Tous les articles par Yann Moulier Boutang

Pour une culture critique de l’IA, par , et

Le troisième âge de l’intelligence augmentée, dite artificielle, par

Le troisième âge de l’intelligence augmentée, dite  artificielle
Le constat que faisait Herbert Simon, Prix Nobel d’économie 1978, comme quoi l’IA est très éloignée de l’intelligence humaine naviguant dans un monde incertain, reste plus juste que jamais en 2020. D’abord, l’IA manque de rigueur méthodologique sur la constitution et le traitement des données. Pire : après avoir privilégié le modèle de l’intelligence symbolique, qui a trouvé ses limites, elle prend désormais pour modèle l’intelligence intuitive de l’enfant de moins de 6 ans, qui plus est de façon caricaturale. Ne faudrait-il pas plutôt tenter d’aller vers un troisième âge de l’IA, augmentant nos capacités plutôt que les singeant, et s’appuyant sur tous les ressorts de l’intelligence ?

The third age of augmented intelligence, known as artificial intelligence
The observation made by Herbert Simon, 1978 Nobel Prize in economics, that AI is far removed from human intelligence navigating in an uncertain world, remains more correct than ever in 2020. First, AI lacks methodological rigor on the constitution and processing of data. Worse: after having privileged the symbolic intelligence model, which has found its limits, it now takes as its model the intuitive intelligence of children under 6, what is more in a very crude and cartoonish way. Shouldn’t we rather try to go towards a third age of AI, increasing our capacities rather than mimicking them, and relying on all the springs of intelligence?

Géopolitique des masses, par

Pour un revenu d’existence de pollinisation contributive. Financé par une taxe pollen, par

L’automation intellectuelle, la mort de l’emploi et le revenu de pollinisation, par

L’automation intellectuelle,
 la mort de l’emploi et le revenu 
de pollinisation

Les discours lénifiants promettant de résoudre tous les problèmes sociaux et écologiques par une « reprise de la croissance », synonyme de « retour au plein emploi », sonnent de plus en plus creux. Nous vivons une deuxième vague de déploiement du capitalisme cognitif, caractérisée par l’automatisation de tâches intellectuelles bien plus complexes, dont les études les plus sérieuses montrent qu’elle annonce une explosion spectaculaire des chiffres du chômage (jusqu’au sein des classes les mieux éduquées). Les leçons de la première vague d’industrialisation du début du XIXe siècle enseignent que seuls des combats idéologiques et politiques peuvent conduire les logiques économiques à s’adapter à ces nouvelles dynamiques. Les mesures préconisées depuis 15 ans par Multitudes (revenu universel garanti, taxe pollen, réforme de l’éducation) sont plus urgentes que jamais.

Intellectual Automation, Death of Employment and Pollination Income


« Back to growth » and « Back to full employment » mantras have lost all traction on our economic realities. We are in the middle of a second wave of cognitive capitalism, which automatizes much higher forms of intellectual work. Analysts forecast massive increases in unemployment, especially among highly educated segments of the population. Lessons drawn from the first industrialization, at the beginning of the 19th century, show that only ideological and political struggles can push the economy to adapt to such new dynamics. The measures promoted by Multitudes over the last 15 years (universal guaranteed income, pollen tax, reformation of the educational systems) appear more urgent than ever.

La plèbe, la multitude et la rente, par

La plèbe, la multitude
et la rente
Le retour de la catégorie de plèbe, qu’on croyait liée à l’empire romain ou aux luttes populaires de l’époque de la Renaissance, tient à la difficulté de catégoriser en termes marxistes, liés à la production, des alliances transversales entre groupes émergents et exclus. La plèbe qui cherche à accaparer les surplus ressemble à la multitude décrite par Toni Negri et Michael Hardt comme surgissant dans les villes pour profiter de la rente urbaine. Ce que décrivent Corten et ses amis n’est-il pas la classe antagoniste du capitalisme cognitif en constitution ? L’image du devenir-plèbe de la multitude, et de la régression vers le capitalisme agro-industriel, programmée avec le Mondial de foot et les Jeux Olympiques, semble très écornée.

Plebeian Politics, Multitude and Rent
The return of the notion of “plebs”, which was mostly used to refer to the Roman Empire or to popular uprisings in the Renaissance, is probably due to the fact that it is very difficult to explain in Marxist terms (based on relations of production) the new transversal alliances between emergent and excluded social groups. In its effort to capture various forms of rent, the plebs is somewhat similar to Hardt and Negri’s multitude jumping out of the cities in order to capture the urban rent. What is described by Corten and his friends as the plebs may be the antagonist class to cognitive capitalism. The image of a becoming-plebs of the multitude, and of a regression towards agro-industrial capitalism, as programed by the World Football Tournament and the Olympic Games, deserves a debate.

Entretien avec François Godement (Asia Centre), par et

Les questions ouvertes par vos correspondants ont été refermées depuis la fin de 2012. Le Parti et l’État sont parvenus à mettre la conjoncture économique sous contrôle au prix d’un renforcement de la censure, d’un étouffement des mouvements sociaux et d’un semblant de redistribution. Mais pour la Chine, l’essentiel, ce sont les marchés extérieurs. Une économie dans laquelle les ménages épargnent la moitié de leurs gains n’est pas fondée sur la consommation de masse. C’est l’État qui a su gérer la formidable augmentation des investissements dans les infrastructures et le bâtiment, dont profite surtout l’élite. La question de l’environnement est nouvelle et fait peur ; elle est traitée en termes de responsabilité individuelle.

Interview with François Godement
The questions raised by the previous contributions have been closed to public debate since the end of 2012. The Party and the State manage to keep their grip on the economic situation thanks to a strengthening of censorship, repression on social movements and an appearance of redistribution. What is essential for China, however, are the foreign markets. An economy where households save half of their income is not based on mass consumption. The State was successful in managing the tremendous expansion of investments in infrastructure and real estate, to the advantage of a small elite. Environmental issues are new and generate many fears, mostly to be treated on the basis of individual responsibility.