Archives du mot-clé urbanité

Hawad,
Le Mage des  déserts
Furigraphie
Ce texte sur la poésie de l’Amazigh (i.e. « berbère ») nigérien Hawad (Prix international Argana 2017 de la poésie, Maroc) dissémine, pour la reconfigurer, une épistémologie déterritorialisée des « extrémités de la douleur ». « La douleur d’être déplacés. Déplacés par la force dans le cas des Noirs d’Amérique. On les a arrachés à eux-mêmes. L’ogre, qui avait besoin de leur chair, les a amenés dans son centre, dans son cadre, pour bien les manger. C’est la même chose pour les nomades ». Les dits, les écrits et la peinture d’Hawad donnent à voir le degré atteint par la dépossession tous azimuts des puissances processuelles de la condition amazighe et, par ricochet, de l’Afrique actuelle et de ses diasporas. La poésie d’Hawad arrache les multitudes humaines dites « autochtones » ou « indigènes » à leur réduction « subalternisante ».

Hawad, The Deserts’ Wise Man
Furigraphie
This text about the poetry of the Amazigh Nigerien writer Hawad (who won the 2017 Argana International Prize for Poetry in Morrocco) disseminates a deterritorialized epistemology of “extreme pains”, in order to reconfigure it. “The pain of being displaced. Displaced by violence in the case of African-Americans. They have been torn from themselves. The Oger, which needed their flesh, brought them to his center, into his frame, better to eat them. The same thing affects the nomads.” Hawad’s words, writings and paintings display the high degree of disposession of the processual powers of the Amazigh condition, which can be extended to contemporary Africa at large, as well as to its diasporas. Hawad’s poetry pulls the so-called “indigeneous” human multitudes away from their reduction to mere “subalterns”.

  Refusons de reprendre à notre compte les discours que les États relayés par la presse communiquent, nous enjoignant de croire à l’engorgement des migrants aux portes terrestres et maritimes de l’Europe, alors que les États européens sont incapables de se mettre d’accord sur une politique d’accueil de populations qui représentent moins de 1 % de […]

Des gestes sur l’écran aux gestes de rue
City Lights de Charlie Chaplin
L’ingéniosité et l’audace de Charlie Chaplin sont observées et analysées à travers la scène d’ouverture de City Lights. L’artiste dégage un certain nombre de parades et d’élans qui permutent les relations de pouvoir. Les places de chacun sont réorganisées via de multiples gestes critiques. Ode à la perturbation, en vue de les prolonger dans nos villes, dans nos quotidiens, l’article tente d’entraîner le lecteur dans de potentielles actions et interactions rediscutant l’espace public.

From Gestures on the Screen to Gestures in the Streets
Charlie Chaplin’s
City Lights
Chaplin’s ingenious and audacious creativity is analyzed through City Lights’ opening scene, where the actor-filmmaker stages a number of parades and impulses that permutate relations of power. The agents’ places are reconfigured through a variety of critical gestures. Conceived as an ode to perturbations extendable to our cities and daily lives, the article invites the reader to pursue actions and interactions questioning the potentials of public spaces.

Epopée urbaine à Montréal
Entre 2007 et 2014, Rodrigue Jean fut l’initiateur d’une expérience cinématographique reposant sur le travail d’un collectif de création connu sous le nom d’Épopée et incluant des Montréalais vivant l’exclusion dans une extrême précarité. L’article examine comment, du point de vue du spectateur, les films qui en sont issus constituent une ressource imaginaire permettant de parer à la rupture de socialité qui marque l’expérience des villes. La forme de compagnonnage qu’ils proposent fait apparaître les logiques sociales qui conduisent à l’exclusion et mise sur « l’imagination radicale » pour intensifier la sensibilité politique des urbains.

Urban Epic in Montréal
Between 2007 and 2014, Rodrigue Jean initiated a cinematographic experience based on the work of an artistic collective called Épopée, which involved Montréal residents living in situations of exclusion and extreme precariousness. The article analyses how these films provide an imaginary that helps the viewers face the rupture of sociality often experienced in city life. The form of companionship displayed in these movies brings to light the social dynamics that lead to exclusion, while it fosters the “radical imagination” in order to intensify the political sensibility of city dwellers.

