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58. Multitudes 58. Printemps 2015

À chaud 58

République et pseudojihad

République /
« Jihad » / Empire

L’article, pensé « à chaud » après la tragédie qui a commencé à Paris le 7 janvier 2015, cherche à substituer un vocabulaire alternatif d’analyse des événements aux proclamations de certains politiques – souvent vides et hypocrites – appelant à « éviter l’amalgame ». Il montre qu’il est nécessaire de pluraliser et de complexifier notre lexique pour désigner des phénomènes qui relèvent avant tout du politique et des crises d’un monde commun et profane. L’article s’achève en ouvrant une perspective d’analyse socio-historique sur la façon dont la racialisation de l’« islam » et du « religieux » rejoue un refoulé colonial.

Republic /
“Jihad” / Empire

This article, written just after the 7th of January 2015, tries to engage with the political situation in the aftermath of the event. The first part articulates an alternative vocabulary for describing contemporary terrorism as a substitute for the hypocritical and abstract condemnation of any sort of confusion between islam and terrorism. It tries briefly to address the problem of contemporary terrorism as being a modern political phenomenon having much more to do with a crisis of a common world than with a so-called “return of the religious” or with “Islam”. It ends by raising some questions about the way racializations of Muslims and “religion” can be seen as post-colonial effects in contemporary France.

L’automation intellectuelle, la mort de l’emploi et le revenu de pollinisation

L’automation intellectuelle,
 la mort de l’emploi et le revenu 
de pollinisation

Les discours lénifiants promettant de résoudre tous les problèmes sociaux et écologiques par une « reprise de la croissance », synonyme de « retour au plein emploi », sonnent de plus en plus creux. Nous vivons une deuxième vague de déploiement du capitalisme cognitif, caractérisée par l’automatisation de tâches intellectuelles bien plus complexes, dont les études les plus sérieuses montrent qu’elle annonce une explosion spectaculaire des chiffres du chômage (jusqu’au sein des classes les mieux éduquées). Les leçons de la première vague d’industrialisation du début du XIXe siècle enseignent que seuls des combats idéologiques et politiques peuvent conduire les logiques économiques à s’adapter à ces nouvelles dynamiques. Les mesures préconisées depuis 15 ans par Multitudes (revenu universel garanti, taxe pollen, réforme de l’éducation) sont plus urgentes que jamais.

Intellectual Automation, Death of Employment and Pollination Income


« Back to growth » and « Back to full employment » mantras have lost all traction on our economic realities. We are in the middle of a second wave of cognitive capitalism, which automatizes much higher forms of intellectual work. Analysts forecast massive increases in unemployment, especially among highly educated segments of the population. Lessons drawn from the first industrialization, at the beginning of the 19th century, show that only ideological and political struggles can push the economy to adapt to such new dynamics. The measures promoted by Multitudes over the last 15 years (universal guaranteed income, pollen tax, reformation of the educational systems) appear more urgent than ever.

Icônes 58

L’énergie radicale de Touki Bouki

L’énergie radicale de Touki Bouki


Le film Mille soleils de la cinéaste Mati Diop (Grand prix du FID de Marseille 2013) nous convie aujourd’hui à revoir le film de Djibril Diop Mambety, son premier long-métrage, Touki Bouki, le voyage de la hyène, considéré comme un classique du cinéma après avoir reçu le prix de la critique internationale du festival de Cannes en 1973. Par ses caractéristiques formelles très audacieuses et par les thèmes toujours actuels qu’il traite, ce film continue à nous questionner : que nous dit-il sur l’histoire du cinéma depuis lors ? De quelles manières Mati Diop le convoque-t-elle ? Comment dialogue-t-il avec le Sénégal contemporain ? Mais également avec les relations France-Afrique ? Ou avec l’Occident ?

The Radical Energy of Touki Bouki

Mati Diop’s recent film Mille Soleils (2013) invites us to revisit Djibril Diop Mambety’s classical but still avant-gardist movie Touki Bouki («The Hyena’s Travel »), which received the International Critics’Award at Cannes in 1973. Its audacious formal choices as well as its socio-political themes continue to question us : what does it tell us about the evolution of cinema after 1973 ? About today’s Senegal ? About the relations between France and Africa ? About the West ?

