Avoir besoin que les gens pensent

De nouveaux objets se sont ouvert un accès au champ politique ces dernières années (semences, médicaments, etc.), tandis que les objets traditionnels du mouvement ouvrier du XIXème siècle (travail, revenu, etc.) en paraissaient expulsés, relégués aux experts. Avec le mouvement altermondialiste et la campagne du non au Traité constitutionnel, les objets politiques traditionnels sont revenus en force, mais le politique lui-même s’est transformé entre-temps. Contre les experts et leur pédagogie, le politique est aujourd’hui expérimentation de savoirs collectifs.

New issues have invaded the political field over the past years (seeds, medical drugs, etc.), while the traditional issues of the labour movement (work, income, etc.) seem to be increasingly excluded, abandoned to the discourse of experts. With the Altermondialist movement and the NO campaign to the French referendum on the European Constitution, traditional political issues have made a comeback, but « the political » itself has experienced a deep transformation in the meantime. Against experts and their didacticism, politics now consists in experimenting with collective knowledge.
« La gauche a besoin que les gens pensent. » Le philosophe Gilles Deleuze avait surpris beaucoup de militants – de gauche comme d’extrême gauche – quand il résumait par cette formule ce qui distingue la gauche de la droite. En écrivant La Sorcellerie capitaliste avec Isabelle Stengers[[Philippe Pignarre, Isabelle Stengers, La Sorcellerie capitaliste. Pratiques de désenvoûtement, La Découverte, 2005., il nous a semblé que le cri de Seattle, « Un autre monde est possible », résonnait avec cette proposition. Il ne dotait pas les altermondialistes d’un « programme », dont l’objectif est de toujours solliciter des adhésions, mais créait le type de situation où les réussites même partielles deviennent contagieuses, alors que l’on se sentait étouffer face à ce qui était de plus en plus présenté sous le travestissement de l’inexorable : « On n’arrête pas les horloges » disait Pascal Lamy. On pouvait à nouveau discuter de nos devenirs. La politique redevenait tout simplement possible. Une génération de militants n’était plus prête à céder aux menaces de punition (« vous êtes contre l’OMC ? vous aurez pire, les accords bilatéraux ! ») qui nous sont revenus en mémoire au moment où on nous menaçait de manière semblable (« vous êtes contre la Constitution ? vous aurez pire, le Traité de Nice ! »). Les salariés ont sans doute été les premiers à expérimenter ce que signifie ce type d’opérations paralysantes (« vous voulez une augmentation de salaires ? vous aurez des délocalisations, plus de chômeurs ! »). Ce retour de la politique n’implique pas que des solutions simples, déjà existantes, cachées quelque part au fond d’une théorie, vont nous donner des réponses ; rien ne nous épargnera le travail collectif, patient, difficile, de l’invention.
Quand Bruno Latour faisait l’éloge de l’écologie politique, c’était pour se réjouir de l’élargissement du champ de la politique auquel on a assisté tendanciellement depuis une vingtaine d’années. L’écologie ne consiste pas à « protéger » la nature, mais à transformer tout ce qui semblait autrefois relever de l’autorité des savants, pour en faire des objets politiques, enjeux de controverses. Mais nous ne pouvions qu’être frappés par une coïncidence troublante : l’entrée de nouveaux objets en politique semblait s’accompagner, parallèlement, d’un rétrécissement du champ politique. Qu’avions-nous gagné si, au moment où nous faisions entrer en politique des objets aussi divers que les semences, les bancs de poissons, les baleines, les prions, les médicaments, nous assistions, sans réagir, à la sortie de la politique de toutes ces questions – l’économie, les revenus, la santé, le travail, les retraites – qu’il a souvent appartenu au mouvement ouvrier au XIXe siècle de formuler comme des questions politiques ? Au moment où nous ne croyons plus sur parole les experts sur ces nouvelles questions et refusons de leur donner le pouvoir de trancher les controverses à notre place, faut-il les croire sur ces anciennes questions, et leur donner le pouvoir de décider ?
