Archives du mot-clé berlusconi

Le « nouveau monde » des histoires

Les thèses défendues ici par l’un des membres du collectif Wu Ming prennent le contrepied des discours habituels tenus sur le populisme. Raconter des histoires, s’armer des pouvoirs propres du storytelling ne revient pas nécessairement à embobiner les masses dans des bobards : sous certaines conditions, cela peut au contraire aider à la circulation de récits émancipants, qui élèvent l’intelligence de ceux qui les racontent comme de ceux qui les écoutent.

The “New World” of Stories

The theses defended by a member of the Wu Ming collective go against the grain of the common discourses against populism. The practices of storytelling do not necessarily lead to luring the masses by lying to them: under certain conditions, it can put into circulation empowering myths which elevate the intelligence of those who tell the tales as of those who listen to them.

Documenter les contre-fictions

Documenter les contre-fictions

Quelques films récents donnent à voir à la fois un désir de documenter une réalité que l’appareillage dé-subjectivé de la caméra saisit mieux qu’une conscience humaine encombrée de clichés, et un besoin de réinjecter des fictions au sein de la réalité qu’on filme. Cette tension pro-duit une dynamique contre-fictionnelle qui ouvre des voies prometteuses au geste documentaire.

Documenting Counter-Fictions

A number of recent films are animated by a desire to document reality through a de-subjectified camera which captures it better than a human consciousness overtaken by stereotypes. At the same time, they need to reinject some sort of fiction into the reality they document. This tension generates a counter-fictional dynamics which paves promising new ways for the documentary gesture.

De l’exploitation à l’exploit

Dans leur livre The Exploit. A Theory of Networks, Alexander Galloway et Eugene Thacker montrent en quoi les protocoles consistent un nouveau paradigme de contrôle et d’exploitation à l’âge de la biopolitique. Pour contrer les effets d’homogénéisation et de soumission induits par cette nouvelle forme de pouvoir, ils invitent à développer des interventions relevant de « l’exploit » : exploiter les failles des protocoles pour y insérer des virus ou pour y cultiver des formes de non-existence déjouant les dispositifs qui permettent aux réseaux de nous exploiter. Alicia Amilec présente leur cadre de pensée, en explicite les enjeux et en tire des raisons de préférer les perspectives de liberté aux lamentations sur les déconvenues d’Internet.

From Exploitation to the Exploit
In the 2007 book The Exploit. A Theory of Networks, Alexander Galloway and Eugene Thacker show how protocols bring about a new paradigm of control and exploitation in the age of biopolitics. Against such tendencies, they invite us to develop “exploits” : to exploit the flaws in existing protocols, to invent forms of nonexistence which, like viruses, counter-exploit the protocols that allow capitalism and the military-entertainment industry to exploit us. Alicia Amilec presents their arguments, sheds light on their broader stakes and invites us to consider perspectives of empowerment rather than laments over the commercialization of Internet.

Si le média-activisme est parvenu à libérer des espaces d’expression, il n’a pas su empêcher les médias dominants, institutionnels et privés, de se réapproprier cette libération. À travers ses effets de saturation et de fragmentation, le « sémiocapitalisme » nous a fait la peau. Les médias dominants ont détruit les médiations individuelles et collectives par leur envoûtement : leur vol du temps et de la sensibilité. C’est la dimension esthétique que le média-activisme doit aujourd’hui investir, d’abord comme art, c’est-à-dire par une nouvelle production de la sensibilité, ensuite comme thérapeutique, c’est-à-dire comme soin apporté à nos appareils bio-médiatiques amoindris.
Media-activism Revisited
Although mediactivism opened new spaces of freedom, it did not prevent the dominant media to re-appropriate these spaces. Through saturation and fragmentation, semiocapitalism managed to skin and scalp us. By stealing our time and sensibility, the dominant media managed to cast a spell that destroyed our previous individual and collective mediations. Mediactivism must now reinvest the aesthetic dimension, first as art, as a new production of the sensible, then as therapy, as a labor of care directed towards our bio-mediatic devices and bodies.

Les mouvements sociaux actuels,
de la Puerta del Sol à Occupy
Wall Street, doivent être réinscrits
dans l’évolution à long terme des
formes de contestation du capitalisme.
Alors que le capitalisme a
cherché à fixer le pauvre sur place,
l’opéraïsme a mis en lumière une
autre forme d’accumulation primitive,
paradoxalement liée à l’auto-
mobilité des travailleurs, puis
aujourd’hui à la pollinisation.

From Movements to Politics

The current social movements,
from the Puerta del Sol all the
way to Occupy Wall Street, must be
reconsidered within the long term
evolution of the opposition to capitalism.
While capitalism attempted
to anchor the poor in its most
profitable location, operaist thinkers
showed another form of primitive
accumulation, based on
the auto-mobility of workers, and
today to pollination.

Pratiques sociales et de lutte du mouvement No TavDepuis plusieurs années, habitants
et militants de la vallée de Suse s’opposent à la construction
d’une ligne à grande vitesse entre
la France et l’Italie. La réaction des
autorités est quasi-militaire mais
le faible avancement des travaux
ne justifie pas un tel emportement.
La lutte expérimente pas à
pas les nouveaux concepts de la
construction du commun.

Occupy Valsusa – Social Practices and Struggles of the No Tav movement

For many years, activists have
opposed the construction of a
speed train connection between
France and Italy in the Susa Valley.
The slow progress of the work
is in sharp contrast with the quasimilitary
response from the police
forces. The resistance experiments
with new concepts of the constitution
of the commons.

Charismes du réel

L’oeuvre d’art à l’époque du marketing et du spectacleLe monde qui semble aujourd’hui s’imposer dans sa vérité est celui qui se donne, en même temps, avec un surplus de réalité (de proximité, de vie ordinaire, de banalité) et un surplus de fiction (de spectacle, de lueur médiatique, d’évasion onirique). Dans ce régime de vérité hybride, la réalité
est essentielle, car seule la proximité mimétique avec l’homme ordinaire donne à l’acte culturel toute sa force de séduction ; mais la réalité n’arrive à séduire que si – grâce à son exposition médiatique – elle se déréalise en quelque sorte, en se revêtant d’une certaine « aura ». Le problème est que ce charisme de la réalité, effet de la mise en spectacle industrielle de la réalité elle-même, se présente aujourd’hui comme une exigence propre tant à l’homme de la politique qu’à l’homme de la culture. Comme le montre l’exemple de l’Italie, la convergence obscure d’un populisme spécifiquement politique et d’un populisme plus généralement culturel rend le problème actuel du populisme d’autant plus profond et redoutable.

Charismas of the Real

The Work of Art in the Age of Marketing and Spectacle

Today’s world imposes itself with a surplus of reality (proximity, ordinary life, banality) and with a surplus of fiction (spectacle, mediatic light, dreamlike entertainment). In this regime of hybrid truth, reality is essential, since only the proximity with ordinary life provides cultural action with its force of seduction; but reality can please only when de-realized by its mediatic exposure and supplemented by a certain “aura”. This charisma
of reality imposes itself to political as well as cultural agents. The case of Italy shows the obscure convergence between a political and a cultural form of populism, making it all the more formidable.

Le Mouvement du 15 Mai, rassemblé environ un mois sur la Puerta del Sol de Madrid autour du chant No nos moveran (repris des combats des républicains espagnols de 1936), s’inscrit dans un vent de révolte qui agite depuis de nombreux mois tout l’espace méditerranéen. Des rues de Sidi Bouzid aux villes de Syrie, en passant […]

Le recours à l’Internet, dans les années 1990, associé aux dynamiques et à la consommation de portails, a transformé le réseau en un gigantesque laboratoire de la publicité. Si bien que, d’une certaine façon, la dynamique de fragmentation, légitimée par le nombre infini de réseaux de petits univers centralisés, entraînait la Toile vers une expérience […]

Une houle d’espoir dans l’université italienne moribonde En Italie au début de l’année scolaire 2008/09 a commencé un ample mouvement social qui est descendu dans les rues et a commencé à bloquer facs et écoles. Un mouvement fort, large et déterminé, après plusieurs années de tranquillité relative sur le front des mobilisations dans l’éducation et la […]

Je vais vous parler de l’espace public oppositionnel, dont l’une des formes se présente sous nos yeux, ici et maintenant, en plein dans le sujet. Pour être clair dès le début, nous sommes pris, depuis six mois, dans la crise la plus grave et la plus durable de la forme contemporaine du capitalisme. Ce qui […]

Encore une fois, nous traversons une crise économique et politique à l’échelle du monde. Comme celle de 1929, cette crise peut être comprise comme l’expression d’un effondrement de ce qui faisait la norme organisatrice du social et dans le même temps elle est aussi une situation où se durcissent les dynamiques d’exclusion et d’oppression des […]

Le système d’enseignement public italien a été depuis l’été 2008 l’objet d’une série de coupes budgétaires. C’est contre cette suite de réformes que des étudiants, des travailleurs de l’enseignement et des chercheurs se sont engagés dans diverses formes de contestation, de l’occupation des rues au blocage des universités. Au-delà des frontières italiennes, des appels à un nouveau type de welfare se sont fait entendre à travers toute l’Europe, étendant ainsi les revendications corporatistes traditionnelles au contexte global de la crise économique en révélant sa double nature. L’un de ces aspects réside dans la centralité de la production de savoirs, l’indistinction entre les statuts d’étudiant et de travailleurs émergeant comme effet symptomatique de la planification néolibérale. Contre ce processus au sein duquel la puissance des savoirs vivants se voit capturée par la dynamique capitaliste de hiérarchisation et de dette, les récentes luttes désignées sous le nom de Onda anomale ont imposé les fins d’un renouveau de la coopération sociale et une pensée réactualisée de l’autonomie du savoir, sous le slogan « Nous ne paierons pas pour votre crise ! ».

«We will not pay for your crisis»
The Italian public education system has been hit by several cuts in its funding since the summer of 2008. It’s against this trend of reforms that students, university workers and researchers engaged in various protests, occupying the streets and blocking universities. Beyond Italy’s boundaries, calls for a new form of welfare have spread throughout Europe, thus extending traditional corporatist demands to the global context of the economic crisis and revealing its double-sided nature. One of these aspects is the centrality of the production of knowledge, as the indistinctness between student and worker statuses emerges as a symptomatic side-effect of the neoliberal agenda. Against this process in which the power of living knowledge is captured by capitalist dynamics of hierarchy and debt, recent struggles under the designation of «Onda Anomale» have imposed the goal of a renewal of social cooperation and a rethinking of the autonomy of knowledge, under the motto « We won’t pay for your crisis! ».

Nombreux étaient ceux en Europe qui avaient placé leur espoir dans une ère nouvelle avec l’arrivée de Barack Hussein Obama. N’allait-on pas en finir avec l’ère des guerres préventives permanentes et les régimes d’exception devenus le menu ordinaire? Et puisque cette fichue crise des subprimes avait porté un si rude coup à la finance de […]

Baptisons ce monstre Switzeurolandia. Définissons-le comme le croisement entre une monstruosité nationale «réelle » (Switzerland) et une monstruosité post-nationale en devenir (Eurolandia). Et envisageons Switzeurolandia à partir d’une hypothèse projective : la monstruosité Swiss offre déjà un modèle réduit du type d’économie des affects politiques qui pourrait caractériser la monstruosité européenne, si on l’abandonne à ses tendances de développement actuellement dominantes.

Let’s call this monster Switzeurolandia, and let’s define it as a crossover between a national form of political monstruosity (Switzerland) and a post-national monster-in-progress (Eurolandia). And let’s consider this crossover through a projective hypothesis: the Swiss monster provides us with a scale-model of the type of economy of political affects that could well govern the future developments of the European Union, if it is abandoned to its current trends.

La jeune styliste Serpica Naro, centre de l’attention de la Semaine de la Mode, n’existe pas. Un collectif de précaires l’a créée de toutes pièces pour tourner en dérision une ville de Milan vampirisée par la mode et pour en exposer la face obscure : une précarité à outrance, avec près des trois quarts des […]

Le pouvoir ment. Mentons à notre tour, et mentons mieux. Défense et illustration du mensonge par le collectif italien Luther Blissett. Don’t hate the media, lie to the media. Defence and illustration of lying by the Italian Luther Blisset collective. Créé en 1994 par un groupe de jeunes Bolognais issus des milieux post-opéraïstes, Luther Blissett […]

Au delà des décombres

Libération, 17 mai 2007L’alternance n’a pas joué. Les Français ont majoritairement préféré une politique sociale et sécuritaire dans la continuité aggravée de celle menée depuis cinq ans. Et les premiers jours du Président annoncent la couleur : discours « modernisateur » ringardisant l’opposition, et corruption passive (plusieurs siècles de SMIC acceptés en cadeaux privés du grand patronat en quelques heures !)

On dit Thatcher+Berlusconi. Il faudrait ajouter Giscard (la modernisation de 1974)+Menem (l’ex-président argentin, pour le mélange de populisme, d’ultralibéralisme et de liens festifs affichés avec le business).

Les fautes tactiques du PS sont les raisons les plus repérables de la défaite. Ce parti a cultivé l’illusion qu’il avait perdu l’élection de 2002 à cause de la « dispersion ». En réalité, la gauche était déjà très minoritaire.

Renonçant à « l’alliance de la gauche et des écologistes » qui l’avait remporté en 1997 et 2004, il a cru pouvoir profiter du « vote utile » pour écraser ses alliés. Puis il n’a pas osé offrir ce qui aurait pu autonomiser le centre de la droite : une forte dose de proportionnelle.

Cette incapacité tactique reflète le désarroi de sa direction et la crise d’une gauche sortie en lambeau des débats sur la laïcité et sur le référendum européen. Un consensus s’est écroulé, qui remontait parfois à l’affaire Dreyfus.

Avoir voté Non, « contre Chirac et le Medef », au référendum de 2005 : compréhensible. Avoir cru qu’un Non déboucherait sur un meilleur traité : erreur admissible. Mais que des dirigeants de gauche n’aient pas osé expliquer que, face à un capital européanisé, il fallait européaniser la politique et donc accepter un pas en avant vers une constitution fédérale, c’est ignorer la définition du « libéralisme » qu’ils prétendent combattre. Le Non de 2005, reconduction de l’Europe ultra-libérale existante, annonçait la « non-alternance » de 2007.

Quand des musulmanes refusent le voile qu’on les oblige à porter : bravo. Que des militantes approuvent l’exclusion de jeunes filles qui le portent en signe de révolte ou d’identité, c’est n’avoir rien compris aux enjeux libérateurs de 1905.

Le camp progressiste est en crise profonde. L’impression de bricolage qu’a parfois donné la campagne de S. Royal traduisait non l’impréparation d’une femme, mais la tentative d’y répondre en allant piocher ailleurs que dans les carrières épuisées de la vieille gauche, sous le silence étourdissant des intellectuels.

En face, N. Sarkozy offrait un bloc idéologique cohérent, Thatcher-Reagan-Bush avec les moyens de Berlusconi. Et ce bloc a clairement une base sociale, la « société en sablier ». Un quart de siècle de libéralisme a si bien remodelé la société qu’il y a aujourd’hui deux France. Sarkozy a su incarner l’une, tout en séduisant une partie de l’autre.

Il y a la France des gagnants ou qui peuvent encore espérer gagner, jeunes décrochant enfin un emploi, entrepreneurs, rentiers, papy-boomeurs (mais pas les mamy boomeuses !) aux retraites et à l’épargne confortables, qui se sont vu offrir des gages par Sarkozy. Et il y a l’autre France, qui s’est retrouvée derrière Royal, mais dont une partie a voté Sarkozy, qui a su capter les mythes sécuritaires et identitaires lepenistes, baume sur son désespoir.

Terrible est la disparition de la conscience de soi ouvrière, cette conscience de pouvoir un jour construire un monde nouveau puisqu’on était déjà les fabricants du monde d’aujourd’hui. La gauche n’a pas compris que le modèle scandinave dont elle se gargarise suppose une implication négociée des travailleurs dans le processus de production . « Réhabiliter la valeur travail », ce n’est pas faire travailler les gens plus tôt et plus longtemps. C’est rendre à chacun la fierté d’une activité qualifié, participant aux choix techniques, gratifiante, avec un statut stable.

Plus largement, la gauche n’a pas su inventer une voie pour le 21e siècle répondant aux défis des crises écologiques et de la mondialisation, dont les réponses sont essentiellement européennes. La pollution n’a pas de frontière : on ne peut agir contre le changement climatique et les molécules tueuses qu’en domptant le marché par une politique européenne. Les marchandises et les capitaux circulent librement à travers l’Europe : il faut des droits sociaux européens.

Elle n’a pas su non plus, au niveau local, inventer une version renouvelée, plus chaleureuse, de la protection sociale : sécurité contre la solitude et les peurs de la vieillesse. Car le sentiment d’insécurité ne peut être combattu que par un resserrement des liens sociaux. Cela passe par une relance de l’activité associative, du tiers secteur d’économie sociale et solidaire, des régies de quartiers, tout autant que par une police de proximité.

