Le legs de Mai

Un anniversaire largement déterminé par la campagne présidentielle«La floraison impressionnante de livres sur Mai 68 en France, plus de cinquante, d’émissions
de télévision à l’occasion du quarantième anniversaire de ces événements, ne va pas de soi.
Après tout, pourquoi 40 ? D’ordinaire on attend le demi-siècle.
Certains ont dénoncé très vite la récupération de Mai 68 ; hier les purs, les nostalgiques,
aujourd’hui les ricanants de la sociologie fonctionnaliste et les amers. Mais, vieux slogan de
Mai, n’a-t-on pas objecté avec un grain de bon sens : n’est récupéré que ce qui mérite de
l’être ? Ce qui se lit à double sens: les sottises du joli mois de Mai sont devenues les cerises
sur le gâteau socialiste du « changer la vie » et de la rose au poing tendu. Quelques bonnes
choses (il y a en a toujours dans les révolutions, celles qui font des morts dans la rue, mais
aussi celles en carton pâte dans les esprits ou dans le music hall des idéologies) sont entrées
sans bruit dans les mœurs et ont été annexées sans autre forme de procès par la société toute
entière ; cela s’appelle un plus grand degré de liberté. Et donc c’est tant mieux. Si le grain ne
meurt… Alors, après tout, être récupéré, n’est-ce pas le destin des avant-gardes ?»

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Moulier-Boutang Yann

Professeur de sciences économiques à l’Université technologique de Compiègne, il enseigne l’économie et la culture européenne à l’Université de Shanghaï. Il a publié, entre autres, Liberté, égalité, blabla (Autrement, 2012), L’abeille et l’économiste (Carnets Nord, 2011) et Le capitalisme cognitif (Éditions Amsterdam, 2007). Co-directeur de Multitudes.