  Cette Mineure entend, à partir d’objets audiovisuels divers mettant en scène la ville (docu-fictions de vidéastes, films de l’industrie du cinéma, séries TV, documentaires scientifiques), interroger le rapport que ces objets créent (suggèrent / permettent / …) entre des configurations sensibles – spécialement sonores, sans s’y limiter – et notre perception de ce qui compte. Par […]

Les Britanniques à Calais
La solidarité européenne à l’échelle locale dans une ville frontière

Comment fonctionnent ceux qu’on appelle les Anglais dans le camp de Calais ? Les volontaires internationaux ont remplacé peu à peu les touristes dans l’animation de la ville, à partir de 2013 ; à partir de fin 2015, la mobilisation est plus forte mais toujours peu organisée. La préoccupation est de rendre le camp plus habitable, de construire avec les migrants des lieux de vie pour les femmes et les enfants, pour les repas, pour le théâtre, pour la bibliothèque. Ces hauts lieux seront épargnés de la destruction par la justice. Mais cette nouvelle urbanité n’est pas exempte de rapports de pouvoir. L’aide britannique se restructure à partir du Hangar, hors du camp, pour pratiquer l’aide sur un mode quasi-industriel par son efficacité. Les volontaires deviennent plus distants des migrants, et leur vie se déroule plutôt hors du camp. Français et Britanniques se rejoignent cependant dans le traitement des mineurs isolés et le conseil juridique.

Britons in Calais
European Solidarity at the Local Level in a Bordertown

How do those referred to as “les Anglais” operate in Calais? International volunteers have progressively replaced tourists in the animation of the city, starting from 2013. Since the last months of 2015, the mobilization is still strong but little organized. Efforts concentrate on making the camp more hospitable, on constructing with the migrants a better place for women and children, improving meals, establishing a theater, a library — these sites being spared the destruction waged by the authorities. This new urbanity is not free from relations of power, however. British aid was restructured around the “Hangar”, away from the camp, on a quasi-industrial mode of management geared towards efficiency. The volunteers have become more distant towards the migrants, as their life is now located outside of the camp. French and British volunteers, however, are in tune concerning the help brought to isolated children and legal counseling.

Le site de la Linière à Grande Synthe
Camp ou quartier?

Le lieu de vie construit par les migrants à Grande Synthe est en cœur d’agglomération ; les exilés peuvent bénéficier des services de la ville et de nombreux services ont été installés par les associations. Il ne s’agit pas réellement d’un camp. Cette initiative s’inscrit dans le projet d’autonomie des villes par rapport aux États. Du point de vue architectural il s’agit d’un lieu ouvert capable de s’adapter aux arrivées et départs de population, capable de voir se développer des activités productives. C’est un quartier d’accueil et d’intégration.

The Linière Site at the Grande Synthe
Camp or Neighborhood?

The living space built by migrants at the Grande Synthe is located in the core of the city; exiled people can benefit from the townhouse services and several services are provided by associations. Is it really a “camp”? This is part of the increasing autonomy claimed by cities towards national States. From an architectural point of view, it is an open place designed to adapt to the incoming and outgoing of populations, which can host productive activities. It is a neighborhood geared towards welcoming and integration.

Camps et campements
Des économies aux principes opposés

Les camps fournissent du travail forcé aux pouvoirs qui les constituent alors que les campements autogèrent des opportunités et des hasards productifs. L’article recense plusieurs cas actuels de camps de travail forcé dans le monde et plusieurs cas historiques d’enfermement de main-d’œuvre qualifiée, utilisée dans l’économie locale. Le recours actuel à l’internement de masse pour contrôler les migrations implique des grandes entreprises et des associations qui en emportent les marchés. Dans les campements au contraire les ressources matérielles mobilisées et monétaires sont limitées mais l’installation est dépendante de ressources sociales et relationnelles suffisantes. Les frontières entre les formes camp et campement, économie formelle et économie informelle sont poreuses, comme l’illustrent quelques exemples en région Île de France.

Camps and Encampments
Two Economies with Contrary Principles

Camps provide forced labor to the powers that institute them, while encampments self-manage productive opportunities and chance meetings. This article surveys several current cases of forced labor camps around the world, as well as several historical examples of locking up qualified workforce, exploited within a local economy. The current management of migrations by mass incarceration involves large firms and associations struggling to win new markets. In encampments, on the other hand, the material and monetary resources mobilized are limited, but the installation depends on available social and relational resources. The distinction between camps and encampments, formal and informal economies, are porous, as illustrated, with a few examples from the Paris region.