Europe, tiers secteur, implication des travailleurs, furent avec l’écologie (évacuée d’un pacte en début de campagne) les grands absents de cette campagne. Ils pourraient devenir les piliers d’une gauche nouvelle.

La galerie des « traîtres » illustre ce qui ne peut plus durer dans la gauche à venir. Besson : les complicités imprudentes avec les technocrates du grand capital. Tapie : les tendresses pour l’entreprenariat un peu canaille. Allègre : l’arrogance scientiste. Glucksman et le versant autoritaire de Mai 68. Charasse et le sexisme encore omniprésent. Et aussi la gauche-qui-refuse-de-se-salir-les-mains, les Onfray appelant un jour au Non au TCE, le lendemain au vote nul face à Sarkozy.

Tout n’est pas perdu. La droitisation de la droite a déclenché son antidote : une scission du centre. L’électorat de Bayrou a donné la majorité à Royal dans les centres-villes et dans tout l’Ouest. Ailleurs, avec le FN, il a assuré le triomphe de Sarkozy.

Cette brèche entre la droite et une partie du centre a permis à l’Italie de sortir du règne de Berlusconi. Les électeurs de Bayrou qui n’ont pas osé voter Royal auraient pu inverser le résultat du vote. Ils peuvent encore le faire au vote décisif, le deuxième tour des législatives.

La gauche ne doit pas pour autant s’aligner sur le centre, mais se rénover de façon à pouvoir le rallier à elle. Et l’anneau manquant entre le centre et la gauche est à chercher dans l’écologie politique. Car l’écologie, urgence universelle, ne peut être réalisée que sous les valeurs de solidarité, avec les armes de la démocratie, face à la dictature des marchés.

The pink rebellion of Copenhagen

Danish youth revolt and the radicalization of the European creative classLe Danemark est le seul pays Ouest-Européen à battre les Pays-Bas sur le
plan d’un sous-courant socio-politique profondement nationaliste,
réactionnaire et xénophobe, ce qui n’est pas peu dire. Mais tout comme les
Pays-Bas, l’étranger a plutot une perception sympathique de ce petit pays
champêtre et soi-disant bon enfant. Les émeutes de Copenhague à
l’occasion de l’éviction et de la destruction du centre culturel de jeunes
‘Ungdomhuset’, batiment historique où Clara Zetkin proclama les Droits de
la Femme au debut du siècle dernier, sont pour nous rappeller a la réalité
alors que s’estompe le souvenir de Prague, de Goteborg et de Genes. La réalité
d’un naufrage politique de l’Europe est de plus en plus manifeste, conséquence
de l’aveuglement et de la surdite de ses élites technocratiques ; mais
également celle du surgissement d’une nouvelle conscience rebelle au bel
avenir. Et cela là ou on s’y attendait peut être le moins. A tort, et les
héritiers des Vikings continueront de nous surprendre.

Patrice RiemensIt was a very hot weekend in Copenhagen between March 1st and March
3rd, particulary in Nørrebro, the alternative neighborhood where the
evicted and demolished Ungdomshuset was located, and around
Christiania, the hippy free city known Europe-wide being harassed by
the Rasmussen government. But the the eviction and the three days and
nights of heavy rioting that followed were initiated by the local
socialdemocrats, who have been in charge of the city since 1900. The
harsh treatment of protesters, Andersen’s mermaid who went pink, and
the 600 arrests of activists, have prompted a wave of transnational
solidarity among the European youth with appeals, actions, boycotts,
and occupations of Danish consulates, not only in nearby Malmö,
Göteborg, Hamburg, Oslo, Helsinki, but also in Berlin, Munich, Leipzig
and every single German city, as well as in Warsaw, Poznan, Budapest,
Amsterdam, Venice, Milan, Athens, Salonica, Istanbul.

Why in Denmark? Why there such a forceful rebellion of the city’s
dissenting youth, promptly joined by the immigrant youth? How could a
full-scale riot occur in peaceful and wealthy European capital, with
burning barricades and sustained the clashes with the police, who had
to bring in help from Sweden to put the situation back under control?
Wasn’t consumerist European youth supposed to be only eager to
discover the world, flying and chatting low-cost? Wasn’t the younger
generation deemed to be irreversibly post-ideological, much less
attracted to radical politics?

In political terms, Denmark is a special country in more ways than
one. It’s been part of the EU since 1973, but its people have opposed
Maastricht with all their will, with major riots (the only comparable
to last weekend’s in recent history) breaking out after the 1993
referendum, which in retrospect were at least as important as the 1995
French strikes in catalyzing the antiglobalization movement in Europe.
And many Danes were in Göteborg, a crucial episode in the maturation
of noglobal protest in Europe, just before Genoa. As the now
respectable Italian right-wing leader and former fascist Gianfranco
Fini said to Time magazine: « Genoa will be like Göteborg, or worse. »
(Since he went on to commandeer the riot cops in Genoa, he made sure
his dire prediction would come true.) As a consequence of the fierce
popular opposition to Maastricht, Denmark is not part of the euro, but
it’s very much part of the eurocratic mainstream. The reason:
flexicurity, currently the solution favored by the European Commission
to temper the disasters (and limit the political costs) brought by
unilateral flexibility, while forcing workfare down the throats of the
unwilling youth of Europe. Although a Nordic country with an extensive
welfare system and strong unions, social democracy hasn’t had an easy
life in 21st century Denmark. A staunchly occidentalist,
neoconservative right has been in power since 2001. Denmark has turned
into a faithful bushist ally, more long-lasting than Berlusconi’s
Italy. This exceptional partiality to NATO and America make the Danish
version of flexicurity – the latest edition of Nordic social model
after the demise of the top-down and paternalist, but generous and
universalist, socialdemocratic welfare state – particularly liked by
the Barroso commission.

Of course, the land which hosted the first Jacobin revolution outside
France and invented quantum physics remains a land with a penchant for
free thinkers and rabble rousers: the Danes have a fierce sense of
humor, which compares favorably with their Scandinavian neighbors
(remember The Kingdom by Lars von Trier?). And Copenhagen, a city
fully immersed in the informational networks and supply channels
(think container and shipping giant Maersk) feeding the global
economy, is full of them. With respect to the British or Italian
creative class, Danish brainworkers are more radical and libertarian.
Anarchism has flourished since the early 80s from anarchopunk to black
bloc and beyond. Radicalism with red and green tinges is also in full
bloom. In fact, generalized reliance on peer-to-peer sharing and free
downloading has been furthered by collectives such as piratgruppe. And
antiprecarity ideas and actions are currently fermented by groups like
flexico. And who could ever forget such great subvertising stunts like
anti-pepsi Guaraná Power (also a commercial success in the Jutland
peninsula)?

And this is just a fractal part of what Copenhagen’s creative class is
able to achieve, when it thinks in terms of political action and
cultural engagement. But Denmark is also a strongly agrarian economy
which has prospered under the Common Agricultural Policy, thanks to
its superior dairy and pork products that have conquered European, and
world, markets. Farmers are as religious and narrow-minded, lily-white
protestant and patriotic, just as urban dwellers tend to be secular
and open-minded. The former have been pivotal in the rise to power of
the Right, the latter are increasingly dissatisfied by the traditional
Left.

The Danish antiglobalization movement has been the only one in Europe
to develop its own independent political force. Sections of it joined
the Red-Green alliance, bringing a woman under 30 to Parliament, and
constituted a Pink list in Copenhagen’s municipal elections, which
scored almost 10 per cent of votes at the city level, and in
alternative neighborhoods like Nørrebro is firmly in the double
digits. No wonder Andersen’s mermaid was covered in pink as a sign of
solidarity with the protesters (the 69 signature instead refers to the
street number of Undgomshuset, which uses it as some kind of punk ying
and yang in its posters). The osmosis of activists into local politics
and cooperative ventures has created a multi-level context, in which
radical forces of all denominations can work in synergy if the
situation requires, from the streets to the city to the parliament,
with a tacit division of labor that respects political autonomy at all
levels. The proliferation of networked autonomous struggles and
alternative media networks combined with municipal representation has
enabled a common political understanding of the connectedness of
various forms of dissent and protest, and has encouraged
experimentation with the possibilities of social radicalism in a
European metropolis. This was not simply a rebellious episode: it will
have far-reaching political consequences.

In the Nørrebro, the neighborhood’s culture of non-conformity has
managed to bridge the divide between alternative youth and ghetto
youth, or more sociologically speaking, between the mainly white
creative class and the mainly immigrant service class. The
neighborhood has long been an inclusive space for young bohemians
and/or immigrants: it hosts many venues of social interaction, and has
a history of connections and exchanges between Arab kids and the
mainly white activists. As the youth of Arab descent was heard saying
during the riots: « You helped us, we help you. » Militant antiracism
was pivotal in breaking the wall of mistrust and building some mutual
respect in Copenhagen, although deep differences still remain between
the two groups. Unlike Paris, where the students storming the
universities and the boulevards to protest against juvenile precarity
and the French government did not really fundamentally connect with
the rioters (there were actually tensions during the demonstrations
between students and radicals and banlieusards intent on looting and
fighting the police), in Copenhagen recent social turmoil has mostly
seen white and non-white youth on the same side of the barricade.

Large-scale riots occur spontaneously in response to blatant
violations of individual liberties and collective rights and arrogant
abuses of state and police power. Think of Rodney King trial and the
1992 L.A. riots, or remember the electrocution of teenagers running
away from the cops which triggered the uprising of Paris banlieues in
2005, and you can understand why the raid of the Danish special forces
to evict Ungomdshuset in the early morning of the first of march, was
just like a match thrown on the parched prairie. Riots are spontaneous
processes emerging after all hopes in non-violent tools of protest and
confrontation are exhausted, due to the deafness of power.

And Danish state power is as deaf as it is dumb. As soon as the Right
took office, it launched a cultural crusade to protect the Occident
from Muslim immigration, perceived as a threat to the Danish cultural
identity. The extent of its hostility to migrants in Denmark (a very
nativist state with very strict immigration laws, in an already
xenophobic European Union) became clear to the whole world with the
mishandling of the crisis of satirical cartoons. The cartoons,
purportedly making fun on the Prophet, were in reality the political
editorial of a conservative newspaper, traditionally expression of the
right-wing agrarian interests above noted. Only a panislamic boycott
of Danish products pushed the country’s multinationals to plead for a
more sensible approach with the Danish Prime Minister, Anders Fogh
Rasmussen.

In fact, the prime minister – whom Berlusconi advised as lover to his
wife for his good looks (seriously!) – shares his last name with a
prime mover of European politics, Poul Nyrup Rasmussen, head of the
European socialdemocrats in Strasbourg and influential in the
Socialist International. The socialdemocratic blunder made in
Copenhagen with the shady sale to a homophobic and islamophobic
Christian sect of the social youth center Ungdomshuset, worsened by
the forced eviction (there had already been skirmishes in September,
so it was clear Copenhagen’s youth was going to explode at the next
provocation) makes one thing clear: the two Rasmussens are one of a
same kind! European politicians, either socialdemocratic, liberal or
conservative, increasingly look indistinguishable. They all share
deference to financial markets, big corporations, have repressive and
xenophobic instincts, and pander to firmly established interest groups
and older generations. Even the mainstream Danish unions are realizing
socialdemocrats are no longer reliable to defend the interests of
employees, and when push comes to shove, they side with student
protesters, as it happened during the general strikes and university
occupations that rocked the country in the spring of 2006, when
Rasmussen announced welfare « reforms » cutting benefits for youngsters
and aged workers alike, which the socialdemocrats opposed only
rhetorically. But it would be foolish to ascribe to a supposed Danish
exceptionalism the extension and duration of the riots. Rather, by
virtue of their socialist past and libertarian present, Danish
movements are in a privileged position to fight against the
sociopolitical consequences of both Atlanticist neoconservatism and
European free-market liberalism. Copenhagen’s pink rebellion could be
the harbinger of a more generalized youth insurgence in Europe,
involving large sections of the so-called creative class of
net/flex/temp workers.

In fact, it makes sense to see in the Copenhagen riots as a
continuation of the French protests of 2006, and both as instances of
a new phase for radical movements after the decline which followed the
failed attempt at blocking the Angloamerican invasion of Iraq. In
particular, it is tempting to see it as an anticipation of the
generalized rebellion of the European creative class against the
hyprocrisy, arrogance and corruption elites ruling the EU, which have
been delegitimized by the French-Dutch no, but are clinging to power
as if Europe were an asset that belonged to them. The Brussels summit
is supposed to spruce up the environmental credentials of the EU, in
order to make it appealing at least to somebody beyond the privileged
few. Later in March 2007, the Berlin summit (which will issue the
Berlin declaration on the constitutional future of the EU) will
celebrate half-a-century of European treaties, but it will be the
death of European federalism and the transition to some kind of
confederation of nation-states, combining the bellicosity and racism
of the former with transfer of sovereignty of the latter. We’ll also
see how thing turn out in Heilingdamm-Rostock in June, and how
movements from East and West of Europe will be able to fight the G8
and the huge transnational police force that will protect its
closed-doors decisions. The insurgence of European youth in
Copenhagen, Paris and elsewhere seems to point toward increasing
political awareness and radicalization among young people working in
information, knowledge, culture industries. Only the creative class
can alter the course of European history away from its present
reactionary path toward social emancipation of a finally mulatto
eurogeneration. We have to act now for radical Europe, by connecting
and solidarizing with major struggles like the Copenhagen and Athens
revolts: let’s create a European space for radical youth culture!

Le retour d’une figure des années de plomb

Libération vendredi 9 février 2007Sur un point au moins il n’a pas changé : il est visiblement ravi «d’être revenu pour casser les pieds, surtout dans [son camp». Il veut secouer la «gauche radicale et antagoniste». «Au vu de l’intérêt que mon retour suscite, vingt-cinq ans d’exil à l’étranger, c’est un bon investissement», glisse l’intéressé dans un sourire.
Figure emblématique des «Italiens», ces activistes d’extrême gauche réfugiés à Paris depuis les années de plomb, Oreste Scalzone, 60 ans, a repassé la frontière en camping-car il y a quelques jours. Depuis, il n’en finit pas de multiplier avec avidité les provocations.
Polémique. Réfugié en France en 1981 pour échapper à neuf ans de réclusion pour participation à bande armée, l’ancien leader de Potere Operaio avec Franco Piperno et Toni Negri a été autorisé à rentrer au pays grâce à une prescription des délits. Il n’a pas encore de papiers, mais a déjà retrouvé sa voix. «Je ne me suis jamais senti en exil en France. Je n’ai pas la nostalgie des lieux, des gens, des monuments… Mais j’ai la passion de la parole, des discours dans les assemblées. Et pour cela, pouvoir s’exprimer dans sa langue maternelle est essentiel», admet-il.
Des centres sociaux où des jeunes l’accueillent avec des banderoles en passant par les colonnes des quotidiens transalpins, Oreste Scalzone a recouvré les accents italiens de la polémique. «Si une insurrection avait lieu demain, je serais probablement prêt à tirer, derrière une barricade», a-t-il lancé, visiblement satisfait de l’écho provoqué par ses déclarations dans la péninsule. Dans dix jours, il a promis d’être à Vicence pour manifester contre l’extension d’une base américaine autorisée par Romano Prodi. «Si je vois que l’on brûle un drapeau israélien ou américain, j’irai éteindre le feu», a-t-il mis en garde à l’adresse de ses camarades, tout en poursuivant : «Un caillassage contre le gouvernement ne me gênerait pas.» Et de préciser, en dépit d’une frêle silhouette : «Je ne suis pas un non-violent absolu.»
Des responsables de Forza Italia ont déjà réclamé des mesures contre «un individu qui n’a jamais purgé sa peine et qui vient aujourd’hui proposer à nouveau des thèses absurdes et préoccupantes». Ses propos agacent une partie de l’opinion publique, lassée depuis des années des formules révolutionnaires. Mais, pour le quotidien pro-berlusconien Il Foglio, «Scalzone fait preuve parfois d’une forme d’innocence quasi surréaliste qui le porte à devenir subversif auprès d’un petit monde qui attend de lui tout autre chose […. C’est le meilleur des mauvais maîtres».
Retour aux sources. Son tour d’Italie, improvisé mais rigoureusement militant, l’a déjà mené à Reggio Emilia, où, en 1960, cinq ouvriers communistes furent tués par la police. Retour aux sources. Cet événement fut à l’origine de son engagement politique dans les Jeunesses communistes, à seulement 13 ans. «Quelqu’un doit encore demander pardon pour ces morts», insiste Scalzone, qui, outre les comptes à régler avec le passé, est bien décidé à poursuivre sa bataille pour les anciens extrémistes.
Aujourd’hui à Rome comme autrefois à Paris, il plaide pour une sorte de grande opération vérité où tous les acteurs des années de plomb mettraient cartes sur table pour tourner la page. Alors peut-être prendra-t-il le temps de retrouver les adresses des vieux restaurants romains ou d’arpenter de long en large la place Campo dei Fiori, qui, dans ses souvenirs, lui semblait «tellement plus petite».

