Archives du mot-clé guattari

Hawad,
Le Mage des  déserts
Furigraphie
Ce texte sur la poésie de l’Amazigh (i.e. « berbère ») nigérien Hawad (Prix international Argana 2017 de la poésie, Maroc) dissémine, pour la reconfigurer, une épistémologie déterritorialisée des « extrémités de la douleur ». « La douleur d’être déplacés. Déplacés par la force dans le cas des Noirs d’Amérique. On les a arrachés à eux-mêmes. L’ogre, qui avait besoin de leur chair, les a amenés dans son centre, dans son cadre, pour bien les manger. C’est la même chose pour les nomades ». Les dits, les écrits et la peinture d’Hawad donnent à voir le degré atteint par la dépossession tous azimuts des puissances processuelles de la condition amazighe et, par ricochet, de l’Afrique actuelle et de ses diasporas. La poésie d’Hawad arrache les multitudes humaines dites « autochtones » ou « indigènes » à leur réduction « subalternisante ».

Hawad, The  Deserts’  Sorcerer
Furigraphie
This text about the poetry of the Amazigh Nigerian writer Hawad (who won the 2017 Argana International Prize for Poetry in Morrocco) disseminates a deterritorialized epistemology of “extreme pains”, in order to reconfigure reconfigure it. “The pain of being displaced. Displaced by violence in the case of African-Americans. They have been torn from themselves. The Oger, which needed their flesh, brought them to his center, into his frame, better to eat them.” Hawad’s words, writings and paintings display the high degree of disposession of the processual powers of the Amazigh condition, which can be extended to contemporary Africa at large, as well as to its diasporas. Hawad’s poetry pulls the so-called “indigeneous” human multitudes away from their reduction to mere “subalterns”.

Raviver un souffle post-capitaliste
Après tant d’annonces de la fin prochaine, de l’effondrement ou du dépassement du capitalisme, comment et pourquoi y croire encore ? Peut-être convient-il de regarder ailleurs que là où l’on se tourne habituellement. Non pas seulement du côté de ses « ennemis », qui résistent bruyamment contre lui, mais tout autant en direction de cela même qui paraît aujourd’hui annoncer son triomphe : le numérique, l’information, l’automation, les métamorphoses du capital et l’hétérogénéité de ce qu’il rassemble. Les alternatives grouillent peut-être déjà sous l’apparence trompeuse d’une victoire de surface.

Reopening a Post-Capitalist Horizon
Once Again?
After so many announcements about the forthcoming end, collapse or overcoming of capitalism, how and why should anyone still put any faith in such perspectives? We may want to look somewhere else than in the usual direction. Not only towards the traditional “enemies” of capitalism, who loudly protest against it, but just as much towards the very things which appear to showcase its triumph: digital technologies, information, automation, metamorphoses of capital and the very heterogeneity of what it assembles. Alternatives are already brewing under a deceptive surface of victory.

L’appropriation du capital fixe : une  métaphore ?
L’auteur revisite ici son intuition de base, qui renverse l’axiome central soumettant le travailleur au capitaliste du fait de la propriété exclusive dont bénéficie celui-ci sur les moyens de production (le capital fixe, l’usine, les machines). En parlant de « réappropriation du capital fixe » par le travailleur de l’âge des réseaux numériques, il précise ici qu’il ne s’agit pas d’une simple métaphore, mais bien d’un axiome véritablement transformateur de nos horizons socio-politiques.

The Appropriation of Fixed Capital: a  Metaphor?
The author revisits his basic intuition, which turns the central axiom of capitalism on its head: while, in the industrial mode of production, the worker used to be subjected to the capital-owner who held exclusive property of the means of production (the factory), cognitive capitalism has to face a new situation, wherein fixed capital takes the form the worker’s capacity, located in the worker’s body and mind. “Reappropriation” is not to be understood as a mere metaphor, but rather as an axiom of socio-political transformations.