Considérant ce qui s’affirme

Considérant ce qui s’affirme
Sciences et politiques dissidentes du PEROU dans les camps, bidonvilles et refuges de France

Dans cet entretien avec Luc Gwadzinzky, Sébastien Thiery, coordonnateur du PEROU, affirme chercher au contact des migrants et des exclus les formes émergentes de la ville de demain, celle qui fera place à tous ceux qu’exclut la métropolisation. Il s’agit de déplacer le regard, d’englober migrants et habitants dans une même question. La démarche se déplace de site en site, en faisant jurisprudence à partir de chaque cas, en produisant fictions et créations avec migrants, habitants et artistes, en reconnaissant les pratiques d’hospitalité et l’immensité des ressources potentielles qu’elles mobilisent. Un programme de recherche et de formation, l’École des situations, est en préparation.

Considering What Asserts Itself
Dissident Sciences and Politics by Perou in French Slums and Camps

In this interview with Luc Gwadzinzky, Sébastien Thiery, coordinator of the PEROU collective, explains how working with migrants and castaways helps understanding the emergent features of tomorrow’s cities, which will have to find room for all those excluded by our current metropolis. In order to displace our point of view and to develop a common perspective between migrants and locals, their work goes from site to site, generating jurisprudence based on singular cases, producing fictions and creations shared by migrants, locals and artists, documenting the incredibly resourceful wealth of hospitality and solidarity. A research program entitled the School of Situations is in preparation.

Considérant Calais

Vu la République, la fraternité en ses fondements, l’hospitalité à l’horizon. Vu les bouleversements des temps présents, la perspective de mouvements migratoires extraordinaires à venir, la démultiplication annoncée de « jungles » dans les plis et replis de nos métropoles. Considérant que la « jungle » de Calais est habitée par 5 000 exilés, non pas errants mais héros, rescapés […]

Lors des attentats du 13 novembre 2015, la deuxième ville de l’agglomération calaisienne a tenu à adresser un hommage particulier aux victimes. Alors qu’elle avait subi la nuit même un incendie accidentel majeur, ses habitants se sont réunis pour une manifestation et une minute de silence. Riche de plus de 6 000 habitants, elle compte sans […]

Événement majeur, tournant, génération « Bataclan », état d’urgence interne, état de guerre extérieure ? Les mots et réactions se bousculent pour qualifier la soirée du 13 novembre et ses suites. Mais le consensus assez « naturel » sur l’état d’urgence après de tels actes de terreur ne cache ni ne doit masquer les arrières pensées en tout genre. D’autant […]

France – Le Havre Les habitants d’un bidonville expulsés malgré l’implication de plusieurs associations, et du Conseil Général, dans un projet d’aménagement Le 16 juillet 2013, à six heures, les habitants du bidonville du quartier de l’Eure ont été expulsés, en dépit des propositions d’accompagnement global des familles Rroms, avancées par plusieurs associations travaillant avec […]

Pour une musique de résistance Théorie du Stone

Pour une musique de résistance
Théorie du Stone
À New York, une scène musicale s’est installée dans une ancienne épicerie, The Stone. Se mêlant aux bruits de la ville, on y joue des musiques de résistance – le blues, le klezmer, le free jazz –, musiques de position dans une guerre perpétuelle contre l’évacuation des pauvres et des artistes, dont l’unique principe poétique et politique est l’expérimentation. Comme en réponse au monumental et commémoratif Ground Zero non loin de là, le festival Fukushima ! a pris place au Stone, donnant à penser musicalement la catastrophe et l’expropriation.

For a Music
of Resistance
Theory of the Stone
In New York, a music scene is housed in a former grocery store, The Stone. Mingling with noises from the city, musics of resistance – blues, klezmer, free jazz – are played there. Position musics in a perpetual war against drainage of the poor and artists, whose unique poetic and political principle is experimentation. As if in response to the monumental and memorial Ground Zero nearby, the Fukushima! festival took place at the Stone, to think musically disaster and expropriation.

Dans le cadre notamment des communautés de communes, des pratiques sociales innovantes participent d’une reterritorialisation des « rurbains banlieusards ». Elle déborde le seul refus de relégation pour viser plus de démocratie à travers le principe de subsidiarité, dans le cadre d’un territoire désormais métropolitain.