La multitud es ambivalente: es solidaria y es agresiva

*El filósofo italiano concedió esta entrevista a Página/12 una
semana antes de arribar al país. Virno señala que la derrota de
Berlusconi en Italia dejó intacta su base de poder y que los
gobiernos progresistas de América latina “no son buenos en sí
mismos, sino por los eventuales espacios que les permiten abrir
a los movimientos sociales”.*

Verónica GagoEn su primera visita al país, la semana próxima llegará a Buenos Aires el filósofo italiano Paolo Virno. Con cuatro presentaciones públicas en Buenos Aires y Rosario, Virno expondrá las tesis de su nuevo libro, Ambivalencia de la multitud (Tinta Limón, 2006), que adelanta en este diálogo con Página/12 desde Roma. Su nombre, sin embargo, es conocido en estas tierras desde hace algunos años. Después de las jornadas de diciembre del 2001, en medio del calor de asambleas, piquetes y cacerolas, Virno dijo que veía en los acontecimientos argentinos en marcha la acción de una “multitud”: es decir, un nuevo sujeto que -a diferencia del “pueblo”- huía de las formas de representación política clásicas, desconfiaba de toda consigna de unidad y se resistía a la obediencia. Virno, incluso, señaló una línea de continuidad entre los sucesos argentinos y las protestas de Seattle (1999) y Génova (2001). Varios intelectuales argentinos reaccionaron y contestaron, prolongando el debate sobre cómo nombrar esa anómala politización callejera que recorría distintas ciudades del país. Sin embargo, esa experiencia multitudinaria parece haber perdido fuerza en los últimos años, tanto en Italia como en la Argentina. Fue así que las preocupaciones más recientes de Virno se volcaron a entender ese repliegue que muchas veces tomó la forma de una autodestrucción de lo que se había creado y conquistado o que, en otras ocasiones, se tradujo en un aislamiento y marginalización de lo que en algún momento había sido una novedad política radical. Contra un optimismo antropológico -principal vicio de los años ’70, según Virno-, incapaz de pensar lo “negativo” o el mal inherente a los hombres, el filósofo italiano se ha dedicado ahora a precisar la “ambivalencia” de esa multitud. Siguiendo la línea de su investigación sobre la expansión de lo que él llamó los “sentimientos del más acá” (como el cinismo, el oportunismo y el miedo), la ambivalencia de la multitud pretende entender la complejidad del momento político actual para los distintos movimientos y pensar la oscilación entre lo negativo y lo inventivo en la que se mueven esos “muchos” que ensayan formas de vida más allá del Estado y de su decisión soberana. Este tono de su interrogación, según Virno, se debe a la necesidad de encontrar categorías que estén en condiciones de asumir toda la realidad de lo negativo, en lugar de ocultarlo o excluirlo. Porque, como explica a Página/12, “el hombre no es un animal bondadoso, pero esto no es un buen motivo para conservar el Estado, es un buen motivo para abolirlo”.

Paolo Virno nació en Nápoles en la década del ’50, pero su juventud la vivió en Génova, donde fue marcado por las revueltas del ’68. Luego su familia se mudó a Roma y entró en contacto con los grupos que protagonizaban la corriente del marxismo obrerista italiano. Fue así que inició su militancia en Poder Obrero, la primera organización obrerista de masas a nivel nacional, de tendencia neoleninista, cuya acción se orientaba hacia las fábricas y las universidades. Desde entonces su vida política siguió la ruta de las grandes automotrices del Norte italiano: la Alfa Romeo en Milán y la FIAT en Turín. El grupo se disolvió en el año ’73 pero, junto a otras personas que provenían de esa misma experiencia, Virno fundó una revista llamada Metrópoli para dedicarse a entender qué era lo que estaba cambiando en las formas del trabajo y en las subjetividades obreras a fines de aquella década, cuando ya se extendía el empleo precario, temporario y tercerizado. Es por esto que Virno suele repetir que “el posfordismo empezó en Italia”. En 1979, en el marco de la operación represiva en contra del movimiento social y político italiano, Metrópoli como revista fue criminalizada cuando apenas había salido su primer número. Virno y sus compañeros fueron encarcelados junto a otros militantes del llamado “juicio 7 de abril”, donde también fue juzgado Toni Negri. Luego de tres años de cárcel preventiva, lo condenaron a otros doce con el cargo de asociación subversiva y constitución de banda armada. Pero tras una apelación, Virno fue absuelto en 1987.

-Dentro de la corriente del marxismo autonomista italiano, ¿cuáles serían los elementos que siente más productivos hoy para su pensamiento?

-Tres elementos sobre todo. El primero es la crítica radical a la idea de “progreso”, una crítica que ha continuado y profundizado la tesis de Walter Benjamin sobre el concepto de historia. Para el “progresismo” el futuro es superior al presente, el cual es concebido siempre y sólo como una “etapa preparatoria”. Para el marxismo obrerista italiano, en cambio, es decisivo el presente, el “aquí-y-ahora”: porque cada presente es el momento justo para transformar de raíz las relaciones sociales, porque cada aquí-y-ahora puede conectarse con las revueltas del pasado y reactualizarlas. El segundo elemento productivo es, tal vez hoy más que nunca, la valorización de la idea marxiana de “intelecto general”, de “cerebro social”. El saber y la comunicación -el intelecto general, precisamente- han devenido la principal fuerza productiva: si es así, el trabajo asalariado, bajo patrón, forzosamente se presenta ahora como un costo social excesivo, como una barbarie injustificada. El tercer elemento es la pasión por todo eso que de único e irrepetible tiene la vida de un ser humano singular. En el fondo, el marxismo autónomo italiano ha sido, y sigue siendo, una forma refinada de individualismo. Su fuerza está en comprender que el individuo no está presupuesto ya como dato -como sostienen los liberales-, sino como resultado complejo de un proceso de individuación cuya base es un conjunto de experiencia común y compartida. Simplificando: sólo en lo colectivo puede enfocarse, y valorizarse a pleno, la propia singularidad.

-¿Cómo se relaciona esta tradición con la filosofía del lenguaje con la que usted trabaja actualmente?

-La filosofía no ha hecho más que reflexionar sobre uno u otro aspecto del lenguaje verbal. Por ejemplo, sobre el poder típicamente humano de decir lo falso. O sobre nuestra capacidad de negar cualquier estado de cosas, incluso la evidencia perceptiva. O de usar la expresión “es posible que”. Aristóteles, Hegel, Heidegger y Wittgenstein no han hecho más que proponer interpretaciones divergentes de la negación, de la modalidad de lo posible, de los pronombres demostrativos y de otras prerrogativas típicas de un “animal que tiene lenguaje”. Lo mismo vale para la filosofía política: Hobbes ha escrito que la “lengua del hombre es una trompeta de guerra y de sedición”. Desde mi punto de vista, lo importante es ocuparse del lenguaje siendo nosotros materialistas. Esto significa entender el lenguaje como un elemento de nuestro cuerpo, como eso que vuelve a plasmar los instintos y las pulsiones. Somos un cuerpo de palabra. Y son cuerpos de palabra aquellos que trabajan y luchan contra el trabajo como subordinación, aquellos que proyectan otras y más satisfactorias formas de vida. Suscribo una frase que parece de Deleuze pero que en realidad es de Aristóteles: “Un deseo que piensa es un pensamiento que desea, esto es el hombre”.

-Alguna vez dijo que Negri y Hardt se apuraron al definir el Imperio porque lo hicieron en la época de Clinton y luego debieron hacer malabares para explicar a Bush. ¿Qué actualidad cree que tiene hoy la noción de Imperio? ¿Cómo cree que se desarrolla el Imperio en estos años?

-Creo que los Estados Unidos han vencido la guerra fría porque han puesto en el centro el proceso de la producción del “intelecto general”, esto es: el saber y la ciencia. Pero no me parece que haya surgido una nueva forma política que esté a la altura del intelecto general. Existe un hiato entre producción y política al interior del capitalismo posfordista. La imagen del Imperio ha sido útil para indicar cuál es el problema, pero no todavía para nombrar una solución ya obtenida. La verdad es que no hay aún un nuevo orden político a escala mundial. Existen decenas de nuevos órdenes productivos, pero no un nuevo orden político. La cuestión de traducir en instituciones políticas el intelecto general -esto es: la nueva cooperación del trabajo basada en el saber- queda pendiente también para los nuevos movimientos. La investigación está abierta para ambos contendientes: ambos -el capitalismo posfordista y los movimientos globales- buscan, en modos diametralmente opuestos, acuñar categorías políticas que se sitúen más allá de la democracia representativa. Si con “Imperio” se quiere decir que el capitalismo posfordista ha encontrado su forma política, entonces no estoy de acuerdo con el concepto de “Imperio”.

-¿En qué sentido habla en su último libro de una negatividad de la multitud? ¿Cuál es el origen de esta reflexión?

-La multitud es ambivalente: es solidaria y es agresiva; está inclinada a la cooperación inteligente, pero también a la guerra entre bandas. La multitud es una categoría que se corresponde a la situación histórica (el capitalismo posfordismo, la globalización, etc.), en donde todos los rasgos distintivos de la naturaleza humana han ganado una inmediata relevancia política. Pero lo naturaleza humana no está eximida de aspectos agresivos, de pulsiones destructivas y autodestructivas. La multitud contiene en sí también estos aspectos y estas pulsiones. La cuestión verdaderamente importante es que la multitud puede, o mejor, podría contener y mitigar la “negatividad” de la naturaleza humana sin pasar por esa máquina de violencia que es el Estado. El problema no es la “negatividad”, sino el modo de gobernarla. Se podría decir, con un slogan: el hombre no es un animal bondadoso, pero esto no es un buen motivo para conservar el Estado, es un buen motivo para abolirlo.

-¿Se trata de una antropología pesimista?

-La reflexión sobre la negatividad, sobre el mal, no nace de un juicio pesimista sobre el presente, de una desconfianza en los nuevos movimientos. Al contrario, es la madurez de los tiempos la que impone esta reflexión: hoy es concebible una esfera pública por fuera del Estado, más allá del Estado. Esto significa que es totalmente realista construir -en las luchas sociales- instituciones que ya no tengan como jefe al “soberano”, que disuelvan todo “monopolio de la decisión política”. Estas instituciones posestatales deben ofrecer de distintos modos -y resolver de distintos modos- el problema de cómo mitigar la agresividad del animal humano, su carga (auto)destructiva. Es la actualidad de la superación del Estado la que vuelve imperiosas preguntas como éstas. Y repito: no es precisamente una injustificada melancolía por el curso del mundo.

-Pero sí el abandono de la idea de que la multitud es una figura absolutamente positiva…

-Pensar que la multitud es absoluta positividad es una tontería inexcusable. La multitud está sujeta a disgregación, corrupción, violencia intestina. Por otro lado, sus primeras manifestaciones no suelen ser exaltadas: en los años ’80 -mientras el fordismo entraba rápidamente en crisis- las nuevas figuras del trabajo social se presentaron con rasgos “desagradables”: oportunismo, cinismo, miedo. Si el nuestro es un éxodo que nos conduce más allá de la época del Estado, no podemos no tener en cuenta la negatividad inscripta en la multitud -acordémonos de la violencia sobre los más débiles que fue verificada en el estadio de Nueva Orleans donde estaban refugiados los “muchos” que no tenían los medios para escapar del ciclón Katrina…-, son necesarias categorías diferentes a las dialécticas y nociones distintas, por ejemplo, de aquella de “antítesis”. De acuerdo. Pero necesitamos categorías que estén en condiciones de asumir toda la realidad de lo negativo, en lugar de excluirlo o velarlo. En este nuevo libro propongo las nociones de “ambivalencia” y de “oscilación”. Y también un uso no freudiano del término freudiano “siniestro”. Freud dice que lo que nos aterroriza es precisa y solamente aquello que, en otro momento, tuvo la capacidad de protegernos y tranquilizarnos. Así, esta duplicidad de lo siniestro puede servir, tal vez, para decir que la destructividad es sólo un modo “otro” de manifestarse de aquella capacidad que nos permite, por otro lado, inventar nuevos y más satisfactorios modos de vivir.

-¿Qué queda presente hoy del movimiento post-Génova?

-Todo y nada. Todo si se piensa en los sujetos sociales que le dieron vida a las jornadas de Génova. Sujetos que representan la complejidad de la sociedad posfordista: migrantes, trabajadores precarios, intelectuales de masa, voluntariado, izquierda sindical. Estos sujetos no se volvieron a su casa, no están resignados. Pero por otro lado, de Génova no queda nada: ni los fórums sociales que nacieron en todas las ciudades en los meses sucesivos a las batallas en las plazas, ni la gran unidad entre fuerzas políticas diversas, ni la capacidad de influenciar y condicionar un partido con representación en el Parlamento como Refundación Comunista. En el último año, hubo tentativas de recomenzar desde el principio, de luchar por nuevos senderos. Por ejemplo, hubo luchas significativas en la universidad. El problema es pasar del nivel simbólico-mediático de Génova a la capacidad de organizar realmente el trabajo precario, individualizando formas de lucha hasta ahora inéditas.

-¿Cómo pensar entonces esa negatividad sin que implique un escepticismo?

-Verdaderamente “escéptico” sobre la suerte del movimiento internacional me parece ser aquel que pinta la multitud como “buena por naturaleza”, solidaria, inclinada a actuar en armonía, ausente de toda negatividad. Quien piensa así, ya se ha resignado a reducir al movimiento new global a fenómenos contraculturales o mediáticos, a su metamorfosis en un conjunto de tribus marginales, incapaces de incidir realmente sobre las relaciones de producción. Reconocer el “mal” de la -y en la- multitud significa enfrentarse con las dificultades inherentes a la crítica radical de un capitalismo que valoriza a su modo la misma naturaleza humana. Quien no reconoce este “mal” se resigna al peligro de hacer vivir al movimiento por debajo de sus propios medios.

-¿Cree que las instituciones posestatales son un horizonte posible para los movimientos sociales?

-Pongámonos de acuerdo con el uso de la palabra “institución”. ¿Es un término que pertenece exclusivamente al vocabulario del adversario? Creo que no. Creo que el concepto de “institución” es decisivo, también para la política de la multitud. Las instituciones son el modo en que nuestra especie se protege del peligro y se da reglas para potenciar la propia praxis. Institución es, por lo tanto, también un colectivo de piqueteros. Institución es la lengua materna. Instituciones son los ritos con los que tratamos de aliviar y resolver la crisis de una comunidad. El verdadero desafío es individualizar cuáles son las instituciones que se colocan más allá del “monopolio de la decisión política” encarnado en el Estado. O incluso: cuáles son las instituciones a la altura del “intelecto general” del que hablaba Marx, de aquel “cerebro social” que es, al mismo tiempo, la principal fuerza productiva y un principio de organización republicana.

-¿Qué significó la derrota de Berlusconi en Italia?

-Algunas cosas buenas en política exterior: mayor distancia de la administración estadounidense, el intento de hacer jugar un rol autónomo a Europa, en primer lugar en Medio Oriente. En el plano de la política económica, en cambio, el centroizquierda es temible: al precedente gobierno de Prodi se deben algunas de las peores leyes en temas de “flexibilidad” del trabajo. Por otro lado, es necesario considerar que Berlusconi ha perdido por un soplo, conservando casi intacto su electorado. El bloque social del partido-empresa no se ha erosionado. El “berlusconismo” después de Berlusconi tiene el riesgo de durar todavía más; e incluso de ejercitar una cierta hegemonía cultural sobre una izquierda enamorada de Tony Blair.

-Hoy se discute mucho sobre los gobiernos así llamados “progresistas” de América latina. ¿Cuál es su opinión a la hora de caracterizarlos?

-He leído y escuchado opiniones muy diversas sobre la cuestión de los “gobiernos progresistas”. Opiniones muy favorables y muy críticas. Estoy lleno de preguntas, sin ninguna convicción definida. Creo que los “gobiernos progresistas” latinoamericanos, un poco como el de centroizquierda italiano, juegan un rol importante, como signo de contradicción y como una suerte de espina clavada en un costado, en el plano de las relaciones internacionales. Pero pienso también que, en el plano de las relaciones de fuerza entre las clases, estos gobiernos no son un bien en sí, sino sólo por los eventuales espacios que su existencia abre para los movimientos de base, en forma de contrapoderes territoriales. Quiero entenderlo mejor, leer y escuchar.

*Actividades en Argentina*

**Viernes 29 de septiembre – 19 hs**.

Conferencia: “Intelecto general, lenguaje y biopolítica”.

