Archives du mot-clé machiavel

Yanis Varoufakis, qui avait interpellé Jean-Luc Mélenchon en l’invitant à prendre position sans barguigner vraiment pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, a été aussi un des premiers à faire une déclaration d’opposant au nouveau président intronisé : « Selon Yanis Varoufakis, qui argue de conversations personnelles avec Emmanuel Macron, ce dernier a conscience de la […]

  Commençons par la fin. Il n’y a pas eu de « coup d’état » au Brésil, mais une glasnost qui entraîne un début d’implosion du consortium politique qui gouvernait et gouverne le pays : un cartel maffieux de grandes entreprises privées et étatiques, composé par quelques dizaines de « patrons » publics et privés. Évidemment, la corruption systémique n’est […]

Populisme tu m’aimes, moi non plus

Le populisme européen invite à se défaire des deux inventions politiques essentielles que sont l’Europe et l’écologie politique. Comme tous les populismes, il rassemble pour des raisons électorales des courants incompatibles et rallie à des signifiants sans contenus. Ce populisme est l’effet d’un manque fédéral de l’Europe.

Populism, You Love Me, Neither Do I

European populism wants us to abandon these two most important political inventions: Europe and political ecology. Like all forms of populism, it aggregates incompatible currents of thoughts for purely electoral reasons, by agitating signifiers without signified. This populism results from the lack of a federal Europe.

Le « nouveau monde » des histoires

Les thèses défendues ici par l’un des membres du collectif Wu Ming prennent le contrepied des discours habituels tenus sur le populisme. Raconter des histoires, s’armer des pouvoirs propres du storytelling ne revient pas nécessairement à embobiner les masses dans des bobards : sous certaines conditions, cela peut au contraire aider à la circulation de récits émancipants, qui élèvent l’intelligence de ceux qui les racontent comme de ceux qui les écoutent.

The “New World” of Stories

The theses defended by a member of the Wu Ming collective go against the grain of the common discourses against populism. The practices of storytelling do not necessarily lead to luring the masses by lying to them: under certain conditions, it can put into circulation empowering myths which elevate the intelligence of those who tell the tales as of those who listen to them.

Soulèvements en Amérique latine
Lecture en contrepoints
Dans la lecture des soulèvements populaires en Amérique latine, deux interprétations sont comparées point par point : celle d’une part de Multitude de Hardt & Negri ainsi que de GlobAL : Luttes et biopouvoir à l’heure de la mondialisation. Le cas exemplaire de l’Amérique latine  de Negri & Cocco et celle d’autre part de L’interpellation plébéienne en Amérique latine du GRIPAL (Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine). Ces deux interprétations sont irréductibles, mais non incompatibles.

Uprisings in Latin America
Counterpoint Readings
Two interpretations of popular uprisings in Latin America are compared point by point : on the one hand, Hardt and Negri’s Multitude as well as Negri and Cocco’s GlobAL : Luttes et biopouvoir à l’heure de la mondialisation. Le cas exemplaire de l’Amérique latine, on the other hand, GRIPAL’s (Research Group on Latin American Political Imaginaries) L’interpellation plébéienne en Amérique latine. These two interpretations are incommensurable but not incompatible.

Les auteurs insistent sur la diversité des points de vue des auteurs chinois du numéro et sur le caractère central de la construction de l’État providence, ce qui différencie la Chine du Brésil par exemple. Ils croient, à la différence de François Godement, à des contradictions majeures qu’on verra émerger tôt ou tard, liées à des problèmes démographiques comme le vieillissement de la population, ou sociaux comme le rôle des femmes ou les conflits ethniques, ou à l’usage croissant des nouvelles technologies de communication. Les modèles culturels globalisés véhiculés par les réseaux sociaux, s’ils sont encore marginaux, ont une certaine emprise, comme le montre le développement des ONG.

