Accueil » Les numéros » 79. Multitudes 79. Eté 2020 » Majeure 79. Faire publics

Majeure 79. Faire publics

Le parti pris des publics
Au carrefour entre une longue tradition théorique (de Benjamin à Rancière) et le contexte contemporain de la culture numérique, nous nous demandons si nos publics sont pris dans les filets de la production – institutionnelle, marchande, individualiste – ou bien s’ils leur échappent largement en tant que processus attentionnels collectifs animés par un dynamisme et une diffusion imprévisibles.

On the Publics’ Side
In the middle of a long-running theoretical tradition (from Benjamin to Rancière) and within the contemporary frame of our digital culture, we ask ourselves if our publics are caught into the net of production—institutional, commercial, individualist—or rather if they slip away as collective attentional processes lead by unpredictable dynamism and spread.

Manières de faire des publics
La littérature est restée rivée à un modèle simpliste où il ne serait question que de la transmission d’un texte d’un auteur à ses lecteurs. Néanmoins, son fonctionnement social implique plutôt un écosystème complexe et empirique de relations que Christophe Hanna nomme « public ».

Ways of Making Publics
Literature is still glued to a simplistic model describing the literary world as the transmission of a text from an author to his readers. But the way it socially works outlines a wider empirical ecosystem of relations that Hanna calls a “public”.

Créer des publics
Cet article commence par survoler quelques définitions possibles de ce que sont « les publics », et en quoi on peut les considérer non en termes de données, mais en termes de réalités construites par des infrastructures de médiation. Il envisage ensuite quelques-unes des modalités possibles de l’instauration des nouveaux publics dont nos sociétés auraient besoin pour mieux réaliser leurs idéaux démocratiques.

Creating Publics
This article begins by outlining some possible definitions of what “publics” are, and how they can be considered not in terms of preexisting audiences, but in terms of realities constructed by infrastructures of mediation. The paper then considers some possible ways of creating the new publics that our societies need better to realize their democratic ideals.

Pour un droit du public à entendre
Plutôt que d’abandonner ou d’écraser l’idée de la liberté de la presse – en la considérant comme naïve ou anachronique – mon but est de la faire revivre et de la redéployer pour plaider en faveur d’une valeur normative particulière : le droit du public à entendre. Je prétends que l’image dominante, historique et professionnalisée de la liberté de la presse – généralement définie comme toutes les libertés dont doivent bénéficier les journalistes pour poursuivre un intérêt public évident – privilégie le droit individuel à la parole sur le droit du public à entendre, alors que ce dernier mérite d’être remis au cœur de nos débats.

From Freedom of Expression to a Public Right to Hear
Rather than abandoning or collapsing the idea of press freedom—seeing it as naive or anachronistic—my aim is to revive and redeploy it (…) in order to argue for a particular normative value—a public right to hear. I claim that the dominant, historical, professionalized image of press freedom—as whatever journalists say they need to be free from to pursue self-evident public interest—privileges an individual right to speak over a public right to hear, while this latter deserves to be claimed as central to our networked press freedom.

Construire des publics pour se saisir de l’actualité
Saisir est une association d’éducation populaire et d’éducation aux médias qui organise des « ateliers populaires de décryptage de l’actualité ». Le principe en est simple : une organisation – association, entreprise, café, collectivité locale – propose à son public de se réunir environ deux heures pour débriefer ensemble de l’actualité du moment. Derrière ce format se cache le triple pari de l’oralité, de l’altérité et de l’unité de temps et d’espace. Au lieu d’écouter ou de voir les informations en état de solitude passive, Saisir invite à formuler avec autrui ce qui peut être une signification commune de ces informations.

Constructing Publics to Make Sense of the News
Saisir is an association for popular education and media education, which organizes “popular workshops for deciphering the News”. The principle is simple: an organization—an association, a company, a café, a local authority—offers its members the opportunity to meet for about two hours in order to debrief together on current events. Behind this format lies the triple challenge of orality, alterity and co-presence. Instead of listening to or seeing the News in a state of passive solitude, Saisir invites us to formulate with each other what may be a common meaning of the News.

Improbables publics
Quatre figures d’agentivité sonique
Si les publics improbables sont, fondamentalement, des publics faibles, ils nous surprennent aussi – et c’est leur principal cadeau, leur caractère exemplaire. Par un art de la transgression, ils rappellent combien la vie publique est une affaire commune, façonnée par les gens à certains moments, en certains lieux, animés par la lutte et l’imagination, et par la joie de se découvrir les uns les autres. Cet article identifie quatre figures d’agentivité sonique pratiquées par ces improbables publics : l’invisible, l’entendu par-dessus l’épaule, l’itinérant et le faible.

Unlikely Publics
Four Figures of Sonic Agency
While unlikely publics are, fundamentally, weak publics, they also surprise us—that is their gift, their example. Through an art of trespass, they remind how public life is a shared matter, crafted by people at certain moments, in certain places, driven by struggle and imagination, and the joy of discovering each other. This article identifies four figures of sonic agency practices by unlikely publics: the invisible, the overheard, the itinerant and the weak.