Post storyboard, d’après le film Touki Bouki de Djibril Mambety Diop

Touki Bouki est un film de montage. Première gageure pour celui qui tente d’en figer les moments clefs. L’interprétation que j’ai dessinée d’une sélection de plans du film Touki Bouki s’apparente à un post-story board. L’étude par le dessin offre une appréhension active du travail de Dijbril Mambety Diop, mue par le désir de saisir une œuvre qui subjugue, saisir les choix et les procédés auxquels le cinéaste a recours pour agir sur nos sens et notre perception. Les séquences et l’action s’affirment dans les collisions. Toutefois, ces planches d’après photogrammes, régulièrement recadrés et parfois bousculés dans leur chronologie, empruntent et saluent la liberté de l’œuvre originale. La composition en face à face des deux plans cut d’un raccord, l’étude à l’arrêt des traits singuliers des visages, de leur disparition dans la lumière, de la force des ombres, des formes, des flous de la vitesse d’une caméra actrice, des indices glanés à la volée par l’équipe dans l’environnement direct et les décors choisis – tout cela propose un autre point de vue sur l’énergie radicale de Touki Bouki.

Majeure 58. Nouvelle robotique, nouveaux vivants

Le développement de la robotique autonome, dans tous les espaces de l’existence, relance l’intelligence artificielle et transforme la question de la vie – celle de la mort aussi, avec les drones tueurs. La question est de savoir si, en compagnie de ces artefacts, nous pouvons rester des humains comme les autres – et jusqu’où le vivant peut être « contaminé » par eux. L’humain augmenté, la robotisation des tâches à l’usine ne sont pas pour le futur, ils sont déjà là. Que deviennent des sociétés où une minorité d’humains travaillent, l’essentiel des tâches étant effectuées par des robots ? La robotisation apporte de profondes transformations du travail et en général de l’agentivité, et impose à l’humanité d’ouvrir de nouveaux espaces de création et de jouissance. (Sylvie Allouche, Sandra Laugier & Dominique Lestel)

Les robots oscillent entre vivant et inerte

Les robots oscillent entre vivant et inerte

Il est impossible d’ouvrir un dossier consacré à la robotique sans rencontrer de multiples prophéties annonçant dans un futur proche que nous vivrons entourés de robots anthropomorphes ou zoomorphes et que nous nous machinerons par des voies que nous ne pouvons pour le moment qu’entrevoir. Peut-on envisager une approche de la robotique un peu moins prophétique et donc décevante, un peu plus pragmatique et donc plus surprenante, un peu plus réflexive et donc habitée par un principe de précaution ? Faut-il continuer à faire passer les machines pour autre chose que ce qu’elles sont ou doit-on arrêter de les prendre pour ce qu’elles ne sont pas (des animaux, des humains) ? Faut-il considérer qu’elles constituent un « règne » à part entière, à côté du minéral et du végétal, ou bien faut-il continuer de les reléguer dans l’instrumental, ce grand bazar ? Ce « manifeste » reprend quelques-unes des observations faites par ceux qui, dans le champ de l’anthropologie principalement, observent la « révolution robotique », suivent ses essais d’expérimentation/implémentation et abordent la diversité des interactions homme-machine avec les outils de l’enquête de terrain.

Robots Oscillate Between the Inert and the Living

Impossible to discuss about robotics without stiring many prophecies announcing that we will live surrounded by zoomorphic or anthropomorphic robots and transform ourselves in ways we can not yet imagine. Is it possible to adopt a slightly less prophetic approach, a little more pragmatic and therefore more surprising, a bit more reflective and thus inhabited by a precautionary principle? Should we continue comparing or assimilating machines with other kinds of beings (animals, humans) ? Should we accept that they are a « reign » in itself, next to the mineral, the vegetal or should we continue to relegate them into the instrumental, this big bazaar ? This manifesto summarises some of the observations made by anthropologists who observe the « robot revolution » with ethnographic tools, following experimental processes/implementation tests and the very concrete situations of interaction in which robots can be experienced.

