Tout contre le capitalisme sémantique Jouez-vous de Google avec un Dadamètre

Imaginez : un homme déambule dans un vernissage d’art contemporain, écouteurs sur les oreilles. Un attroupement se forme. Le personnage tient à voix haute un discours étrange. Des mots se suivent, absurdes, décalés les uns par rapport aux autres. L’effet comique intrigue et amuse le public. L’homme est un comédien, il joue le rôle d’un « navigateur humain », haranguant les passants. Il « est » Internet Explorer ou Firefox, connecté à Google et relayant ce chaos des mots du Web au hasard de sa promenade… Cette performance de Christophe Bruno, qui date de 2004, a été présentée sous forme d’un documentaire vidéo en octobre 2007, à l’occasion d’une exposition à la thématique totalement inédite au New Museum of Contemporary Art de New York : « Google Art, or How to Hack Google »[1]. On y retrouvait, au côté de Bruno, certains pionniers du « net-art », comme Gregory Chatonsky ou Valery Grancher, ou encore le groupe informel « Google Will Eat Itself ».

Au sein de cette dizaine d’artistes détournant tels ou tels aspects du moteur de recherche ou auscultant ses effets plus ou moins visibles sur nous autres, êtres humains, Christophe Bruno était sans doute l’artiste le plus « marqué » par Google. En effet, il travaille sur ce matériau premier de notre vie en mode virtuel depuis ses Épiphanies de 2001. Des « bribes de textes tirées des recherches de Google en hommage à James Joyce » jusqu’à son tout récent Dadamètre, « Étalon de la déchéance de l’aura du langage », dont le point de départ est à la fois l’œuvre de Raymond Roussel, précurseur de Dada, et la « récente transmutation du langage en un marché global régi par Google et alié ».

Entretien

Multitudes : Google semble pour vous une source inépuisable de création… Pourquoi est-il à ce point au cœur de votre travail d’artiste ?

Christophe Bruno : J’ai commencé mon activité artistique fin 2001, donc il y a un peu plus de sept ans, et même si je n’ai pas fait que des pièces utilisant Google depuis ce moment, c’est vrai que ça a été une source essentielle pour moi. Cette date est importante car on est évidemment en plein moment de transition : c’est le 11 septembre 2001 d’une part, et l’éclatement de la bulle Internet d’autre part. Ce qui vient de s’écrouler, ou plutôt de se reconfigurer, c’est une part de la dimension spectaculaire du paysage médiatique, et du Web en particulier. Cela n’apparaîtra clairement que plus tard, lorsqu’on va commencer à parler de Web 2.0. On voit alors émerger de nouveaux acteurs, qui prennent à contre-pied les modèles qui ont fait long feu. Google, selon moi, même s’il est né quelques années avant ce moment et ce Web 2.0, est l’une des clés de cette nouvelle donne. Et ce n’est pas un hasard s’il semble alors se rattacher aux mouvances de l’Open Source, de l’Internet libertaire et universitaire, avec sa page d’accueil minimaliste, sa gratuité totale et son éthique, sorte d’écologie du « free speech ».

M. : À la fin de l’année 2001, votre première pièce, réalisée avec Google, Épiphanies, était sous-titrée : « bribes de textes tirées des recherches de Google en hommage à James Joyce ». Il s’agissait déjà d’un travail d’ordre plutôt poétique, se jouant de la façon dont le moteur de recherche utilise le langage, de cette ambiguïté de notre rapport à Google, avec ce trouble sentiment qu’il nous aide vraiment mais qu’il participe également à la lente transformation de nos mots de tous les jours…

C. B. : Cette œuvre, Épiphanies, a été mon tout premier détournement du fonctionnement du moteur de recherche, inspiré des épiphanies de Joyce[2]. Elle joue de cette ambiguïté de Google et de ses machines d’auscultation permanente des mots du World Wide Web, donc de nos mots à nous sur Internet. Au début du XXe siècle, Joyce se promenait dans les rues de Dublin et notait le long de son parcours ce qu’il appelait des épiphanies : bribes de phrases incompréhensibles provenant de conversations entre les différentes personnes qu’il pouvait croiser. Pour Épiphanies, j’invite d’abord chaque internaute à taper un mot ou quelques mots sur le clavier comme lorsqu’il utilise le moteur de recherche. Ensuite, un programme fonctionnant en quelque sorte comme un détournement de Google va récupérer de bribes de phrase au hasard dans l’ensemble de tous les textes stockés sur Internet (ensemble que j’appelle « texte global »). Les textes aléatoires ainsi créés possèdent un caractère hétéroclite car les phrases proviennent de contextes différents, mais aussi une homogénéité puisqu’elles sont toutes en rapport avec le mot ou les mots clés choisis par l’internaute. C’est un « Google hack » qui déconstruit le texte global, cette sorte de ready-made fait de l’intimité de l’humanité, stocké dans les bases de données des moteurs de recherche.