Le public des vidéos « ASMR »
Des sentinelles sensibles ?
La recherche d’une mystérieuse sensation appelée « ASMR » donne lieu à une production de plus en plus imposante de vidéos, spécifiquement dédiées à un public qui y serait sensible. Dans ces vidéos, un guide – souvent une jeune femme – joue avec différentes matières qu’elle fait résonner, notamment en touchant directement l’appareillage technique pour faire mine de caresser le futur regardeur. L’ASMR comme phénomène socio-technique est-elle le produit d’un système économique qui désunit et fractionne les êtres en les couplant avec leurs ordinateurs plutôt qu’avec des humains, ou ouvre-t-elle la voie à une forme de résistance sur le réseau, où le corps sentant répond à la résonance concrète de la matière ?

The ASMR Public
Sensible Sentries ?
The search for a mysterious sensation called “ASMR” fosters a more and more important production of videos for a specific public sensible to such inputs. A guide—often a young lady—plays with different matters in order to make them resonate and strokes directly the recording devices as if she was stroking the coming spectator. Is “ASMR” just the product of an economic system separating the people through the technology or rather a way of physical resistance against the network ?

Trajectoires de relocation du cinéma

Trajectoires de relocation du cinéma
La notion de « relocation » désigne le déplacement historique du visionnage cinématographique vers des milieux et des objets nouveaux. Qu’il s’agisse de regarder une œuvre cinématographique sur une tablette dans un train ou bien d’assister à un match de foot dans la salle domestique d’un home théâtre, la dispersion de l’expérience cinématographique, en cours depuis longtemps, est significativement accélérée par les nouveaux media.

Trajectories of Cinematic Relocation
The notion of “relocation” defines the historical displacement of movie screening practice towards new environments and objects. We could think of a movie watched on our tablet on a train or to a football match watched in a home theatre replicating a cinema venue. The relocation of the cinematic experience, started several decades ago, has been greatly accelerated by new media.

Netflix :
une télé ameliorée ?
Si on analyse les stratégies publicitaires de la plateforme Netflix il devient possible de mieux comprendre le modèle de spectateur que celles-ci façonnent. En étudiant la comparaison avec la chaine câblée HBO mais aussi le matériel de la campagne promotionnelle TV Got Better, nous observons les promesses que Netflix adresse à son public potentiel (plénitude, participation, prestige et personnalisation) ainsi que son encouragement des pratiques de visionnement « en rafale ».

Netflix :
TV got Better ?
If one analyzes the promotional strategies of Netflix, it’s possible to grasp the model of spectatorship that such strategies outline. While studying the comparison with subscription cable channel HBO and promotional materials such as TV Got Better campaign, we observe the promises that Netflix offers to its public (plenitude, participation, prestige and personalization) as well as the way it spreads binge watching practices.

Devenir des spectateurs-programmateurs
Entretien avec Loïc Cloez par Jacopo Rasmi

Devenir des spectateurs-programmateurs ?
Cet échange avec l’association grenobloise À bientôt j’espère retrace un travail singulier de diffusion itinérante de films documentaires qui expérimente depuis plusieurs années des possibilités alternatives de visionnage cinématographique. Comment organiser des milieux conviviaux de rencontre entre publics hétérogènes, non spécialisés et formes cinématographiques méconnues ?

Becoming Spectators-Programmers ?
This interview with À bientôt j’espère, an association from Grenoble, traces back a peculiar work of itinerant distribution of non-fiction movies that has been testing alternative possibilities of cinematic screening for several years. How to set up convivial environments where heterogeneous and non specialized publics would meet unsung films?

Quel nouvel espace rituel pour le XXIe siècle ?
Chaque époque se caractériserait par des dispositifs rituels de rassemblement des publics qui reflètent une certaine configuration socio-politique : du rassemblement collectif de la tradition théâtrale au modèle individualisé de l’exposition dans le contexte moderne. Comment rassembler des publics face aux défis de notre siècle ?

What is the New Ritual Space for the 21st Century?
Every historical period is caracterised by rituals gathering publics that mirrors a specific socio-political configuration: from the collective gathering of the tradition of theatre to the individualised model of the exhibition in the moderne context. How to gather the publics in front of the challenges of our century ?

Lire en ligne
Media sans audience

Media sans audience
Cet article datant de l’an 2000 proposait un survol visionnaire de la façon dont des media alors émergeants aux débuts de l’internet questionnaient la prémisse identifiant le succès d’un média avec la maximisation chiffrée de son audience. L’auteur passe en revue des « media intimes », des « media socialisés », des « media souverains » et des « media phatiques » pour dépasser les idées héritées du XXe siècle sur l’utilité et la qualité des mass-médias.

Media Without an Audience
This 2000 article provided a visionary overview of how the then-emerging digital media questioned the premise that a media’s success is based on maximizing its audience. The author reviews “intimate media”, “socialized media”, “sovereign media” and “phatic media”, in order to move beyond the ideas inherited from 20th century about the utility and quality of mass media.