Géopolitique des  masses
Entre plèbes et multitudes, rente  et  corruption
Rente, plèbe et corruption sont certainement « pré-capitalistes », emblématisant les ennemis archaïques que le nouvel ordre économique s’efforce depuis deux siècles d’éradiquer, pour leur substituer le « profit » (entrepreneurial), des « populations » (expertes) et « l’état de droit » (commercial). Mais rente, plèbe et corruption constituent aussi bien le présent de la gestion de l’information dans un monde socio-économique non dénué de « frictions », où des inégalités et des asymétries de plus en plus patentes échouent à entraîner l’adhésion de multitudes bien assez intelligentes pour ne pas croire au conte de fées de l’enfumage néolibéral.

Geopolitics of  the  Masses
Between Plebs and  Multitudes, Rent  and  Corruption
The rent, the plebs and corruption certainly are “pre-capitalist” phenomena, illustrations of the archaic enemies that the emerging capitalist order of things tried hard to eradicate for centuries, in order to replace them (entrepreneurial) “profit”, (expert) populations and (commercial) rule of law. But rent, plebs and corruption play nevertheless a fundamental role in the present management of information within a socio-economic world affected by countless sources of “frictions”. Increasingly visible inequalities and asymmetries fail to attract multitudes smart enough not to believe in the neoliberal fairy tale.

L’hétérarchie de l’intellect général
Cet article élabore le problème de la structure de l’Intellect Général, dont la théorie se développe dans le mouvement intellectuel post-opéraiste. Synonyme de la capacité cognitive de la société, qui peut soit ouvrir la voie d’une libération, soit être exploité par le capitalisme, l’Intellect Général est à la fois une capacité de la société à analyser, à poser des objectifs et à produire, et un corps virtuel composé topologiquement par les connexions sociales entre « la multitude de singularités corporelles ». Ici l’Intellect Général est analysé comme une propriété de cette structure de connexion sociale, nommée comme l’hétérarchie. L’hétérarchie est un ensemble, dont les différentes parties se lient comme autant d’ensembles singuliers et contribuent à ses changements, sans pouvoir être réduites à un système de valeurs unique, transitif et cohérent. L’argument principal de cet article est que, si l’Intellect Général peut dénoter la capacité auto-organisationnelle de la société, il est impossible de l’identifier avec une organisation institutionnelle unique ou avec un régime politique cohérent et englobant.

The Heterarchy of the General Intellect
This paper explores the problem of the structure of General Intellect. Given as a synonym of the cognitive capacity of a society, a capacity which may either provide liberation from capitalism or be exploited by the capitalistic organisation of society, General Intellect is analyzed as a property of a social connection structure, named here as heterarchy. As a connection structure, heterarchy forms different kinds of singularities: aggregations made by statistical repetitions of relations and individual egos making values through their goal setting and other intellectual activity. The main argument of the article is that, though to some extent General Intellect may denote capacity for the self-organization of society, it is nevertheless difficult to identify it with only one particular institutional organisation or political regime. General Intellect appears in any type of social structuring through self-organizing processes.

Lignes de fuite du marronage
Le « lyannaj » ou l’esprit de la forêt
À la lumière de l’expérience historique du marronnage, des fuites et résistances créatrices des afro descendants dans les Amériques et les îles de l’Océan indien (Réunion, Maurice, etc.), ce texte tente de dégager les enjeux et les différentes dimensions de l’image-concept du « lyannaj » – une expression issue, à l’origine, du créole des Antilles françaises et du vocabulaire du travail esclave. Le modèle végétal de la liane apparaît ainsi comme une des matrices des cosmopolitiques amérindiennes et marronnes.

Leackage lines of the “marronage”
“Lyannaj” or the spirit of the forest
In light of the historical experience of “marronage”, of the leaks and creative resistances of afro descendants in the Americas and islands of the Indian Ocean (Réunion, Mauritius, etc.), this text tries to identify the stakes and different dimension of the concept-image of “lyannaj”—an expression originally derived from the “creole” of the French West Indies and the vocabulary of slave labor. The plant model of the creeper thus appears as one of the matrices of amerindian and “marron” cosmopolitics.

