De la loi des grands nombres aux grands nombres qui font la loi
IA, Jeu de l’imitation et vote démocratique

De la loi des  grands nombres aux grands nombres qui  font  la  loi
IA, jeu de l’imitation et  vote  démocratique
Les affaires de Facebook et de Cambridge Analytica ont révélé aux démocraties la toute-puissance de la manipulation algorithmique. Les IA influencent dorénavant de manière drastique jusqu’au sacro-saint scrutin majoritaire. En ciblant nos affects et les failles de notre jugement, les IA attisent la tyrannie de la majorité. Sommes-nous pour autant condamnés à voir un choix individuel peu assuré dissout dans un choix collectif douteux ? Pour initier une réponse réjouissante qui redonnerait tout son sens au vote, l’article propose de revoir non sans dérision les règles du jeu : Et si les capacités de simulation des IA, au lieu de nous berner, nous aidaient au contraire dans notre jugement de citoyen ? Et si, en dégourdissant la pensée humaine plutôt qu’en la numérisant au moyen de l’IA, la simulation d’un candidat artificiel éveillait une intelligence collective permettant de prémunir les citoyens contre la tyrannie des moyennes ?


From the law of  large numbers to  the  large numbers that  make  the law
AI, imitation game and  democratic voting
Facebook and Cambridge Analytica affairs have exposed democracies to the power of algorithmic manipulation. AI now drastically influences the sacrosanct majority vote. By targeting our affects and the flaws in our judgment, AI fuels the tyranny of the majority. Are we therefore condemned to see an individual choice with little assurance dissolved in a questionable collective choice? To initiate a pleasing response that would restore all meaning to the vote, the article proposes to review not without derision the rules of the game: and if the AI simulation capabilities, instead of fooling us, instead helped us in our judgment of citizen? What if, by stretching human thought rather than digitizing it by means of AI, the simulation of an artificial candidate awakened a collective intelligence making it possible to protect citizens against the tyranny of the average?

Mathieu Corteel

Attaché temporaire d’enseignement et de recherche à la faculté de médecine de l’Université de Strasbourg, il est docteur en philosophie de l’Université Paris-Sorbonne (Paris 4), qualifié aux fonctions de maître de conférences en sections philosophie et épistémologie et histoire des sciences. Ses recherches portent principalement sur l’histoire épistémologique des mathématiques appliquées à la médecine ainsi que sur les développements des big data et de l’IA dans le secteur de la santé. Membre du comité de rédaction de la revue Multitudes, il a coordonné la majeure « Renaissance de la clinique » du no 75. Il est l’auteur de l’ouvrage Le hasard et le pathologique, à paraître prochainement aux Presses de SciencesPo.