Political and Economic Fragments from China
Through the diverse views presented by the Chinese authors gathered in this issue, a crucial question emerges: that of the construction of a Welfare-State, which sets China apart from Brazil, for instance. Disagreeing with François Godement, the authors believe that major contradictions will sooner or later emerge, linked to demographic issues such as the ageing of the population, or to social issues such as the place of women or ethnic conflicts. The globalized models of sociality carried by social networks, while still marginal, are an increasingly important factor, as demonstrated by the development of NGOs.

Sans André Gorz, on n’aurait jamais assisté à la greffe réussie entre la gauche anti-institutionnelle issue de Mai 1968 et l’écologie antiproductiviste, donc a-socialiste, dont est issu peu ou prou tout ce qui cherche encore une gauche digne de ce nom.

Without André Gorz we would never have witnessed the successful grafting of the anti-institutional post-68 left onto an anti-productivist and therefore a-socialist ecology, which has given rise to everything still in search of a leftist project worthy of the name.

Contre l’hégémonie de Google Cultivons l’anarchisme des connaissances

Dans cet échange, Karlessi, membre du groupe Ippolita, souligne l’existence d’une face obscure de Google qui, à l’aide de « cookies », parvient à créer une technique de plus en plus fine de profilage des internautes. Cette somme d’informations se constitue afin de permettre la mise en relation de l’individu avec une publicité de mieux en mieux ciblée. Cette technique de saisissement de l’internaute s’accompagne aussi d’un appauvrissement des formes d’investigation de ce dernier, de plus en plus soumis au moteur de recherche et à son hégémonie sur le Net. C’est la raison pour laquelle la démarche collective d’Ippolita propose de sortir de la passivité vis-à-vis de la technologie et d’inventer d’autres formes de relation à la technique, ainsi qu’entre les êtres. Les « scookies » sont ainsi une de leurs propositions pour brouiller les pistes de ce fichage par Google, en permettant aux internautes d’échanger leurs « cookies ». Démarche tournée vers une quête : celle de faire de nous tous des poètes !

let’s promote Knowledge Anarchism
In this conversation, Karlessi, a member of the group Ippolita discusses the darker face of Google, which, with the help of cookies, finds ever finer ways to profile Internet users. The information is gathered in order to allow for a close match between advertisement and the individual targeted. This leads to an impoverishment of research in the Net, increasingly submitted to the hegemony of a single search engine. For this reason, Ippolita proposes a new form of agency through the use of « scookies », which allow Internet users to exchange their cookies and erase all the traces that allow Google to profile them. Ultimately, the intention is to make a poet out of each one of us !

Commander les anciens numéros

Il est possible d’acquérir les précédents numéros de Multitudes jusqu’au n°25 inclus auprès de « Diffusion Populaire » qui gére la vente des anciens numéros. Au dela du n°25 le stock est géré par Belles Lettres Diffusion Distribution.

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- Jusqu’au numéro 9 inclus compter, par numéro, 15,25 Euros + frais de port,
-15 Euros + frais de port, du N° 9 au N°15,
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- et 12 Euros + frais de port à partir du N° 25

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- 3 anciens numéros au choix : 32 €
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Les anciens numéros de Multitudes ?

n° 1 / mars 2000

Biopolitique et biopouvoir /
Logiciel libre /
Badiou /
Deleuze /

contributeurs :

Eric Alliez, Yann Moulier Boutang, Bruno Karsenti, Maurizio Lazzarato, Anne Querrien, Michael Hardt, Antonio Negri, Bernard Aspe, Muriel Combes, Maurizio Lazzarato, Paolo Napoli, Peter Sloterdijk, Jacques Rancière, Bruno Latour, Isabelle Stengers, Starhawk, Matthieu Potte Bonneville, Richard Stallman, Gérard Fromanger, Otto Mühl, Jacques Donguy, Alain Badiou.

n° 2 / mai 2000

Nouvelle économie politique /
Actionnisme viennois /
Spinoza /

contributeurs :

