La légende de Gauz

Il sera peut-être raconté que sa voix charnue donnant aux mots leur quintal
est reconnaissable entre toutes,
Ou que son dos fut forgé par l’ardeur
de sa cause,
Que ses mains cadencent son verbe pour faire surgir le rire.
– Car sa joie se cascade toujours entre deux exclamations –

Ou alors,
Et cela est plausible,
On parlera de ses t-shirts choisis avec soin pour le message qu’ils renvoient.
On se souviendra sans doute de l’étoile jaune flottant sur un fond rouge.
On dira de lui, qu’il est de gauche, de celle qui ne cherche pas d’arrangements avec les convenances de l’époque.
On s’attardera sur sa double nationalité.
On cherchera à comprendre si finalement
il est plus ceci ou cela.
On choisira pour lui, de travers, à côté.

Alors,
Il balayera les incertains d’un geste technique en inventant un logis pour sa carcasse.
Je suis du Ravissement, dira-t-il, j’en viens, j’y repars, et il disparaîtra.
Comprendra qui le veut.
On fabriquera son sens en naviguant
sur le Net,
En copiant-collant-décalant l’un
ou l’autre de ses fragments.
D’un pouce levé, d’une émoticone qui rage
ou qui pleure,
On dira tout le bien ou le mal que
l’on pense de lui.

Et puis voilà.

Si on ne se rassasie que de ça.
Ce ça là qui ne dénude que l’éclat à la surface.
Si on se satisfait que de l’apparat
On en fera une légende.
Une légende tristement fagotée à conter en fin de soirée pour combler
nos carences d’exotisme.
Et « On » sera définitivement un con.

Car
C’est dans sa prose que Gauz apparaît, le reste est attrape-nigaud, mirage dandinant.
C’est dans sa prose que nous arrive l’être-bougie éclairant le détail qui nous oblige à relever notre visière,
L’être-rétablisseur d’histoires cul-terreuses de petits bonshommes mal ballottés dans une aventure bien grande pour eux,
L’être-inventeur de langage militant à hauteur de bouche d’enfant
L’être-pluriel qui nous invite
à nous décloisonner

C’est dans sa prose que Gauz est dangereux
Parce que c’est dans sa prose que Gauz anime toute l’ampleur de son humanité et cela change un monde, vous verrez.

Lisez-le jusqu’au miracle des aurores
Écoutez se déployer le sac et le ressac.

Laetitia Ajanohun

Autrice, comédienne et metteure en scène née en Belgique (Liège). Elle conçoit des projets et créations artistiques au Burkina-Faso, au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Congo, en République Démocratique du Congo, en Guinée, en Tunisie, en Guyane ainsi qu’en France, en Belgique, au Québec et à Cologne, tantôt en tant qu’autrice et metteure en scène, tantôt en tant que comédienne. Elle est l’auteure d’une dizaine de textes théâtraux, dont La Noyée, L’Harmattan, 2011 ; Les mots sont manouches, in La scène aux ados, Lansman, 2013 ; Le Décapsuleur, éditions Passage(s), 2016.