Tous les articles par Geneviève Pruvost

Ethnocomptabilité d’une maisonnée
Microcompter pour macrocompter, par
et

Ethnocomptabilité d’une maisonnée
Microcompter pour macrocompter
Se définissant comme graphomaniaque, Geneviève Pruvost traque durant neuf jours, minute par minute, toutes les activités d’un couple de paysans-boulangers et de leur petite fille, dont le modèle familial est typique du Nord de la France au XXIe siècle. Adeptes d’une forme de lutte feutrée pour assurer leur économie de subsistance, ils content ce qui réellement compte pour eux car la rémunération de leur travail ne représente qu’une petite part de leur budget et de leur temps. En cela, la méthode employée par la sociologue relève de l’ethnocomptabilité. Elle transpose les activités réalisées et contées dans des tableaux qui distinguent les rentrées et sorties d’argent, les kilomètres parcourus, les temps de travail et la charge mentale. Elle privilégie un lieu, la maisonnée (incluant les animaux et les plantes) et un temps, le quotidien. Mais aussi, les réseaux de solidarité sans lesquels la subsistance ne serait pas possible, et les différents rythmes de vie (marché, fabrication du pain, saisons culturales, etc.). Cette méthode comptable révèle une relative spécialisation du partage des tâches au sein du couple mais au final une certaine égalité. Le mode de vie mis à jour comptablement est une démonstration politique en acte.

Ethno-Accounting of a Household
Micro-Counting for Macro-Counting
Describing herself as graphomaniac, Geneviève Pruvost tracks, minute by minute over nine days, all the activities of a couple of farmers-bakers and their young daughter, whose family model is typical of northern France in the twenty-first century. Practitioners of a discreet form of struggle to sustain their subsistence economy, they count what truly counts for them, since the remuneration of their labor represents only a small share of their budget and their time. In this respect, the method employed by the sociologist belongs to ethno-accounting. She translates the activities carried out and recounts them into tables distinguishing money coming in and going out, kilometers traveled, working time, and mental load. She privileges one place, the household (including animals and plants), and one time frame, the everyday. But also the networks of solidarity without which subsistence would not be possible, and the different rhythms of life (market days, bread making, agricultural seasons, etc.).This accounting method reveals a relative specialization in the division of tasks within the couple, but ultimately a certain equality. The way of life brought to light through accounting constitutes a political demonstration in action.

Subsistance
Perspective féministe et écologique, par

Subsistance
Perspective féministe et écologique
Le « féminisme de la subsistance », à l’intersection du féminisme, de l’écologie et de l’anticapitalisme, a été remis en lumière par des théoricien·nes et activistes du Nord et du Sud dans les années 2010. L’étude des sociétés paysannes montre que l’accomplissement par les femmes des tâches vitales pour le groupe a été sous-estimé et leur confère puissance, sacralité et autonomie, en particulier pour assurer l’égale répartition des biens de subsistance. Face aux critiques dénonçant cet essentialisme, l’auteure propose un « écoféminisme vernaculaire » qui s’appuie sur les pratiques concrètes des femmes intégrant agriculture, artisanat, travaux de mécanique et de maçonnerie, agirs familiaux. Car, sous sa forme moderne, le travail domestique est doublement aliéné : non seulement, il n’est pas rémunéré, mais il est coupé de ses potentialités productives de subsistance pour se cantonner à la consommation et au care. Les écoféministes de la subsistance veulent s’opposer aux vocations « naturelles » des femmes et imaginer des perspectives : se réapproprier et partager collectivement des fonctions nourricières de base dans un monde où s’impose de façon accélérée l’aménagement agro-industriel de la planète.

Subsistence
Feminist and Ecological Perspective
The “feminism of subsistence”, at the intersection of feminism, ecology and anti-capitalism, has been revived by theorists and activists from the North and South in the 2010s. New studies of peasant societies show that women’s performance of tasks vital to the group has been underestimated, and confers power on them, as well as sacredness and autonomy, particularly in ensuring the equal distribution of subsistence goods. In response to critics of this essentialism, the author proposes a “vernacular ecofeminism” based on women’s concrete practices, including agriculture, crafts, mechanical and masonry work, as well as family activities. Yet in its modern form, domestic work is doubly alienated: not only is it unpaid, but it is cut off from its productive potential for subsistence and confined to consumption and care. The ecofeminists of subsistence want to oppose the “natural” vocations of women and imagine new perspectives: to collectively reappropriate and share the basic functions of subsistence, in a world where the agro-industrial development of the planet is imposing itself in an accelerated manner.

multitudes