De la pluralité des fins du monde : les voies de la science-fiction

De la pluralité des fins du monde :
les voies de
la science-fiction
Des effondrements, la science-fiction en recèle de nombreuses formes et pour une large variété de mondes. Considérer ces immenses productions de romans et de nouvelles, de films, de séries télévisées ou de jeux vidéo comme une simple manifestation d’anxiété ou de désespoir face à notre avenir serait très réducteur. Elles nous familiarisent avec l’éventualité du pire, dans la tradition des « dystopies » ou utopies négatives, mais elles nous permettent surtout d’accorder une visibilité aux conditions d’organisation de collectifs, aux dilemmes moraux pouvant résulter de certaines situations d’effondrement. Le genre SF propose des prototypes et prototopes du futur – de l’ordre de l’exercice de pensée, du dispositif expérimental nous plongeant, via des personnages, décors et situations inventées, dans les si humaines complexités de mondes potentiels de notre « à venir ».

Experiencing the Collapsological Plurality of Science-Fiction
Science-fiction contains many forms of collapsing, relative to a wide variety of worlds. To consider this immense production of novels and short stories, movies, television series or video games as a simple manifestation of anxiety or despair in the face of our future would be very reductive. They familiarize us with the possibility of the worst, in the tradition of «dystopias» or negative utopias, but they also allow to give visibility to the organizational conditions of collectives, to elaborate on moral dilemmas that may result from certain situations of collapse. The SciFi genre proposes prototypes and “prototopes” of the future—as thought-experiments, by plunging us, through characters, sets and invented situations, into the human complexities of potential worlds of our yet to come.

Kyrou Ariel

Membre du collectif de rédaction de Multitudes, dont il est l’un des coordinateurs, il est le co-scénariste du film documentaire Les mondes de Philip K. Dick (2016, Nova Prod / Arte) et l’auteur de plusieurs livres parmi lesquels : L’emploi est mort, vive le travail (avec Bernard Stiegler, Mille et une nuits, 2015) et Ceci n’est pas un blasphème (avec mounir fatmi, Inculte / Dernière marge, 2015). Directeur associé de la société Moderne Multimédias, il est le directeur de la rédaction du Laboratoire des solidarités, et à ce titre rédacteur en chef du site solidarum.org et de la revue annuelle Visions solidaires pour demain. Il sort en octobre 2020 un nouvel essai, Dans les imaginaires du futur, aux Éditions ActuSF qui rééditent par ailleurs en mars 2021 son ABC Dick.

Yannick Rumpala

est maître de conférences en science politique à l’Université de Nice et membre de l’Equipe de Recherche sur les Mutations de l’Europe et de ses Sociétés (ERMES). Ses thèmes de recherche sont la reconfiguration de la régulation publique (notamment dans le domaine de l’environnement) et la construction d’alternatives sociales et écologiques (notamment à travers l’imaginaire politique de la science-fiction). Il a publié Développement durable ou le gouvernement du changement total (éditions Le Bord de l’eau, 2010) et plus récemment Hors des décombres du monde: Écologie, science-fiction et éthique du futur, Champ Vallon, 2018.