Facultad de Filosofía y Letras, Puan 480, aula 108

**Lunes 2 de octubre – 19 hs**.

Conferencia: “Negatividad de la multitud y lógica de la innovación”.

Biblioteca Nacional, Agüero 2502, auditorio J. L. Borges

**Jueves 5 de octubre – 19 hs**.

Conferencia: “Por una historia natural, reseña de la polémica entre N. Chomsky y M. Foucault”.

Flacso, Ayacucho 551.

**Sábado 7 de octubre – 18 hs**.

Conferencia: “Negatividad de la multitud y lógica de la innovación”.

Facultad de Psicología de Rosario (Sede Anexo: Corrientes esq. Ituzaingo)

Les revues Multitudes et Vacarme, les éditions Kargo et éditions Amsterdam s’ associent

Multitudes, à partir de son numéro 26 (1er octobre 2006), et Vacarme, à partir de son numéro 37 (27 octobre 2006), seront éditées par leurs associations respectives en collaboration avec les éditions Amsterdam et diffusées et distribuées par Belles Lettres Diffusion Distribution. Au printemps 2007, les éditions Kargo, devenues la collection Kargo, publieront leurs premiers titres en collaboration avec Editions Amsterdam.

Dans le cadre de leur association, éditions Amsterdam et Multitudes lanceront par ailleurs deux collections d’essais de petit format : Multitudes/Idées et Multitudes/Interventions. Multitudes/Idées proposera des essais ou des manifestes théoriques et politiques thématiques, écrits dans un langage aussi accessible que possible, sur les sujets qui sont au cour du projet éditorial et politique de la revue Multitudes. Les deux premiers titres à paraître (printemps 2007) dans cette collection seront Le Capitalisme cognitif de Yann Moulier Boutang et Hacktivisme et Résistances électroniques d’Olivier Blondeau et Laurence Hallar. Quant à la collection Multitudes/Interventions, elle proposera des interventions sur le vif, en réaction à l’actualité politique et intellectuelle.

Par ailleurs, un recueil des textes les plus emblématiques ou les plus importants publiés dans Multitudes sera proposé (février 2007) au public par éditions Amsterdam sous le titre Multitudes, Une anthologie. D’autres projets éditoriaux, notamment des projets de traductions, sont au programme, notamment une co-édition du livre de Giuseppe Cocco et Antonio Negri Global, Luttes et biopouvoir en Amérique Latine (janvier 2007).

L’association d’éditions Amsterdam, des éditions Kargo, de Multitudes et de Vacarme s’inscrit dans la perspective d’un effort commun pour tisser des liens de collaboration et de soutien entre différents lieux de production éditoriale, intellectuelle et politique caractérisés par un même souci de déployer une pensée critique, transnationale et indisciplinaire, et une politique démocratique radicale pour notre temps.

Pour en savoir plus sur éditions Amsterdam, Kargo et Vacarme, n’hésitez pas à visiter les sites Internet :
www.editionsamsterdam.fr
vacarme.eu.org
www.editionskargo.com

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Multitudes 26
Postcolonial et politique de l’histoire

La France et les anciens empires croient avoir été blanchis par les indépendances. Mais les pulsions dominatrices, racistes et colonialistes sont toujours à l’ouvre dans l’Empire. Ce numéro « postcolonial » de Multitudes donne quelques exemples de postures coloniales dans la pensée et l’exercice du pouvoir et propose quelques voies pour s’en défaire.
La première voie passe par la traduction des études postcoloniales qui, d’abord dans les deux Amériques, puis partout dans le monde, ont montré qu’on pouvait écrire de multiples points de vue minoritaires et revisiter les sciences humaines à partir de positions « subalternes ».
La deuxième voie consiste à frayer avec les « colonies » que les anciens colonisés ou d’autres minorités multiplient dans les métropoles, à décrire leurs nouvelles dynamiques culturelles et politiques et à développer leurs revendications.
Prendre ainsi la colonisation à revers, la déterritorialiser et la démultiplier, en métissant et en créolisant les énoncés, c’est faire multitude, au sens de Hardt et Negri comme au sens commun.
Ce dossier justifie largement un carton rouge à une France qui, en choisissant ses immigrés et en excluant les autres, tourne le dos à l’Europe et au reste du monde.

SOMMAIRE
Jérôme Ceccaldi, Anne Querrien, Carton rouge pour la France qui exclut

EMPIRE, POSTCOLONIALITé ET POLITIQUE DE L’HISTOIRE
Yann Moulier Boutang, Jérôme Vidal, De la colonialité du pouvoir à l’Empire et vice versa

EMPIRE ET « COLONIALITé DU POUVOIR »
Santiago Castro-Gómez, Le Chapitre manquant d’Empire. La réorganisation postmoderne de la colonisation dans le capitalisme postfordiste
Ramón Grosfoguel, Les Implications des altérités épistémiques dans la redéfinition du capitalisme global : transmodernité, pensée-frontalière et colonialité globale

POSTCOLONIAL ET HISTOIRE
Sandro Mezzadra, Temps historique et sémantique politique dans la critique postcoloniale
Homi Bhabha, Le Tiers-espace. Entretien avec Jonathan Rutherford
Anne McClintock, Race, classe, genre et sexualité : entre puissance d’agir et ambivalence coloniale
Éric Fassin, La Démocratie sexuelle et le conflit des civilisations
Warren Montag, « Les Subalternes peuvent-illes parler ? » et autres questions transcendantales
Olivier Le Cour Grandmaison, Passé colonial, histoire et « guerre des mémoires »
Jocelyne Dakhlia, Musulmans de France, l’histoire sous le tapis

N°26, 12 EUROS
Parution le 1er Octobre 2006
EDITIONS AMSTERDAM
Diffusion : Belles Lettres D. D.

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Vacarme 37
Que peut une image ?

Nous étions prévenus : parler, ce n’est pas voir. Quelques décennies de soupçons philosophiques, d’expérimentations littéraires, d’audaces cinématographiques nous avaient appris à défaire l’évidente parenté des mots prononcés et des choses offertes au regard, à désajuster le spectacle du monde de son commentaire ininterrompu.
Nous étions prévenus : nous voilà surpris. En un sens, la guerre du Liban de l’été 2006 a confirmé pour l’opinion mondiale et porté à son extrémité cette disjonction rigoureuse du son et de l’image. Deux versions d’une même guerre, si dissemblables qu’on ne peut ni s’étonner, ni se satisfaire de voir les uns brandir l’évidence de l’image contre l’hypocrisie du discours israëlien, tenant ainsi pour rien les menaces de ses adversaires, les autres défendre le bon droit d’Israël jusqu’à formuler contre les photographes de guerre d’abjectes suspicions de truquage.
Rarement cette disjonction nous aura-t-elle laissé aussi désemparés. La vigilance ancienne envers les pièges de l’audio-visuel n’est pas pour autant devenue hors de saison.
On pourra vérifier, dans les pages qui suivent, combien il n’y a là ni facilité esthétique, ni miévrerie éthique : mais le souci de savoir, avec Georges Didi-Huberman, ce que l’on peut dire d’une image sans trahir ce qui, en elle, porte à baisser la voix ; mais l’inquiétude de se demander, avec les artistes qui croisent aujourd’hui la démarche du plasticien et celle du documentariste, comment plier la rhétorique du photojournalisme jusqu’à rendre visible, et audible, les guerres contemporaines ; mais la minutie avec laquelle, dans le Caïman, Nanni Moretti diffracte et recompose l’image de Silvio Berlusconi, disperse en une nuée d’acteurs sa célèbre silhouette pour qu’enfin, aux dernières minutes du film, s’entende avec sérieux et terreur ce que le cavaliere a pu dire.

SOMMAIRE
Mathieu Potte-Bonneville / L’hostilité visible (éditorial)

ENTRETIEN : Georges Didi-Huberman s’inquiéter devant chaque image

CHANTIER : ARTISTES EN GUERRE
Artistes en guerre ? (avant-propos)
La mise à nu des choses (entretien avec Sophie Ristelhueber)
Laure Vermeersch / Onze cratères : s’exposer aux images des bombardements
Portrait du réalisateur en amoureux politique entretien avec Sean McAllister
Méditation documentaire entretien avec Gilles Saussier
Philippe Mangeot / L’échange documentaire
Sophie Jaulmes / Hors champ fragilités et nécessité de l’image documentaire
Portfolio Sophie Ristelhueber / Gilles Saussier, / Éric Baudelaire / An-My Lê /
Sophie Ristelhueber
Michel Poivert / Théâtre des dernières guerres
Pierre Zaoui / La fresque aux icônes

LIGNES
Minoritaire & populaire/ entretien avec A. Collovald & O. Schwartz
Carine Eff / dans le labyrinthe des centres de rétention
Jeanne Favret-Saada / un pape à Auschwitz
Pierre Zaoui / colère et indignation

CAHIER
Un écrivain en guerreentretien avec Emmanuel Pinto
Emmanuel Pinto : écrire la guerre du Liban : extraits d’un roman inédit
Dork Zabunyan / Berlusconi, la première fois
Vincent Casanova / Le sexe de la musique
François Matton / Sous les yeux (la campagne)
Fiston Massamba / Mouvements aux frontières
Lorine Niedecker / Louanges au lieu
Anne Bertrand / Papillons
Victoire Patouillard / Rébus
Peter Szendy / Conversation secrète
François Rosset / Arrogance de l’anticipation

N°37, 10 EUROS, parution le 27 Octobre 2006, Diffusion Les Belles Lettres

VACARME

Vacarme est une revue politique, culturelle et artistique à parution trimestrielle. Créée en 1999, elle mène une réflexion à la croisée de l’engagement politique, du militantisme associatif, de la recherche scientifique et de l’expérimentation artistique.

Vacarme est née de la rencontre des pratiques militantes et artistiques, de la volonté de militants associatifs (Act Up-Paris, GISTI…), soucieux de prolonger ce qu’ils avaient appris de leur expérience militante et de confronter ce savoir avec celui qu’ils forgeaient ailleurs, dans leurs travaux respectifs de chercheurs, d’enseignants, d’écrivains ou d’artistes. Il s’agissait d’ouvrir un espace commun entre des lieux, des journaux, des revues, et des pratiques relativement étanches les uns aux autres, et d’offrir un lieu de rencontre entre groupes militants, intellectuels et artistes.

La revue Vacarme se situe à mi-chemin entre la revue et le journal. Cela veut dire la tenue esthétique, l’exigence intellectuelle, la périodicité (trimestrielle), le mode de diffusion d’une revue et le format (souple, illustré, vivant), le mode de production (curieux, collectif, urgent), les techniques d’édition et la volonté de s’adresser à tous d’un journal. Cela autorise, en même temps qu’une originalité d’allure (moins austère qu’un livre, moins racoleuse qu’un magazine), un éclectisme des formes (textes, entretiens, enquêtes) et un décloisonnement des mondes (savant et profane, politique et culturel).

Vacarme, revue engagée et culturelle, publie des enquêtes de terrain, des articles d’opinion, des textes théoriques, de la création littéraire et des ouvres visuelles et sonores. Il se situe entre les revues de recherche, trop strictement confinées dans leur spécificité disciplinaire, et les journaux issus de groupes militants qui peinent à être lus au-delà de ses sympathisants ; entre les magazines spécialisés (culturels, politiques, économiques), qui font obstacle à une approche transversale, et les journaux dont la course à l’actualité empêche un traitement en profondeur.

La création artistique contemporaine est un des piliers de Vacarme ; elle y occupe plusieurs places. Le travail des artistes est convoqué au même titre que celui des militants et des chercheurs sur chaque thème du numéro. L’approche artistique d’une question est à nos yeux aussi importante que les autres formes de réflexion.

Vacarme a pour ambition de défendre une haute idée du travail critique, et porte une attention constante aux formes du discours qui peut accompagner, relayer et éclairer les productions picturales, musicales, cinématographiques contemporaines. Pour chaque numéro, en fonction des thèmes abordés, des intellectuels, des chercheurs, des artistes, des militants, des hommes politiques s’associent au travail de Vacarme.

La revue Vacarme est désormais publiée par éditions Amsterdam
(Belles Lettres Diffusion Distribution)

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KARGO

En 1997 paraissait le premier numéro de Nomad’s land, revue qui fut à l’origine de la création des éditions Kargo, en l’an 2000. Plus d’une cinquantaine d’auteurs – et plus d’une vingtaine de livres – ont été édités depuis lors ; beaucoup d’entre eux, principalement anglophones, eurent ainsi l’occasion d’être publiés en français pour la première fois. Nomad’s land et les premiers ouvrages publiés par Kargo témoignaient d’un intérêt marqué pour les musiques populaires et les sons du xxe siècle, étudiant les styles, leurs histoires et leurs techniques (Ocean of Sound de David Toop, DJ Culture d’Ulf Poschardt, The New Beats de S.H. Fernando Jr, etc.). La publication d’ouvrages plus généraux de sociologie et d’histoire culturelle (Paul Gilroy, William T. Lhamon, Jean-Paul Levet) répondait par ailleurs au besoin d’explorer de manière approfondie les processus sociaux et politiques à l’ouvre dans les cultures populaires. Parallèlement à ces ouvrages, Kargo a de plus publié du théâtre élisabéthain (Thomas Middleton), des ouvrages sur l’esthétique de la Renaissance et du baroque (Paul Van Nevel, Mark Franko), sur l’histoire de l’art (Le Miroir noir d’Arnaud Maillet, Sketches de Philippe-Alain Michaud), ainsi qu’un livre de photographie (Le Cour sacré. Un atlas chirurgical du corps humain de Max Aguilera-Hellweg).
La publication d’un catalogue rétrospectif, en avril 2006 (soit presque dix ans après le début de cette aventure) fut l’occasion de faire une pause et de réfléchir à l’avenir d’un projet éditorial exigeant, donc difficile à défendre commercialement. à une époque où le lectorat des ouvrages d’histoire et de sciences sociales se raréfie et où l’intérêt pour les pensées et les approches « étrangères » reste faible en France, notamment en raison du fort cloisonnement des disciplines universitaires et des champs de recherche.
Septembre 2006 : à la suite d’une heureuse rencontre (tant du point de vue humain qu’éditorial) avec l’équipe d’éditions Amsterdam, le fondateur des éditions Kargo, Alexandre Laumonier, décide de « transformer » en collection ses éditions. Le voyage de Kargo se poursuivra donc au sein d’Editions Amsterdam dans le cadre d’une « collection Kargo » dont les premiers titres seront publiés au premier semestre 2007. Peu de changement de fond quant à la ligne éditoriale, mais une ouverture plus grande sur des projets extérieurs aux sciences humaines (photographie, cinéma.) et une refonte de la charte graphique des ouvrages.
Entre autres projets à venir chez Kargo@EditionsAmsterdam : Paul Gilroy, L’Atlantique noir. Modernité et double conscience (réédition en « semi-poche » de ce classique publié pour la première fois par Kargo en 2002) ; Arnaud Maillet, Les Lunettes. De la science aux fantasmes (histoire de l’art et histoire du corps) ; Marcus Rediker & Peter Linebaugh, L’Hydre aux mille têtes. Une histoire de l’Atlantique révolutionnaire (histoire sociale et politique) ; John Leland, Hip! (histoire culturelle du xxe siècle).
L’association de Kargo et d’Editions Amsterdam sera l’occasion, dès janvier 2007, d’une refonte et d’une mise à jour du site Internet de Kargo, les premiers livres à paraître dans la collection Kargo étant prévus pour mars 2007. Et, comme ce fut le cas pour tous les ouvrages publiés par Kargo depuis 2000, de brefs extraits de tous ces livres pourront être consultés gratuitement sur le site Google Livres.

26 febbraio 2005: la prestigiosa Settimana della Moda di Milano volge al termine. Il piccolo mondo dello moda è in effervescenza e attende con impazienza la sfilata di una giovane creativa ancora sconosciuta, che farà parlar molto di sé. Poiché Serpica Naro, appena sedicenne, può vantare un profilo ideale per sedurre l’ambiente disincantato del lusso […]

« En Italie, le catenaccio, c’était la lutte des classes»

Libération  mardi 06 juin 2006. Propos receuillis par Renaud DELY et Rico RIZZITELLIAntonio Negri, théoricien de l’extrême gauche italienne, le philosophe de 72 ans est aussi fin connaisseur du ballon rond et supporteur du Milan AC. Son credo : vive la révolution et la Squadra Azzurra!
Figure intellectuelle de l’extrême gauche italienne, Antonio Negri, 72 ans, s’est d’abord fait remarquer dans les années 60 comme théoricien de l’opéraïsme, une idéologie qui faisait de l’usine le centre de toute la lutte des classes et des ouvriers les seuls artisans de la révolution. Professeur à l’université de Padoue et apôtre d’un verbiage ouvriériste et marxiste-léniniste, il a ensuite été suspecté d’être le mentor des terroristes des Brigades rouges pendant les «années de plomb». L’accusation lui a valu deux séjours en prison (de 1979 à 1983, puis de 1997 à 1999), entrecoupés par un exil en France. C’est donc derrière les barreaux que ce passionné de foot a suivi la victoire de Paolo Rossi et de la Squadra Azzurra en 1982, puis celle des Bleus de la France de Zidane en 1998.