Le stade esthétique de la production /consommation et la révolution du temps choisi
À partir d’une relecture de quelques textes de Jean Baudrillard, l’article retrace les étapes de l’élargissement du paradigme du travail au temps prétendument « libre » des loisirs, devenu un pilier essentiel de l’économie contemporaine et du « capitalisme artiste ». Après une discussion de L’esthétisation du monde de Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, la lecture d’André Gorz permet d’envisager une sortie des paradoxes et de l’appauvrissement de l’expérience entraînés par le lien indissociable entre « temps de travail » et « temps des loisirs » (tous les deux contraints), dans la perspective utopique (mais désormais concrètement réalisable) d’une « révolution du temps choisi ».

The Aesthetical Stage of Production /Consumption and the Revolution of Chosen Time
Starting from a re-reading of some of Jean Baudrillard’s texts, the paper redraws the stages of the extension of paradigm of the work to the allegedly “free” time of leisure activities, which is becoming an essential pillar of the contemporary economy and of “artist capitalism”. After a discussion of Gilles Lipovetsky and Jean Serroy’s “Aesthetization of the World”, a reading of André Gorz’s work allows us to envisage an exit of the paradoxes and impoverishment of the experience pulled by the inseparable link between “working time” and “leisure time”, in the utopian prospect (but from now on concretely achievable) of a “revolution of chosen time”.

Le court-circuitage néolibéral des volontés & des attentions
Le libéralisme se réfère à la volonté individuelle comme à son principal principe de légitimation. Or toute une série de dispositifs (médicaments, design, algorithmes, priming, nudge) mis en place sous régime néolibéral tendent à court-circuiter toute capacité de choix délibéré. À quoi ressemble ce néolibéralisme d’après la fin de l’illusion du choix ? En quoi est-il solidaire des dispositifs qui externalisent le travail de notre attention ? Ces court-cicuitages de nos choix et de nos attentions ne relèvent-ils pas eux-mêmes d’une illusion entretenue par les marketeurs d’innovations ?

Neoliberal Short-Circuiting of Individual Will and Attention
Individual will plays a fundamental role of legitimation in liberalism. A whole range of devices (performance enhancing drugs, algorithms, design, priming, nudge) currently promoted by neoliberal policies tends to short-circuit our capacity to make deliberate choices. What does liberalism look like after the end of the illusion of choice? What are its links to the various devices that externalize our attentions? Aren’t we deluded when we naïvely believe in the capacity of our digital technology to short-circuit human attention, reflection and deliberation?

Prévention, dissuasion, préemption. Changements de logiques de la menace

Prévention, dissuasion, préemption
Changements de logiques de la menace
Après avoir distingué trois types de stratégies visant à neutraliser une menace – la prévention, la dissuasion, la préemption – Brian Massumi analyse le fonctionnement et les implications de cette dernière, dans la façon dont l’administration de G.W. Bush l’a théorisée et implémentée dans sa « guerre contre le terrorisme ». À la fois épistémologie et ontologie à tendance auto-propulsive, la préemption est une logique opératoire du pouvoir qui définit notre époque politique de manière aussi insidieusement infiltrante et infiniment extensive que la logique de la « dissuasion » qui a défini l’époque de la Guerre froide. Cette analyse est de la plus grande actualité pour comprendre à quoi nous engagent les politiques menées désormais en France et en Europe au nom de la même « guerre contre le terrorisme ».

Prevention, Deterrence, Preemption
Transformations
in the Logics of Threat
After distinguishing three different strategies aiming at neutralizing threats—prevention, deterrence, preemption—Brian Massumi analyses the latter in its theorization and implementation during the G.W. Bush era. Both an epistemology and an ontology endowed with a self-propelling tendency, preemption is an operative logic of power defining a political epoch in as infinitely space-filling and insidiously infiltrating a way as the logic of deterrence defined the Cold War era. Such an analysis is extremely timely in order to understand the implications of the “War on Terror” currently waged by the French and many other European governments.