En voulant hériter de la formule de Gilles Deleuze, nous avons bien conscience de prendre à contre-courant les principales forces de la gauche et de l’extrême gauche qui n’imaginent pas pouvoir se définir autrement que de manière programmatique. Nous proposons une lecture un peu troublante des enjeux actuels : les batailles politiques se présenteraient de plus en plus souvent sous la forme d’une opposition entre ceux qui veulent trouver les moyens de déployer un problème pour qu’il devienne un objet de controverse politique et ceux dont le seul objectif politique est de supprimer la politique ; circulez, il n’y a rien à voir !
Dans de telles situations qui peuvent, indifféremment, être très locales ou au contraire, d’emblée globales, qu’est-ce qu’implique « faire de la politique » ? Quels obstacles rencontre-t-on pour déployer les problèmes sur un mode tel qu’ils deviennent « politiques » ? Au cours de tous les derniers débats – de la Sécurité sociale au référendum sur la Constitution européenne en passant par les OGM – nous avons appris qu’il ne s’agissait jamais de « politiser » un problème (le prendre tel qu’il est en ajoutant une dénonciation générale et abstraite renvoyant généralement à l’État), mais de le reformuler pour qu’il puisse se déployer sur un mode impliquant de nouveaux acteurs – ce que John Dewey appelait un public – qui deviennent tel dans le mouvement même de fabrication du problème. On n’a pas à se mettre « à la place » de tel ou tel ministre pour répondre aux questions qu’il estime être les bonnes. Il s’agit plutôt de créer des manières de transformer les questions elles-mêmes, rendant possibles de nouvelles expérimentations ; une expérimentation ne vient jamais mettre un terme à une affaire, mais ne prend tout son sens que lorsqu’elle ouvre elle-même à de nouvelles expérimentations, dans la temporalité propre à la politique, sans fin, toujours susceptibles d’être remises en chantier. En ce sens, nous appartenons à la tradition qui s’est nommée pragmatiste.

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Faire une « politique dont l’objectif est de supprimer la politique » pourrait, si l’on entend l’énoncé de Deleuze, être le stigmate qui permet de repérer la droite. Il y a évidemment beaucoup de manières de procéder. La plus brutale que nous ne ferons qu’évoquer, même si elle pourrait avoir un certain avenir en Europe, est celle qui est pratiquée actuellement aux États-Unis par les néoconservateurs et qui stupéfie une partie des commentateurs de gauche dans ce pays ; ils considèrent que « la réalité, c’est ce qu’ils disent ». Et ils en ont fait une pratique politique : si vous n’êtes pas d’accord, nous n’accepterons jamais de débattre de la nature des faits en cause, mais nous passerons immédiatement sur le terrain des valeurs ; on ne voit pas les mêmes choses car on n’a pas les mêmes valeurs. Quand des statistiques montrent que l’écart entre riches et pauvres n’a cessé de se creuser ces dernières années, Bush fait une déclaration publique qui dit exactement l’inverse : ces chiffres démontrent que les écarts se resserrent. Ceux qui protestent veulent affaiblir l’Amérique. Idem sur l’Irak : plus les choses vont mal, plus il affirme qu’elles s’améliorent. Ceux qui le contestent sont des âmes faibles, anti-patriotiques. Idem sur le réchauffement de la planète.
Il est très difficile de réagir efficacement à ce type de mensonges absolus formulés de manière à empêcher les gens de penser, à seulement développer chez eux des réactions de peur. Il s’agit de constituer et de nourrir la peur en tant qu’ennemi de la pensée. Les opposants ont beaucoup de mal à trouver les moyens de mettre la situation en discussion. Ils ont un sentiment d’impuissance, d’être face à une surface lisse et sans revers. Il ne leur resterait que le choix, terrible, de la politique du pire : attendre l’échec total d’une politique pour pouvoir commencer à la discuter, à la mettre en cause. C’est désormais la hantise des éditorialistes du New York Times et le leitmotiv des articles politiques de la New York Review of Books. Pour Andrew Bacevich, cette stratégie des néoconservateurs est cohérente avec leur projet d’une « société militarisée » qui doit limiter le plus possible « l’éventail des opinions acceptables »[[Andrew Bacevich, The New American Militarism : How American Are Seduced by War, Oxford University Press, 2005.. Dans le même sens, Tony Judt cite un rapport officiel du US National Defense Strategy datant de mars 2005 qui propose un nouvel amalgame : « la force de notre État nation continuera à être défiée par ceux qui préconisent le recours aux forums internationaux, le respect des procédures juridiques et le terrorisme »[[Tony Judt, « The New World Order », The New York Review of Books, 14 juillet 2005. Voir aussi dans le même numéro le commentaire de Mark Danner sur la politique de Bush : « Dorénavant, les faits sont la conséquence de la politique ». .