La voiture autonome et ses implications morales

La voiture autonome et ses implications morales


Cet article soutient que les voitures autonomes sont des robots sociaux qui doivent agir comme des tenants-lieux de leurs propriétaires humains. Pour ne pas esquiver les choix moraux incombant aux utilisateurs humains de ces technologies, on pourrait programmer les véhicules de façon à ce qu’ils puissent se comporter selon différentes théories morales, en permettant aux propriétaires de choisir celle qui a leur préférence. L’article envisage également les implications éthiques d’autres problèmes pratiques liés à la technologie des voitures autonomes.

Autonomous Cars and their Moral Implications


This paper argues that autonomous cars are social robots which must act as moral proxies for their human owners. To avoid the unacceptable removal of moral choices from human users of these technologies, we could program the vehicles to act in accordance with different moral theories and allow their owners to select their preferred behaviour. The paper also considers ethical implications of other practical concerns surrounding autonomous car technology.

Le Cobot, la coopération entre l’utilisateur et la machine

Le Cobot, 
la coopération entre l’utilisateur et la machine

En 1996, le terme de « cobot », 
contraction de « robotique collaborative », apparut sous la plume de deux chercheurs américains travaillant pour l’industrie automobile. Il s’applique aujourd’hui à un nouveau champ de la recherche en robotique, la « cobotique », qui s’attache à concevoir des machines asservies ou pseudo-autonomes susceptibles d’être utilisées au sein d’un environnement humain. Le cobot se différencie donc essentiellement du robot par son absence d’autonomie puisque, par définition, il ne peut pas fonctionner sans l’action d’un opérateur. L’approche collaborative, tout en dépassant la simple « utilisation » qui pourrait être faite d’un outil, valorise le travail de l’humain et laisse présager d’une meilleure acceptabilité sociale du cobot, qui n’aurait pas pour vocation de remplacer l’homme, mais de l’épauler.

The Cobot : a New Form of Human-Machine Interaction

An abbreviation for « Collaborative Robotics », the term cobot was coined in 1996 by two American researchers working for the car industry. It refers to a new field of research – cobotics – which designs pseudo-autonomous or servant machines to be used in human environment. A cobot differs from a robot insofar as it cannot function without the action of a human operator. This collaborative approach goes beyond the mere « use » to be made of a tool : it valorizes human labor and makes the cobot a more acceptable partner, since it does not lead to the replacement of the human, but to his assistance.

Réguler les robots-tueurs, plutôt que les interdire

Réguler les robots tueurs, plutôt que les interdire

Les futurs systèmes d’armes létales autonomes (LAWS selon leur acronyme anglais), aussi appelés « robots tueurs », seront-ils une menace pour l’humanité ? Dans cet article de proposition prescriptive, nous soutenons qu’ils ne privent pas les humains de leurs responsabilités. Au contraire, ils augmentent notre capacité à leur faire rendre des comptes de leurs crimes de guerre, même si leur diffusion et leur utilisation doivent impérativement être réglementées par des organisations étatiques et internationales. Le moment actuel est crucial pour mettre en place un accord international sur leurs réglementations, alors même que le développement et les applications de ces technologies font débats. La peur largement partagée que suscitent ces robots tueurs est à nos yeux infondée: il faut plutôt considérer leur arrivée comme une bonne nouvelle.

Regulate Killer Robots instead 
of Banning Them

Will future lethal autonomous weapon systems (LAWS), or « killer robots », be a threat to humanity ? In this policy paper, we argue that they do not take responsibility away from humans ; in fact they increase the ability to hold humans accountable for war crimes – though their distribution and use must be regulated by state and international agencies. We argue that now is a crucial time to ensure an agreement on regulation, while development, application and use of these technologies are under debate. The widespread fear of killer robots is unfounded : they are probably good news.

Inventivité des imitations ludiques

Inventivité des imitations ludiques

Cet article présente plusieurs machines dont l’existence est intimement liée aux pratiques ludiques. Il montre que ces objets s’inscrivent aussi bien dans la recherche en robotique et en intelligence artificielle que dans les pratiques artistiques contemporaines. Il s’intéresse en particulier à l’espace de jeu ouvert par l’interaction avec les machines et propose de considérer cet espace comme le lieu privilégié d’une forme d’expérimentation anthropologique.

The Inventiveness of Playful Imitations

This paper describes several machines intimately linked to playful practices. It shows that such machines belong simultaneously to research in robotics and artificial intelligence, and to practices of contemporary art. Focusing on the space opened by these machines for interactive play, it describes it as privileged space for certain types of anthropological experimentation.