C’est une pièce caractéristique de mon travail à l’époque : je ne suis pas dans une position de producteur, j’utilise le Web comme un réservoir de médias et je détourne les flux d’information et les circuits de distribution. Je suis donc une sorte de parasite sur un réseau d’échanges. Un autre exemple de cette démarche est ma pièce Fascinum[3], détournement de Yahoo qui propose une vision panoptique en temps réel des sujets de fascination de l’humanité et une comptabilisation du regard.

 

M. : Un peu plus tard, avec une posture qui semble plus franchement critique, mais qui joue elle aussi de nos ambiguïtés par rapport à Google, vous avez acheté des espaces de pub sur les pages du moteur de recherche, mais selon une logique d’ordre poétique, c’est-à-dire tout sauf rentable…

C. B. : Oui, en 2002 je réalise le Google Adwords Happening, une performance sur le « prix des mots », détournant le système publicitaire Adwords que Google est en train de mettre en place[4]). J’achète des mots comme « symptom », « dream », « death » ou « capitalism ». Alors que je suis en train d’expérimenter les limites du « spectre du langage » (je lance des campagnes de publicité « poétiques » ciblées, pour détourner la pensée des internautes, matérialisée par leur parcours sur le Web), je subis la critique implacable du robot de surveillance du dispositif qui me reproche le fait que la rentabilité de ma parole est trop faible. J’écris alors le récit de la performance où je parle de « capitalisme sémantique », car, à cette époque-là, je ne connais pas l’expression de « capitalisme cognitif ». Plus tard, dans mes textes, je parlerai de la « taylorisation du discours », dispositif homéostatique d’articulation entre spectacle et post-contrôle, permettant l’extraction massive depuis la sphère de l’intime, de la plus-value langagière.

Le fait qu’en même pas dix ans, on soit passé d’un renouveau des utopies après la post-modernité (la Zone Autonome Temporaire de Hackim Bey[5]) à cette « taylorisation du discours ». Ce passage d’une version libertaire de l’Internet à ce stade ultime de la marchandisation où nos constituants ultimes, les mots, sont mis à prix sur un marché du langage, est quelque chose qui deviendra un nœud essentiel de ma réflexion. C’est comme une « brève histoire du capitalisme » qui montre notre impuissance devant ces processus de profanation qui colonisent notre intimité et repoussent nos désirs dans leurs derniers retranchements. En tant que parasite de taille humaine, ça explique en partie mon intérêt pour Google, dispositif parasitaire global qui est l’acteur principal de cette comédie.

M. : Votre œuvre la plus récente, le Dadamètre, permet à chaque internaute, si j’ai bien compris, de « mesurer » sa « distance par rapport à Dada » via l’usage de Google… Cette pièce est donc en quelque sorte un hybride, de vos Épiphanies et de votre Google Adwords Happening ?

C. B. : L’idée du projet Dadamètre[6] remonte à ce happening sur Google que je viens de décrire. Assez vite, il devint clair pour moi que la dynamique économique de telles structures globales est de construire des cartographies de la pensée afin de prédire notre comportement en tant que consommateurs. Cela permet d’optimiser le système Adwords (grâce auquel Google est entré en bourse puisque c’est sa ressource financière quasi exclusive), mais plus généralement, il s’agit d’un maillon essentiel de l’expansion du capitalisme dans sa globalité, machine exploratrice, défrichant ad libitum les nouveaux territoires de la sphère de l’intime (seule friche restant à explorer après la colonisation et autres globalisations).

J’ai décidé d’essayer de voir s’il était possible pour moi de construire de telles cartographies, ce qui s’est révélé une entreprise difficile, car impliquant des théories et des outils mathématiques complexes. Plus tard, j’ai rencontré un mathématicien et informaticien, Valeriu Lacatusu, grâce auquel le projet est devenu possible.

Mais ce n’est qu’en 2006 que j’ai eu l’idée de lier ce concept à la naissance de Dada, à travers le personnage clé de Raymond Roussel, précurseur de Dada, maître absolu de Duchamp puis des surréalistes, jusqu’à l’Oulipo et au Nouveau Roman. J’ai réalisé en effet que la « Taylorisation du discours » que Google a initiée dans le domaine du sens fait écho à la mécanisation de la production littéraire entreprise par Roussel, dans le champ de l’homophonie et de l’équivoque.

