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83. Multitudes 83. Eté 2021

Hors-champ 83.

La réislamisation de la société bengladeshi, par

La réislamisation de la société bengladeshi
L’histoire politique du Bangladesh, complexe et contradictoire, démonte tous les fantasmes entretenus aujourd’hui sur l’islam, érigé en ennemi global prenant la suite du défunt communisme. Le pays est devenu indépendant en 1971 après une guerre de libération meurtrière qui a vu sa population musulmane s’affronter au Pakistan, créé par l’ex-colonisateur anglais de l’Inde comme nation musulmane. Son gouvernement s’affirme d’abord laïc avant de décréter l’islam religion d’État et d’entamer une profonde réislamisation de la société. Aujourd’hui cette dictature militaire islamique avec à sa tête la Ligue Awami, l’ancien parti indépendantiste, a liquidé régulièrement toutes ses oppositions politiques au nom de la lutte anti-terroriste mondiale.

The Re-Islamization of Bangladeshi Society
The political history of Bangladesh, complex and contradictory, dismantles all the fantasies held today about Islam, erected as a global enemy taking over from defunct communism. The country became independent in 1971 after a deadly liberation war that saw its Muslim population clash from Pakistan, created by the British ex-colonizer of India as a Muslim nation. Its government claimed to be secular before promoting Islam as the State religion and initiating a deep re-Islamization of society. Today this Islamic military dictatorship headed by the Awami League, the former independence party, has regularly liquidated all its political oppositions in the name of the global anti-terrorist fight.

Majeure 83. L’Iran par-delà la République islamique

La République islamique d’Iran, connue pour ses visées hégémoniques et ses guerres d’influence, véritables « proxy wars » qui font trembler le Moyen-Orient, est aussi rejetée en raison de l’idéologie qu’elle veut imposer à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières. Contradictoire, l’Iran est partie prenante de la mondialisation de l’économie capitaliste, alors que son anti-impérialisme l’isole. À l’opposé des ondes de choc provoquées par les armes, les frappes aériennes, les assassinats et la nucléarisation de l’énergie sous contrôle occidental, les populations subissent à bas bruit des restrictions économiques et des prescriptions idéologiques dont on ne connaît l’ampleur et la gravité que lorsque les révoltes grondent et que les médias s’en font le relais. Ces multiples formes de résistance que la population invente pour vivre et survivre, et dont ce dossier se veut être l’écho, affirment l’irréductibilité de la société iranienne aux diktats de la République islamique. Ce dossier est dédié aux prisonnier·es politiques et scientifiques et aux manifestant·es assassiné·es en Iran.

L’Iran et sa (mal) représentation, par

L’Iran et sa (mal) représentation
L’Iran (notamment post-révolutionnaire) souffre deux fois de sa mal-représentation. Non seulement, à l’intérieur des frontières, le décalage entre la diversité sociale et l’État islamique installé depuis la révolution de 79 s’est creusé, mais également, dans sa perception à l’extérieur, cette révolution a réactivé des lectures culturalistes. Nous mobilisons dans cet article le concept de « représentation », qui implique des significations politiques et esthétiques, afin de dessiner un autre tableau des tensions entre la société iranienne et son État. Le blocage de la représentativité démocratique par le gouvernement a conduit la société iranienne, en quête de son image, à se tourner vers des modalités de plus en plus esthétiques. Ces sensibilités influencent le paysage politique, de même que les représentations esthétiques sont toujours susceptibles de prendre un sens politique. C’est à ce conflit des images dans le contexte iranien que nous nous intéressons.

Iran and its (Mis) Representation
Iran (especially post-revolutionary Iran) suffers twice from its misrepresentation. Not only has the gap widened within its borders between social diversity and the Islamic Republic installed since the revolution of 1979. In its perception outside, this revolution has also reactivated culturalist readings. In this article, we mobilize the concept of “representation”, in its political and aesthetic meanings, in order to draw another picture of the tensions between Iranian society and its State. The government’s blockage of democratic
representation has led Iranian society, in search of its image, to turn to increasingly aesthetic modalities. These sensibilities influence the political landscape, just as aesthetic representations are always susceptible to receive and carry political meaning. It is this conflict of images in the Iranian context that we are interested in.

Intégration et isolement
Les deux faces de la révolution iranienne, par

Intégration et isolement 
Les deux faces de la révolution iranienne
La révolution iranienne de 1979 et ses conséquences devraient être analysées à l’aide des concepts « d’intégration » (dans le système capitaliste mondial) et d’« isolement » (par rapport au nouvel ordre mondial). Ces deux concepts permettent de mieux comprendre les dimensions à la fois générales et particulières de cet événement. L’« intégration » met l’accent sur la nature capitaliste générale partagée par tous les pays dits du « tiers-monde » ou « périphériques », tandis que l’« isolement », considéré ici comme un moment de cette « intégration », permet d’analyser les caractéristiques réelles et concrètes qui distinguent l’Iran des autres pays de la région. Une fois analysés ces concepts dans la période postrévolutionnaire en Iran, nous nous intéresserons plus particulièrement au rôle des « populations urbaines pauvres » dans l’instauration de la République islamique mais aussi au changement de position ces dernières années, qui les a conduites à se manifester massivement contre le régime et ses politiques.