Entre-temps, quatorze ans durant, ce philosophe spécialiste de Marx et de Spinoza a enseigné à Paris-VIII et à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm. Après être retourné volontairement en Italie en 1997 pour purger ce qui lui restait de peines, Toni Negri, revenu à Paris, connaît une seconde jeunesse intellectuelle comme référence de l’altermondialisme et du mouvement des Disobbedienti, ex-Tute Bianche. Notamment à travers deux livres écrits en collaboration avec Michael Hardt : Empire (2000) et Multitude (2004). Avant de passer le plus clair de son temps à contester le capitalisme, ce grand connaisseur du ballon rond, né au pays du catenaccio («verrou» en italien), a commencé par contester l’intérisme (les fans de l’Inter de Milan) à la tête des Brigate rossonere (Brigades rouge… et noir), cette faction de supporteurs du Milan AC installée dans la curva sud du stade Giuseppe Meazza, à San Siro. Temple depuis vingt ans du peu révolutionnaire Silvio Berlusconi. Mais quand on aime…

Comment faites-vous, vous, philosophe marxiste, penseur de la radicalité et de l’altermondialisme, pour soutenir le Milan AC de Silvio Berlusconi ?

Mais je ne peux pas m’enlever la peau ! Je suis esclave de ma passion ! C’est comme lorsque vous avez une femme qui fait la putain, vous l’aimez quand même ! Autrefois, un homme de droite et un homme de gauche étaient liés soit à l’Inter, soit au Milan AC. C’était parallèle à leur engagement politique. Maintenant, c’est plus confus. Il ne faut pas prendre trop au sérieux l’organisation économique d’un club. Moi, j’aime le Milan AC parce qu’il s’agit du club de mon père, celui de mes enfants. J’ai participé à la création des Brigate rossonere (1), qui n’ont rien à voir avec les Brigades rouges, c’était avant, dans les années 60. Nous étions des supporteurs de gauche qui nous installions dans la curva sud du stade. J’ai trois enfants, ils sont tous «milanistes». Ma fille a été mariée avec un intériste et ce fut un grand problème. (Sourires.) J’ai été heureux quand ils se sont séparés. Mais le foot n’est qu’un jeu…

Pour Berlusconi, posséder le Milan AC relève-t-il du jeu ?

Oui, en partie. Bien sûr, il espère utiliser le club pour lui donner de la force en politique. Mais il est difficile de déplacer la sympathie, le soutien du sport vers la politique. Il reste une frontière. Berlusconi est un chien enragé. Pourtant, il a toujours été assez prudent pour ne pas trop mélanger les deux. Il sait que ça peut se retourner si l’équipe perd.

Mais la politique est aussi dans le sport. Le stade de Milan s’appelle Giuseppe Meazza, le capitaine de la Squadra fasciste de 1938…

Le fascisme a beaucoup joué avec le football, comme tout le monde à l’époque. Regardez les photos de l’équipe, ils avaient tous le bras levé. C’est le sport national et c’était une dictature. Le fascisme italien correspond à un moment précis, c’est l’entrée dans le fordisme, dans l’industrialisation forcée et généralisée.

Un joueur comme Di Canio, à la Lazio de Rome, continue de faire le salut fasciste vers les tribunes…

C’est du racisme, de la provocation, comme Le Pen ! Je ne veux pas défendre le «fascisme historique», entendons-nous bien… Mais il a collé à une certaine situation de développement italien, à un passage. Comme le stalinisme a collé à certaines transformations de la société russe. Mais les fascistes comme les staliniens d’aujourd’hui sont des salauds. La Lazio est une équipe liée à l’extrême droite. C’est Gianfranco Fini (2), ancien vice-président du Conseil, qui est son protecteur. D’autres équipes, infiniment plus sympathiques, sont liées à l’extrême gauche : c’est le cas de Livourne. Si vous voulez vous amuser, allez les voir. Ils sont très originaux… Ce sont des nostalgiques, des ultragauche.

Le phénomène hooligan, c’est aussi de la politique qui envahit le sport ?

Ce n’est pas un phénomène propre au sport. Les fascistes essaient de renverser ce que les gens font de positif. Ils le font avec les rapports sociaux créés par les progressistes et ils font pareil avec le football. Je pense que le fascisme est à la base du hooliganisme. Mais c’est d’abord un phénomène lié à la violence urbaine. Par exemple, le drame du Heysel est venu d’ailleurs. C’était comme une météorite tombée sur un stade. Peut-être que le football est un terrain favorable. Mais il faut distinguer entre le terrain favorable et la cause. La cause est extérieure. Le football est innocent.

Lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, vous avez appelé à voter oui dans Libération (3) parce que le traité contribuait, selon vous, à «détruire cette merde d’Etat-nation». Alors, dans le football, penchez-vous du côté du G14, qui remet en cause les sélections nationales ?

Quand je parle de la fin de l’Etat-nation, je ne parle pas de la fin du local, des passions. L’espace européen est très important pour constituer une puissance contre les Américains et le libéralisme. On ne l’a pas fait. Voilà pourquoi on est dans la merde ! Je soutiens que j’avais raison. Mais je suis ami de Chavez et je suis contre les nations. Je suis pour l’Europe, mais je suis aussi pour la Squadra Azzurra ! «Vive le football !» et «Vive Maradona !» (Rires.) Et si Bruxelles nomme un commissaire européen pour faire une équipe européenne, je ne suis pas sûr d’être d’accord. Même si c’est Capello…

En France, cette séparation entre politique et foot est plus délicate…

Moi, j’accepte la contradiction, je la gère de l’intérieur.

Comment ?

Je m’amuse à faire la révolution ! Je m’amuse à aller voir du football ! Si on a de l’énergie, on la met partout. Je n’ai jamais compris les gens qui séparent ces deux univers. En Italie, il y avait des groupes qui faisaient ce raisonnement. C’étaient des catholiques, des gens avec une conception extrêmement puriste. Pourquoi les intellectuels italiens ou anglais parlent-ils facilement de sport alors que les Français ont longtemps eu beaucoup de mal ? Parce que les intellectuels français sont des gens absurdes, qui vivent en dehors de la réalité ! Ils sont intelligents et capables de construire des systèmes parce qu’ils sont dans l’universel. Mais nous, on vit dans une réalité beaucoup plus concrète, plus vivante, plus biopolitique. Le sport est très important pour révéler la consistance matérielle des rapports sociaux et des passions à des niveaux qui ne sont pas élémentaires, mais qui sont des premières configurations phénoménologiques du réel. Ouf, excusez le jargon…

D’après vous, pourquoi le football est-il un sport universel ?

Sa grande fortune, c’est qu’il fait parler les gens entre eux, alors que c’est un sport assez ennuyeux. Comme le cinéma, le théâtre ou l’opéra. D’ailleurs, il y a le même sentiment mélodramatique qu’à l’opéra. Avec un personnage, l’entraîneur, qui joue un rôle fondamental. C’est de lui qu’est né mon amour pour le football. J’ai eu une grande aventure (sic). C’était Nereo Rocco, l’inventeur du catenaccio à l’italienne. A la fin des années 50, il a entraîné Trieste, puis Padoue. Là, avec une équipe moyenne, il a inventé une forme de jeu défensif à l’italienne, le jeu à l’italienne le plus ennuyeux, le plus dur, le plus méchant. Après, il a amené ce jeu à Milan. Et Gianni Brera, journaliste dans les années 60 au Giorno, journal socialiste et progressiste, l’a théorisé en y voyant un certain caractère national.

Philippe Séguin, grand connaisseur du foot, dit qu’il était d’accord avec les chroniqueurs marxistes du Miroir du football qui expliquaient, dans les années 70, que le catenaccio était le système de jeu le plus réactionnaire qui soit. Qu’en dites-vous ?

Je ne permettrai jamais à un réactionnaire de droite comme lui de parler en mal du catenaccio ! (Rires.) Gianni Brera disait que le catenaccio était lié au caractère des Italiens, un caractère dur, de paysan, de terrien. Le catenaccio constituait l’équivalent du rugby dans le football. C’était la lutte des classes : on était faible et on devait se défendre. C’est le contraire de ce que dit Séguin. Le catenaccio est né en Vénétie, la terre que les gens, dans les années 50, étaient obligés de quitter pour émigrer, parce qu’ils n’avaient pas à manger : c’étaient les grandes migrations des maçons ou des vendeurs de glaces vers la Belgique, la Suisse, la ligne du Rhin. Le catenaccio correspond à la nature de ces régions du Nord, d’émigrants forts, durs, méchants, parce qu’ils avaient faim.

Quand vous étiez professeur à l’université de Padoue, dans les années 60-70, étiez-vous fan de la Squadra Azzurra ?

Moi, j’étais fan de l’équipe d’Italie quand elle a gagné, en 1982. J’étais en prison. C’est le seul jour où l’on s’est embrassés, avec les gardiens. Ils nous avaient autorisés à être une quinzaine de détenus dans la même cellule pour regarder le match. Et quand le match s’est terminé, ils ont ouvert la porte et on s’est tous embrassés, avec les gardiens. C’était un peu équivoque ! (Rires.) Le football a une logique très différente du reste du fonctionnement de la société. Il est très dangereux de penser qu’il peut être un élément de mystification dans les rapports sociaux. A la limite, la joie produite par une victoire… Mais pas le tifo, pas un match en soi. En Italie, un événement sportif, en 1948, a déclenché une rhétorique nationale : la victoire de Bartali dans le Tour de France. La guerre civile menaçait parce que Togliatti, le leader du PCI, avait été blessé dans un attentat politique. Le président de la République a téléphoné à Bartali pour lui demander de gagner. Et cette victoire a exalté l’élément d’unification nationale contre ce qui était un élément de conflit extrêmement dur dans le pays, avec cet attentat fasciste contre le chef du Parti communiste.

Une victoire comme celle de 1982 peut exalter la nation contre l’étranger…

Je ne pense pas, non. Il peut y avoir des moments dramatiques dans l’histoire d’un pays, auxquels même le sport n’échappe pas. Mais c’est absolument exceptionnel. Le football n’est pas très nationaliste. Si vous regardez les clubs italiens, il reste combien de joueurs nationaux dans les équipes, pas beaucoup, non ? Et regardez les Français ! Ils sont partout, ces Français !

C’est parce que l’argent a eu raison de la nation. Comment jugez-vous les conséquences de l’arrêt Bosman ? Au départ, c’est un «acquis syndical» au secours d’un joueur broyé par le système…

Un arrêt «syndical» qui détermine la libéralisation du marché ! C’est la dérégulation du marché national, donc la constitution d’un marché mondial, en réalité européen. La seule façon de contrebalancer cette situation capitaliste, c’est de constituer des sociétés populaires et de l’actionnariat populaire. A travers les pouvoirs publics, il faut soutenir des possibilités d’alternatives sur ce terrain, autrement il y a l’alternative révolutionnaire. Ou l’on détruit le capitalisme, ou l’on constitue des sociétés d’investissement populaire !

Les joueurs français évoluant en Italie sont tous interloqués par l’importance de la tactique lors des entraînements…

C’est parce que les Italiens sont «machiavéliens» (sic). Le machiavélisme, c’est de faire avec ce que tu as entre les mains. Il n’y a que les Français pour être stupéfaits par cette insistance sur la tactique. Les Français, eux, n’ont jamais été «machiavéliens», ils ont toujours été des théoriciens de la raison d’Etat, c’est différent. Mais si les Italiens réfléchissaient un peu plus, ils gagneraient davantage. Les résultats ne sont pas si extraordinaires, ce ne sont pas les Brésiliens… Même si les Français, eux, n’ont commencé à gagner que récemment, alors que les Italiens gagnaient dès les années 30 avec la main de Piola (4), un peu comme la main de Maradona !

Pourquoi l’histoire sportive italienne est-elle jonchée de duels ? Le Milan AC contre l’Inter, la Roma contre la Lazio, Coppi contre Bartali, Moser contre Saronni, etc. ?

L’unité italienne ne remonte qu’à 1870. L’histoire de l’Italie est une histoire de villes : c’est Florence contre Pise, Venise contre Milan, Rome contre Naples, etc. La langue italienne ne s’est constituée que dans les années 30, sous le fascisme, à travers la radio. Jusque-là, on ne pouvait pas mettre dans un même régiment les gens du Val d’Aoste et les Siciliens. Quand on leur disait de marcher en avant, certains marchaient en arrière ! L’histoire du pays est récente, l’histoire des villes, elle, est très ancienne et c’est une histoire de classes.

Votre femme est intériste et dit de l’Inter : «Ils perdent tout le temps, c’est ça qui est magnifique.» Comme la défaite mythique de la Hongrie en 1954 (5) ?

Attention, c’est une Française qui a vécu en Italie longtemps et elle avait un copain avant moi qui soutenait l’Inter. Elle a créé une espèce de nostalgie des Nerazzurri. L’Inter a une image d’équipe extrêmement «penseuse», dans laquelle les gens considèrent beaucoup plus l’intérieur que l’extérieur. La Hongrie, c’est la grande équipe du football «danubien» : un style extrêmement délicat, joué à travers des lignes plutôt qu’à travers des masses. Le grand football italien est une synthèse de deux origines : le football «danubien» et le football argentin. Les danubiens sont les lignes, les argentins les individus. Et de là sort ce que le journaliste Brera appelait «la race paysanne italienne». Il faut mettre ensemble ces trois éléments, et vous avez la synthèse dialectique parfaite, les masses du foot italien.

A Milan, vous allez encore au stade ?

Non, pratiquement plus jamais. Quand je suis à Paris, je vais voir les matchs chez un copain. Nous sommes un groupe d’anciens exilés, on se retrouve le mardi ou le mercredi, il y a un cuisinier parmi nous, patron d’un grand restaurant à Paris. On mange très bien et on regarde le foot. Il y a des gens de Milan, d’autres de la Juventus, et on se bagarre. On recrée une espèce de grande comédie classique, italienne…

Vous ne parlez jamais du foot français…

En 1954-1955, j’ai passé un an en France, à Normale sup : je n’imaginais pas que le football existait en France à cette époque. Ici, c’est un produit du colonialisme. Attention, je ne veux pas être lepéniste en disant ça ! Je ne veux pas expulser de France les joueurs de couleur, mais en France, le football est né des Italiens de l’immigration.

La France est le seul pays d’Europe de l’Ouest où presque toutes les couches de l’immigration ont joué en équipe nationale. Le premier joueur noir anglais n’est arrivé en équipe nationale qu’en 1978 !

Alors, vive l’intégration à la française !

(1) Association culte de supporteurs du Milan AC, créée dans les années 60 et qui existe encore aujourd’hui.

(2) Ancien ministre du gouvernement Berlusconi, il a rénové l’extrême droite au début des années 90 pour transformer le MSI néofasciste en Alliance nationale «postfasciste».

(3) Libération du 13 mai 2005.

(4) Auteur de 30 buts en 34 apparitions en équipe d’Italie, dont deux en finale de la Coupe du monde 1938 (4-2 contre la Hongrie), Silvio Piola est resté fameux pour un but inscrit de la main en 1939 contre les Anglais (2-2).

(5) Entre 1950 et 1955, l’équipe de Hongrie ne perdit que 1 match sur 33 : la finale de la Coupe du monde contre l’Allemagne (2-3), qu’elle avait corrigée au premier tour (8-3).

MAJEURE : Capitalisme cognitif, développement, normativité LA NOUVELLE ÉCONOMIE D’ISRAËL ET L’INTIFADA by Naxos In recent years the Israeli economy has undergone fundamental changes. An entirely new class composition was created by the ex-Soviet migrations of the 1990s. Markets for traditional Israeli produce became more restricted. The Internet created the conditions for transnational exports of […]

Ma per la Rivoluzione c’è tempo

interview à la Stampa«Ma quali bande! L’esplosione delle banlieues non è una jacquerie
estemporanea. E anche se lo fosse, lo sarebbe in un contesto sociale
radicalmente mutato, i cui tratti di fondo sono la crisi del fordismo, e
l’assenza di risposta politica – non solo in Francia – a questa crisi.
Per questo per me resta una rivolta; ma potrei anche dire insurrezione,
se intendiamo il termine in un’accezione tenue». È ovvio cosa manca per
parlare di insurrezione autentica, «manca una coscienza politica degli
obiettivi, quello che Marx chiamava il « per sé ». Questo movimento vuole
qualcosa, ma non sa ancora cosa vuole». Toni Negri, il cattivo maestro
dell’Autonomia, l’uomo che nel ’79 fu arrestato per «insurrezione armata
contro lo stato italiano» (condannato a trent’anni, la pena fu ridotta a
tredici), è tornato. Di nuovo al centro del dibattito, dopo che il New
York Times ha dedicato un paginone al suo Impero, scritto con Michael
Hardt, e dopo che le Nouvel Observateur l’ha inserito tra i venti grandi
filosofi del secolo, Negri è reduce da Mar del Plata, Argentina, dove ha
seguito la protesta anti-Bush. Ora è seduto nel salone della sua nuova
casa veneziana, libri alle pareti, moltissime riviste anglosassoni, le
ultime copie di Le Monde appoggiate su un tavolino.Molta della stampa internazionale ha provato a leggere l’esplosione
delle banlieues vedendoci il fallimento del modello di integrazione
francese. E’ una spiegazione che la convince?