J’ai commencé à me poser des questions idiotes du genre : « quelle est la densité de dadaïsme dans le langage ? ». La taille de la région du langage où l’homophonie et l’équivoque est la plus importante fournirait en un sens une mesure de notre distance par rapport à Dada. C’est le point de départ du projet.

Sa réalisation a été très longue et complexe. Il a fallu tout d’abord récupérer les informations sur les « corrélations » entre mots, provenant du contenu de milliards de sites Web. Puis interpréter et représenter tout ça visuellement. Sur la carte mi-scientifique, mi-parodique que nous avons obtenu, premier pas vers une météo de la pensée globale, on peut voir des phénomènes médiatiques comme certains courants artistiques (les Épiphanies, dada, l’hapax, l’ennui, la pop, l’utilitarisme etc.) et la manière dont ils s’incorporent aux courants du méta-capitalisme, extrayant la matière première des zones de la Friche vers le Mainstream et la Pop…

M. : Et l’internaute utilise-t-il vraiment le Dadamètre ?

C. B. : Sans taper lui-même ses mots comme dans mes Épiphanies, le visiteur du site peut naviguer dans un graphe interactif qui représente l’hypergraphe du langage dans sa globalité. Dans ce graphe, tous les mots sont reliés entre eux de deux manières différentes, ce qui se visualise grâce à un système de curseurs. On peut ainsi appréhender la « distance homophonique » entre deux mots : pour reprendre l’exemple de Roussel, la distance homophonique entre les mots « billard » et « pillard » est petite. On peut également voir les « distances sémantiques » entre des mots, extraites des données de Google grâce à des théories mathématiques très récentes. Cette distance est d’autant plus petite que les deux mots se trouvent souvent ensemble dans les mêmes pages Web. Évidemment tout ça est une parodie, mais nous avons pris le plus grand soin d’utiliser les technologies réellement mises en places par ces sociétés de surveillance de la pensée, pour essayer de les pousser jusqu’à leurs limites.

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Carte du Dadamètre, Christophe Bruno, 2008

Multitudes : D’une certaine façon, jouant d’ailleurs avec l’ambiguïté de votre propre démarche, vous affirmez donc que Google et consorts du Web 2.0 sont les agents d’un appauvrissement, voire d’une transformation ubuesque du langage que les artistes du mouvement Dada (ou « pré Dada » en ce qui concerne Raymond Roussel) aurait pu mettre en lumière ou mettre en scène eux-mêmes ?

C. B. : Le Dadamètre est sous-titré « déchéance de l’aura du langage » et mon sentiment est qu’il y a eu un changement de paradigme dans le capitalisme de réseau en lien avec la question de la parole et du langage. Le schéma général me semble être le suivant : dans les années 1960 il y a eu une transition de l’objet à la relation et aux flux (la « transfiguration du banal »[7], « l’age de l’accès »[8], etc.). Autrefois zone sacrée, inviolable, le langage, tel qu’il se cristallise désormais sur le Web, peut être vu comme le codage de l’ensemble des relations humaines, et cette structure panoptique fait partie d’un dispositif de surveillance globale et de post-contrôle. Cette déchéance de l’aura du langage, zombification de la parole, n’est rien d’autre que la déchéance de l’aura du relationnel. Il y a une articulation paradoxale entre ce « texte global » et l’aspect performatif de la parole. Dans le Google Adwords Happening, j’ai été censuré par le robot de Google non pas parce que ma parole était scandaleuse ou porteuse d’un sens trop prégnant, mais parce que je n’avais rien à dire : le taux de clicks trop bas sur mes « poèmes » mettait en péril la dynamique économique globale du marché du langage. Cela rejoint et, à mon avis, renouvelle les questions liées au Newspeak d’Orwell et autre L.T.I[9]. Malheureusement le terme de novlangue est trop connoté et il faut l’utiliser prudemment, mais il y a un lien à la fois évident et paradoxal : « appauvrissement » ou « transformation ubuesque » ? C’est bien le paradoxe du Web 2.0 et de la théorie de la valeur. L’écologie du free speech de Google n’est pas autre chose que la condition de sa dynamique économique : toute privation de la liberté de parole est un marché de niche perdu. Plus notre sphère de liberté s’étend, plus nous sommes pris dans cette machine panoptique utilitaire, qui elle-même est folle et instable. Il n’y a pas d’optimum comme le pensaient Bentham et compagnie. C’est le robot de Google qui à la fois me confine dans la dimension utilitaire du langage et en même temps, exacerbe mon narcissisme et me pousse au scandale et à la provocation.

