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Majeure 92. De la fourchette à la fourche

La puissance des céréales
Spéculations, famines, guerres, par

La puissance des céréales
Spéculations, famines, guerres
Tous les empires dans l’histoire ont pu faire ce constat : la puissance n’est pas seulement une question d’armement, mais aussi de contrôle des céréales. Elles ont constitué, jusqu’à l’essor de la consommation de viande, le carburant du travail humain. Cet article permet une charnière bienvenue entre histoire et actualité (« pénurie » et déstabilisation des marchés mondiaux des céréales avec la guerre d’Ukraine). Il retrace l’histoire longue des marchés des céréales dans le monde, les successions des politiques visant leur contrôle (stockage, contrôle des prix, blocage des approvisionnements) ou donnant libre cours à la spéculation, les effets de ces cycles sur les famines et les guerres. Ce qui spécifie le « nouveau capitalisme agraire » contemporain depuis les années 1980, c’est la spéculation totalement dérégulée sur les céréales : marchés virtuels, futures, accaparement des terres, contrôle du vivant et monopoles des semences, entrée de nouveaux acteurs comme banques, fonds de pension, hedge funds. L’auteur propose en conclusion quelques options politiques pour lutter contre cette hégémonie.

The Power of Cereals
Speculation, Famines, Wars
Every empire in history has recognised that power is not just a question of armaments, but also of control over cereals. Until the rise of meat consumption, grain was the fuel of human labour. This article provides a welcome link between history and current events (the “shortage” and destabilisation of world grain markets with the war in Ukraine). It traces the long history of world grain markets, the succession of policies aimed at controlling them (storage, price controls, blocking supplies) or at giving free rein to speculation, and the effects of these cycles on famines and wars. The “new agrarian capitalism” that has emerged since the 1980s is characterised by totally deregulated speculation in cereals: virtual markets, futures, land grabbing, control of living organisms and seed monopolies, with the entry of new players such as banks, pension funds and hedge funds. In conclusion, the author proposes some political options for combating this hegemony.

Trois interrogations sur les activités d’élevage, par

Trois interrogations sur les activités d’élevage
Les activités d’élevage sont depuis des décennies fortement remises en cause pour leurs effets sur l’environnement et la concurrence qu’elles exercent sur l’accès à la terre, de grandes surfaces étant dans le monde dédiées à l’alimentation animale (maïs, soja). L’auteur montre les ambivalences des problématiques d’élevage en discutant trois questions. L’élevage représente-t-il un handicap pour nourrir le monde ? L’élevage contribue-t-il à l’érosion de la biodiversité ? L’élevage nuit-il à la santé ? En relativisant et contextualisant ces trois assertions, l’auteur désigne les méfaits de l’élevage industriel et plaide pour une démarche d’agro-écologie associant élevage et cultures. Mais il exprime ses craintes quant à la poursuite de la tendance actuelle.

Three Questions about Livestock Farming
For decades, livestock farming has been strongly questioned for its environmental impact and the competition it creates for access to land, with large areas of the world dedicated to animal feed (maize, soya). The author shows the ambivalence of livestock farming issues by discussing three questions. Is livestock farming an impediment to feeding the world? Does livestock farming contribute to the erosion of biodiversity? Does livestock farming damage health? By putting these three assertions into perspective and by contextualising them, the author points out the damaging effects of industrial livestock farming, and argues in favour of an agro-ecological approach combining livestock and crops. But he expresses his fears about the continuation of the current trend.

L’agriculture rêve‑t‑elle de moutons électriques ?
Paradoxes des technologies numériques pour la transition environnementale de l’agriculture, par

L’agriculture rêve‑elle de moutons électriques ?
Paradoxes des technologies numériques pour la transition environnementale de l’agriculture
Face aux pollutions environnementales causées par les pratiques productivistes, le modèle de l’« agriculture de précision » s’est développé depuis les années 1990 : des capteurs, des satellites, des GPS et des algorithmes permettraient de diminuer les dégâts écologiques causés par les activités de production. Au-delà des pratiques sur les exploitations, « agriculture digitale », « smartfarming » et autres « AgTech » sont devenus des termes quotidiens pour les organismes et les politiques agricoles. L’article propose de s’interroger sur l’argumentaire environnemental entourant ces outils numériques et leur développement, en mettant en avant les enjeux politiques, techniques et commerciaux inhérents à ce déploiement.