«Per niente. E perché, forse il modello anglosassone non ha fallito
ugualmente? Guardi l’America di New Orleans, o l’Inghilterra del 7
luglio, con i terroristi che nascono inglesi nel senso più profondo del
termine, inglesi vestiti come loro, ragazzi che prima di farsi bomba
vanno al pub e si ubriacano di birre… Il punto non è il fallimento dei
due modelli multiculturali».

Ora dirà: c’entra l’organizzazione del lavoro.

«Gli elementi nascosti dietro le banlieues in fiamme sono almeno tre.
Quello che è in crisi è il modello industriale fordista, che prevedeva
l’occupazione permanente, e uno schema di crescita indefinito, sostenuto
dallo stato. Poi questa crisi s’è coniugata con i processi di
mondializzazione economica. A questo si saldano politiche neoliberali di
blocco della spesa pubblica, che producono una crisi degli interventi di
welfare. Altro che l’integrazione, qui il problema è la totale assenza
di risposta politica alla crisi del fordismo. Questa mancata risposta è
legata alla crisi della rappresentanza democratica».

Però scusi, perché le periferie sono in ebollizione solo in Francia, e
in Italia no? Le dinamiche postfordiste sono le stesse anche noi.

«In parte perché siamo una società socialmente meno avanzata. E poi
perché, per paradosso, questi fermenti da noi si sono in parte esauriti.
Gli anni settanta hanno scaricato un potenziale di lotte sociali; o
meglio, l’Italia, o la Germania, hanno allungato dieci anni il
sessantotto. Ma così ne hanno anche diluito gli effetti. Però attenti:
movimenti di protesta da noi ci sono già. La Val di Susa, i movimenti
per la casa nelle città, le battaglie dei migranti contro i cpt…».

Prodi dice che presto esploderanno anche le periferie italiane. Dunque
per metà è d’accordo con lui?

«Mah, Prodi per un verso esagera, e dubito che sappia davvero qualcosa
delle periferie. Quanto a Fini, beh, per lui il fatto che non ci sia
un’esplosione vuol dire che non c’è il problema… Berlusconi non sa
cosa dire. E poi come fa a parlare di immigrazione, stretto com’è tra
Calderoli e le furbizie dei democristiani alla Pisanu?».

E i francesi? Nel 1990 Mitterrand si chiedeva «cosa può aspettarsi un
giovane in un casermone laido, sotto un cielo grigio, con la società che
distoglie lo sguardo?». Eppure il degrado è continuato, inarrestabile.
Il socialismo francese buone intenzioni e cattiva coscienza?

«Guardi, io penso siano personaggi diversissimi; ma sia Mitterrand che
Chirac, un repubblicano e un monarchico, avevano capito benissimo cosa
sarebbe successo. E come loro, le élites francesi, soprattutto il grande
apporto conoscitivo che la sociologia dà all’amministrazione francese,
avevano perfettamente in testa le dinamiche esplosive che maturavano
nelle banlieues: ma cosa potevano fare? Sono stati aggrediti loro stessi
da questa ondata neoliberale, che esaspera i conflitti e le rivolte, e
ha impedito loro qualsiasi possibilità di dirigere la trasformazione».

Perdoni, significa che i politici sono scusati in anticipo. Se è sempre
colpa della dinamica neoliberale…

«Certo che no. Dico solo che le rivolte sono espressione dell’incapacità
del neoliberismo di farsi politica statale. Non parlo solo di dirigismo,
ma della capacità dello stato di esercitare governance, cioè mettersi in
contatto permanente coi movimenti. Una capacità che il fordismo, con
tutti i suoi mali, aveva».

Sarkozy ha chiamato «racaille», feccia, i giovani delle periferie. Oltre
agli scenari, c’è poi la politique politicienne, no?

«Sarkozy è stato imprudente e imperdonabile. Ma non è la prima volta che
un politico in Francia chiama racaille i giovani di banlieue:
gliel’hanno detto mille volte. Solo che adesso la gente è esplosa. C’è
un evento».

Fa un po’ effetto però che in quella che lei chiama «rivolta» si brucino
le Renault dei lavoratori, e non le Porsche Cayenne degli spacciatori.
Che rivolta è?

«Il fatto è che gli spacciatori le macchine ce le hanno in garage!
Conosco bene alcune scuole di Epinay sur Seine. È l’unica banlieue in
cui c’è stata solo una decina di macchine bruciate ma non un’esplosione
come quella di Clichy. E sa perché? Perché forse a Epinay regge
l’equilibrio basato sui mullah e sui signori della droga. Anche in
Italia, dove c’è la mafia spesso non c’è rivolta».

Ciò non toglie che si bruciano macchine di gente inerme, e si picchiano
persino handicappati. Non proprio il nostro immaginario di lotta
sociale, no?

«Dinanzi a queste spinte epocali cosa sono un pugno di macchine
bruciate? E poi hanno bruciato le macchine perché la gente non è scesa
in strada a difenderle. Mi creda, la gente, in quei quartieri, non è
così contraria a quei ragazzi».

Molti sono intimiditi. Un pensionato di 61 anni è stato ucciso proprio
perché difendeva quelle macchine. Parlare di «insorti» non significa dar
loro una legittimità che non hanno?

«Non sono cinico. Né machiavellico. Ho per chiunque viene ucciso tutta
la compassione umana e il dolore. Ma non mi turberei davanti al fatto
che in un incendio di queste proporzioni ci sono solo due morti. E
allora cosa ne facciamo dei due elettrificati? E quanti ragazzi feriti
ci sono? E quanti di questi ragazzi sono morti in altre occasioni di
demenza razzista?».

Non negherà che chi colpisce cittadini inermi dà buone ragioni a chi
inclina a una visione solo repressiva del problema.

«Non c’è dubbio che Sarkozy abbia provocato, anche se non si aspettava
la reazione che c’è stata. Per di più, prima e dopo, ha ripetuto un
atteggiamento ipocrita, proponendo misure di discriminazione positiva:
aiutiamo i negri buoni e reprimiamo i negri cattivi».

C’è chi l’ha accusato di calcoli politici in vista delle presidenziali.

«Sarkozy ha un problema: evitare che la destra possa togliere un grande
spazio politico alla candidatura gollista. Sia Le Pen che De Villiers,
quest’ultimo un po’ più manovrabile dai gollisti, possono erodere molti
consensi. E invece Sarkozy pensava a un’egemonia sull’intera destra.
Oggi quel progetto mi pare in crisi».

De Villepin invece ha promesso aiuti economici.

«De Villepin e, probabilmente, Chirac, hanno assistito inizialmente
guardinghi; poi hanno reagito da par loro, da un lato promettendo
ordine, dall’altro cercando di recuperare il recuperabile di quelle
periferie. Ma alla fine potrebbe anche spuntare una terza candidatura
gollista».

Anche la sinistra, onestamente, arranca.

«Benissimo, per quanto riguarda la sinistra ufficiale. Ma la sinistra
ufficiale è oggi minoritaria, in Francia. Maggioritaria è piuttosto la
sinistra che ha detto no alla Costituzione europea: è una sinistra
sovranista, repubblicana in maniera esasperata, che non ha nulla da dire
rispetto alle banlieue».

E gli intellò parigini? Non è che si siano sentiti molto.

«Ma quando mai si sono fatti vivi, durante tutti gli ultimi grandi
avvenimenti sociali interni? Stanno studiando dove si rigira la vela del
potere».

La «rivolta» si può indirizzare a sbocchi positivi?

«La logica del primo ministro non va molto oltre la carità, mentre qui
occorrerebbe una vera apertura di processi di partecipazione, che sono
cose serie – altro che le primarie italiane, oh che belle, dove tutti
votano e tutti sono inclusi! – La partecipazione è messa in discussione
dei rapporti di potere, scuole che funzionano, casse di risparmio che
abbassano i tassi di interesse…».

Anche lei dice che per parlare di «insurrezione» autentica qui manca il
fine politico. Dove sono le richieste di questi giovani?

«Il problema è che sanno cosa non vogliono, non cosa vogliono. È un gran
casino. Il mio amico Patrick Braouezec, l’ex sindaco ora presidente
della Regione della Saint Denis, l’altro giorno ha detto che qui ci
vuole una nuova intesa di Grenelle, l’accordo sindacati-governo fatto
nel ’68, con Pompidou al governo per bloccare il sessantotto. Ma allora
gli operai chiedevano aumento del salario, revisione della struttura
gerarchica, apertura a forme di welfare. I ragazzi di banlieue possono
solo cercare una via di fuga. Non le sembra che un diritto alla fuga sia
diventato un diritto umano? Certo, la stagione di Seattle è finita. Ma
la fine del ciclo altermondialiste ha fatto nascere un ciclo di lotte
che si è completamente giovato dei movimenti precedenti. In Francia come
in Argentina».

Le donne islamo-francesi sulle barricate parigine non ci sono, ha
notato? Ha ragione Olivier Roy, non ci sono perché sono più brave dei
maschi, si integrano di più, dunque hanno meno rabbia? Oppure perché i
fratelli e i mariti le tengono segregate?

«Io sarei cauto. Lei dice che non ci sono? Mah. Sono stato da poco a
Teheran e ho visto come le donne giocano l’hijab in chiave sempre più
rivoluzionaria, abbassandolo un centimetro di più ogni ora. Eppure non
si vede. E a Parigi magari non sono state fotografate ma cosa crede, che
questi giovani che bruciano auto non facciano l’amore? Che dietro ognuno
di loro non ci sia una donna? Il vero film per capire la banlieue non è
L’odio di Kassovitz, metallico, freddo. Il vero film è L’esquive, La
schivata. Una professoressa cerca di far recitare a una classe
arabo-maghrebina un testo di Marivaux. All’inizio tutti si applicano.
Poi qualcosa si rompe. E proprio le vicende erotiche e affettive che si
instaurano tra i ragazzi produrranno la rivolta. Alla fine la classe si
rifiuta di recitare il Gioco del caso e dell’amore, che è la commedia
della borghesia bianca. Allo stesso modo, anche le ragazze
islamo-francesi della banlieue usciranno profondamente modificate, e
partecipi di questa rivolta».

Negri, lei crede ancora nell’uso della violenza politica come soluzione
ai problemi della crisi postindustriale nelle società occidentali?

«Con Michael (Hardt, ndr.) abbiamo cercato di immaginare un esodo da
questa società in crisi. Nell’esodo, come Mosè aveva Aronne, bisogna
avere delle retroguardie, che usino anche le armi, ma per difendersi. La
resistenza è questo, perché la realtà è fatta così, il mondo è fatto
così; e la Moltitudine opera in questo mondo, a caccia di quella via di
fuga che nelle banlieues stanno cercando, senza ancora averla trovata».

Les camps d’étrangers existent depuis longtemps en Europe. Si, des zones d’attente françaises aux camps des îles grecques, le régime en vigueur, la durée moyenne de maintien, le statut des étrangers qui y sont placés (dont le seul délit est d’avoir enfreint ou tenté d’enfreindre les règles que fixent les États pour le franchissement de […]

La fête de l’âne Quelques conséquences politiques de la pensée faible italienne

Pour déchiffrer la nébuleuse de la « pensée faible » italienne, s allons partir essentiellement des écrits de Vattimo, parce ce philosophe a eu le double mérite de fabriquer les instruments théoriques d’une telle idéologie en réinterprétant et en acclimatant en Italie la pensée de Nietzsche et de Heidegger et de gérer allégrement (et « énergiquement ») le succès éditorial académique de l’opération, in loco et à l’échelle Internationale[[En réussissant à combiner l’urbanisation herméneutique de la province Heidegérienne et la dissolution « édificatrice » de l’école analytique anglo saxonne, s surtout en exploitant le climat éthicisant qui a succédé aux grandes idéologies. . ité avec les thématiques proprement post modemes et déconstructionnistes, contre, ne me semble pas d’une grande importance.. En comparaison, les autres contributions ont un caractère subsidiaire (Rovatti et Del Lago, qui opèrent la convergence avec l’héritage existentialiste et phénoménologique de « Aut Auf) ou hétérogène (Perniola est plutôt un post modeme au sens de Baudrillard ou de Lyotard qui n’est pas un penseur « faible »).

Vattimo se manifeste d’abord dans les années 70 par une interprétation libérale (mais aussi, et de façon tout à fait valable, libertaire, dans le style de « Lotta Continua » où il luit alors) de Nietzsche (« Le sujet et le masque », Milan 1974 ; « Les aventures de la différence , Milan 1980), en revalorisant la période qui sépare « Humain trop humain » et « Zarathoustra »; c’est cependant la définition du rapport à Heidegger qui est techniquement plus importante pour l’articulation de la pensée « faible ». Il vise en effet à constituer une ontologie herméneutique[[Voir l’excellente analyse de P. Vinci, « Quale Heidegger ? », dans : « La ragione possibile », le mai 1990, p. 59 et suivantes., dépassant le dualisme entre discours sur l’être et théorie de l’interprétation dans une tentative ambitieuse de thématiser explicitement l’être en termes de transmission et de messages à recevoir. Il considère donc I’herméneutique comme la forme de la pensée adéquate à la modernité et à sa fin, au signe post moderne de la réalité contemporaine. L’être coïncide avec son histoire : la post modernité est la dissolution nihilistique de l’être, son amoindrissement non seulement dans l’interrogation philosophique mais surtout dans le mode d’opérer de la science et des procédés techniques, dont l’artificialité rend problématique la notion même de réalité. Vattimo reprend ici ouvertement (et de manière acritique) Feyerabend et rejoint l’autocritique de Rorty.

Le fait de reconnaître que l’ensemble du monde historicoculturel dans lequel nous nous trouvons s’inscrit dans un processus de transmission est porteur de dissolution : la multiplicité idéale à travers laquelle est compris l’héritage historique ne fait qu’un avec la fragmentation pratique de la réalité mise en acte par la science technique. Si la condition de toute expérience coïncide avec les conditions de son époque, alors la post modernité devient lieu privilégié d’intelligibilité et d’annulation des liens matériels de domination. La révocabilité du fondement unitaire de l’expérience n’est pourtant pas un simple relativisme à la Gadamer ; le stade terminal de l’histoire de l’être se présente comme consumation sous le signe du « mou », de l’instabilité, de la fragmentation post historique de la contemporanéité, donc comme accomplissement destinal du nihilisme. Le Ge Stell n’est pas une cage de fer, la trame de la société telle qu’elle est administrée, mais un effet d’ébranlement de tout présupposé voulant se poser en termes universels et totalisants. À partir de là, les catégories telles que la Verwindung, rémission de l’obstination métaphysique, l’être en tant que Gewesen, l’étant devenu (Geworaenheit), l’avoir été comme origine à laquelle est toujours possible de renvoyer la mémoire, enfin la pensée remémorante, l’Andenken le tout dans une dérive esthétique qui fait que Vattimo, à la différence de Heidegger, est dans la pluralité ontique sans plus s’interroger sur la totalité dans laquelle nous sommes immergés à partir de l’absence de l’être (voir surtout « La fin de la modernité » Milan 1985 , prennent un sens prééminent. Le raisonnement vattimien sur la consumation de l’être diffère radicalement de la pensée heideggérienne sur la différence, glissant plutôt sur le versant éthico politique de l’invitation à la tolérance.

Avec « La société transparente » (Milan 1989) Vattimo, partant d’une critique radicale de la transparence communicationnelle comprise comme variante de celle de l’histoire universelle du XIXe siècle, arrive à approuver de manière inconditionnelle la dissolution de la réalité dans les interprétations, les fables sans fondements, le prix étant qu’aucun des dialectes résultant de la rupture de la contrainte de l’unité du langage métaphysique ne peut vouloir s’arroger une identité de type universaliste et exclusive des autres, mais bien au contraire doit se savoir « faible », partiel. L’importance prise par l’effet de dépaysement dans le moderne tardif à quoi se réfèrent aussi bien le choc typique de l’expérience métropolitaine pour Simmel et Benjamin que le Stoss, la secousse produite pour Heidegger par l’œuvre d’art, en tant qu’ouverture nouvelle, effective, historico-éventuelle de l’être exclurait toute réconciliation métaphysique et serait un rappel permanent de la contingence, une oscillation entre le lien fondateur et l’affaissement, l’exercice de la mortalité. On pourrait objecter que, d’une part, on ne produit pas de fabulations sans prétentions à dominer, et que d’autre part tous les jeux linguistiques, la science par exemple, ne peuvent pas se réduire à des variations entre des paradigmes également fondés, selon un modèle d’esthétisation généralisée de la vie.

