Mayotte le octobre

Message d’Aïcha Ali de Sada, reçu ce soir :

les jours passent et la situation devient de plus en plus grave. Lundi et mardi les manifestants étaient sur Mamoudzou et les routes étaient libres pour la circulation. La situation a dégénéré hier mercredi, les barrages ont repris de plus belle. Partout dans l’île des blocages sont érigés. Les Mahorais sont en deuil d’un mort d’un homme de 39 ans au cours d’un affrontement avec les forces de l’ordre. Il y a eu deux blessés graves. Les personnes qui étaient sur place témoignent que l’homme a reçu un flash-ball. Et à terre, il respirait encore. Pendant que les manifestants qui l’ont vu l’entouraient, des bombes lacrymogènes ont été larguées sur la foule et sur l’homme à terre. Les forces de l’ordre disent qu’il est mort sur le coup d’une crise cardiaque. Elie Hoareau (PCR) qui était sur place lors de l’attaque et de la mort de la première victime de ce conflit déclare fortement que rien ne pouvait justifier une telle violence de la part des forces de l’ordre.

Ce drame a créé une vive réaction des Mahorais et des représentants politiques de l’île. Sur-le-champ le président de conseil général et sa suite sont descendus sur la route en tête des manifestants demandant aux militaires de cesser cette violence car nous ne sommes pas en guerre.

Hier soir à M’tsapéré une marche pacifique en plein village a eu lieu. Après cette marche, tard dans la nuit, pendant que les personnes dormaient, des familles ont été réveillées par la fumée de bombes lacrymogènes dans les maisons. Des familles ont témoigné à la radio et notamment une journaliste Moina Saïndou (qui a été victime d’une bombe lacrymogène devant sa porte), de la gravité de la situation hier soir. Des enfants et des vieux ont dû être secourus par les villageois. Et quand on a voulu comprendre ce qui s’est passé, on a appris qu’un jeune a été poursuivi par les forces de l’ordre depuis Doujani, et qu’elles sont rentrées dans le village. Dans un quartier résidentiel, les militaires ont continué leur poursuite avec leurs jets de lacrymogène sans se soucier du reste. Ils ont molesté des jeunes et c’est dans cette bagarre que les choses se sont aggravées. Les gens du village se sont levés pour répondre à cette agression. En quelques minutes des jets de pierre et des feux faisait apparition un peu partout. Des véhicules ont pris feu. Ce matin l’endroit est méconnaissable comme dans sur un champ de bataille. Les manifestants descendent en masse ce matin encore non seulement contre la cherté de la vie mais aussi pour la justice. Ceci s’est passé après la mort de ce homme de M’tsapéré, à M’tsapéré hier soir.

Depuis quelques temps les Mahorais faisaient la grève autrement, en s’amusant, ce n’est plus du tout le cas. C’est maintenant vraiment avec beaucoup de colère et de haine qu’on descend sur la route. Beaucoup de personnes sont terriblement bouleversées par cette situation. On dénonce le discours de Penchard faussée vu de la réalité sur place.

Depuis son passage vendredi et samedi qui a été très mal pris par les mahorais des négociations ont repris ce lundi autours des prix de 4 sur 12 produits restants, gaz, sable, viande etc. et là il y a un blocage inacceptable sur le prix de la viande congelée (52 € / 10 kg). Les syndicats demandent la baisse des prix, l’ouverture de la concurrence véritable en permettant de vendre de la viande en provenance de Madagascar par exemple, aussi contre le fait que la validité de ces rabais soit valable trois mois.

La grève a donc repris lundi et d’autres conflits ont émergé depuis lundi. Un des négociateurs Mr Hamidou Madi Colo des Forces Ouvrières a signé le protocole de fin de mouvement avec le préfet à minuit sans l’accord de ses camarades. Ce qui a provoqué la colère de nombreuses personnes et notamment les autres syndicats qui l’ont tout bonnement rejeté de leurs troupes.

Pour le préfet le protocole a été signé et la crise doit immédiatement cesser. Il parait que des magouilles politiques auraient été la cause de cette terrible discorde. Hier, mardi, le préfet à demandé l’ouverture des magasins (qui étaient fermés depuis 3 semaines). Il faut croire que les mahorais sont très rapidement devenu des consommateurs hors pairs depuis qu’ils sont avec la France. En trois semaines la famine est devenue le sujet de douleurs, de souffrances de la population. Beaucoup de personnes se plaignent de souffrir de la faim et demandent l’arrêt des manifestations ou qu’on trouve une solution quelconque aux problèmes. La vie est devenue un enfer pour beaucoup, qui ne connaissent plus rien de la vie à Mayotte d’il y a quelques années. Certains pourtant ont replongé dans cette paisible existence très économe et vivent très bien des produits locaux. Cette grève a montré à quel point les mahorais ont tout perdu.

Mardi on a assisté à de scènes invraisemblables à l’ouverture des magasins (les grandes surface) à Kawéni. Une cohue a causé de nombreux dégâts. Les magasins ont été refermés par les manifestants en colère hier après la mort de cet homme au rond point de Zéna M’Déré à Mamoudzou. Il s’agissait d’un homme que tout le monde décrit calme et plutôt discret en marge des manifestations. On dénonce la violence aveugle, la répression excessive des policiers et surtout le fait que tout cela est rapidement occulté par cette même justice dans laquelle les mahorais ont confiance et s’accrochent depuis des siècles.

Une marche blanche commence ce matin de M’Tsapéré à Mamoudzou. Une foule de personne est déjà sur place.

Anthoumani Ridhoin, Mohamadi, Aïcha, Nousbati, Barama, Chill, Danjèrè, Jym, Zidani, Chouma

Jym

Nous informe régulièrement de la situation à Mayotte.