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Exoplanètes postcapitalistes

La fin du genre humain est proche. Le mode de production capitaliste dans sa version néolibérale a accumulé plus d’émissions et détruit davantage de biodiversité au cours de ses trente années d’hégémonie que même le fordisme, avec son pétrole bon marché n’avait réussi à le faire pendant les trente glorieuses. L’écocide a même accéléré son rythme après le court ralentissement de la Grande Récession, et dans les années 2010 l’accumulation de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a atteint 415 ppm, la valeur la plus élevée des trois derniers millions d’années. L’histoire géologique de la Terre depuis le Cambrien montre que le réchauffement climatique a conduit à de grandes extinctions qui ont remis l’horloge évolutive à zéro : nous allons finir comme les trilobites avec l’extinction du Permien, si nous n’abandonnons pas le capitalisme fossile en l’espace d’une décennie. Un mouvement écologique mondial à la hauteur de ce défi est enfin apparu, avec FridaysForFuture inspiré par l’icône pop mondiale Greta Thunberg et avec le mouvement Extinction Rebellion (XR) lancé depuis les ponts et les places du centre névralgique de Londres, avec des occupations s’obstinant toute la semaine après Pâques, jusqu’à l’arrestation de plus de 1 000 personnes et la saisie du bateau rose “Tell the Truth” sur Oxford Street. La même chose s’est produite sur le Pont Sully le 28 juin 2019 à Paris, quand les CRS de Macron ont aspergé de pepper spray les jeunes activistes qui bloquaient le pont en demandant la déclaration d’urgence climatique pour aller au-delà des fausses promesses du capitalisme vert faites au sommet ONU de Paris sur le climat de fin 2015. La sixième grande extinction avance et les tigres, les éléphants et les girafes n’existeront bientôt que dans les zoos (les rhinocéros sont déjà éteints), mais surtout la déforestation et la destruction des habitats, bref l’anthropisation du monde, mène à une catastrophe écologique accélérée sur tous les axes de la biosphère : fonte rapide des calottes polaires, acidification et plastification des océans, désertification et incendies colossaux, déclin drastique de la biomasse des insectes (les abeilles !), et fin de toute notion de nature “sauvage” même dans les forêts tropicales. De vastes régions de la terre deviendront inhabitables d’ici la fin du siècle, en particulier les régions tropicales et subtropicales où se concentrent deux milliards de personnes. Ce n’est pas le Nord capitaliste qui mourra de chaleur, mais le Sud en développement. Ceux qui n’auront pas les moyens de se payer l’air conditionné ne survivront pas.

Aujourd’hui, la dystopie écologique est devenue une source de divertissement dans le domaine de l’info-divertissement commercial. Plus l’apocalypse écologique (disons une combinaison de Ballard et McCarthy) devient réaliste et probable, plus nous la percevons comme une fiction qui se passe ailleurs et pour les autres au lieu d’ici et maintenant. Cependant, en 2018-2019, le passivisme netflixien et la résignation de ceux qui ont d’abord dit “ils trouveront une solution”, puis “nous devons nous adapter”, puis “il est trop tard pour faire quoi que ce soit”, a été vaincu par des adolescents qui ont compris qu’il s’agissait non pas du futur de leurs enfants, mais de leur propre risque existentiel (l’insécurité permanente dans le travail étant quant à elle presque internalisée). Comme Marc Jacobson, de Stanford, l’a démontré sur Nature et ailleurs (https://web.stanford.edu/), l’abandon des énergies fossiles et l’électrification rapide de l’économie est technologiquement faisable à des coûts supportables. Mais ce ne sont pas seulement les systèmes énergétiques qui doivent être revus, mais aussi les transports, l’agriculture, la construction, bref, un changement de paradigme productif, systémique, et culturel. Nous avons besoin d’un passage rapide du capitalisme néolibéral à l’écoféminisme solidaire, de l’individualisme au collectif, du global au biorégional, du national au continental. Jamais les arguments anticapitalistes et les expériences postcapitalistes n’ont eu plus d’espace pour proliférer, mais jamais dans l’histoire récente le socialisme et le communisme n’ont été aussi peu pertinents. C’est la question écologique qui domine et embrasse la question sociale, aussi bien dans l’Europe toujours plus verte et toujours moins sociale-démocrate que dans l’Amérique altersocialiste d’Ocasio-Cortez et Klein, avec leur New Deal vert, qui vise à résoudre la question sociale grâce aux emplois verts générés par la conversion de l’économie aux énergies renouvelables et la reforestation.