Les robots sont des personnes comme les autres. Changer notre regard pour ne pas subir l’automatisation

Les robots sont des personnes comme les autres

Tout un symbole : Vital est le sixième membre du conseil d’administration de la société hongkongaise Deep Knowledge Ventures, alors qu’il n’est qu’un simple algorithme. Qu’il s’agisse de logiciels et d’objets dits intelligents ou de robots humanoïdes comme Pepper, Romeo et Nao, nous allons devoir apprendre à travailler bien sûr, nous amuser, être soignés mais aussi dialoguer avec ce genre de machines. Gare à ne pas les sous-estimer ! Qu’elles aient été conçues par un être d’os et de chair ne les empêchent pas d’être nos interlocuteurs. Certaines d’entre elles ne devraient-elles pas être considérées demain comme de vraies « personnes non humaines », selon le terme auquel a droit, depuis un procès de fin décembre 2014, l’orang-outan Sandra du zoo de Buenos Aires ?

Robots are People like You and Me

Vital, an algorithm, was elected as the sixth board member of the Honk Kong firm Deep Knowledge Ventures. Software, « intelligent objects », humanoid robots like pepper, Romeo and Nao: we will have to learn to work, talk and play with them, but also to be treated and cared for by this new type of machine. Let’s not underestimate them ! The may have been designed by humans, but they are nevertheless called to become our daily partners – and some of them may have to be considered as true « non-human persons », following the legal category crafted in 2014 for Sandra, the orangutan living in Buenos Aires zoo.

La vie des robots et la nôtre

La vie des robots
 et la nôtre


La rupture entre ce qui est vivant ou naturel et ce qui ne l’est pas est beaucoup moins marquée dans la culture japonaise qu’elle ne l’est dans la culture occidentale – ou du moins, elle n’est pas marquée de la même manière et du même poids. En m’inspirant en partie de la pratique que l’on trouve au cimetière de Koya-san, qui consiste à donner une tombe à des objets inanimés – voiture, fusée, pompe à eau – je m’interroge sur ce que cette distinction signifie pour la robotique sociale.

Robot’s Life and Ours

The meanings of what is « artificial » take for granted a separation between, what is living and natural, and what is neither. However, this separation is not as clearly marked in Japanese culture as it is in the West, or at least is not marked the same way and with the same weight. Based on a practice observed in Koyama-san cemetery, which is to erect tombstones for inanimate objects – cars, rockets, water pumps, etc. – this paper asks what is the meaning of that distinction for social robotics.

Hors-champ 58.

La guerre des codes

La guerre des codes

Dans la carte des conflits numériques – logiciel libre, open source, théorie de la propriété – Échelle Inconnue relate son expérience de bataille pour le QR-code (encodeur et décodeur libre en ligne, donc gratuit et réalisable par tous) contre le système de « Flash code » payant, érigé comme standard national, commercialisé par Orange. Ce récit, victorieux dans la ville de Rouen, a amené une vingtaine de collectivités territoriales à préférer utiliser le site d’Échelle Inconnue pour élaborer leur code, amenant Orange à abandonner ses rêves de code fermé et payant.

The War of Codes

On the map of digital conflicts about free software, open source and intellectual property rights, Échelle Inconnue tells the story of its struggle in favor of QR-Code (a free encoding and decoding device open to all) against the Flash Code, commercialized by Orange as a paying and proprietary device, promoted as an international standard. The struggle was successful in the city of Rouen, and since then twenty other cities have followed, preferring Échelle Inconnue’s cod ing system, bringing Orange to abandon their dreams of restricted and paying access.

L’usage de la vie

L’usage de la vie

Nous faisons usage de machines, de chaussures, de cartes, en vue de notre vie, de sa conservation et de son développement. Mais c’est la vie elle-même qui est avant tout « usable », et pour laquelle machines, chaussures, cartes sont utilisées. L’usage de soi, de son existence, est le présupposé et la poutre maîtresse de tous les autres usages. Or l’usage de soi se fonde sur le détachement de soi. Est utilisée une existence à laquelle on ne peut pas toujours s’identifier, qui ne se possède pas entièrement et qui, sans être vraiment étrangère, n’est pas non plus complètement familière. Autrement dit, l’usage de la vie concerne l’espèce qui, en plus de vivre, doit rendre sa vie possible. Le jeu de scène théâtral récapitule et amplifie les procédés par lesquels l’être humain se sert de son existence. L’activité de l’acteur est un modèle incomparable de l’usage de la vie et du souci de soi. Pour reconstituer avec précision les « technologies du soi », il convient de regarder de près les écrits de Stanislavski, Mejerchol’d, Brecht et Grotowski.