M. : C’est peut-être là une justification (s’il en était besoin) de l’ambiguïté de vos œuvres, qui se servent de Google à la fois selon l’angle de la poésie et de la critique… C’est un paradoxe : Google et le type de capitalisme qu’il représente nous enferment d’autant mieux dans leur sphère, via le langage, qu’ils nous laissent une liberté d’expression totale…

C. B. : Nous ne sommes plus dans un Newspeak moderne, lexique imposé par une instance supérieure. Après la fin de la postmodernité, c’est de l’immanence du dispositif dans sa globalité qu’émerge cette couche langagière censée réguler nos plaisirs et nos peines, mais dont le point aveugle est l’instabilité fondamentale, instabilité qui provoque des secousses dont nous ne finissons plus de ressentir les répliques. L’éclatement de la bulle Internet en 2000 signe le basculement du spectaculaire au post-contrôle (qui ne fait pas disparaître le spectacle mais le reconfigure et le complète), la crise des subprimes anticipant peut-être l’échec de cette folie de la prédictibilité du désir.

Voici l’équation telle que je l’imagine : le Web 2.0 s’inscrit dans la théorie des graphes invariants d’échelle[10]. Cette théorie a pour axiome fondamental : « rich get richer », soit l’inéluctable reconfiguration aristocratique de tout réseau social en une immense arnaque pyramidale, version contemporaine de la Grande Chaîne de l’Être. Dès lors, si tout le monde devient prévisible et prévisiblement riche, puisque l’on ne prête qu’aux riches, on imagine bien ce qui peut arriver…C’est à partir de cette instabilité, que l’on peut comprendre l’importance d’un livre comme Storytelling de Christian Salmon[11]. C’est désormais l’identification non plus aux marques mais aux nouveaux récits mythologiques, extensions des micros-récits de la post-modernité, qui se propose de devenir le liant et le stabilisateur de la couche langagière et par là-même de l’ensemble des processus méta-capitalistiques.

M. : Il y a une pièce dont nous n’avons pas parlé : dans « Human Browser », par le biais d’un acteur se promenant dans des lieux publics et déclamant des résultats de recherche de Google sur des mots en rapport à son contexte réel, vous avez tenté d’incarner votre regard sur Google, acteur d’un monde abstrait, dans le monde physique. Pourquoi ? Est-ce pour montrer le paradoxe des effets sur le réel d’un outil virtuel ? Ou au contraire pour montrer la différence entre la violence du réel et la légèreté du virtuel ?

C. B. : Tout ça à la fois. Cela dit, à partir du moment où les mots ont un prix, cette séparation entre réel et virtuel est remise en question. Mais tout d’abord, Le Navigateur Humain (http://www.iterature.com /human-browser[12]) était fait dans l’idée de prendre le contre-pied d’une situation précise. Vers 2003 apparaissent des phénomènes de « guérilla marketing » qui font que la plupart des projets dématérialisés des artistes et activistes du réseau, stratégies d’infiltration, de dissémination virale, sont récupérés par le « Corporate » et les départements marketing des marques. Dès lors, ces stratégies deviennent obsolètes et la fenêtre de la zone d’autonomie se referme. Par ailleurs, il y a toujours eu un côté « low-tech » dans le net.art, et revenir à des objets primitifs comme la voix est pour moi dans cette lignée. Enfin il s’agissait de boucler la boucle : Google est cet immense parasite de l’humanité qui vampirise sa substance intime, je suis simplement le parasite du parasite, mais je rends la parole à sa source.

Multitudes : Les gens de Google ont-ils déjà réagi à vos œuvres ? Et les internautes, y compris utilisant Google, comment réagissent-ils ?

C. B. : En ce qui concerne Google – des humains qui y travaillent je veux dire –, je n’ai pas eu d’écho ni de proposition d’embauche. En ce qui concerne les internautes, c’est très intéressant de suivre les réactions dans les forums et les blogs. Ce genre de performance, comme le Google Adwords Happening, provoque une avalanche virale de connexions, et les millions de visiteurs laissent ensuite des traces et des commentaires un peu partout. On trouve vraiment de tout. Un autre exemple de projet qui déclenche un très grand nombre de réactions est le WiFI-SM[13], campagne de guérilla marketing perverse, qui prétend vendre un patch Wi-Fi permettant de partager la souffrance de l’humanité et diminuer son complexe de culpabilité. On peut choisir ses mots clés, comme « mort », « crime », « guerre », selon ses préférences, et chaque fois qu’un fil d’actualité est publié sur le Web avec l’un de ces mots clés, l’utilisateur du patch reçoit une décharge électrique. Suite au succès de la campagne virale et aux nombreuses commandes que j’ai reçues (et aussi quelques insultes), j’ai finalement fabriqué un prototype d’exposition qui fonctionne pour de vrai[14] !