Debout avec la terre
Cosmopolitiques aborigènes et solidarités autochtones
De plus en plus de mouvements activistes luttant contre la destruction des milieux de vie, notamment par les industries extractives qui précipitent les transformations climatiques et empoisonnent les eaux et l’air, cherchent des alliances et des sources d’inspiration auprès de peuples autochtones, tels les Aborigènes d’Australie, qui n’ont pas la même vision de la Terre que celle consistant à nier la nature sous prétexte qu’elle aurait succombé aux technologies humaines. Il est proposé ici de répondre à la réduction des ontologies en anthropologie par une « slow anthropology » qui soit « Debout avec la terre », fondée sur une expérience de terrain écosophiquement inspirée des visions et de la créativité des peuples autochtones et de leurs alliés en passant par la SF selon Haraway, Stengers et Meillassoux.

Standing with the Earth
Aboriginal Cosmopolitics and Autochthon Solidarities
More and more activist movements struggling against the destruction of their living environments – especially because of the extractive industries that accelerate the climate change and poison the water and the air, – look for alliance and inspiration in the autochthon people, such as the Aborigines of Australia, whose vision of the Earth is not to deny nature on the pretext that it would have succumbed to human technologies. This article proposes to respond to the reduction of ontologies in anthropology with a “slow anthropology” that would be “standing with the Earth”, a slow anthropology based on a field experience, ecosophically inspired by visions and creativity of the autochthon people and of their allies, and by the Science Fiction according to Haraway, Stengers and Meillassoux.

La question de la technoécologie
Si la nature surgit comme problème ou comme ressource de l’activité technique, c’est qu’elle vient du dehors de la communauté technique qui tisse ses réseaux en relation avec elle. La nature est refus d’être portée complètement à la lumière. La technique s’articule à la nature par la reconnaissance des formes et leur invention permanente. C’est cette inventivité de la nature et de la technique que l’écologie devrait protéger et évaluer par rapport à la capacité de créer des liens productifs entre communautés techniques.

The Techno-Ecological Question
If nature emerges as a problem or as a resource for technical activity, it is because it comes from the outside of the technical community who weaves its networks in relation with it. Nature refuses to be fully exposed to the light of reason. Technicity articulates itself to nature through the recognition of forms and through their permanent reinvention. Ecology should protect and valorize this inventiveness of nature and technicity through its capacity to generate productive links between technical communities.

Les matériaux de la vie

Les matériaux de la vie
Dans le Chapitre 2 de son livre Making, T. Ingold raconte certaines expérimentations menées avec ses étudiants dans son cours sur les 4 As. Ces expérimentations conduisent à reconsidérer les objets comme des matériaux solidifiés, et le « faire » comme un processus de croissance, qui échappe au modèle hylémorphique. Les matériaux eux-mêmes sont des potentiels actifs, et la fabrication consiste à unir nos forces aux leurs. En ce sens, l’alchimie est peut-être la plus apte à décrire la nature énigmatique des matériaux.

The Materials of Life
In Chapter 2 of his book Making, T. Ingold relates some experiments he carried out along with students of his 4 As course. These experiments lead to reconsider objects as solidified materials, and to reconsider “making” as a process of growth that eludes the hylomorphic model. The materials themselves are active potentials, and the making process consists in joining our forces with theirs. For this reason, alchemy may best describe the riddle of materials.

Excursus XI (Modelage de vie)

Reza Negarestani
Excursus XI (Modelage de vie)
Après une brève présentation de l’artiste et philosophe iranien Reza Negarestani et de la réception de son livre Cyclonopedia : Complicity with Anonymous Materials (re.press, 2008) dans la nébuleuse du réalisme spéculatif, S. Labrecque présente la première traduction française de l’un des nombreux « excursus » de cet ouvrage. Le court texte intitulé « Modelage de vie » propose une conception à la fois séduisante et horrifiante de la « créativité lépreuse », qui demeure inassignable au divin comme à l’humain puisqu’elle concerne précisément l’affaissement, voire le pourrissement et le mélange boueux de ces deux plans qu’on tente parfois de distinguer sous les noms de transcendance et d’immanence, ou d’idéalité et de matérialité.