The Use of Life

We make use of machines, shoes, maps, for our life, its conservation and its development. But it is life itself that is primary usable – in view of which machines, shoes, maps are used. The use of oneself, of one’s existence, is both the premise and the cornerstone of all other uses. The use of oneself is based on the detachment of self. The existence which comes to be used is one with which one cannot always identify, one that is not fully possessed, and that is not completely familiar, while also not being really strange. In other words, the use of life relates to the species which, in addition to living, must make its life possible. The theatrical stage recapitulates and amplifies the processes by which the human being makes use of its existence. Acting is an incomparable life’s use and care of the self model. In order to reconstitute with precision the « technologies of self », it is advisable to take a close look at the writings of Stanislavski, Mejerchol’d, Brecht and Grotowski.

La catastrophe radioactive de Goiânia au Brésil. Conflits sur l’interprétation d’un désastre, comment vivre après ?

La catastrophe radioactive de Goiânia au Brésil. Conflits sur l’interprétation d’un désastre, comment vivre après ?

Le conflit d’interprétation, associé aux aspects de la santé, de la contamination radioactive et des indemnisations, est toujours d’actualité dans le monde. Dans cette analyse, l’auteure avance que les expériences subjectives apportées par les récits construits par les survivants du désastre de Goiânia, au Brésil, défient les identités et les frontières définies par la biomédecine pour encadrer cette catastrophe.

The Radioactive Catastrophe of Goiânia in Brazil. Bio-Scientific Classifications and Subjective Experiences

The conflict of interpretations raised by nuclear accidents and leaks, with their impact on health and their financial compensations, is more present than ever on the international scene. This article suggests that the subjective experiences generated by the activity of storytelling surrounding the Goiânia disaster in Brazil challenge the identities, borders and limits promoted by biomedicine in order to contain this catastrophe.

Mineure 58. Le care des robots

La présence croissante d’artefacts humanoïdes ou animaloïdes dans les espaces privés, et en particulier la maison, constitue un phénomène transformateur de nos formes de vie, au sens social et biologique. Le Japon et la Corée sont en tête de telles innovations pour les robots-compagnons qui veillent aux plaisirs et à la santé des humains. Quelles interactions pourrons-nous développer avec ces compagnons de vie ? Quels affects et attachements ? Et réciproquement : s’ils s’occupent de nous, qu’advient-il de leur relation au genre humain – dès lors que les robots chirurgiens, pharmaciens et compagnons s’occupent de pérenniser la vie ? (Sylvie Allouche, Sandra Laugier & Dominique Lestel )

Il y a du soin dans l’air. Robots soignants et environnements de soin

Il y a du soin dans l’air. Robots soignants et environnements de soin

Dans cet article, nous examinons les défis possibles soulevés par l’utilisation des termes « soin » (care) et « prendre soin » (taking care) lorsque le soignant est un robot autonome, ce que nous nommons un « agent artificiel de soins médicaux ». Autrement dit, notre question est de savoir si ces agents artificiels peuvent soigner. En contradiction avec la plupart des arguments de la littérature existante, nous soutenons que oui.

Care in the Air. Caring Robots and Environments of Care


In this article we examine the possible challenges facing the use of the concept of « care » or « taking care », when the carer is an autonomous robot, what we call an « artificial medical care agent ». In other words, we ask if robots can care. Against the majority of arguments in the existing literature, we argue they can.

À la santé des robots

À la santé des robots

Alors que tous les regards sont tournés vers les prototypes de robots-compagnons dont les pays en déclin démographique attendent qu’ils s’occupent des personnes âgées, une révolution silencieuse se déroule dans la gestion des médicaments. Grâce aux robots, la délivrance des médicaments par dose unique va bientôt devenir non seulement possible mais normale, à l’hôpital comme en officine, entrainant de nouvelles transformations dans le travail de pharmaciens et des médecins.

