Tongues Untied (extraits)

De frère à frère… De frère à frère… (bis)
De frère à frère… De frère à frère… (bis)
Le silence j’entends après en avoir serré cinq.
« Comment ça va, mon pote ? » « Alors ? » « Ça va, copine ? »
Quand je cause à une copine,
Je songe à mes dernières frasques, à la dernière teuf au club Elle-elle,
Plutôt qu’à la douleur ressentie ce matin-là
Quand un bijoutier m’a refusé l’entrée de sa boutique
Parce que je suis noir, homme de surcroît,
Et qu’on nous perçoit comme des voleurs,
Je ravale ma douleur, et, si j’en parle,
Je l’exprimerai en disant :
« J’aurais dû défoncer sa vitrine ! »
Ça exorcise en partie la colère, mais la souffrance,
Faute de s’exprimer, prend le dessus et s’accumule.
Le silence permet de supporter,
D’occulter à quel point ma vie est dévalorisée chaque jour.
100 % des Noirs ! Tous les jours !
100 % des Noirs ! Tous les jours !
100 % des Noirs ! Tous les jours !
Tous les jours !
Je me fais fort et silencieux.
J’apprends à ravaler la haine à une vitesse géométrique
Et je compte jusqu’à 10, 10 000, 10 000 000.
CRACK, SIDA : LES NOIRS SONT-ILS UNE ESPÈCE EN DANGER ?
Je ne me plains plus, je ne me réjouis plus.
Il ne reste que le rap.

Le silence est mon bouclier
Il écrase
Le silence est mon masque
Il étouffe
Le silence est mon épée
Il est à double tranchant
Le silence est l’arme la plus mortelle (choral)
Quel héritage dans le silence ?
Combien de vies perdues…
Quel avenir dans le silence ?
Combien de vies perdues…
Sa poigne séduit.
Ce silence…
Brisez-le ! Notre silence !
Déliez les langues ! Témoignez ! Brisons le silence, chéri !
Ensemble ? Maintenant ?

Maintenant que j’ai frôlé la mort, que j’ai tenu et bercé sa main,
souffert de ses ricanements qui me pétrifiaient, la mort, c’est trop pour mourir seul.
Maintenant que j’ai pleuré des morts, des amours jamais vécues,
des actions omises, une perversion polie, pubescente,
Maintenant que je suis dépouillée des nuances,
« nègre », « mouflet » en faveur des pigments « pédé », « tantouze »
au sexe indistinct et flou
Maintenant que je suis tapette, pédé, libre, initie-moi.
Peins la guerre sur mes joues. Oins-moi d’huile de coco, de foutre,
Pour que je parle dans des langues si emmêlées qu’elles débrouillent mon esprit.
Tiens mon sexe entre tes mains.
Bénis-le. Slice-le.
Marque une croix sur sa pointe,
Signe du rituel.
Initiation au combat.

(…)
Mère, tu sais ?
la nuit, j’erre, seul
Imbibé d’eau de Cologne, moulé dans mon pantalon, des chaînes en or au cou,
en quête d’hommes appréciant la lumière des chandelles.
Je n’ai pas peur de ces hommes, alors que certains sont des tueurs d’enfants comme moi.
J’ai appris qu’il n’y avait pas de pitié pour les hommes de couleur, pour les fils qui comme moi aiment les hommes.
N’aie pas honte de ma vie.
J’ai choisi cette tribu de hors-la-loi, de guerriers.
Ne pense pas avoir raté quelque épreuve de maternité.
Ma vie a produit des fruits que nulle femme n’aurait pu me donner.
Par ces nuits noires, humides, aux lèvres gonflées, quand je me promène, je trouve la liberté dans ce village.
Si c’est bon pour ma tribu, je t’emmènerai ici. Tu ne remarqueras jamais l’absence de riz et de demoiselles d’honneur.

(…)
De frère à frère. Hommes noirs aimant hommes noirs, un appel à l’action. Un appel à l’action, une reconnaissance de responsabilité. On peut prendre soin de nos pareils par les nuits froides et muettes. Ces jours-ci, les nuits sont de sang-froid et le silence fait écho avec complicité.

Traduit de l’anglais par Guénola François et Christian Bloch