Excursus XI (Life Modeling)
After a short presentation of Iranian artist and philosopher Reza Negarestani and the reception of his book
Cyclonopedia: Complicity with Anonymous Materials (re.press, 2008) linked to the speculative realism nebula, we present the first French translation of one of the many “excursus” of this work. The short text entitled “Life Modeling” proposes a seductive and horrifying conception of “leper creativity”, which remains unassignable to the divine as to the human since it concerns precisely the collapse – even the rotting and the mixture – of these two planes that we sometimes try to differentiate under the names of transcendence and immanence, or of ideality and materiality.

Matières à penser Depuis l’avènement du capitalisme financier, le spéculateur entend donner des leçons de réalisme au politique. Les services, les idées, la conscience et sa capacité d’attention : même l’immatériel se réifie pour pouvoir se vendre et s’échanger – « librement » – à la manière des choses. Il est par conséquent très urgent de renvoyer de la réalité […]

Subjectivations computationnelles à l’erre numérique

Peut-on parler de subjectivités computationnelles dès lors que nous communiquons parfois avec des bots algorithmiques sans même le savoir ? L’article passe rapidement en revue neuf modalités d’articulations possibles entre subjectivation et computation : opacification, rigidification, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpénétration, altérité et, finalement, errement. Pourquoi ne pas apprendre à faire du computationnel – et de l’incomputable qu’il recèle nécessairement – une nouvelle forme d’altérité culturelle ? Cela implique toutefois de reconnaître un certain erratisme inhérent à l’expérience humaine de programmation. Bienvenue dans l’erre numérique !

Computational Subjectivations through Digital Wonders and Wanderings

This article explores nine possible articulations between subjectivation and computation : opacity, rigidity, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpenetration, alterity and erraticity. Why not treat the computational — including the incomputable which rests in its core — as a new form of cultural Other? This requires us, however, to acknowledge the erring part in the human experience of programming. Welcome to the wanders of computation!

Texte complet: http://www.multitudes.net/subjectivations-computationnelles-a-lerre-numerique-texte-complet/

Subjectivités computationnelles et consciences appareillées

Cet article revient sur la notion de « subjectivité computationnelle » formulée par David M. Berry visant à développer une approche critique des technologies numériques. Afin de comprendre les implications philosophiques d’un tel rapprochement entre « subjectivation » et « computation », nous revenons tout d’abord, via Leibniz et Hannah Arendt, sur l’émergence des sciences modernes qui visent à faire du « sujet » classique une entité calculante. Nous voyons ensuite comment les sciences « comportementales » ont influencé la conception des ordinateurs en substituant à la raison humaine des modélisations rationnelles déléguées à des machines. Pour sortir de l’impasse d’une déshumanisation annoncée dès la fin des années 1970 par des auteurs comme Ivan Illich ou Gilles Deleuze, nous envisageons enfin la « subjectivation » comme un processus qui ne nécessite pas qu’il y ait sujet. Le concept d’« appareil », tel que le propose Pierre-Damien Huyghe à propos de la photographie et du cinéma, peut ainsi être étendu aux machines computationnelles pour penser de possibles « consciences appareillées ».

Computational Subjectivities and Apparatus-Consciousness

In continuation with David M. Berry’s considerations on “computational subjectivities”, this paper goes back to the emergence of modern science, via Leibniz to Arendt, questioning the attempt to see the classical “subject” as a calculating machine. After behaviorism had greatly influenced computer science, after Ivan Illich or Gilles Deleuze’s redefinition of the subject, we can now envisage processes of subjectivation without a subject. The concept of apparatus, as theorized by Pierre-Damien Huyghe’s analysis of the photographic camera, can be extended to computation and help us conceive of “apparatus-consciousness”.