M. : Au début des années 2000, vous avez, je crois, commencé à travailler sur ce type de sujets avec un autre artiste, Valéry Grancher. Dans un autre genre, vous devez connaître les travaux du groupe « Google Will Eat Itself »[15]. Connaissez-vous les autres artistes travaillant sur Google ? Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

C. B. : Oui, en fait c’est Valéry Grancher qui m’a fait découvrir le net-art, et je connais très bien GWEI (Google Will Eat Itself) et ses auteurs. Il y a eu beaucoup d’artistes qui ont utilisé Google par la suite, puis d’autres marques du Web 2.0. Il faut découvrir par exemple l’exposition au New Museum of Contemporary Art à New York organisée par Rhizome.org[16]. Il y en a eu pas mal d’autres autour de ce thème.

M. : Certains critiques ont parlé d’un « Google art ». Cela vous semble-t-il justifié ?

C. B. : Pourquoi pas… Bien que je n’attache pas trop d’importance à ce terme, d’autant que c’est du passé maintenant. Ça a correspondu à une période, typique de l’émergence du Web 2.0 mais il n’y a pas eu de mouvement artistique associé comme cela s’était passé pour le net.art, de 1995 à 1998. Donc il faut laisser ça aux historiens éventuellement, si un jour, ils ont envie de réécrire cette histoire.

M. : Comment voyez-vous la vie future de votre Dadamètre ? Allez-vous continuer à explorer les faits et méfaits, formes et méformes issues de Google et plus largement du Web 2.0 ?

C. B. : En ce qui concerne Google, je pense en avoir fait le tour (mais on ne sait jamais). Je ne vois pas trop ce que je pourrais dire de plus là-dessus après avoir fait le Dadamètre. Je m’intéresse toujours aux questions de réseau, mais dans un contexte qui dépasse celui de l’Internet. Je m’oriente aussi de plus en plus vers des problèmes liées à la re-territorialisation et la re-matérialisation, et j’essaie de continuer à infléchir ma pratique artistique dans ce sens.

Propos recueillis par Ariel Kyrou

Le site de Christophe Bruno : http://www.christophebruno.com /

Ou encore : http://www.iterature.com

Notes

[1] Cette exposition autour de Google et ses artistes sont présentés à l’adresse http://www.rhizome.org /art /exhibition /Googleshow… Retour

[2] Voir à l’adresse http://www.iterature.com /epiphanies Retour

[3] http://www.unbehagen.com /fascinum Retour

[4] http://www.iterature.com /adwords Retour

[5] Sorti aux Etats-Unis en 1991, puis traduit et publié en France par les Éditions de l’Éclat en 1997, ce petit livre libertaire signé sous le pseudonyme d’Hakim Bey, TAZ, Zone Autonome Temporaire, est devenu un texte culte, notamment parmi les pionniers du net. Avec l’accord de l’auteur, l’Éclat l’a rendu gratuitement accessible sur Internet, en « lyber », à l’adresse : http://www.lyber-eclat.net /lyber /taz.html… Retour

[6] http://www.iterature.com /dadameter Retour

[7] Référence à un important livre du philosophe et critique d’art Arthur Danto : La transfiguration du banal, Paris, Seuil, 1989. Retour

[8] Jeremy Rifkin, L’âge de l’accès, Paris, La Découverte, a été réédité en poche en 2005. Il est sorti en France dans sa première édition en 2000. Retour

[9] La L.T.I., c’est la « Lingua Tertii Imperii », langue du Troisième Reich telle que décrite en 1947 par Victor Klemperer. Retour

[10] Voir le livre Linked de A.L. Barabasi (Barnes & Noble, 2003), présenté sur le site de l’auteur : http://www.barabasilab.com /… Retour

[11] Christian Salmon, Storytelling, Paris, La Découverte, 2007. Retour

[12] http://www.iterature.com /human-browser Retour

[13] http://www.unbehagen.com /wifism Retour

[14] http://www.unbehagen.com /wifism-for-real Retour

[15] Voir à l’adresse http://gwei.org Retour

[16] http://www.rhizome.org /art /exhibition /GoogleshowRetour