Do Farmers Dream of Electric Sheep ?
Paradoxes of Digital Technologies for the Environmental Transition of Agriculture
Faced with the environmental pollution caused by the dominant production practices, the “precision agriculture” model has been developing since the 1990s : sensors, satellites, GPS and algorithms are supposed to reduce the ecological damage caused by production activities. Beyond on-farm practices, “digital agriculture”, “smartfarming” and “AgTech” have become everyday terms for agricultural organisations and policies. This article looks at the environmental arguments surrounding these digital tools and their development, highlighting the political, technical and commercial issues inherent in their deployment.

Figures du « retour à la terre »
Entre projet professionnel, projet de vie et engagement politique, par

Figures du « retour à la terre »
Entre projet professionnel, projet de vie et engagement politique
L’article analyse le renouveau des cadres culturels, politiques et économiques des imaginaires des aspirants à l’installation en agriculture. Il centre son propos sur des figures particulières : les candidats voulant faire de l’agriculture un projet professionnel, en rupture avec les motivations utopiques du retour à la terre des années 1970. Ces projets sont pris en étau entre plusieurs idéaux : réalisation de soi, portage d’une entreprise agricole alternative pour changer la société, transformation des méthodes culturales vers l’agro écologie, autosuffisance alimentaire et énergétique. L’archétype en est l’exploitation de petite taille, performante sur les plans environnemental, social et économique. Ils intègrent les injonctions à la viabilité économique des organisations et associations professionnelles auprès desquelles ils sollicitent un soutien. Mais, de leur côté, ces structures d’aide à l’installation peinent à appréhender leurs besoins et à les soutenir dans un contexte pourtant crucial de baisse vertigineuse du nombre d’agriculteurs.

“Back to the Land” Figures
Professional Project, Life Project, Political Commitment
This article analyses the renewal of the cultural, political and economic frameworks of the imaginary worlds of aspiring farmers. It focuses on a particular group of people: those who want to make farming their career, breaking with the back-to-the-land approach of the 1970s. These projects are caught between several ideals: self-fulfilment, running an alternative farming business to change society, transforming farming methods towards agro-ecology, food and energy self-sufficiency. The archetype is the small-scale farm, which performs well in environmental, social and economic terms. They take on board the demands for economic viability made by the professional organisations and associations from which they seek support. But, for their part, the structures that help farmers set up struggle to understand their needs and to support them at a time when the number of farmers is plummeting.

Les circuits courts alimentaires
De la complexité à la coopération logistiques, par

Les circuits courts alimentaires
De la complexité à la coopération logistiques
Cet article illustre de façon concrète et détournée les relations villes-campagnes. Les circuits courts alimentaires sont considérés comme vertueux (réduction des intermédiaires et des distances, « locavorisme »), mais qu’en est-il vraiment de leur durabilité, compte-tenu de leur complexité logistique ? Pour le producteur, premier maillon de la chaîne, la commercialisation et le transport représentent travail et coûts supplémentaires. Les circuits courts ne sont pas moins énergivores : flux entre fermes et points de vente fragmentés en une multitude de petits volumes. L’auteur propose plusieurs formes d’organisation pour pallier à ces inconvénients : mutualiser le transport entre producteurs partenaires et promouvoir une coopération logistique territoriale, consolider le transfert de flux en le déléguant à un prestataire extérieur. L’enjeu de la logistique et le rôle des intermédiaires non commerciaux sont clé.

Short Food Circuits
From Logistical Complexity to Logistical Cooperation
This article is a practical, roundabout way of illustrating the relationship between town and country. Short food circuits are seen as virtuous (reducing intermediaries and distances, “ locavorism”), but what about their sustainability, given their logistical complexity? For the producer, the first link in the chain, marketing and transport represent additional work and costs. Short distribution channels are no less energy-intensive, with flows between farms and points of sale fragmented into a multitude of small volumes. The author proposes a number of organisational solutions to overcome these disadvantages: pooling transport between partner producers and promoting regional logistics cooperation, consolidating the transfer of flows by delegating it to an external service provider. The issue of logistics and the role of non-commercial intermediaries are key.