Cheers to the Robots !

While our attention is focused towards the prototypes of companion-robots expected to care for the elderly in nations subjected to demographic decline, a silent revolution is already happening in our management of medications. Thanks to automation, the delivery of medication in single doses is about to become not only possible, but common practice in our hospitals as in pharmacies, generating significant disruptions in the work of pharmacists and physicians.

Sexbots : nos prochains partenaires

Sexbots : nos prochains partenaires

Le statut éthico-juridique des robots dotés de sensibilité est encore incertain, mais exige d’être pensé sans tarder. Si les économies d’échelle et les avantages sanitaires conduisent à une convergence des industries du soin et du sexe, les « sexbots » sont susceptibles d’attirer une stigmatisation qui accroîtra leur risque de maltraitance. Cet article soutient qu’il est éthiquement problématique pour les humains de créer des êtres sensibles, fabriqués à des fins utilitaires pour opérer des tâches que nous préférerions ne pas avoir à accomplir, comme prendre soin des personnes âgées et des infirmes, ou comme fournir des services sexuels. Il convient de mettre en place des régimes de protection juridique appropriés à ces nouveaux problèmes.

Sexbots : Our Next Partners

The ethico-legal status of sentient robots is uncertain, but needs to be thought through. Should economies of scale and the health benefits of intimate relations drive a confluence of the caring and sex industries, sexbots may attract stigmatisation, increasing the potential for mistreatment. I argue that humans’ creation of sentient beings for utilitarian purposes to carry out the tasks most of us would prefer not to do, like caring for the elderly and infirm and providing sexual services, is ethically questionable. Appropriate legal protections must be put in place.

Sexo-robots et société

Sexo-robots et société

Cette nouvelle d’anticipation fantaisiste imagine un futur proche où notre vie quotidienne serait peuplée de robots anthropomorphes entièrement dédiés à l’usage sexuel. Elle spécule sur la manière dont ces robots pourraient peu à peu transformer en profondeur les relations sociales et conditionner l’avènement d’une humanité « post-biologique ». La place des sexo-robots dans la vie quotidienne divise les féministes. Elle révèle des lignes de fracture idéologiques entre le vieil humanisme et une nouvelle métaphysique plus généreuse du rapport homme-machine.

Sex robots and society

This fictional short story anticipates a society in the near future where our everyday life would be populated by anthropomorphic robots, entirely made for sexual use. It speculates on the way these robots could gradually transform social relationships and cause the rise of a « post-biological » mankind. The place of sex robots in the everyday life divides feminists. It reveals ideological fractures between the old humanism and a new metaphysics more generous in terms of man-machine relationship.

Le robot qui vous veut du bien

Le robot qui vous veut du bien

Cet article étudie deux robots en particulier NAO, développé par Aldebaran, et ASIMO, développé par Honda. Il vise à mettre en évidence la fonction et le statut singuliers de ces robots-compagnons. Il insiste pour cela sur « la bienveillance » exigée du robot et l’image d’un échange émotionnel entre le robot et l’utilisateur, comme sur la connectivité du robot, qui oblige à le voir non pas comme un être à part mais plutôt comme l’avatar, ou l’organe, d’un être dispersé dans l’espace.

The Benevolent Robot

This paper concerns two robots in particular, NAO (Aldebaran) and ASIMO (Honda). These companion-robots which, according to their designers, should soon pervade our daily lives, seem to constitute a new kind of beings, clearly different from industrial robots, computers, domestic animals such as dogs or, obviously, other human beings. The paper discusses the « well-meaning-ness » required of the robot, the image of an emotional relationship with the robot, and the connectivity of the individual robot which makes it part of a new form of distributed community.

Il y a du soin dans l’air. Robots soignants et environnements de soin

Dans cet article, nous examinons les défis possibles soulevés par l’utilisation des termes « soin » (care) et « prendre soin » (taking care) lorsque le soignant est un robot autonome, ce que nous nommons un « agent artificiel de soins médicaux ». Autrement dit, notre question est de savoir si ces agents artificiels peuvent soigner. En contradiction avec la plupart des arguments de la littérature existante, nous soutenons que oui.

