Des génies accueillants  au Laos

Des génies accueillants au Laos
Au Laos, pays majoritairement bouddhiste, toujours dirigé par un État-parti communiste rigide et répressif, les cultes aux génies continuent à se développer et se transforment, en réponse aux contraintes vécues par la population et à ses désirs d’y échapper. La dimension de refuge des cultes et en même temps, d’échappement imaginaire par le haut à des oppressions de toutes sortes, en est un trait récurrent, manifeste en particulier dans les années quatre-vingt-dix dans l’exaltation des figures royales, opposées aux cadres politiques rendus impuissants de l’État-parti communiste. Aujourd’hui les homosexuels masculins trouvent désormais dans les cultes aux génies, en perpétuel remaniement tant au plan des pratiques que des élaborations des personnages mythiques, une atmosphère accueillante, très séduisante en regard des barrières auxquels ils se heurtent dans la vie quotidienne. Les cérémonies se présentent alors, en résonance avec les images en provenance de Thaïlande, comme des dépassements possibles en phase avec un contexte de globalisation idéologique où les plateaux LGBT rayonnent de leurs potentialités libératoires.

Welcoming geniuses in Laos
In Laos, a predominantly Buddhist country, still run by a rigid and repressive communist party-state, cults devoted to genius continue to develop and transform in response to the constraints faced by the population and their desire to escape. The shelter dimension of the cults and, at the same time, an imaginary escape from the top to oppressions of all kinds, is a recurring feature, manifested particularly in the nineties in the exaltation of the royal figures, opposed to the impotent political frameworks of the communist party-state. Today, male homosexuals find in cults to geniuses, in perpetual shuffling both in terms of practices and elaborations of mythical characters, a welcoming atmosphere, very attractive compared to the barriers they face in everyday life. The ceremonies present themselves, in resonance with the images coming from Thailand, as possible overtaking in phase with a context of ideological globalization where the LGBT plateaux radiate their liberating potentialities.

Monique Selim

Anthropologue, membre du collectif de rédaction de Multitudes et de Chimères, elle est directrice de recherche émérite IRD (Institut de recherches pour le développement) – CESSMA (Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques), Université Paris Diderot. Elle a publié à L’Harmattan : en 2018, À quoi servent les droits aujourd’hui ? (avec Judith Hayem) ; en 2017, Des sexualités globaliséees à l’avant garde ? (avec Wenjing Guo) ; en 2016, Réparer les inégalités ? (avec Bernard Castelli) ; en 2015 avec Anne Querrien, La Libération des femmes, une plus-value mondiale ; en 2014, L’Enchantement de la société civile globale: ONG, genre, gouvernance (avec Bernard Hours) et en 2013, Hommes et femmes dans la production de la société civile à Canton.