Integration and Isolation
The Two Sides of the Iranian Revolution
The Iranian revolution of 1979 and its consequences should be analyzed using the concepts of “integration” (into the world capitalist system) and “isolation” (from the new world order). These two concepts allow us to better understand both the general and particular dimensions of this event. “Integration” emphasizes the general capitalist nature shared by all the so-called “Third World” or “peripheral” countries, while “isolation”, considered here as a moment of this “integration”, allows us to analyze the real and concrete characteristics that distinguish Iran from the other countries in the region. After analyzing these concepts in the post-revolutionary period in Iran, we focus on the role of the “urban poor” in the establishment of the Islamic Republic, but also on their change of position in recent years, which has led to massive demonstrations against the regime and its policies.

Femmes iraniennes en lutte
Le cauchemar du régime islamique, par

La République islamique d’Iran
Entre survie économique et ambitions nucléaires, par
et

La République islamique d’Iran
Entre survie économique et ambitions nucléaires
L’auteur analyse la politique intérieure et extérieure de la République islamique d’Iran en phase avec une situation économique et sociale très dégradée et un contexte géopolitique fortement bousculé ces derniers temps. L’élection du nouveau président Joe Biden aux États-Unis, la surenchère de l’Iran sur le programme d’enrichissement de l’uranium, les élections iraniennes prochaines avec une tendance néoconservatrice annoncée, le rapprochement israélo-gulfien obligent à rebattre les cartes. Comment ces phénomènes vont-ils se croiser et dans quel sens ? Apaisement ou au contraire durcissement des positions ? Sur quels alliés l’Iran peut-il compter ? Dans quelle mesure la population iranienne exerce-t-elle une influence sur les orientations gouvernementales du pays à l’extérieur de ses frontières ?

The Islamic Republic of Iran
Between Economic Survival and Nuclear Ambitions
The author analyzes the internal and external policies of the Islamic Republic of Iran, in line with a seriously deteriorated economic and social situation and a geopolitical context that has been greatly shaken up recently. The election of the new President Joe Biden in the United States, Iran’s escalation of its uranium enrichment program, the upcoming Iranian elections with a neo-conservative tendency, and the Israeli-Gulf rapprochement call for a reshuffling of the cards. How will these phenomena intersect and in what direction ? Appeasement or, on the contrary, hardening of positions ? Which allies can Iran hope? To what extent does the Iranian population exert an influence on the country’s governmental orientations outside its borders ?

Mineure 83. Lieux passants

La friche urbaine des Grands Voisins à Paris a symbolisé un moment éphémère (2014-2020) d’invention du commun dans un espace lui‑même instable, une passerelle entre le dedans et le dehors, le résident et l’étranger, un lieu d’accueil pour le passage. Cette Mineure explore des lieux de « sociabilité pure » – friches réoccupées, « tiers-lieux », métro parisien avant la pandémie –, qui, par leur essence créatrice de liens, offrent l’hospitalité à toutes les vulnérabilités. Comment les architectes prêtent-ils attention à ce besoin d’hospitalité dans la ville ?

La politisation des tiers-lieux, par

La politisation des tiers-lieux
Les « tiers-lieux » ont été à l’origine définis comme des lieux de sociabilité, là où on se réunit pour la joie d’être ensemble. Les entreprises mondialisées (grandes marques commerciales, constructeurs automobiles, promoteurs immobiliers et même… musées) ont récupéré le concept dans leurs stratégies marketing : il devient une opportunité commerciale. Ces firmes offrent des lieux permettant de réinventer l’expérience des consommateurs en leur donnant un sentiment de communauté, sous couvert de valeurs d’inclusion. Les tiers-lieux connaissent un devenir-marchandise. Mais, l’urgence provoquée par la pandémie de la Covid‑19 a révélé des solidarités qui ne pouvaient se construire ailleurs que dans des tiers-lieux. Ils ont constitué le laboratoire de réseaux d’entraide, de chaînes téléphoniques d’attention, de distribution alimentaire, de fabrication artisanale de matériel médical. Ils connaissent une réappropriation et un devenir-politique.

The Re-Politicization of Third Places
“Third places” (like fablabs) were originally defined as places of sociability, where people meet for the joy of being together. Globalized corporations (big commercial brands, car manufacturers, real estate developers and even… museums) have absorbed the concept in their marketing strategy to exploit it as a commercial opportunity. These firms offer places to reinvent consumer experience by providing a sense of community, under the guise of inclusive values. Third places are being commodified. However, the emergency caused by the Covid‑19 pandemic revealed solidarities that could only be weaved in third places. They have been the laboratory for mutual aid networks, telephone attention chains, food distribution, and the artisanal manufacture of medical equipment. They are re-appropriated through a process of re-politization.

Multitudes en images

Antonio Gallego & José Maria GonzalezPour l’exposition « Travessias »Icônes 54Du mouvement en art et en statistiqueChristophe Jacquet. Cash Withdrawal©Naldinho Lourenço, Occupation de la RocinhaMultitudes 53-54Entretien avec Gaëtane Lamarche-VadelRuti SelaLudovic Chemarin©