collective de l'établissement. Il fut le fondateur du Cerfi, lieu collectif de recherches institutionnelles, et de la revue {Recherches} qui oeuvrera, jusqu'en 1982, au renouvellement des pratiques sociales. Sur le plan politique, un moment trotskyste , il fonde au moment de la guerre d'Algérie le groupe oppositionnel la «Voie communiste » ( 1955-65) .Il fut ainsi partie prenante des luttes anticolonialistes, tout particulièrement lors de la guerre d'Algérie. Mai 68 donna une dimension nouvelle à ses activités : le mouvement étudiant et ses prolongements apportaient, à ses yeux, une confirmation des conceptions qu'il défendait. Son activité prend dès lors une portée internationale, dont témoigne, en particulier, l'aide qu'il apporte aux militants « autonomes » italiens, accusés par leur gouvernement de complicité avec le terrorisme. Parallèlement, Félix Guattari préside à la naissance de nombreuses associations de caractère politique, : des groupes de recherche, en passant par sa participation au mouvement des radios libres à travers " Radio Tomate" à Paris et "Radio Alice" en Italie, et aux l nouveaux espaces de libertés à travers la fondation du CINEL. Dans les années 1980, il s'engage dans le mouvement écologiste, auquel il propose une réflexion théorique tout en cherchant à unifier ses principales composantes. En 1987 il fonde la revue {Chiméres} (Revue des schizoanalyses). http://www.revue-chimeres.org/ Parallèlement à la production d' une œuvre politique et analytique profondément originale dont les étapes sont {« Psychanalyse et transversalité »}, {« L''insconscient machinique »}, {« La révolution moléculaire »}, {« Les trois écologies »}, {« Chaosmose »} et (« Cartographies schizoanalytiques »}, il a écrit en commun avec Gilles Deleuze une œuvre philosophique importante, de renommée mondiale, dont les titres les plus célèbres sont :{ « L'anti-œdipe »}, {« Mille plateaux »}, {« Qu'est-ce que la philosophie ? »}, et, avec Antonio Negri, {« Les nouveaux espaces de liberté ».} Pour ceux qui veulent avoir une vue exhaustive de la littérature critique concernant Guattari, Il peut être utile de lire le recueil d'articles en 3 volumes fait par Gary Genosko, {Critical Assessments : Deleuze and Guattari} (Londres, Routledge, 2000), ainsi que d'accéder au site de Genosko en partie consacré à Guattari : http://www.lakeheadu.ca/~ggenosko/ Parmi ses références politiques et philosophiques , la revue Multitudes se réclame de la pensée et de la pratique politique de Félix Guattari. Bibliographie -Psychanalyse et transversalité, Maspéro,Paris, 1972 -La révolution moléculaire, Editions,Recherches, Paris, 1977 -L'inconscient machinique, Editions,Recherches, Paris, 1979 -Les années d'hiver, Bernard Barrault,Paris, 1985 -Cartographies schizoanalytiques, Galilée,Paris, 1989 - Les trois écologies, Galilée, Paris 1989 - Chaosmose, Galilée, Paris, 1990 En collaboration avec Gilles Deleuze : -L'anti-Odipe, Minuit, Paris, 1972 -Kafka, pour une littérature mineure,Minuit, Paris, 1975 -Mille Plateaux, Minuit, Paris, 1980 -Qu'est-ce que la philosophie ? Minuit,Paris, 1991 En collaboration avec Toni Negri -Les nouveaux espaces de liberté, éditions Dominique Bedou, Paris 1985. ({Notice biographique rédigée par Emmanuel Videcoq})