On murmure de plus en plus que c’est certainement la méthode que Sarkozy rêve de pouvoir utiliser. Il nous en a donné un avant-goût en septembre 2004, en prétendant de manière éhontée que les prix baissaient dans les grandes surfaces commerciales. Il le fait encore en se présentant, contre les socialistes, comme une sorte de porte parole naturel de ceux qui ont voté non au référendum !

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Nous ne sommes pas encore confrontés en Europe à ce type de violence qui pourrait être une des formes possibles de « gouvernementalité » accompagnant ce que Michel Foucault appelait l’ordolibéralisme[[Michel Foucault, Naissance de la biopolitique, Gallimard/Seuil, 2005.. Quand nous avons écrit La Sorcellerie capitaliste avec Isabelle Stengers, nous n’avons pas employé le mot de libéralisme qui nous semblait n’être qu’une manière d’éviter d’employer le mot de capitalisme. La lecture du dernier volume de cours publiés de Michel Foucault nous a fait changer d’avis[[Idem. Comme le confie Michel Foucault à la fin de ce volume et contrairement à ce que le titre indique, il n’y traite pas de la biopolitique. Il n’a développé que ce qu’il croyait devoir en être l’introduction.. Le libéralisme pourrait être le mot approprié non bien sûr pour décrire le capitalisme, mais bien le rôle assigné à l’État par ceux qui entreprennent d’expulser du champ politique toutes les questions que le mouvement ouvrier y avait fait entrer au XIXe siècle, qui font de l’État le garant de ce que cet Etat doit percevoir comme le « fonctionnement du marché ».
L’idée est que la politique est dangereuse à chaque fois qu’elle se fixe des objectifs sociaux précis : dans ces cas elle produirait toujours des effets pervers, inverses à ceux qui étaient recherchés en toute bonne foi. Cela a une conséquence lourde : si la politique est une affaire compliquée (les résultats de l’action de l’État peuvent être paradoxaux), alors elle doit être réservée à des professionnels, à des experts qui ont la connaissance « scientifique » des conséquences produites par les demandes et les exigences (naïves) issues du monde social. D’où les discours paternalistes : « sur le fond nous sommes d’accord avec vous mais, dans votre propre intérêt, vous devez nous faire confiance même si cela exigera de votre part des sacrifices. Nous, les experts savons, par exemple, que pour faire baisser le chômage, il faut rendre les licenciements plus faciles ; toute intervention de votre part sera contre-productive. »
Si les choix doivent être laissés à des experts professionnels, c’est que eux savent que la politique ne doit jamais s’occuper de fins précises, mais seulement de règles du jeu. Michel Foucault explique que la politique elle-même devient une « économie » mettant en rapport des « entreprises », et il semble ici prévoir le thème contemporain de la « bonne gouvernance », celle des stakeholders. Entreprise doit être pris ici dans un sens très général : un individu peut être considéré comme une entreprise. C’est l’homo œconomicus qui constitue « un atome insubstituable et irréductible d’intérêt »[[Idem, p. 295.. Pour que tout soit analysable et que tout tourne bien, tout doit être rapporté à des « entreprises ». C’est ce qui pourrait définir le mieux la notion de libéralisme : la politique n’a pas à se fixer comme objectif des fins précises, particulières, discutables, décidables, aussi généreuses soient-elle. Elle ne doit s’occuper que de règles qui permettront à toutes les « entreprises » de se développer dans ce que le projet de Constitution européenne appelait une « concurrence libre et non faussée ». Le bien commun sera une résultante empirique. Et cela ne concerne plus seulement les questions que l’on a l’habitude de considérer comme économiques mais toutes les questions de société (Michel Foucault prend ainsi l’exemple de la politique de répression des crimes et délits). Le meilleur des mondes possibles ne peut pas être pensé politiquement, il doit émerger d’un juste calcul coût/bénéfice.