INNOVATIVE RURAL/URBAN TERRITORIES
Rural/urban communities are initiating innovative social practices in reconstituting land-use and territory. They are refusing to accept marginality and are instead experimenting with a more democratic role in governance of subsidiarity, in the context of a metropolitan territory.

Roms, villes ouvertes

Les Roms, exclus de la privatisation des terres en Roumanie, cherchent à migrer vers l’Ouest. D’autres aussi sont refoulés de Grèce où ils étaient saisonniers agricoles, la crise les chasse devant elle. Ils font des allers-retours, ce qui pour une part d’entre eux signifiera arrivée « /au pays où l’on n’arrive jamais/ », arrivée au […]

Entre les frontières nationales et les nouvelles clôtures pour la circulation des cadres du capital global, les villes doivent rester ouvertes aux citoyens et aux migrants afin de construire des gouvernances démocratiques et durables.

Cities beyond old Borders and new Closures of Capital

Beyond the old state frontiers and the new closed networks of globalisation, cities must be open. Citizens and migrants have to build together in these cities the governances of sustainable and democratic development.

Les villes sont aujourd’hui au centre des conflits et des débats politiques. Logements, droits des migrants ou financements publics fondent partout la rébellion pour un droit à la ville. Son émergence permet à plusieurs alternatives d’innover des coopérations.

Neolibéral Urbanism or Right at the City

The urban has moved in the centre of the political discussions and conflicts. Worldwide new protest movements for housing, migration or municipal finance are rebellion. A « right to the city » is organizing an urban social movements.

Les migrants ruraux, dont l’exploitation est centrale dans le développement chinois, adaptent progressivement leurs structures communautaires d’origines à l’échelon des métropoles pour faire aujourd’hui éclater de nombreuses émeutes contre l’injustice. Les diverses stratégies des femmes dans les métropoles chinoises, ainsi que celles de la diaspora de cette underclass au niveau global sont analysées.

Migrants in the chinese Cities, the Way of Resistance

Rural migrants, in the heart of Chinese development, begin to underpass their community structures to develop now a lot of metropolitan riots against injustice. The strategies of women in these metropolis and of the Chinese diaspora in the world are analysed.

L’ensemble du nouveau rapport capital/travail déborde le traditionnel affrontement de classes dans l’entreprise fordienne pour se jouer désormais dans la métropole.

Du plus petit interstice à ses grands pôles, le territoire métropolitain est investi comme lieu de vie et de travail. Au-delà du capitalisme, les visions alternatives des créativités citoyennes y génèrent un autre commun politique, économique et écologique.

Conflictual Dynamics in European Metropols

Beyond the traditional class antagonism in the enterprise, the metropolis is the new territory of the conflict relationships in the globalisation.
From small interstices to main poles, the whole metropolitan territory is invested as place of life and work. Beyond a new green capitalism, real alternative proposals as a political, economical end ecological common are now open.

ROMS, VILLES OUVERTES

Les Roms, exclus de la privatisation des terres en Roumanie, cherchent à migrer vers l’Ouest. D’autres aussi sont refoulés de Grèce où ils étaient saisonniers agricoles, la crise les chasse devant elle. Ils font des allers-retours, ce qui pour une part d’entre eux signifiera arrivée « /au pays où l’on n’arrive jamais/ », arrivée au […]

L’habitat « non-ordinaire » et la ville post-fordiste

Le texte esquisse les relations entre les mutations du travail « post-fordistes », intermittence, travail cognitif, nouvelles mobilités et les mutations de la ville. Dans cette perspective, l’habitat « non-ordinaire » n’est pas une scorie mais au contraire une production actuelle, entre adaptations et luttes contre les ségrégations.

« Non-ordinary» habitat and the post-Fordist city
This text studies relations between post-fordist labor mutations, casual work, cognitive work, new mobilities and urban mutations. Non-ordinary housing forms are not just scorias, they’re a contemporeanous production, between adaptations and struggle against segregations.