Care in the Air. Caring Robots and Environments of Care


In this article we examine the possible challenges facing the use of the concept of « care » or « taking care », when the carer is an autonomous robot, what we call an « artificial medical care agent ». In other words, we ask if robots can care. Against the majority of arguments in the existing literature, we argue they can.

À la santé des robots

Alors que tous les regards sont tournés vers les prototypes de robots-compagnons dont les pays en déclin démographique attendent qu’ils s’occupent des personnes âgées, une révolution silencieuse se déroule dans la gestion des médicaments. Grâce aux robots, la délivrance des médicaments par dose unique va bientôt devenir non seulement possible mais normale, à l’hôpital comme en officine, entrainant de nouvelles transformations dans le travail de pharmaciens et des médecins.

Cheers to the Robots !

While our attention is focused towards the prototypes of companion-robots expected to care for the elderly in nations subjected to demographic decline, a silent revolution is already happening in our management of medications. Thanks to automation, the delivery of medication in single doses is about to become not only possible, but common practice in our hospitals as in pharmacies, generating significant disruptions in the work of pharmacists and physicians.

Sexbots : nos prochains partenaires

Le statut éthico-juridique des robots dotés de sensibilité est encore incertain, mais exige d’être pensé sans tarder. Si les économies d’échelle et les avantages sanitaires conduisent à une convergence des industries du soin et du sexe, les « sexbots » sont susceptibles d’attirer une stigmatisation qui accroîtra leur risque de maltraitance. Cet article soutient qu’il est éthiquement problématique pour les humains de créer des êtres sensibles, fabriqués à des fins utilitaires pour opérer des tâches que nous préférerions ne pas avoir à accomplir, comme prendre soin des personnes âgées et des infirmes, ou comme fournir des services sexuels. Il convient de mettre en place des régimes de protection juridique appropriés à ces nouveaux problèmes.

Sexbots : Our Next Partners

The ethico-legal status of sentient robots is uncertain, but needs to be thought through. Should economies of scale and the health benefits of intimate relations drive a confluence of the caring and sex industries, sexbots may attract stigmatisation, increasing the potential for mistreatment. I argue that humans’ creation of sentient beings for utilitarian purposes to carry out the tasks most of us would prefer not to do, like caring for the elderly and infirm and providing sexual services, is ethically questionable. Appropriate legal protections must be put in place.

Sexo-robots et société

Cette nouvelle d’anticipation fantaisiste imagine un futur proche où notre vie quotidienne serait peuplée de robots anthropomorphes entièrement dédiés à l’usage sexuel. Elle spécule sur la manière dont ces robots pourraient peu à peu transformer en profondeur les relations sociales et conditionner l’avènement d’une humanité « post-biologique ». La place des sexo-robots dans la vie quotidienne divise les féministes. Elle révèle des lignes de fracture idéologiques entre le vieil humanisme et une nouvelle métaphysique plus généreuse du rapport homme-machine.

Sex robots and society

This fictional short story anticipates a society in the near future where our everyday life would be populated by anthropomorphic robots, entirely made for sexual use. It speculates on the way these robots could gradually transform social relationships and cause the rise of a « post-biological » mankind. The place of sex robots in the everyday life divides feminists. It reveals ideological fractures between the old humanism and a new metaphysics more generous in terms of man-machine relationship.

Le robot qui vous veut du bien

Le robot qui vous veut du bien

Cet article étudie deux robots en particulier NAO, développé par Aldebaran, et ASIMO, développé par Honda. Il vise à mettre en évidence la fonction et le statut singuliers de ces robots-compagnons. Il insiste pour cela sur « la bienveillance » exigée du robot et l’image d’un échange émotionnel entre le robot et l’utilisateur, comme sur la connectivité du robot, qui oblige à le voir non pas comme un être à part mais plutôt comme l’avatar, ou l’organe, d’un être dispersé dans l’espace.

The Benevolent Robot

This paper concerns two robots in particular, NAO (Aldebaran) and ASIMO (Honda). These companion-robots which, according to their designers, should soon pervade our daily lives, seem to constitute a new kind of beings, clearly different from industrial robots, computers, domestic animals such as dogs or, obviously, other human beings. The paper discusses the « well-meaning-ness » required of the robot, the image of an emotional relationship with the robot, and the connectivity of the individual robot which makes it part of a new form of distributed community.