Dit en termes plus vulgaires, essayez de sortir par la fenêtre en refusant le paradigme de la force de gravité. En réalité ce nouvel idéal devient un collectionnisme, un marché d’expériences qui font monde, qui créent de la communauté. L’exigence de tolérance réciproque, si utile et si profitable dans la vie quotidienne, se révèle peu opératoire quand entrent en jeu des discriminants radicaux, des nécessités de prendre parti au sens théorique et pratique. Le nihilisme actif semble avoir perdu chez Vattimo ses propres droits et la thématique nietzschéenne du conflit elle même est édulcorée au point de s’évanouir dans le flux ténu des différences. On urbanise non seulement la province heideggérienne, mais aussi le désert de Zarathoustra.

Ce n’est pas un hasard si Nietzsche avait tenté de mettre en garde les lecteurs de « Zarathoustra » contre l’éventualité d’une erreur d’interprétation par. banalisation, dans la partie IV par exemple, quand les hôtes, « les hommes supérieurs », adorent l’âne, qui brait oui han et dit toujours oui au monde. Zarathoustra approuve dans un sarcasme et institue la fête de l’âne avec ces accents ambigus : « Seul celui qui est en train de guérir d’une maladie peut faire de ces inventions là ! c’est de bon augure… Et si vous la fêtez encore cette fête de Une, faites le aussi par amour de moi ! Et en souvenir de moi. »

L’interprétation de Deleuze (sur le présupposé que l’Éternel Retour doit être sélectif et non pas général comme dans les ritournelles d »‘orgue de Barbarie » des animaux « farceurs ») souligne l’équivocité de l’affirmation : il y en a une qui dit toujours oui mais ne sait pas dire non et une autre qui est précédée de la destruction active des valeurs établies et suivie de la destruction active de l’homme qui veut périr et être dépassé. L’affirmation de l’âne est du premier type. C’est un animal apparemment dionysiaque, mais en réalité chrétien, qui « se charge » de la réalité sans réussir à séparer la puissance du négatif des forces réactives ni à conférer directement un caractère négatif et destructeur au positif. L’affirmation qui dit non ne se mue pas en charge, elle est au contraire libératrice, elle soulage la vie de ses fardeaux, elle la rend légère. Le oui de l’âne, le oui qui ne sait pas dire non, c’est une caricature de l’affirmation, du oui dionysiaque ou au moins une tentative encore mal réussie.

Des fêtes de l’âne, la pensée « faible » risque d’en célébrer beaucoup. Elle diffuse l’affirmation plate, étalée sur les structures du réel, qui le décalque sans faire un pli et sans la moindre intention destructrice. Le « réel » ainsi affirmé est rien moins que réel, l’écorce recrachée par le nihilisme dégoûté. L’écoute acritique de n’importe quelle rumeur ressemble trop au fait bien connu de se laisser imposer le fardeau de l’histoire. Le risque de l’historicisme ne plane pas seulement sur les idéologies de la transparence communicationnelle, qui sont l’image renversée de l’herméneutique et du renoncement au fondement, mais il se présente irrésistiblement là où l’on tourne en rond dans le supermarché de l’histoire, choisissant la marchandise avec une indifférence joyeuse, ses zombies affamés d’une séquelles jamais oubliée.

Exil, fragmentation, appauvrissement, marginalité[[Voir à ce sujet de façon plus détaillée la contribution de l’écrivain dans le volume collectif « Sentimenti dell’al di qua », Rome Naples 1990., contamination, substitution du centre à la périphérique, dissémination, réplique d’un archétype absent, orchestre et décors virent facilement à des ritournelles d’orgue de Barbarie si on les prive systématiquement de tout démarquage par rapport au réel. A. Colombo[[In AA. VV., « La città senza luoghi ». dirigée par M. Bardi, Gênes, 1990, pp. 133 6 ; la thèse de la réarticulation du concret à partir de l’appauvrissement de l’expérience au contact des puissances abstraites de la production et du langage a été amplement développée dans P. Virno, « Convenzione e materialismo’, Rome Naples 1986 ironise justement sur les « duellistes », c’est à dire ceux qui, avec un optimisme bruyant, voient dans la multiplication et la contamination des langages la preuve d’un dépérissement définitif des modèles forts et autoritaires et qui, par contre, décèlent avec pessimisme, dans la libération des différences, de ,rhomologation pure. Dans le premier cas, précisément, Vattimo observe que la surface bariolée qu’offre le post moderne ne reflète pas en réalité la multiplicité des caractères originaires et des nondes vivants, mais plutôt la prolifération de simulacres résiduels à une homologation déjà consommée. En effaçant les conflits on perd précisément la créativité de l »‘intellect général » qui se réalise désormais dans des conditions déshumanisées. La réduction au look et à la mode sérielle des cultures de ghetto et des jeunes en est un cas typique.

Il ne s’agit pas tellement ici de la plénitude et de l’authenticité, indissociablement liées comme on le sait désormais à la localisation spécifique et à la répétition, mais plutôt de la recomposition des catégories au sein d’un univers totalement absorbé par les valeurs d’échange et donc pleinement capitalistique et moderne au point d’assimiler et de réutiliser des formes de contestation qui, un temps, furent puissantes. Comme on le sait bien en anthropologie, il ne sert de rien de célébrer les rites de la pluie au cours de cette saison, ou encore de faire l’éloge de la superficialité, de l’inauthentique, de l’artificiel contre la totalité et l’idéologie. En produisant accessoirement une esthétique de l’hybridation. plutôt à la mode sur le marché de l’art, on en reste donc à une réduction de la philosophie à une rhétorique et de la praxis à de l’éthico mondain. Alors qu’il faudrait au contraire reprendre l’interprétation des phénomènes auxquels se réfère la « pensée faible », les nouvelles formes de conflits et de subversion, toujours homologuées, mais toujours renaissantes, leur rapport au développement des puissances productives et à la crise des formes de la politique et du travail. Ce qui signifie naturellement aussi déchiffrer les enjeux de l’entreprise que représente la pensée « faible » et de son extraordinaire succès, pas seulement en Italie.

On pourrait dans un premier temps se limiter à mettre en relation le succès de la pensée « faible » avec la crise des idéologies et plus spécifiquement avec la dissolution de l’aire philosophique marxiste et de la culture de gauche à laquelle les auteurs italiens des années 60 et 70 et leurs émules se référaient bien ou mal. La diffusion de tendances apolitiques, intégristes ou modérées est un autre aspect important de la défaite politique et idéologique même ; si bien que non seulement on ne dit rien sur le sérieux et la validité effectifs des idées (Même « Das Kapital » est le fruit d’une défaite !), mais on n’explore même pas sociologiquement à fond la nature de l’affaire. En effet, ce qui fait la spécificité de la pensée « faible », ce n’est pas tant la reddition face au réel que la tentative de le réorganiser en fonction de nouveaux paramètres qui intègrent définitivement la défaite et ne sauvegardent aucun élément de renouvellement. S’il fallait faire une comparaison totalement métaphorique , la pensée « faible » n’est pas la philosophie des Yuppies berlusconiens, mais correspond au parcours d’une classe politique qui est passée de « Lotta Continua » au « Parti socialiste » il faut d’ailleurs s’émerveiller du fait que Vattimo ne fasse pas partie de l’aire craxienne, mais soit plutôt radical, et en opposition avec le P.S.I. dans les controverses fondamentales.

Il est alors intéressant de noter que la pensée « faible » ne se contente pas du tout de prendre acte de la « faiblesse » de l’être, ni de contribuer activement à l’ « affaiblie’, mais cherche à dépasser la complaisance esthétique originaire par l’introduction d’éléments éthiques, d’une éthique de la tolérance qui s’ouvre au débat sur les formes de nouvelle citoyenneté, sur la néo contractualisation démocratique de Rawls (qui suit le même parcours que Rorty). La démocratie est alors davantage comprise comme tolérance de la diversité que comme tension entre des sujets en conflit ( etp lus jamais en lutte de classe), avec une propension à prendre les plus pauvres en tutelle plutôt qu’à assurer l’autonomie de l’individu. C’est l’air du temps. À un point tel qu’on tend même à pencher vers une herméneutique qui n’a plus rien de « faible », celle de Ricoeur.

Comme la dissolution herméneutique de la vérité, dans l’aire culturelle italienne, reprend selon une solution de continuité ininterrompue la tradition historiciste, l’éthicisation de la praxis politique légitime ainsi, pour le coup, un étatisme atténué et diffus, « faible ». Là aussi, l’exaltation de l’opacité et du performant est complémentaire de l’idéologie de la transparence communicationnelle, qui sépare nettement la sphère éthico-politique de l’agir instrumental, abandonné aux logiques de la productivité et de la domination Naturellement, et ceci n’était pas dans les intentions ni des disciples de Rorty et de Vattimo, ni de ceux de Habermas, Ruffolo et Flores d’Arcais, la réintroduction en politique de catégories éthiques réveille (ou dénote l’existence de ce réveil) les pires instincts éthiques de l’État, qui en Italie se met à exercer un contrôle sur les moeurs sexuelles à travers la Censure à la télévision et la psychologie des toxico dépendants à travers les entretiens avec les surveillants. Toute redécouverte de rêthique est destinée à réveiller les vieux démons, qui se nichent dans les caves de Lovecraft.

L’étatisme est implicite dans l’assomption de la société tertiaire comportant une réduction des conflits au minimum . ce qui est exalté, en fait, c’est le moment de la médiation, de la recomposition sous les catégories du travail et du politique, plutôt que le moment de la dissociation, de l’exode de masse du travail et du politique, du surgissement d’instances antagonistes d’autonomie et de réalisation, pourtant précaires et contradictoires.
La polémique violente et brillante qui, non sans de bons ‘arguments techniques, a été conduite contre la pensée « faible » par C.A. Viano dans « Va pensiero » (qui a connu un certain succès) peut parfaitement apparaître comme une campagne du parti industriel et scientifique contre le parti du tertiaire humanistico rhétorique, un règlement de comptes à l’intérieur d’une société civile bourgeoise à la recherche d’un rééquilibrage (même si ceci n’est peut être que l’aspect ésotérique d’une répartition plus profonde et plus substantielle du pouvoir académico consensuel … ).

Le succès de la « pensée faible » dans la réorganisation partielle du secteur philosophique et dans son influence sur les mass media et sur l’opinion courante laïque et de gauche[[N’oublions pas que la pensée catholique est restée complètement étrangère à de telles péripéties même si elle en a pris connaissance à travers la comète intégriste de « Communion et Libération », vite dispersée entre conservatisme théologique et instrumentalisation démocrate chrétienne et in primis andréottienne. Au dernier synode vaudois, on a commencé à parler de « foi faible », sans agressivité envers les autres fois et les idéologies laïques. ne fait qu’un avec son caractère fondamental : l’expression d’une croissance tertiaire de la société italienne, dont les composantes spéculatives et médiatrices se joignent à celles de l’entreprise pour exiger une flexibilité de la force de travail qui se mêle en permanence et sur un mode ambigu à des aspirations d’autonomie et d’insubordination. Tout ceci à un point tel qu’il devient impensable et littéralement indécent de s’opposer à la « pensée faible » en cherchant à restaurer une éthique de l’austérité, une superstition reposant tout à la fois sur l’État, la valeur du travail et l’anticonsumérisme, superstition qui a laissé des traces de culpabilité dans l’Est brejnévien et dans l’Ouest berlinguérien. Aucune « éthique du travail » ne peut se dresser contre « l’éthique de la tolérance », même si cette dernière est contestée et ri ‘ajustée à l’intérieur de ce type de réalité sur lequel elle s’est façonnée, au delà d’un horizon qui sublime idéologiquement le travail.

Dans un moment où le rapport entre travail et non travail s’est modifié sans donner lieu à un authentique processus d’émancipation, mais a plutôt engendré une redisposition des éléments de production et de domination, dans laquelle pour ainsi dire l’ « intellect général » marxien s’est « réalisé » en tant que Technique sans Libération, ou encore comme accomplisse du nihilisme, la représentation politique traditionnelle des contradictions de classe qui en résulte est dépassée et inefficiente. Les nouveaux types de subjectivité qui se constituent hors de la représentation politique de classe (y compris dans les différentes variantes du parti d’avant garde syndicat-dictature du prolétariat et du parti de masse parlementariste et tradunioniste) prennent place pratiquement et émotionnellement dans un espace apolitique ce qui ne veut pas nécessairement dire archaïque et privé: tel est le territoire de la conflictualité urbaine et raciale, des phénomènes migratoires et des bandes de jeunes, le teppisme des stades et la Bed Stuy de « Do the right thing ». C’est exclusivement à partir de ce terrain que peuvent se dessiner un certain nombre de pistes permettant d’interpréter et donc de contester la « pensée faible » au niveau de ses présupposés.
. Tout en présentant de nombreuses limites dans ses analyses et ses instruments philosophiques, la « pensée faible » préconise une modernisation corrigée par une éthique sécularisée et gérée dans les formes de la démocratie libérale, ce qui peut constituer en apparence un programme de gouvernement qui n’est pas déplaisant. Si l’on prend au sérieux cette variante qui jouit d’une influence certaine dans l’idéologie de la société italienne, son défaut réside dans le fait que la dissimulation du caractère conflictuel et radical des possibilités implicites, en opérant leur « dissolution à l’intérieur du totalitarisme de l’idéologie du travail, West pas un oubli innocent, mais inévitablement une répression active de ce qui est nouveau, prompte à s’allier à la première occasion aux structures autoritaires du pouvoir. L’omnipotence bénéfique du marché peut alors être proclamée avec une arrogance jacobine ou suggérée avec une suavité pensive : en volant dans tous les cas au secours du vainqueur.

(Traduit par Gisèle Donnard)

Intervista a Toni Negri

di Hector Pavon .Domenica 28 Novembre 2004
Toni Negri è un credente. Non c’è dubbio. E non solo per le sue origini cattoliche. Negri crede in ogni tassello che compone il mosaico di argomentazioni che costituisce Impero, il libro che ha scritto con Michael Hardt, e anche di « Multitude, war and democracy in the age of empire » che è appena uscito in quello che è il vero e proprio cuore dell’impero, che gli autori non si stancano di mettere in discussione: gli Stati Uniti.

Se Impero fornì la diagnosi della situazione mondiale, Multitude ha qualcosa del catechismo rivoluzionario postmoderno: ciò che un controimpero deve costruire e realizzare.
La fede di Negri nella moltitudine è, a 71 anni, la colonna vertebrale della sintesi della sua filosofia politica e del suo nuovo ideario, da tanti atteso.

Impero fu pubblicato nel 2000 e fu un libro di provocazione che scosse il malconcio campo marxista che cercava di riunire i suoi pezzettini sparsi dall’esplosione del campo socialista alla fine degli anni ottanta. Le tesi di Impero sostenevano e proponevano: la fine dell’imperialismo; la crisi della sovranità degli stati nazione; l’apparizione globalizzata del lavoro immateriale; il tramonto della dialettica; la nascita di un impero senza centro e senza territorio però ubiquo; l’apparizione del biopotere esercitato sulla vita sociale e la nascita della moltitudine in quanto soggetto che si sarebbe contrapposto all’impero.

Successo di vendite, ricevette elogi e preso come la bibbia ma anche criticato parola per parola. Il filosofo francese Etienne Balibar disse: « è una prodezza sorprendente, scritto con un entusiasmo contagioso, basato su un’ampia conoscenza storica ». « È una riscrittura del Manifesto comunista », commentò ammirato il filosofo slovena Slavo Zizek.

Però altri si misero in fila dall’altra parte per segnalare errori, e non sempre in tono diplomatico. « Secondo quanto indica la tesi di Impero, risulta difficile liberarsi dal sospetto che il potere della moltitudine non è niente altro che un’astrazione filosofica e che questo potere non esiste in nessun luogo piuttosto che esista ovunque », disse Ellen Leikins, politologa canadese. E il sociologo americano James Petras volle firmare l’epitaffio: « Impero è la sintesi generalizzata delle banalità intellettuali sulla globalizzazione, il postmodernismo, il postmarxismo. La tesi del postimperialismo di Impero non è nuova, non è una grande teoria e spiega poco del mondo reale. È piuttosto un esercizio prolisso privo di intelligenza critica ».