« L’art est tout ce qui mobilise et agite. L’art est ce qui nie ce mode de vie et qui dit : faisons ce quelque chose pour le changer. » (1) En Amérique latine, « art-action » est une expression communément admise pour parler de la performance. Depuis les années 1960, cet art de résistance […]

La métropole parisienne est une réalité dans les pratiques territorialisées des jeunes métropolitains «des banlieues», alors que les pouvoirs institués en sont encore à s’affronter pour en tracer les frontières à la manière souverainiste. L’analyse du projet de rénovation urbaine des Halles marque cet important décalage entre le nouveau management municipal auquel participent les bobos du centre et, d’autre part, les multiples appropriations des jeunes métropolitains qui dessinent d’ores et déjà un territoire commun.

While politicians dispute about frontiers of the metropole institution, the youngs does practice and struggle already the way of living metropolitan in Paris. The urban renovation of les Halles shows a deep biopolitic cut between the gathered bobos and politicians of the centre and the multiple appropriations of the territory by whole young people of the suburbs, creating new commons.

Vert pâle

Paru dans Ecorev’ n°27, juillet 2007Le très mauvais score à la présidentielle 2007 n’est pas un effondrement des Verts, plutôt une évaporation, c’est-à-dire le signe d’un manque d’implantation « durable » de l’écologie politique en France. Le très mauvais score à la présidentielle 2007 n’est pas un effondrement des Verts, plutôt une évaporation, c’est-à-dire le signe d’un […]

Les interstices représentent ce qui résiste encore dans les métropoles, ce qui résiste aux emprises réglementaires et à l’homogénéisation. Ils constituent en quelque sorte la réserve de « disponibilité » de la ville. Du fait de leur statut provisoire et incertain, les interstices laissent deviner ou entrevoir un autre processus de fabrication de la ville, ouvert et collaboratif, réactif et transversal. Ils nous rappellent que la société ne coïncide jamais parfaitement avec elle-même et que son développement laisse en arrière plan nombre d’hypothèses non encore investies. L’interstice constitue certainement un des espaces privilégiés où des questions refoulées continuent à se faire entendre, où certaines hypothèses récusées par le modèle dominant affirment leur actualité, où nombre de devenirs minoritaires entravés, bloqués, prouvent leur vitalité. À ce titre, l’expérience interstitielle représente la parfaite métaphore de ce que peut être le mouvement de l’antagonisme et de la contradiction dans la ville postfordiste : un mouvement qui s’affirme au fur et à mesure de ce qu’il expérimente, qui monte en intensité grâce aux modalités de vie et de désir qu’il libère, qui s’oppose à la hauteur de ce qu’il est susceptible d’inventer et de créer.

Interstices represent a still resistant element within the metropolis, that which resists the stranglehold of regulation and homogenisation. They are, in a sense, a reserve of the city’s « availability ». Because of their provisional and uncertain status, interstices are left open to imagination or provide a glimpse of another process of fabricating the city, open and collaborative, reactive and treansversal. They remind us that society never coincides exactly with itself and that its development leaves behind a number of possibilities not yet invested in. The interstice certainly constitutes one of the privileged spaces where repressed questions are made to be heard, where certain hypotheses rejected by the dominant model affirm their presence, where the numerous fates of minorities, disadvantaged, impeded, prove their vitality. In this way, the interstitial experience provides the perfect metaphor for what could be said to be the movement of antagonism and the contradiction within the post-Fordist city : a movement which affirms its own experimentation along the way, which grows in intensity thanks to the modalities / mood of life and of the desires that it liberates, which resists the haughtiness which it is susceptible to inventing and creating.

Dans ces deux extraits d’articles, James Clifford aborde la question des dynamismes culturels indigènes. Suivant la pensée de Jean-Marie Tjibaou, il expose en termes d’articulations les différentes dialectiques qui parcourent les rapports aux lieux et aux localisations du pouvoir. À travers les dialectiques liant les histoires autochtones et diasporiques, les origines et les déplacements, les rapports entre passés, présents et futur, il explore les aménagements et les agencements indigènes enchevêtrés dans les situations post et néocoloniales et les enjeux des réappropriations de souveraineté.

In these extracts from longer essays, James Clifford deals with the question of the dynamics of indigenous cultures. Following the ideas of Jean-Marie Tjibaou, he exposes the different dialectics that inhabit the relations to place and localization of power with regard to their terms of articulation. Across the dialectics that variously link aboriginal histories and diasporas, origins and dislocations, and the relations between past, present and future, Clifford explores the array of indigenous arrangements tangled up in the post- and neo-colonial situations and the stakes behind the reappropriation of sovereignty.