L’aide alimentaire, facteur de résistance pour une démocratie alimentaire
Pour une sécurité sociale de l’alimentation, par

L’aide alimentaire, facteur de résistance pour une démocratie alimentaire
Pour une sécurité sociale de l’alimentation
Loin de se cantonner à une aide exceptionnelle et d’urgence, l’aide alimentaire est devenue le moyen de se nourrir pour des milliers de personnes. Dans cet article, l’autrice ne s’intéresse pas seulement à la question de l’aide, mais à celle plus globale du système alimentaire, de la production à la distribution. Partie du don inconditionnel avec les Restos du Cœur, l’aide alimentaire s’est profondément éloignée de l’esprit Coluche empreint de partage et d’humanisme, pour aller vers une organisation à but économique qui conduit à des violences alimentaires. Les bénéficiaires sont en effet assignés à une nourriture qu’ils n’ont pas choisie et qui heurte souvent leurs pratiques ou leur culture. Il s’agit pour les agro-industriels et distributeurs de faire des profits, spéculer sur le prix des denrées de base, recycler les produits invendables en « ramasses », profiter des subventions en denrées du Fonds social européen. Face à cette situation catastrophique, l’autrice jette les bases d’une Sécurité sociale alimentaire, universelle et répondant au droit à l’alimentation.

Food Aid, a Factor of Resistance for a Food Democracy
For Social Food Security
Far from being confined to exceptional and emergency assistance, food aid has become a means of feeding thousands of people. In this article, the author looks not only at the question of assistance, but at the more global structure of the food system, from production to distribution. Starting out as an unconditional gift with the Restos du Cœur, food aid has moved a long way from the Coluche spirit of sharing and humanism, towards an economically driven organisation that leads to food violence, with beneficiaries assigned to food that they have not chosen and that often clashes with their practices or culture. The goal is for agribusinesses and distributors to make profits, speculate on the price of basic foodstuffs, recycle unsaleable products into “ pick-ups”, and take advantage of food subsidies from the European Social Fund. To remedy this catastrophic situation, the author is laying the foundations for a Social Security System for Food.

Anthropologie des nouvelles règles de table
Commensalité, spiritualité, engagement social, par

Anthropologie des nouvelles règles de table
Commensalité, spiritualité, engagement social
L’auteure, anthropologue de la consommation, suggère que l’étude de nos pratiques alimentaires offre une fenêtre fascinante sur les structures de domination et la reproduction des élites dans une époque de permacrise. En mettant un éclairage sur les « mangeurs hors pair », elle révèle la manière dont les systèmes de pouvoir sont reproduits et contestés par les choix alimentaires. Par l’intermédiaire de la « magie alimentaire » et des « festins empoisonnés », l’autrice démontre que même nos actes alimentaires les plus quotidiens sont imprégnés de significations sociales, économiques et environnementales profondes. Elle conclut en anticipant une transition vers une alimentation plus simplifiée et collective, qui pourrait contester les structures de pouvoir existantes et offrir une alternative aux régimes alimentaires particuliers qui prévalent actuellement.

Anthropology of the New Rules of the Table
Commensality, Spirituality and Social Commitment
The analysis by anthropologist Fanny Parise suggests that the study of our food practices offers a fascinating window onto the structures of domination and the reproduction of elites in an era of permacrisis. By shedding light on ’peerless eaters’, she reveals the way in which systems of power are reproduced and contested through food choices. Through the lens of “food magic” and “poisoned feasts”, the author demonstrates that even our most quotidian acts of eating are imbued with profound social, economic and environmental meanings. She concludes by anticipating a transition towards a more simplified and collective diet, which could challenge existing power structures and offer an alternative to the particular diets that currently prevail.

La méthode Selfood ou la pédagogie alimentaire
Les projets Sugar Killer et alimentation étudiante, par
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La méthode Selfood ou la pédagogie alimentaire
Les projets Sugar Killer et alimentation étudiante
Cette conversation raconte deux expériences de mise en capacité de jeunes quant à la connaissance de leur propre alimentation. La première se dénomme Sugar Killer, c’est une expérience artistique qui s’intègre dans une recherche scientifique et pédagogique. Recherche-action d’éducation alimentaire hybridant art, alimentation et transformation du territoire, elle peut se résumer par le sous-titre « quand les collégiens enquêtent sur leurs sucres ». La seconde s’inscrit dans une recherche menée auprès d’étudiants de l’université de Poitiers une année avant le Covid (2019) et durant le Covid (2020). Elle a permis de comparer les mutations de ces pratiques en fonction de la situation familiale des étudiants. Les deux expériences s’appuient sur la méthode Selfood, qui consiste à faire prendre en photo les repas d’une personne sur plusieurs jours consécutifs, pour constituer une forme d’autoportrait alimentaire. Les paysages alimentaires récoltés sont le support d’une réflexion plus large sur le fonctionnement des systèmes agro-alimentaires, sur les choix et pratiques alimentaires des participant·es, et leurs effets sur la santé et l’environnement.

