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premier cahier – L’affolement des évaluations

Art et valuation
Fabrication, diffusion et mesure de la valeur
Les pratiques artistiques proposent moins des objets (œuvres) que des enquêtes de « valuation », pour reprendre un terme inspiré par John Dewey. Cet article essaie de comprendre en quoi ces jeux artistiques de valuation nous montrent l’envers à la fois des modes de valorisation issus du marché et des pratiques d’évaluation imposées aujourd’hui au nom d’une certaine « gouvernance ».

Art and Valuation
Making, Publishing and Measuring Value
Art practices provide us less with “works” than with inquiries of “valuation” (a term inherited from John Dewey). This article attempts to understand how artistic contraptions of valuation reveal the hidden side of the modes of valorization generated by market forces, as well as of the measures of evaluation imposed in the name of good governance.

Iconomie et innervation
Pour une généalogie du regard endetté
Iconomie est un mot-valise dans lequel on entend d’une part l’icône (eikôn, c’était l’un des noms grecs pour l’image) et d’autre part l’économie, cette oikonomia qui désignait la bonne gestion des échanges. Mais l’iconomie dont il sera question ici s’inscrit dans ce que, après et d’après Marx, il faut bien décrire comme un supermarché esthétique, en y repérant ce que Walter Benjamin nous a aidé à concevoir comme une sensibilité innervée.
Iconomy and Innervation
Towards a Genealogy of the Indebted Gaze
“Iconomy” is a mix between the Greek eikôn (image, picture) and the oikonomia which referred to the fair management of exchanges. Here, however, the iconomy will be characterized by what must be described, after Marx, as an “aesthetic supermarket”, animated by what Walter Benjamin has led us to consider as an “innerved” sensibility.

Le 7 juil. 2014 à 00:01, Gaëtane Lamarche-Vadel a écrit : Cher Yves, chère Anne, Voilà au moins dix ans que les écoles d’art se mobilisent, depuis la réforme LMD et depuis que l’AERES est apparue dans le contrôle de l’enseignement. L’agence en question est censée accorder le statut de « supérieur » aux écoles d’art, en échange […]

L’intangible et l’inestimable
Les biens immatériels,
le marché et le sans prix
Tandis que les biens matériels sont relativement aisés à évaluer parce qu’ils sont tangibles et quantifiables, les biens immatériels (ou « intangibles ») demandent une méthode plus complexe d’évaluation. Ainsi en va-t-il des savoirs, des services, des productions de l’esprit et de la culture en général. Il existe en effet un marché de tels biens et cela depuis qu’il existe des échanges marchands. Trois opérations le permettent : l’évaluation par unités mesure, le formatage des activités, l’échange ou le partage de ces biens. Mais au-delà de ces biens immatériels évaluables sur un marché, il y a des biens ou plutôt des valeurs qui ne le sont pas et ne le seront jamais ; ils ont rapport au talent, au don, à la confiance, à la dignité – bref à l’inestimable.

The Intangible and the Priceless
Immaterial Goods, Market and the Beyond-Pricing
Whereas the value of physical goods is relatively easy to assess, because they are tangible and quantifiable, intangible goods require a more complex mode of assessment. This is the case of forms of knowledge, services, intellectual products, and culture in general. There is a market for such goods, one as old as are commercial exchanges. Three operations make this possible: assessment through the use of units of measurement, the formatting of activities, and the exchange or sharing of the goods involved. Yet, beyond those intangible goods whose valued can be assessed in a marketplace, there are other goods−or rather values−that can never be assessed. They have to do with talent, giving, trust, dignity−that which is priceless.