Il y a trois ans, en compagnie de plusieurs complices, nous nous étions demandé comment la recherche et une transmission de celle-ci étaient possibles en dehors des exclusions et des dysfonctionnements des machines universitaires. Les textes réunis en 2021 dans la mineure « Le dehors de la recherche » rendaient compte de multiples tactiques et expériences de production et partage de connaissances, qui débordaient l’institution et ses contraintes. Loin d’être exhaustif, ce travail a constitué un préambule à d’autres rencontres et réflexions : certaines directes, certaines véhiculées par l’actualité médiatique et le débat politique. La publication de ce premier dossier n’a pas été le point de conclusion de notre enquête, mais a permis au contraire d’ouvrir à un mouvement. La présente mineure en constitue un prolongement, comme une ramification qui déplace autant qu’elle épaissit les propositions et les récits récoltés précédemment.

Aimanté·es par les discussions à propos de la désertion de milieux professionnels privilégiés tels que l’université et l’ingénierie, nos questionnements se sont réorientés ici vers les gestes et les discours autour de l’abandon de positions de cadres : à savoir, les filières responsables de l’organisation et de la transformation de la production intellectuelle et matérielle dans notre société. En premier lieu, nous avons eu envie de partager nos interrogations avec différents groupes et associations qui travaillent et s’engagent dans l’accompagnement des « désertions » – en leur sens le plus large. Si nous souhaitions pouvoir obtenir des éléments de réponses concrets et compétents, directement issus des pratiques, nous voulions surtout inscrire cette question dans des dynamiques plutôt collectives et réfléchies.

Ainsi, nous vous proposons de traverser et comparer les réactions de différents organismes – Vous nêtes pas seul·es, Les desert-heureuses, PiNG et Klask ! – à un questionnaire commun. Leurs expériences de terrain et analyses seront cadrées par des textes théoriques comme celui de la sociologue italienne du travail Francesca Coin, ou encore celui qui rassemble le réflexions conjointes de la coordination de cette mineure sur les stratégies et controverses qui entourent la désertion. Des articles au statut hétéroclite, enfin, contribueront à rythmer cette mineure en écho au débat déclenché par ce geste. Il s’agira par exemple de suivre une opération d’écriture documentaire à partir des traces numériques de l’activité d’un ex-ingénieur grenoblois, infiltré dans les circuits de recrutement de ses ancien·es collègues afin de les dissuader. Également, nous pourrons accompagner l’artiste Olivier Bosson dans la réalisation en cours d’un film sur la fin de l’époque industrielle, à partir des différentes notes laissées ça et là qu’il appelle « des points de départ » : ici, comme dans l’ensemble du dossier, le « départ » en question relie un démarrage à un abandon…