The Selfood Method in Food Education
The Sugar Killer Project and Student Food
This conversation tells the story of two experiments to empower young people to learn about their own diet. The first is called Sugar Killer, an artistic action-research project on food education, combining art, food and territorial transformation, and it can be summed up by its sub-title: “when schoolchildren investigate their sugars”. The second is part of a research conducted with students at Poitiers University a year before Covid (2019) and during Covid (2020). It compared changes in these practices according to the students’ family situation. The two experiments are based on the Selfood method, which consists of having an individual’s meals photographed over several consecutive days, which ends up forming a form of dietary self-portrait. The food landscapes collected are the basis for a wider reflection on the functioning of agri-food systems, the food choices and practices of the participants, and their effects on health and the environment.

L’économie sociale et solidaire
Un accélérateur des transitions alimentaires, par

L’économie sociale et solidaire
Un accélérateur des transitions alimentaires
Historique mais parfois perdue de vue, la place de l’économie sociale et solidaire (ESS) dans le secteur agricole connaît un regain d’intérêt et d’actualité dans le cadre des transitions en cours. La transition alimentaire illustre tout particulièrement le rôle renouvelé et innovant des acteurs de l’ESS pour contribuer aux enjeux de réduction des impacts environnementaux de la production alimentaire tout en œuvrant en faveur d’une reconquête de la valeur ajoutée pour les territoires. Les projets alimentaires territoriaux, dynamiques systémiques à l’échelle locale, sont les outils de ces stratégies multi-acteurs qui donnent une large place aux acteurs de l’ESS. Les pouvoirs publics accompagnent ces démarches qui misent davantage sur la coopération que sur la mise en concurrence, tout en n’abandonnant pas complètement la logique concurrentielle libérale. Cet article décrit ces dynamiques multiples en cours et insiste sur le rôle clef des expérimentations et des volontés politiques locales pour accélérer les transitions.

The Social and Solidarity Economy
An Accelerator
of Food Transitions
The role of the social and solidarity economy (SSE) in the agricultural sector has a long history but is sometimes lost sight of. It is now attracting renewed interest and relevance in the context of the transitions underway. The food transition, in particular, illustrates the renewed and innovative role of SSE players in helping to reduce the environmental impact of food production, while at the same time working to regain added value for local areas. Territorial food projects, systemic dynamics on a local scale, are the tools of these multi-actors strategies that give a large place to SSE players. The public authorities are supporting these initiatives, which rely more on cooperation than on competition, although they have not completely abandoned the logic of liberal competition. This article describes the multiple dynamics underway and emphasises the key role of experimentation and local political will in accelerating these transitions.

Le Mouvement des Sans Terre au Brésil à la croisée des chemins
Nouveaux défis dans la lutte pour la terre et l’alimentation, par

Le Mouvement des Sans Terre au Brésil à la croisée des chemins
Nouveaux défis dans la lutte pour la terre et l’alimentation
Le MST a connu de grands succès dans les années 1980 – 450 000 familles dans assentamentos (propriétaires) ou acampamentos (occupants) – et a servi d’exemple à de nombreuses mobilisations et occupations de terres dans le monde. Pendant l’ère Bolsonaro, le mouvement a connu diverses adaptations. Il a adopté le récit de l’entrepreneur agricole, influencé en cela par les évangélistes – de la « théologie de la libération » communautaire à la théologie individualiste de la réussite. Il a, par obligation et répression, délaissé l’action d’occupation des terres pour le développement de l’agriculture biologique et la production d’aliments « sains », largement à destination des villes. Ainsi, il resserre les liens entre le rural et l’urbain et se rapproche stratégiquement du Mouvement des Sans Toit.