La raison instrumentale, le capitalisme algorithmique et l’incomputable

La cognition algorithmique joue un rôle central dans le capitalisme contemporain. Depuis la rationalisation du travail industriel et des relations sociales jusqu’à la finance, les algorithmes fondent un nouveau mode de pensée et de contrôle. Dans cette phase du tout-machinique dans l’évolution du capitalisme numérique, il ne suffit plus de se mettre du côté de la théorie critique pour accuser la computation de réduire la pensée humaine à des opérations mécaniques. Comme le théoricien de l’information Gregory Chaitin l’a démontré ; l’incomputabilité et l’aléatoire doivent être conçus comme les conditions de bases de la computation. Si le technocapitalisme est contaminé par l’aléatoire computationnel et le chaos, la critique traditionnelle de la rationalité instrumentale doit elle aussi être remise en question : l’incomputable ne pleut plus être réduit au statut de contraire de la raison.

Instrumental Reason, Algorithmic Capitalism, and the Incomputable

Algorithmic cognition is central to today’s capitalism. From the rationalization of labor and social relations to the financial sector, algorithms are grounding a new mode of thought and control. Within the context of this all-machine phase transition of digital capitalism, it is no longer sufficient to side with the critical theory that accuses computation to be reducing human thought to mere mechanical operations. As information theorist Gregory Chaitin has demonstrated, incomputability and randomness are to be conceived as very condition of computation. If technocapitalism is infected by computational randomness and chaos, the traditional critique of instrumental rationality therefore also has to be put into question: the incomputable cannot be simply understood as being opposed to reason.

Entre archéologie et écologie
Une perspective sur la théorie médiatique

Cet article propose trois graphies pour distinguer trois sens assez différents au sein de ce que l’on fait confusément relever des « médias » en français. Ce faisant, il propose, à la suite de Marshall McLuhan, de considérer la cause formelle comme une catégorie centrale pour comprendre les dynamiques médiatiques. Cela le conduit à situer son approche aux confins de l’archéologie et de l’écologie des media.

Between Archaeology and Ecology
A Perspective on Media Theory

This paper suggests three different forms of spelling to account for the plurality of the notion of “media”. Following Marshall McLuhan, it considers the category of formal cause as playing a crucial role in understanding media dynamics. Such a perspective is located at the convergence of media archaeology with media ecology.

Pour ou contre le populisme ?

Dans cette contribution jouée à quatre mains, l’une des intervenantes veut espérer que l’on puisse répondre aux populismes actuellement dominants, démagogues et xénophobes, par une autre forme de populisme, rassemblant les masses autour de quelques slogans émancipateurs et de quelques récits mobilisateurs. L’autre craint que le ver ne soit dans le fruit dès lors qu’on cherche à parler au peuple (dans un effort de massification) plutôt qu’à penser avec les gens (dans leur pluralisme).

For or Against Populism?

In this dialogue, one of the debaters hopes that an emancipatory form of populism can help offer an alternative to the current dominance of the existing populisms, demagogical and xenophobic. The other debater fears the worm is already in the fruit as soon as one attempts to speak to the people (in order to massify it) instead of attempting to think with the people (in their pluralism).

Dettes et anamnèse Kader Attia voyage dans le temps à travers les archives qu’il glane aux puces de Berlin ou de Paris. Il collectionne les cartes postales et les journaux de la fin du XIX et du XXe, Le Petit Journal, Le Petit Français, L’Illustration, Les faits divers illustrés, etc., dont les images exhibent des […]

La Guerre des Demoiselles ou l’insurrection du Tiers-Langage

La Guerre des Demoiselles ou l’insurrection du tiers langage

La «Guerre des Demoiselles » éclate en Ariège au début du XIXe siècle en réaction à la disparition des droits d’usage ancestraux qui fondaient l’habitabilité du territoire et la survie de ses habitants. Bien qu’elle emprunte de façon générale certains aspects de la guérilla, nous verrons que cette rébellion se signale aussi par le déploiement d’un langage symbolique et poétique qui à la fois « habite » et « hante » son milieu, montrant la consubstantialité et la mise en crise simultanée du prosaïque et du poétique, de l’habitat et du discours.