Multitude è stato distribuito nella prima settimana d’agosto negli Stati Uniti, mentre in Argentina sarà pubblicato dall’Editrice sudamericana. Il libro è organizzato lungo tre assi: guerra, moltitudine e democrazia. Nella prima parte, gli autori indicano come conditio sine qua non alla sopravvivenza dell’impero nello « stato di guerra permanente ». E rintracciano negli attentati dell’11 settembre una similitudine con un fatto del 1618, quando due reggenti romani furono defenestrati dal Castelle di Hradcany di Praga. Scoppiò così la guerra dei trent’anni nel Sacro romano impero. La caduta delle torri gemelle ha avviato un’era di guerra infinita. Nel capitolo sulla moltitudine, offrono istruzioni per attivare l’organizzazione controimperiale. Su questa fanno risaltare il crescendo della lotta dei gruppi di resistenza globale contro i gruppi che controllano le finanze del mondo.

« Ciò che hanno in comune le forze mobilitate in questo nuovo ciclo mondiale non è solo un nemico comune – che si chiami neoliberismo, egemonia statunitense o impero globale – ma anche pratiche, linguaggi, condotte, usi, forme di vita e desideri comuni di un futuro migliore », scrivono Negri e Hardt. L’Argentina appare nella descrizione dei radicalismi sorti a partire dal 2001, in particolare con i piqueteros. E benché alcuni se ne meraviglieranno, gli autori dedicano uno spazio all’amore: « la gente oggi sembra incapace di intendere l’amore come un concetto politico, però un concetto d’amore è proprio quello di cui abbiamo bisogno per reggere il potere costituente della moltitudine ».

Alla fine ipotizzano un mondo attraversato dalla democrazia globale. « Mai la democrazia è stata tanto necessaria come ora », sostengono e assicurano che sarà la moltitudine che creerà nuovi circuiti di cooperazione e collaborazione che si spanda su nazioni e continenti e permetta incontri illimitati. « La moltitudine può concepirsi come una rete aperta e espansiva in cui possono esprimersi liberamente e equamente tutte le differenze ».

Questo è un libro filosofico che problematizza, domanda, questiona, può proporre, ma senza risposte. E alcune delle risposte che offre le dà attraverso metafore come quella dei personaggi del viaggio verso le stelle, o di Dracula o del Golem. Immagini che « spiegano » certe domande poco chiare sulla moltitudine nelle 427 pagine.

Chi erano Hardt e Negri prima di diventare esegeti del Capitale? Michael Hardt è un giovane professore all’Università di Duke (Usa). Il discorso su Negri è più complesso. Ha percorso una lunga carriera accademica, politica e militante per giungere alla sintesi del suo pensiero politico. Ha studiato filosofia in Italia, Germania e Francia e fu un militante attivo che lavorava con gli operai delle fabbriche. « Autonomia operaia » fu il gruppo che fondò e su cui gettò le basi teoriche e filosofiche di alcuni concetti che sarebbero comparsi in Impero. Negri visse il 68 con tutta l’effervescenza dell’epoca nel momento in cui lo stato italiano cominciava a restringere gli spazi di libera espressione: le manifestazioni venivano represse e leaders e militanti furono perseguitati. Autonomia manteneva relazioni strette con il gruppo guerrigliero delle Brigate rosse. Verso il 1977 la situazione politica si complica e Negri si esilia in Francia, dove ha lavorato assieme a Louis Althusser. Nel 1978 le Brigate rosso arrestarono ed uccisero il Primo ministro Aldo Moro. Una anno dopo, in piena caccia alle streghe, Negri viene arrestato a Milano, assieme a 67 militanti di Autonomia e accusato di esserne il leader, come delle Brigate rosse. Fu condannato e passò per varie carceri italiane dove sviluppò un intenso lavoro teorico fino a che nel 1983 fu eletto deputato e, grazie all’immunità parlamentare, poté lasciare il carcere. Prima dell’imminente revoca dell’immunità, si esiliò nuovamente in Francia. Nel 1997, Negri ritornò in Italia, fu incarcerato e poco dopo cominciò a godere di permessi speciali fino a che non gli furono concessi gli arresti domiciliari, e nel 2003 la libertà. Dalla sua casa nel quartiere romano di Trastevere, in cui scrisse le due opere assieme al suo discepolo Hardt, ci ha parlato del suo ultimo libro.

In Moltitudine, c’è l’idea terrificante che questa sia « l’era della guerra permanente ». Si può superare quest’istanza tanto pessimistica?

È una tesi che può apparire pessimistica, dura, severa. Effettivamente la crisi del sistema politico del capitalismo globale è profondissima. Noi abbiamo proposto una forma di governo democratico di tutto il pianeta, e ci sembra, in assoluto, che la classe politica capitalista e quella delle grandi nazioni egemoniche, abbiano la sensibilità e la possibilità di porsi il problema di una gestione democratica del mondo.

La guerra è la soluzione naturale che deriva dal fatto di non avere idea di come governare il mondo. Questa classe dirigente mondiale è incapace di immaginare una riforma delle relazioni tra le moltitudini, i popoli, le classi e i continenti. Non crediamo che ci sia risposta all’esigenza che richiede la costituzione dell’ordine mondiale. Capisce? Però l’aristocrazia, e alcuni strati della borghesia transnazionale e dell’impresariato mondiale, sono completamente disillusi rispetto alla gestione nordamericana dell’impero. E non vedono nella politica nordamericana, né in quella di Bush né in quella di Kerry, una soluzione al problema. Abbiamo anticipato la crisi del discorso di Kerry.

A cosa si riferisce?

Ho l’impressione che la classe dirigente nordamericana non arriva ad immaginare una forma di gestione globale. Qui non si tratta di dire: la dirigenza nordamericana è d’accordo con quella francese, con l’australiana, con l’argentina per dirigere il mondo. Si tratta di riconoscere un nuovo modello di sviluppo che ci coinvolga tutti. Siamo in un mondo in cui l’interdipendenza è diventata assoluta. La classe dirigente nordamericana continua ad essere una classe dirigente nazionale. Nel libro citiamo al Marchese de Sade: « Francesi, un altro sforzo per essere repubblicani » che trasformiamo in: « Nordamerica, un altro sforzo per essere imperialisti ».

In passato sottolineavate il fatto che questo impero non ha centro. Ora sembra evidente che questo centro è Washington.

Credo che lo sia stato sempre. Washington in campo politico; New York in quello finanziario e Hollywood per quanto concerne il mondo della comunicazione. Non parliamo di un centro nordamericano dell’impero, diciamo un « centro dell’impero ». Roma non era la capitale d’Italia, era la capitale di Italia, Grecia, Egitto. Dobbiamo fare molta attenzione a non lasciarci ingannare dalle parole. L’interesse capitalistico è un interesse a tutto il mercato mondiale. E voi argentini lo sapere meglio ti chiunque altro. Perché la classe dirigente argentina non riesce ad amministrare il suo paese? perché non è sufficientemente mondiale.

Vuol dire che gli argentini non pensano globalmente.

Credo che il grande problema argentino è che le classi dirigenti non pensano globalmente. Però questo non ha a che fare solo con l’Argentina, bensì con tutte le classi dirigenti dell’America latina, eccetto probabilmente Lula e Kirchner, che hanno cominciato a pensare globalmente e di fatto hanno avuto grandi successi.

In Iraq gli eserciti privati non sono il simbolo della mescola di affari, politica e guerra?

La consideriamo soltanto un esempio di quella che è una tendenza generale che ci sembra più drammatica, il fatto che ci siano bande di canaglie e delinquenti che fanno la guerra per professione. Ci preoccupa quella che è la tendenza a qualunque forma di patriottismo, di quello che è il trionfo di questa idelogia mercenaria per fare la guerra. Ci preoccupa il fatto che, come successe nell’antica Roma, i mercenari possano prendere il potere sull’impero. Capisce? Quando scrivevamo il libro, Iyad Allawi era il rappresentante degli interessi della libertà in Iraq, oggi abbiamo visto chi sia. E mentre lo scrivevamo, Hamid Karzai era ancora il grande rappresentante della democrazia in Afganistan, e oggi vediamo che è alleato con i grandi signori della guerra. Però se c’è qualcosa che è contraria al mio stile e quello di Hardt è lo scandalo per lo scandalo, dire per esempio che gli americani vanno in Iraq per il petrolio, per esempio. Cerchiamo di comprendere le logiche interne al sistema di potere mondiale nei termini più sofisticati possibili.

Kissinger non si presenta alla giustizia internazionale; i marines non possono esseri giudicati fuori dagli Usa per crimini che possano aver commesso. Esiste giustizia nell’impero?

I nordamericani hanno sempre rifiutato un tribunale internazionale. Che vuole? i tribunali internazionali si sono trasformati in mercati. Pensi a come si risolse la questione con la Libia, attraverso dei pagamenti. D’altra parte, che vuole? il tribunale per Milosevic è una delle cose più indegne che si siano prodotte. Il tribunale internazionale per Saddam era diretto da Allawi, un assassino. Capisce?

Non è un’utopia pensare alla moltitudine come luogo in cui convivono armoniosamente tutte le differenze?

Non è un’utopia. È un’ipotesi. Quando Marx parlava della classe non parlava di qualcosa di costituito, politicamente. Quando diciamo « moltitudine » intendiamo « fare moltitudine », cioè costruire un momento, quel dispositivo, quel progetto che comprende tutti gli aspetti, minoranze del mondo e singolarità. Per noi, il progetto della moltitudine è proprio quello di costruire il comune. Quando parliamo del comune, ci riferiamo al linguaggio, alle condizioni che determinano la vita degli individui uniti. La lingua, il linguaggio, il fatto che possa parlare con lei, è lo scambio, la cooperazione. E siamo convinti che rappresenta il 95, 96% della vita dell’umanità. E dopo c’è il 2, 3% del potere, della violenza, dell’egoismo, del privato.

Di fronte al protagonismo della moltitudine si potrebbe dedurre che per voi la classe operaia ha cessato di avere il ruolo principale nelle lotte sociali.

Non abbiamo mai detto che la classe operaia abbia cessato di essere la protagonista delle lotte. La classe operaia continua a lottare dentro e assieme ai nuovi strati della popolazione. Però accanto alla classe operaia come la si intendeva una volta, cioè gli operai del lavoro tailorizzato, fordista, si sommano altri strati del lavoro. Sono i lavoratori precari, gli intellettuali, i lavoratori dei servizi, le donne, gli immigrati. Il fronte delle lotte del lavoro si è ampliato infinitamente. I contadini si sono convertiti in uno degli elementi fondamentali nelle relazioni tra massa e singolarità.

Slavoj Zizek ha detto che i lavoratori di oggi oltre a dare il loro corpo devono « offrire nel mercato finanche le proprie emozioni ». Così è stato possibile imporre il lavoro in cellule nel just in time giapponese?

Sì, però studiamo queste cose da trent’anni. Le ha scoperte Zizek? Dal 68 gli affetti e i sentimenti sono stati organizzati per il lavoro produttivo. È come comprendere che un contadino cinese o uno brasiliano possono lottare assieme e allo stesso tempo ritrovarsi uniti con una lavoratrice della Silicon Valley? Capisce? Questi sono i problemi d’oggi, di affetti risolti in lavoro. Non si parla già più di lavoro, c’è un’igroranza dei problemi del lavoro che fa paura. Mentre al contrario c’è da cominciare a parlarne perché la gente vive, soffre e produce e per di più è felice o infelice per essi.

Dopo la sua visita in Argentina nel dicembre passato, pensa che questa sommatoria di soggetti che dal dicembre del 2001 ha cominciato a scendere in strada a chiedere cambiamenti nella politica argentina era la « moltitudine »?

Non mi piace esprimere giudizi sulla base di viaggi turistici, capisce? Questa domanda deve porla ai suoi compagni argentini, tanto a quelli che lottano come piqueteros, quelli che stanno nelle fabbriche occupate o a quelli che stanno al governo, e che sono di sinistra o capiscono questi problemi. Penso che l’Argentina è uno dei grandi laboratori della modernizzazione postmoderna. Penso che sia il luogo in cui queste grandi forze attive stanno sperimentando le sua possibilità di sopravvivere, lottare, costruire e produrre.

Alcuni sostengono che il movimento di resistenza globale dovrebbe preoccuparsi di quello che accade in ciascuno dei paesi da cui proviene…

Guardi, se si tratta di una nuova linea bolscevica in riferimento al potere nazionale, all’abbattimento dei governi nazionali per prendere il potere, dico: è una grande stupidaggine. Penso che oggi la possibilità di avere influenza nel mondo è superare le lotte nazionali fino a raggiungere impegni globali. In Italia, per esempio, non lottiamo più semplicemente a livello nazionale. Berlusconi è un buffone, però è un buffone mondiale, non solo nazionale. Non si può lottare per la libertà, per il salario, se non si fa così. Il capitalismo ha imparato abbondantemente a superare le frontiere nazionali. Solamente degli stupidi, o i vecchi bolscevichi potrebbero pensarlo.

Voi, per esempio, avere un signor Atilio Borón che sostiene che solo attraverso le lotte nazionali si può lottare a livello mondiale. È una strande stupidaggine, un discorso profondamente reazionario. Capisce? Tutta la nostra esperienza porta esattamente al contrario. Siamo riusciti a generare lotte a livello europeo sempre generalizzate. Ciò non significa che se, dove vivo, licenziano una donna bianca o di colore, non debba lottare immediatamente per risolvere il suo problema. Capisce? Però ciò forma parte dell’etica. Ciò che è assolutamente illusorio è il fatto di poter fare la rivoluzione o anche solo riforme in un paese solo. Questa era l’illusione dei sovietici tantissimi anni fa.

Questa democrazia delle moltitudini è il post-socialismo?

Parliamo di post-socialismo perché consideriamo sempre che il socialismo nascondeva nell’armadio lo scheletro del capitalismo. E che il socialismo non era altro che un’idea di amministrare il capitalismo attraverso lo stato. Il socialismo non può mai sviluppare un’idea di libertà. Ora noi pensiamo che il comunismo sia maturo. E quando diciamo comunismo, intendiamo l’amministrazione del comune in contrapposizione al privato e allo statale. Guardi che questo non significa niente di anarchico. Il post-socialismo è per noi andare oltre quello che fu l’ideale socialista che si esaurì nel riformismo.

È possibile esportare la democrazia come voglio fare gli Usa in Afganistan e in Iraq?

Siamo di fronte allo scandalo, di fronte ad una provocazione coloniale di Bush e della sua banda di canaglie. Spero almeno che siano cancellati dalla storia. Stanno massacrano intere popolazioni, Najaf si è convertita in una Guernica. Sono riusciti a distruggere finanche l’odore della libertà. Siano davvero di fronte alla vergogna. Non c’è nessuna differenza tra gli aerei nordamericani e gli aerei nazisti. Capisce? Siamo al di fuori della dignità umana.

Esiste una democrazia che possa resistere all’attacco del terrorismo?

Prima di tutto c’è da capire cosa sia il terrorismo. Se il terrorismo consiste nell’uccidere le persone, assomiglia molto alla politica nordamericana; anche quando è fatto da persone che vogliono liberarsi da qualcosa è orribile. Però non c’è nessuno differenza tra il signor Bin Laden e il signor Bush. Bin Laden è un mercenario di Bush e della sua famiglia, esattamente come lo fu Saddam. Ciò che oggi si chiama terrorismo mondiale è una rivolta di mercenari nordamericani. Uno, Bin Laden, liberò l’Afganistan dai sovietici e l’altro, Saddam, bloccò l’espansione sciita verso il mondo arabo.

Avete menzionato nel libro le Madri di Plaza de Mayo come esempio della lotta per la giustizia e i diritti umani. Com’è nato il vostro interesse?

Non è che mi interessino particolarmente. Conosco alcune di loro però quello che mi interessa è capire come un popolo tanto civile come l’argentino possa essere arrivato ad una pazzia omicida come quella che si verificò sotto la dittatura. È qualcosa che non ho mai capito. La mia comprensione del mondo ha limiti che per quanto riguarda l’Argentina non mi consentono di capire come i militari, in un paese tanto civilizzato, abbiano potuto avere l’idea di difendere la nazione fino a questo livello di pazzia.

Come si risolverà in futuro la crisi del movimento di resistenza globale?

Guardi, credo che il movimento è in una profonda crisi, e che il suo rilancio si può produrre solo attraverso di questi grandi movimenti continentali che si stanno organizzando: l’America latina, l’Europa, l’India, la Cina, gli Stati Uniti… Il maggior problema è far cessare definitivamente le guerre. Secondo, cercare di costruire organizzazioni mondiali che rompano la divisione tra nord e sud o tra est e ovest. Questa è il grande problema su cui dobbiamo lavorare, però credo che siamo in una fase già avanzata. Si dovrebbe generare un impegno definitivo e il varo di un New Deal globale. Avanziamo molto è la situazione è lungi dall’essere negativa. Per dirlo con una frase di Mao Tse Tung: « È grande il disordine sotto il cielo, la situazione è eccellente ».

 

http://www.zmag.org/Italy/negri-pavon-ciclone-globale.htm