The Landless Movement in Brazil at a Crossroad
New Challenges
in the Fight for Land and Food
The MST had great success in the 1980s—450,000 families in assentamentos (owners) or acampamentos (occupiers)—and served as an example for many mobilisations and land occupations around the world. During the Bolsonaro era, the movement has undergone various adaptations. It adopted the narrative of the agricultural entrepreneur, influenced by the evangelists—from the communitarian “ theology of liberation” to the individualistic theology of success. Under constraints and repression, it has moved away from occupying land to developing organic farming and producing “healthy” food, largely for the cities. In this way, it has strengthened the links between rural and urban areas, and strategically drawn closer to the homeless (Roofless Movement).

La lutte pour l’usage des terres à Notre-Dame-des‑Landes, par

La lutte pour l’usage des terres à Notre-Dame-des‑Landes
Au-delà d’une bataille écologique tenace pour l’abandon du projet d’aéroport, le bocage de Notre-Dame des Landes a constitué un terrain d’expérimentation pour transformer l’occupation militante en droit pérenne d’usage des terres. Les « zadistes » se sont battus pour devenir agriculteurs et exploiter collectivement la terre au service d’une agriculture « écolo et non Monsanto ». Ils ont parié sur le fait de mener une bataille sur le droit face à l’administration et, en échange de fiches de projets, ont obtenu des baux ruraux individuels de neuf ans, comme les paysans résistants et les paysans cumulards, qui exploitaient les terres avant la préemption. Le rêve éveillé est devenu réalité, même si l’un des principes de base initiaux, « la terre en commun », a subi des altérations.

The Battle over Land Use at Notre-Dame-des-Landes
In addition to the tenacious ecological battle against the airport project, the bocage of Notre-Dame-des-Landes was a testing ground for transforming militant occupation into permanent land use rights. The “Zadists” fought to become farmers and exploit the land collectively in the service of environmentally-friendly, Monsanto-free agriculture. They gambled on waging a legal battle with the authorities and, in exchange for project sheets, obtained individual nine-year rural leases, just like the resistant farmers who cultivated the land before the pre-emption. The daydream has become reality, even if one of the initial basic principles, “land in common”, has been altered.

Subsistance
Perspective féministe et écologique, par

Subsistance
Perspective féministe et écologique
Le « féminisme de la subsistance », à l’intersection du féminisme, de l’écologie et de l’anticapitalisme, a été remis en lumière par des théoricien·nes et activistes du Nord et du Sud dans les années 2010. L’étude des sociétés paysannes montre que l’accomplissement par les femmes des tâches vitales pour le groupe a été sous-estimé et leur confère puissance, sacralité et autonomie, en particulier pour assurer l’égale répartition des biens de subsistance. Face aux critiques dénonçant cet essentialisme, l’auteure propose un « écoféminisme vernaculaire » qui s’appuie sur les pratiques concrètes des femmes intégrant agriculture, artisanat, travaux de mécanique et de maçonnerie, agirs familiaux. Car, sous sa forme moderne, le travail domestique est doublement aliéné : non seulement, il n’est pas rémunéré, mais il est coupé de ses potentialités productives de subsistance pour se cantonner à la consommation et au care. Les écoféministes de la subsistance veulent s’opposer aux vocations « naturelles » des femmes et imaginer des perspectives : se réapproprier et partager collectivement des fonctions nourricières de base dans un monde où s’impose de façon accélérée l’aménagement agro-industriel de la planète.

Subsistence
Feminist and Ecological Perspective
The “feminism of subsistence”, at the intersection of feminism, ecology and anti-capitalism, has been revived by theorists and activists from the North and South in the 2010s. New studies of peasant societies show that women’s performance of tasks vital to the group has been underestimated, and confers power on them, as well as sacredness and autonomy, particularly in ensuring the equal distribution of subsistence goods. In response to critics of this essentialism, the author proposes a “vernacular ecofeminism” based on women’s concrete practices, including agriculture, crafts, mechanical and masonry work, as well as family activities. Yet in its modern form, domestic work is doubly alienated: not only is it unpaid, but it is cut off from its productive potential for subsistence and confined to consumption and care. The ecofeminists of subsistence want to oppose the “natural” vocations of women and imagine new perspectives: to collectively reappropriate and share the basic functions of subsistence, in a world where the agro-industrial development of the planet is imposing itself in an accelerated manner.

Multitudes en images

Mauricio HoraMaking Do and Getting ByEntretien avec Gaëtane Lamarche-VadelRuti Sela & Maayan AmirChasseurs d’humanitéMultitudes 53-54Confusion / New Order?De Téhéran et d’IvryChristophe Jacquet. Cash Withdrawal©