The Demoiselles’ War or the Insurrection of the Third Language

1829 saw the start of one of the eeriest peasant revolts in French modern history, “the Demoiselles’War”, a mountain guerilla aimed at earning back ancestral land rights. However, the rebellion is also characterized by the deployment of a fantastic and poetical language across the landscape, marking a shift from habitation to haunting as well as the simultaneous crisis of the prosaic and the poetical, of habitation and discourse.

Archéologie des media et arts médiaux
Dialogue avec Garnet Hertz

Dans ce dialogue avec Garnet Hertz, Jussi Parikka argumente pour une archéologie des media qui puisse constituer une méthodologie de recherche universitaire au sein des études des media et des arts médiaux. Suivant cette idée directrice de la construction nécessaire d’une fondation théorique à l’archéologie des media, la conversation aborde les sujets de l’interdisciplinarité, de l’historiographie, de l’art, des nouveaux media et du monde universitaire.

Archaeologies of Media Art

In this conversation with Garnet Hertz, Jussi Parikka discusses media archaeology as a methodology of academic research in media studies and the media arts. In the process of constructing a theoretical foundation for media archaeology, they discuss and explore the topics of interdisciplinarity, historiography, art, new media, and academia.

Subjectivations computationnelles à l’erre numérique

Peut-on parler de subjectivités computationnelles dès lors que nous communiquons parfois avec des bots algorithmiques sans même le savoir ? L’article passe rapidement en revue neuf modalités d’articulations possibles entre subjectivation et computation : opacification, rigidification, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpénétration, altérité et, finalement, errement. Pourquoi ne pas apprendre à faire du computationnel – et de l’incomputable qu’il recèle nécessairement – une nouvelle forme d’altérité culturelle ? Cela implique toutefois de reconnaître un certain erratisme inhérent à l’expérience humaine de programmation. Bienvenue dans l’erre numérique !

Computational Subjectivations through Digital Wonders and Wanderings

This article explores nine possible articulations between subjectivation and computation : opacity, rigidity, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpenetration, alterity and erraticity. Why not treat the computational — including the incomputable which rests in its core — as a new form of cultural Other? This requires us, however, to acknowledge the erring part in the human experience of programming. Welcome to the wanders of computation!

Manifeste accélérationniste
L’avenir a besoin d’être construit. Il a été démoli par le capitalisme néolibéral pour être réduit à une promesse à prix réduit d’inégalités croissantes, de conflits et de chaos. L’effondrement de l’idée d’avenir est symptomatique du statut historique régressif de notre époque, bien davantage que d’une maturité sceptique, comme les cyniques essaient de nous le faire croire de tous les bords du champ politique. Il faut casser la coquille de l’avenir une fois encore, pour libérer nos horizons en les ouvrant vers les possibilités universelles du Dehors.

Manifesto for an Accelerationist Politics
The future needs to be constructed. It has been demolished by neoliberal capitalism and reduced to a cut-​price promise of greater inequality, conflict, and chaos. This collapse in the idea of the future is symptomatic of the regressive historical status of our age, rather than, as cynics across the political spectrum would have us believe, a sign of sceptical maturity. The future must be cracked open once again, unfastening our horizons towards the universal possibilities of the Outside.

Le travail de l’abstraction
Sept thèses transitionnelles sur le marxisme et l’accélérationnisme
L’accélérationnisme marxiste de Srnicek et Williams semble concerner non seulement une simple accélération catastrophique du capital (comme chez Virilio, Baudrillard, Land), mais une accélération épistémique et une réappropriation du capital fixe comme technologie et connaissance (en une sorte de Singularité Épistémique). L’intelligence collective doit s’organiser elle-même sur le mode d’une intelligence hostile – également dans le sens où elle s’inocule dans son hôte comme un parasite malveillant.

The Labour of Abstraction
Seven Transitional Theses on Marxism and Accelerationism
Srnicek and Williams’ Marxist accelerationism appears to be not about a mere catastrophic acceleration of capital (like in Virilio, Baudrillard, Land) but about an epistemic acceleration and reappropriation of fixed capital as technology and knowledge (a sort of Epistemic Singularity). Collective intelligence has to organise itself into a hostile intelligence — also in the sense of inoculating the host as a malignant parasite.