Ce que nous soutenons, c’est que les militants anticapitalistes devraient une fois pour toutes adopter le drapeau vert dans toutes ses nuances (de la ZAD à XR, de Hambi Bleibt à la grève mondiale du climat, du Club de Rome à Greenpeace) pour donner corps à une stratégie révolutionnaire afin d’éliminer le capitalisme fossile, en accompagnement des transformations sociales rapides liées à la conscience du caractère non viable du capitalisme. La fin du capitalisme ne viendra pas de la victoire du prolétariat sur la bourgeoisie, comme Marx et Lénine l’ont soutenu, mais de la conquête de l’hégémonie sur la noosphère et du pouvoir sur la géosphère par le précariat, le cognitariat et le travail indépendant 4.0 allié(e)s contre les oligopoles numériques et les industries énergétiques – avec une stratégie bio-régionaliste, émancipatrice, urbaine et mutualiste, visant à exercer clairement le pouvoir de l’écologie politique au niveau métropolitain et transnational. Contrairement à Extinction Rebellion, je ne crois pas que le capitalisme va disparaître face à la supériorité des raisons scientifiques de l’écologisme. Il est plus probable que l’irrationalité de la croissance pour la croissance et du profit pour le profit donne naissance à de nouveaux régimes fossiles féodaux, dont le pétro-régime de Poutine et le nazi-populisme de Trump et Bolsonaro nous offrent déjà un aperçu. À mesure que l’urgence climatique devient de plus en plus extrême, avec son énorme charge de deuil, il n’est pas improbable qu’une guerre civile mondiale éclate dans les décennies à venir, entre extinctionnistes et anti-extinctionnistes, pour la survie de l’espèce humaine contre quelques élus ultra armés ayant déjà un pied déjà dans l’espace.

La métaphore que nous utilisons pour la société, l’économie, la culture post-capitaliste future est celle de l’exoplanète. Puisant également dans la science-fiction contemporaine, nous pensons à des mondes différents des nôtres, des scénarios du possible. Nous pensons que le pouvoir social des sujets historiques doit s’équiper pour agir dans des mondes futurs allant de la dystopie infernale à l’arcadie écosophique, de la cybernétique néomaoïste à la reconstruction anarchovegane, du féodalisme post-apocalyptique à l’immatérialisme post-humain, parce que, aujourd’hui, il n’y a pas d’alternative à l’utopie globale, car le capitalisme conduit à l’extinction de toutes et tous.

Arboria

L’Armée de libération de la Terre l’emporte sur le féodalisme fossile et les anarchovegans détruisent tout ce qui reste de la civilisation agro-industrielle – le milliard de personnes survécus vivent dans les forêts qui couvrent la planète – il n’y a plus d’agriculture sauf de subsistance – la consommation de viande est réprimée à l’égal du cannibalisme mais la consommation d’œufs ou de poisson est tolérée dans quelques zones franches.

Demiterre

La guerre cyborg de 2101 se termine par la victoire de la faction bios sur la faction synth – la moitié de la planète, l’hémisphère Landia qui recouvre la plupart des terres, est livré à l’agro-urbanisation circulaire solaire et intensive où 5 milliards de personnes coopèrent et échangent en halfcoin, la monnaie décentralisée frappée par les municipalités métropolitaines et suburbaines globalement fédérées dans le Grand Demi, l’assemblée mondiale des communautés humaines, post-humaines et hybrides. L’autre hémisphère, Thalassia, qui ne contient qu’un huitième des terres émergées, est livré à l’absence de présence humaine pour un rétablissement total des espèces terrestres et marines. Une barrière de 10 000 volts avec des postes de contrôle tous les 10 km et des patrouilles ayant l’ordre de tirer à vue empêche l’entrée des (post-)humains dans Thalassia. Seuls les droïdes de recherche ou de médias sont autorisés à survoler le site pour surveiller et spectaculariser la reprise de la biodiversité après la sixième extinction.

Muskia

est la planète accélérationniste (l’année y dure six jours) colonisée par les descendants du vaisseau spatial FalconX qu’Ethan, l’arrière-petit-fils d’Elon Musk, a envoyé dans l’espace lorsque les systèmes vitaux de la Terre se sont effondrés en 2098, rendant la ceinture tropicale entière inhabitable pour les humains et les mammifères. Un échantillon représentatif d’humains (1000 personnes) avec 500 droïdes du modèle Cogitans ont été hibernés et envoyés pour un voyage de 225 ans en direction de la constellation d’Aquarius pour atteindre la planète autrefois connue sous le nom de Trappist-1e. À partir de 2423 A.T. (Annus Terris) la civilisation néo-humaine s’est répandue sur la face méridienne de cette planète qui reste orientée en permanence vers son étoile, dans un ciel rouge sillonné par les autres planètes qui tournent autour de l’étoile trappiste. En hommage à la dynastie fondatrice, la capitale de la planète s’appelle Tesla, mais la métropole la plus cool (10 000 habitants) est Nikolia, où les scooters électriques infrarouges et les planeurs photovoltaïques vous permettent le déplacement au sol et dans l’atmosphère. Tous les habitants humains de la planète sont reliés par un modèle d’interface neurocomputationnelle Turing-Minsky. C’est le HiveMind.

Terra Futura

La planète sur laquelle nous vivons, mais en 2050, lorsque la catastrophe climatique aura commencé à mordre. Prévisions globales ; le nouveaux migrants seront blancs, le nouveaux maîtres chinois, le nouveaux entrepreneurs africains. L’Europe sera une colonie eurasienne de l’Empire céleste. La zone franche de l’Afrique de Lagos à Nairobi portera le nouvel esprit du capitalisme post-occidental. Les régimes vassaux des Amériques exporteront des matières premières vers la Grande Chine sage, puissante et pacifique.

Nefaria

L’effondrement intégral : retour de la planète à des formes de vie unicellulaires.

 

Traduit de l’italien par le digital labor incorporé dans www.DeepL.com/Translator