Le libéralisme a une autre conséquence : si les experts doivent être maîtres du jeu, à quoi servent les élus ? Il ne leur reste qu’à faire de la pédagogie, à expliquer aux électeurs les raisons qui ont amené les experts à faire un certain type de choix. Quand les responsables politiques sont désavoués par un vote, c’est toujours qu’ils se sont mal ou insuffisamment expliqués. Dans un tel dispositif, les hommes politiques ne connaissent jamais de défaites politiques. Ils sont toujours amenés à considérer ceux qui ne sont pas d’accord avec eux soit comme des gens malhonnêtes, soit comme des idiots (souvent un mélange des deux : des gens malhonnêtes qui dirigent des idiots). La politique laisse de plus en plus place à la morale : ne pas se contenter d’être la caisse de résonance des experts, c’est être « démagogue ». On voit ainsi une multitude de mots changer de sens.
Les experts sont convaincus de la nécessité d’isoler et de placer en sécurité de vastes domaines qui relevaient auparavant de la politique. Comme les experts ne supportent pas leur dépendance envers les élus – qu’ils méprisent souvent profondément du fait de leur dépendance malheureuse envers les électeurs -, ils ont tendance à exiger un statut d’extraterritorialité : on voit surgir de plus en plus de structures – dont les directions des banques centrales sont le meilleur exemple -, qui sont « protégées » de la politique. Ce sont désormais toutes les formes de décision démocratique qui sont mises en cause. On entend désormais dire que les tempos de la démocratie posent problème, car ils ne correspondent pas à ceux de l’économie et sont donc contre-productifs. Les libéraux appellent « populisme » l’idée qu’il faut mettre les choix en délibération populaire. Cet argument antidémocratique vient s’ajouter à un autre : les questions à débattre sont de plus en plus compliquées et c’est une absurdité de vouloir les soumettre à une décision démocratique. Si le non à la constitution a été majoritaire, c’est seulement la preuve qu’il ne fallait pas faire de référendum ! Si la pédagogie perd en efficacité, c’est tous les processus démocratiques qui doivent être remis en cause. C’est un paradoxe : au moment où les responsables politiques se font souvent élire sur un programme, puis font autre chose, il leur semble impardonnable que les électeurs se saisissent d’une échéance électorale pour en dire un peu plus que ce qu’on leur demandait !

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La gauche vient d’être ébranlée par la campagne du référendum et par le résultat. Ce pourrait être un bon exemple pour tester certaines des hypothèses que je viens d’exposer.
Je voudrais revenir ici sur l’ensemble des raisons qui, prises ensembles, justifiaient de voter non. La première, c’est tout bonnement la campagne des partisans du oui. Jamais le mot de « pédagogie » n’a autant été employé que dans cette campagne[[Dans la semaine qui a suivi le référendum, le médiateur du journal Le Monde s’est senti obligé de répondre à tous les lecteurs qui s’étaient sentis à juste titre blessés par le ton employé par les rédacteurs à l’encontre des partisans du non. Il proposait que l’on arrête d’employer le mot de pédagogie qui infantilise les électeurs. Las, quelques pages plus loin, un rédacteur politique écrivait encore que c’est de pédagogie dont avaient manqué les partisans du oui ! . La force des partisans du non a été en premier lieu de ne pas céder à cette menace : « le texte constitutionnel est trop compliqué pour être lu ; faites nous confiance. » Il fallait, en votant non, imposer une défaite à cette manière de faire de la politique pour ne pas en faire. Cela impliquait d’appeler les électeurs à se saisir du texte, à le lire, à le discuter. Et cela a incroyablement bien marché. Les partisans du oui – dont certains confiaient même ne pas l’avoir lu -, ont plusieurs fois témoigné de leur énervement face à tous ceux qui leur posaient des questions précises sur telle ou telle partie du texte : « faites-nous confiance, comme nous faisons confiance aux experts ». C’est cette chaîne de transmission, anti-politique, que l’on avait, pour une fois, l’occasion de mettre en cause.