Multitudes : September

MAJEURE : Raison métisse La Res publica subvertie : Exposition de l’universel aux revendications partielles by THOMAS BERNS To what extend can the universal be exposed to sped struggles and partial claimings ? Taking into account the fragmentation of the political fabric, without dropping the emancipation ideal, induces to begin a positive deconstruction of the […]

ECObox est une initiative de l’atelier d’architecture autogérée, qui propose l’investissement par les habitants du quartier La Chapelle d’un espace en friche et sa transformation en jardin participatif et lieu de rencontre et de débat. La pratique de aaa teste et provoque « la disponibilité » de la ville à travers des « tactiques urbaines […]

Utopies de marché, utopies morbides

La « fin de l’utopie », proclamée en même temps que la « fin de l’histoire » et
autres fins ou morts du sujet, a suscité des réactions politiques paradoxales
et à la hauteur de ce symptomatique post-déboire. Il ne semble pas trop
caricatural de dire qu’à « gauche » le mot utopie s’est alors chargé d’un sens
positif inébranlable et d’une nécessité militante digne du mégaphone, sans
donner lieu pour autant à autre chose qu’un remplissage par le vide de cette
coquille mirifique (l’idéologie multiculturaliste en est un exemple,
l’idéologie du sport populaire un autre, complémentaire : http://mortibus.free-nux.org

1 Tandis qu’à « droite», en stricte inversion, l’on décriait tant et plus les horreurs de l’utopie et de ses doux rêveurs devenus massacreurs, tout en faisant circuler des produits utopiques d’un nouveau genre, disons trop réel2 plutôt que surréel (nouvelle économie, économie sociale de marché, ordolibéralisme, libertarisme par
exemple). Cela se passait dans les années 80-90, l’utopie renvoyait alors sans
cesse à l’autre face du capitalisme, le communisme et ses mutations
rhizomatiques. Aujourd’hui, on peut constater que le retard pris par la «
gauche » pour faire circuler sur le marché du bien-être un certain nombre
d’utopies clé en main, qui sont autant d’ego-trip3 (un peu bo-bos, un peu
lib-libs) de substitution aux Grands soirs et Grands matins bureaucratiques,
aux défilés glorieux et à la lutte des classes sous-contrôle, est partiellement
rattrapé, notamment grâce à l’imagination new-age débordante des camps
altermondialistes (l’utopie des SEL, l’utopie des agricultures bio ou
permanentes, l’utopie de la décroissance, les toilettes sèches et les yourtes,
etc.) et celle plus branchée, plus pornochic aussi, de la hype4 délurée et
provocicatrisante. Mais pour autant, la lutte est inégale face au système
marchand et aux industries culturelles qui se sont emparés facilement et avec
un empressement avide des oripeaux de l’utopie et déclinent chaque jour le
thème du rêve à portée d’emprises et de molles bourses, sous l’œil béat des
droites ultralibérales (utopie de la communication cybernétique, utopie du
génétiquement modifié, du clonage, de l’eugénisme, etc.).

La situation de l’utopie semble en tout cas bien loin de l’enterrement. Mais n’est-elle pas cependant plus morbide que jamais ? Sans doute, la ténacité des utopies
contemporaines rend-elle compte d’une métamorphose du contenu vivace et de la «
raison émouvante5 » de l’utopie. Nous pourrions avancer une raison à cela,
évoquée par Marcuse à la fin des années soixante6 : les forces matérielles et
intellectuelles, scientifiques et technologiques sont techniquement présentes
pour tirer le réel vers l’irréel d’ une société libre, une société délivrée du
règne de la nécessité et de l’anathème du travail aliéné ; ce qui était
impossible aux XVIIIe et XIXe siècles ne l’est plus aux XXe et XXIe (supprimer
la pauvreté et la détresse, supprimer la sur-répression, etc.) ; c’est en ce
sens que l’utopie, qui qualifie entre autre des projets de transformation
sociale impossibles, des projets de transformation qui contredisent les lois
scientifiques du moment, semble tendre vers de nouveaux commencements, vers de nouveaux désirs ; mais si ce « saut » de l’utopie ne se réalise pas parce que
la société établie se mobilise entièrement contre sa propre libération, alors
l’utopie peut aussi hanter le monde comme un mort-vivant, comme un zombie,
avide de chair fraîche (d’où le revival d’un King Kong doublé d’un T-Rex porté
à l’écran à grands frais). Le contenu morbide des utopies sur le marché du
bien-être pourrait alors se comprendre comme une sorte de maladie auto-immune
de cette utopie de la libération ; maladie déclenchée par un système
capitaliste qui ne cesse de fuir en avant. Où l’utopie se confond à l’atopie.

