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Majeure 94. Justice handie pour des futurs dévalidés

Dévalider, par , , , , , et

Dévalider
Le néologisme dévalider est formé sur le radical « valide » (compris au sens de : validé par le validisme) auquel s’ajoute le préfixe privatif « dé- » (compris au sens de : défaire, déconstruire, détruire). Il reprend et littéralise l’anglais disabled, qui se traduit habituellement en « personne handicapée ». À côté de cette signification ordinaire, les luttes handies se sont emparées du verbe dévalider pour signifier deux aspects contradictoires mais complémentaires. D’un côté, les mondes dévalidés sont les mondes que prépare la lutte anti-validiste, c’est-à-dire une société sans validisme (dé-validé en ce sens qu’il n’est plus rapporté à la norme valide). De l’autre, les mondes dévalidés désignent les mondes que prépare le capitalisme extractiviste, c’est-à-dire des mondes où plus personne ne peut être dit valide (dévalidé en ce sens que tout le monde, bien qu’à des degrés différents, y voit ses capacités déplacées, par exemple en raison de la toxicité de l’atmosphère). Les mouvements pour la justice handie se situent au point de tension entre d’un côté une lutte pour une dévalidation libératrice (contre le validisme qui rend le handicap invivable) et de l’autre une lutte contre la dévalidation forcée (contre l’extractivisme qui exploite la débilitation des vies). Ce texte sert d’introduction à la majeure « Justice handie », qui rassemble des écrits universitaires, militants et poétiques écrits depuis et avec les luttes anti-validistes.

“Dévalider”
The French neologism dévalider
is formed from the radical “valide” (understood as: validated by ableism) to which is added the privative prefix “dé-” (understood as: to undo, deconstruct, destroy). It takes up and translates the English disabled, which is usually translated as “personne handicapée”. Alongside this ordinary meaning, dévalider has been taken up by disability struggles to signify two contradictory but complementary aspects. On the one hand, disabled are the worlds prepared by the anti-ableist struggle, i.e. a society without ableism (“disabled” in the sense that it is no longer related to the ableist norm). On the other hand, disabled designate the worlds prepared by extractive capitalism, i.e. worlds where no-one can be said to be able-bodied (“disabled” in the sense that everyone, albeit to different degrees, finds their abilities displaced, for example due to the toxicity of the atmosphere). Disability Justice movements stand at the point of tension between, on the one hand, a struggle for liberating disability (from the ableist norms that makes disability unlivable) and, on the other, a struggle against forced disablement (by the extractive capitalist world that exploits the debilitation of lives). This text serves as an introduction to the special issue “Disability Justice”, which brings together academic, activist and poetic writings written from and with the anti-ableist struggles.

Le droit de mutiler « Mains en l’air, ne tirez pas ! », par

Le droit de mutiler
« Mains en l’air, ne tirez pas ! »
À l’été 2014, les mouvements Black Lives Matter et Free Palestine convergent. C’est l’occasion pour la théoricienne transdisciplinaire Jasbir K. Puar de réfléchir à la dévalidation forcée des populations racialisées. S’appuyant sur les théories handies décoloniales et crip-of-color, Puar considère la manière dont les corps non-blancs sont exclus de la reconnaissance du handicap. Alors que les meurtres policiers de personnes noires aux États-Unis touchent une large majorité de personnes noires handicapées, et alors que la destruction systématique des hôpitaux palestiniens par Israël apparaît comme une stratégie d’affaiblissement de la population, Puar développe les outils théoriques intersectionnels pour nommer « le droit de mutiler » exercés par les États modernes/coloniaux contre les populations qu’ils subjuguent. Appelant à ne pas se satisfaire des rhétoriques de l’empuissancement et de la fierté handie, ce texte (qui sert d’avant-propos au livre éponyme, Le droit de mutiler. Débilité, capacité, handicap) jette les fondations théoriques d’une coalition antivalidiste/antiraciste contre les brutalités policières et néocoloniales.

The Right to Maim
“Hands Up, Don’t Shoot!”
In the summer of 2014, the convergence of the Black Lives Matter and Free Palestine movements is an opportunity for transdisciplinary theorist Jasbir K. Puar to reflect on the mechanisms of forced disablement of racialized populations. Drawing on decolonial and crip-of-color theories, Puar considers how non-white bodies are excluded from the recognition of disability. At a time when police killings of black people in the United States affect a large majority of black people with disabilities, and at a time when Israel’s systematic destruction of Palestinian hospitals appears to be a strategy to debilitate the population, Puar develops intersectional theoretical tools to name the “right to maim” exercised by modern/colonial states over the populations they subjugate. This text (which serves as a foreword to The Right To Maim. Debility, Capacity, Disability) takes us away from the logic of disability pride to reflect instead on coalitions against police and neo-colonial brutality.

Quels « futurs dévalidés » pour les sourd·e·s ?
Réflexion sur le monde commun, par
et

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