L’exode de la multitude au Brésil
La préparation des grandes manifestations religieuses et sportives mondiales au Brésil a entraîné une riposte populaire. L’enracinement de la lutte dans le temps, son élargissement à d’autres couches sociales, la participation des Indiens montrent l’impasse où se trouve la représentation démocratique au Brésil, ainsi qu’une nouvelle vision de la composition sociale des luttes. Avec Lula, le gouvernement a essayé d’inclure les pauvres et de faire de leurs marges des ressources cognitives. Mais la reprise du développementisme par Dilma renvoie les pauvres dans la plèbe, sans droits.

The exodus of the multitude in Brazil
The preparation of the latest religious and sport extravaganzas in Brazil triggered a strong popular reaction. By its capacity to anchor the struggle into the longer term, to enlarge it to other social strata, and to bring in the participation of Indians, this movement revealed a certain dead-end of democracy in Brazil, as well as new forms of class composition. With Lula, the government attempted to include the poor, transforming the margins into cognitive resources. Dilma’s return to more orthodox forms of development sends them back into the plebs, deprived of rights.

Marée Amarildo :
amour et art de la multitude
En juillet 2013, le maçon Amarildo, habitant de la favela Rocinha, disparaît. L’enquête montrera que la responsable de sa torture suivie de mort est l’UPP, l’unité de police installée depuis peu dans la région. Cette mort violente n’est pas la première ni sera la dernière : ce genre d’événement est assez banal à Rio. Mais cette fois-ci, elle a lieu dans un cadre de contestation de la politique de sécurité de l’État de Rio de Janeiro et suscite une forte réaction des mouvements sociaux et culturels. Au sein de cette contestation, a lieu une puissante production d’images et de performances artistiques.

Tide Amarildo : love and art of the multitude
In July 2013, the mason Amarildo, inhabitants of the Rocinha slum, disappears. The inquiry shows that the responsible for his torture followed by death is the UPP — the police unit installed recently in the region. This violent death is not the first nor will be the last : this kind of event is quite commonplace in Rio. But this time, it takes place in a context of challenge to the security policy of the State of Rio de Janeiro and gives rise to a strong reaction from the social and cultural movements. In this dispute, held a powerful image production and artistic performances.

La plénitude drastique
du devenir-indien
À partir d’auteurs comme Negri, Cocco, Viveiros de Castro et Fanon, cet article discute le devenir-indien comme un concept pour les forces expressives de luttes et de réinvention dans le Sud. À travers de formes concrètes d’intervention, on analyse un mode de résistance à la fois créatif et alternatif, qui prend le contre-pied de l’actuel agenda capitaliste et néo-développementiste.

The radical plenitude of becoming-Indian
Feeding from authors like Negri, Cocco, Viveiros de Castro and Fanon, this article discusses “becoming-Indian” as a concept for the expressive forces of struggles and reinvention from globalization’s South. Tracing the concrete forms of intervention, we analyze a mode of resistance which is at the same time creative and alternative, in sharp contrast to the current capitalist and “neo-developmentalist” modernization agenda.

La lutte des réfugiés
Entre droit de fuite et droit de rester
Les migrations se font maintenant plutôt vers les pays du Sud, refuges de 80 % des demandeurs d’asile. 4 % des Brésiliens sont étrangers, ce qui est faible du fait d’une législation défavorable élaborée pendant la dictature. Les immigrants viennent de Colombie et du Congo, après être venus d’Angola. Ces derniers se sont établis dans le quartier le plus pauvre de Rio. Malgré leur pauvreté, les étrangers participent par leur désir de changement à la nouvelle multitude locale.

Refugees’ struggles
Between a right to flee and a right to stay
Migrations mostly take place between countries from the South, where 80 % of asylum seekers are currently located. Only 4 % of the Brazilian population are foreigners, coming from Colombia and Congo, after earlier waves from Angola, who have settled in the poorest neighborhood in Rio. In spite of their poverty, these foreigners often play a more active political role in their new multitude than in their home country.