Contrairement aux utopies de libération qui se lovent dans les drapés impurs de
la raison émouvante pour « culbuter le réel » dans un demi-sommeil ou un rêve
éveillé, l’utopie de marché, plutôt starlette ubiquiste que starets lubrique
sur son île, se repère comme nulle autre par les brillances, reflets et éclats
solennels d’une raison vitrifiée aux néons aveuglants de la marchandise (du
spectacle comme accumulation de marchandises). Quand l’une fait des échappées
belles « hors-là » du réel contre le réel, projetée sur l’amante imprenable du
possible par les forces toutes obscures du désir libertaire ressourcé à l’Éros,
l’autre se pétrifie dans les postures de bronzette, à l’horizontal du monde,
comme une flèche tendue dans l’arc défensif du réel, prête à se laisser
propulser sur l’ennemi, surgonflée du désir thanatique d’asservissement, de
servitude – la volontaire aussi – et d’anéantissement des intrus. Une bonne et
belle utopie de marché ferme les yeux sur un monde prévu pour lui faire le
plaisir de se réaliser, comme dans un rêve de réussite. D’ailleurs, c’est bien
le rêve de réussite accomplie que l’utopie de marché distille sans se lasser,
quand l’utopie de libération expose et explose le jeu permanent du rêve dans
des langages si singuliers qu’ils semblent, aux yeux durs des positivistes,
cultiver l’échec ! Exemple (qui doit même servir d’exemple utopique d’exemple,
car si l’on ne s’en tenait qu’à celui-ci pour illustrer l’usinage culturel de
la réussite, nous aurions sans doute déjà effectué un saut qualitatif
d’importance) : l’utopie de libération qu’est la Dialectique négative7 de
Theodor W. Adorno, en ce sens qu’elle correspond à cette aspiration profonde de
l’utopie vers la non-identité, toute sa recherche éperdue d’une écriture
paratactique et aphoristique subvertissant le réel plutôt que de s’y complaire
ou de l’affirmer, est qualifiée par Ernst Bloch, grand chantre de l’utopie
positive, de « métaphysique de l’échec8 ». à l’inverse, l’Experimentum mundi de
Bloch est sans conteste la voix philosophique réussie de son allégeance au
diamat de la RDA communiste « progressiste » et scientifique qui offrait la
liberté en pâture au KGB et suivait les cours des marchés internationaux plus
assidûment que les cours dudit philosophe. Nul doute que quand Adorno dit : «
La nostalgie matérialiste de saisir la chose veut le contraire : ce n’est que
sans image qu’il faudrait penser l’objet dans son intégrité. Une telle absence
d’images converge avec l’interdit théologique des images. Le matérialisme le
sécularisa en ne permettant pas qu’on dépeigne positivement l’utopie ; c’est là
le contenu de sa négativité9 », il se situe plus loin de l’utopie de marché que
lorsque Bloch pérore d’un ton (de cours) martial : « Résistant à l’errance qui
finirait par la précipiter dans le néant, le sens processuel et final positif
de son possible permet à la liberté de se tenir droite, de marcher la tête
haute, et grâce à l’ordre qu’il introduit en elle, il en fait l’orthopédie de
cette marche la tête haute10. » Les marches têtes droites et en ordre ne
conviennent à la liberté que lorsqu’elle s’est déjà reperdue.
L’utopie de libération serait la non-identité du sujet, tandis que l’utopie de
marché est l’achèvement du devenir identique de l’homme : I am what I am comme
le propose si vulgairement le slogan des illustrissimes professionnels de
l’ascension sociale et de la réussite spectaculo-financière. Le socialisme
réellement (in)existant, propagandiste de l’utopie marxiste mécanisée, était
aussi une utopie de marché, une utopie positive de l’accumulation et de
l’achèvement – l’excellent indice de productivité sportive de l’URSS sur la
scène internationale aurait dû suffire à le comprendre à l’époque ; mais cet
indice fait encore palpiter les cœurs anabolisés d’une gauche française
utopisant minablement sur le miracle financier de l’olympique « Paris 2012 »11.
Ce genre d’utopie a réussi à l’endroit même où Adorno persistait à échouer, à
savoir dans la raison spéculative12, pure, froide, sèche et performante. Il est
donc encore de notre responsabilité de persévérer dans cette métaphysique de
l’échec, maintenant que le spectacle (au sens de Debord) nous somme de mater
urgemment celles et ceux qui feraient obstacles à nos frénésies de quart
d’heure de célébrité : l’utopie de libération est une utopie négative – elle
est sans visage, sans image, bilderlos. Si elle se manifeste dans des
constructions ad hoc et ad hominem (la New Babylon de Constant et les
tentatives situationnistes d’urbanisme unitaire) elle ne s’y épuise nullement
et fuit les idéologies réalistes sans jamais perdre en rationalité (é)mouvante.