Mais en lisant le texte de la Constitution, on trouvait ce dont les partisans du oui ne voulaient pas discuter : son contenu « libéral ». À chaque fois que ce contenu était évoqué, les partisans du oui se sentaient d’ailleurs souvent obligés d’expliquer qu’ils ne l’acceptaient que contraints et forcés, qu’ils auraient souhaité autre chose, mais qu’il fallait faire avec. Le référendum était donc l’occasion de dire son désaccord avec un mode de construction de l’Europe dont on est en droit de penser qu’il se fait à l’envers : on unifie les marchés avant les conditions sociales. Ce sont donc les conditions sociales qui deviennent les variables d’adaptation. Cette construction permet de remettre en cause tous les acquis sociaux gagnés dans le cadre de chaque État nation, sans avoir l’air d’y toucher et en nous chantant le refrain du « on n’y est pour rien, on ne peut rien y faire ».
Ces deux premières raisons ont donc partie liée : le refus du libéralisme et le refus de la transformation de la politique en pédagogie sont les deux faces de la même médaille puisque le libéralisme considère que le meilleur monde possible ne naît jamais d’une action politique concertée mais du seul jeu des intérêts égoïstes.
La troisième raison de voter non tient à ce qu’on pourrait appeler l’aspect luddite de toute une partie, sans doute majoritaire, du vote non. Je dis bien « vote luddite » et non pas « vote de classe » comme certains ont pu l’écrire en constatant l’incroyable adéquation entre la situation sociale et le vote.
Il nous semble important de considérer que tous les devenirs sont ici possibles. Aucun fatalisme ne fait que ces millions de personnes finiront dans les bras de la droite extrême ni, malheureusement, dans ceux de l’extrême gauche. Tout dépendra des manières de faire de la politique. C’est peut-être maintenant que les différentes manières de faire de la politique, ou de l’anti-politique, peuvent à nouveau manifester leurs effets redoutables. L’anti-politique ignore qu’elle est performative. Quand elle fait de la pédagogie, quand elle infantilise les électeurs, elle peut effectivement les transformer… en gosses mal élevés aux devenirs incertains.
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Nous n’avions évidemment pas prévu l’importance que prendrait l’épreuve du référendum au moment où nous finissions d’écrire La Sorcellerie capitaliste. Mais nous sommes contents que notre livre soit arrivé au bon moment. « Avoir besoin que les gens pensent » n’implique pas de privilégier les problèmes locaux et de mépriser ceux qui sont immédiatement plus globaux. La démarche pragmatiste qui a été la nôtre implique de ne pas se penser en extériorité, mais de manière immanente, surtout pas comme des prophètes mais comme des « jeteurs de sonde » embarqués dans l’aventure qui commence à Seattle. Nous nous sommes retrouvés dans cette différence que John Dewey avait déjà tenté de créer : « Le philosophe social qui vit dans un monde peuplé de ses propres concepts résout les problèmes en montrant le rapport des idées entre elles, au lieu d’aider les hommes à résoudre des problèmes dans le concret en leur fournissant des hypothèses à utiliser et à mettre à l’épreuve dans les projets de réforme. »[[John Dewey, Reconstruction en philosophie, Farrago/Léo Scheer, 2003, p.160. Pour faire contraste, citons Michael Hardt et Antonio Negri : « L’invention d’une nouvelle science de la démocratie à destination de la multitude constitue certainement un immense chantier, mais le sens générique d’un tel projet est clair. »[[Michael Hardt, Antonio Negri, Multitude. Guerre et démocratie à l’âge de l’Empire, La Découverte, 2004. Il y a apparemment là deux manières très opposées d’être anti-capitaliste.

Pignarre Philippe

Éditeur des Empêcheurs de penser en rond, a récemment publié Être anticapitaliste aujourd'hui. Les défis du NPA aujourd'hui (La Découverte, 2009), La Cigale lacanienne et la fourmi pharmaceutique (Éditions EPEL, 2008) et avec Isabelle Stengers La Sorcellerie capitaliste. Pratiques de désenvoûtement (La Découverte, 2005).