93. Multitudes 93. Hiver 2023
Majeure 93. Communs négatifs

Des communs positifs aux communs négatifs
Repenser les communs à l’ère de l’Anthropocène

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Des communs positifs aux communs négatifs
Repenser les communs à l’ère de l’Anthropocène
La notion de Communs s’est dans une grande mesure diffusée dans la littérature académique en France à partir des travaux de l’économiste Elinor Ostrom autour des Commons Pool Resources. Dans cette conception, les Communs sont toujours des éléments intrinsèquement marqués positivement, en tant qu’ils constituent des biens pourvus d’utilités venant satisfaire des besoins humains (réserves en eau, bois, ressources halieutiques, etc.). Cette vision a permis un temps une meilleure prise en compte des questions écologiques dans le champ de l’économie, en mettant en lumière des pratiques de gestion partagée pouvant contribuer, dans certaines conditions, à la durabilité des ressources. Mais elle est aussi fortement marquée par une perspective « environnementaliste » et « développementiste » peu adaptée à la situation ouverte par l’Anthropocène et les défis qui la caractérisent. Dans un monde marqué par l’urgence climatique, il importe sans doute de rompre avec l’approche « bucolique » des communs positifs pour envisager en tant que Communs négatifs non plus les choses suscitant un désir d’appropriation, mais celles que plus personne au contraire ne souhaite posséder (déchets, ruines industrielles). Penser les Communs au-delà de la ressource et de l’usage permet aussi de penser comme Communs négatifs des éléments dont l’abandon ou la limitation devient critique (énergies fossiles, plastique, viande, trafic aérien, etc.).

From Positive Commons to Negative Commons
Rethinking the Commons in the Context of the Anthropocene
The notion of the Commons has been widely disseminated in academic literature in France since the work of economist Elinor Ostrom on Commons Pool Resources. In this conception, Commons are always intrinsically positively marked elements, insofar as they constitute goods with utilities that satisfy human needs (water reserves, wood, fishing resources, etc.). For a time, this vision allowed ecological issues to be better considered in the field of economics, by highlighting shared management practices that could contribute, under certain conditions, to the sustainability of resources. But it is also strongly marked by an “environmentalist” and “developmentalist” perspective, which questions its adaptation to the situation opened up by the Anthropocene and the challenges that characterize it. In a world marked by the urgency of climate change, it is undoubtedly important to break with the “bucolic” approach to the positive commons and consider as negative commons not those things that arouse a desire for appropriation, but those that no-one wishes to possess (waste, industrial ruins). Thinking of the Commons beyond resources and use also enables us to consider as negative Commons elements whose abandonment or limitation is becoming critical (fossil fuels, plastics, meat, air traffic, etc.).