Ainsi est-elle aux antipodes d’un « mouvement de l’utopie concrète » affirmant,
sous la plume mégalomane d’un Roland Castro assez castreur pour se présenter
aux élections présidentielles de 2007, qu’aujourd’hui « le temps libéré
l’emporte sur le temps servile13 » et profitant de ce constat à l’emporte-pièce
branché sur son délire post-mittérandien pour vouloir/pouvoir fabriquer du
POUR, du devoir sacré, de l’espace sanctuaire, de l’Europe identitaire, du
culte laïc, du Dieu et du Sur-moi, du service civique, du droit à l’urbanité
pour tous, de l’école à honorer, une fiscalité de lien social, de la langue
latine à côté de l’anglais, et j’en passe, le tout sous la bannière haut
brandie d’un réenchantement du monde14 aussi débandant que celui qu’Angela
Merkel a programmé pour l’Allemagne et que Laurence Parisot nous promet du haut
de son siège de cuir – gare aux utopies des femmes de fer qui nous promettent
pimpantes pomponnées l’âge puant de l’or et de l’argent.
Cioran est ici de rigueur pour décrire la situation : « Aujourd’hui,
réconciliés avec le terrible, nous assistons à une contamination de l’utopie
par l’apocalypse : la “nouvelle terre” qu’on nous annonce affecte de plus en
plus la figure d’un nouvel enfer15. »

Notes :

1- Cf. Fabien Ollier, L’Idéologie multiculturaliste en France. Entre fascisme
et libéralisme, Paris, L’Harmattan, 2004.

2- Cf. Annie Le Brun, Du Trop de réalité, Paris, Stock, 2000.

3- Cf. Luis de Miranda, Ego trip. La société des artistes sans œuvre, Paris,
Max Milo éditions, 2003.

4- Écoutez absolument le morceau intitulé Hype dans le premier album d’Eiffel,
Abricotine, Labels, 2001.

5- Roger Dadoun, L’Utopie, haut lieu d’inconscient. Zamiatine, Duchamp, Péguy,
Paris, Sens et Tonka, 2000.

6- Cf. Herbert Marcuse, La Fin de l’utopie, traduit de l’allemand par Liliane
Roskopf et Luc Weibel, Neuchâtel/Paris, Delachaux et Niestlé éditeurs, éditions
du seuil, 1968.

7- Theodor W. Adorno, Dialectique négative, 1966, traduit de l’allemand par le
groupe de traduction du collège de philosophie, Paris, Payot, 1992.

8- Ernst Bloch, Experimentum Mundi. Question, catégorie de l’élaboration,
praxis, 1975, traduit de l’allemand par Gérard Raulet, Paris, Payot, 1981, p.
116.

9- Theodor W. Adorno, Dialectique négative, op. cit., p. 163 sq.

10- Ernst Bloch, Experimentum Mundi, op. cit., p. 136.

11- Cf. Fabien Ollier, La Maladie infantile du Parti communiste français : le
sport, 2t., Paris, L’Harmattan, 2003-2004.

12- Cf. Philippe Riviale, Passions d’argent, raison spéculative, Paris,
L’Harmattan, 2000.

13- Roland Castro, J’affirme. Manifeste pour une insurrection du sens, Paris,
Sens et Tonka, 2005, p. 41.

14- Ibidem, p. 19, 33, 35, 46, 49 sq., 94 sqq., 155-158.

15- Cioran, Histoire et Utopie, 1960, Paris, Gallimard, 1999, p. 119.