Antonella Corsani, Bernard Paulré, Pascal Jollivet, Christian Marazzi, Michel Aglietta, Anne Querrien & François Rosso, Enzo Rullani, Maurizio Lazzarato, Hubert Klocker, Jérôme Ceccaldi, Antonio Negri, Nicolas Israël.

n° 3 / novembre 2000

Europe et Empire /
Matheron /
Spinoza /
Nouvel esprit du capitalisme /

contributeurs :

Saverio Ansaldi, Luciano Ferrari Bravo, Alain Joxe, Heidrun Friese & Peter Wagner, Antonio Negri, Anne Querrien & François Rosso, Saskia Sassen, Isabelle Stengers, Starhawk, Mariella Pandolfi, Claude Moncorgé, Enki Bilal, Luc Boltanski & Eve Chiapello, Bruno Karsenti, Maurice Matieu, Alexandre Matheron, Ian Clarks, Edward Rackley.

n° 4 / mars 2001

Art
contemporain /
Foucault chez les patrons /

contributeurs :

Éric Alliez, Jean-Clet Martin, Jacques Donguy, Alain Séchas, Renée Green, Pascale Criton, Kirsten Klein, Orlan, Oscar Abril Ascaso, Le Syndicat potentiel, Jean-Philippe Antoine, Renée Green, Birgit Jürgenssen, Klaus Voswinckel, François Weil, Stanislas Breton, Maurizio Lazzarato, Valérie Marange, Tiennot Grumbach, Edward Rackley, Eric Dachy, Mariella Pandolfi.

n° 5 / mai 2001

Propriété intellectuelle /
Logiciels libres /
Des subjectivités de l’internet /

contributeurs :

Aris Papathéodorou, Anne Latournerie, Richard Stallman, Thierry Laronde, Mélanie Clément-Fontaine, Blicero, Severin Tagliante, Alessandro Ludovico, Ariel Kyrou, Luce Libera, Act Up – Paris, François Schuiten, Eben Moglen, Richard Barbrook, Franco Berardi dit « Bifo », Pierre Lévy, Jean-Louis Weissberg, Jean-Christophe Royoux.

n° 6 / septembre 2001

Raison métisse /
Ville et mondialisation /
Politiques de la mémoire /

contributeurs :

Yann Moulier Boutang, Luca Casarini, Thomas Berns, Éric Alliez, Michael Hardt, Walter D. Mignolo, Pierre Pasquini, Naoki Sakai, Mikhaël Elbaz, Rachid Khimoune, Thierry Baudouin, Giuseppe Cocco, Stefano Boeri, Michèle Collin, Ilan Halevi, François Matheron, Juan Ugalde, Barbara Cassin, Pascal Houba.

n° 7 / décembre 2001

Après Gênes, après New York /
Tarde intempestif /
Nations meurtrières /

contributeurs :

François Matheron, Toni Negri, Starhawk, Robert Bui, Christian Marazzi, Michael Hardt, Yoshihiko Ichida, Luca Casarini & Giuseppe Caccia, Alain Joxe, Anne Querrien, Paolo Virno, Allan Sekula, Bertrand Ogilvie, Éric Alliez, René Schérer, Jean-Clet Martin, Maurizio Lazzarato, Jean-Philippe Antoine, Isaac Joseph, Gisèle Donnard, Laurent Guilloteau, Charles Wolfe.

n° 8 / mars – avril 2002

Garantir le revenu /
Cultures activistes du réseau /

contributeurs :

Maurizio Lazzarato, Philippe Van Parijs, Yann Moulier Boutang, Bernard Guibert, Daniel Mouchard, Jean-Marie Monnier, Stefan Merten d’Ockonux, Yannick Vanderborght, Laurent Geffroy, Youri Gagarine, Act Up / Paris, Collectif sans ticket, Patrice Riemens, Marc Heim, Robert Castel, Laurent Guilloteau, Bureau d’Études, Raùl Sanchez, Pascal Jollivet, Richard Barbrook, Patrice Riemens, Yoshihiko Ichida, Nicolas Auray.

n° 9 / mai – juin 2002

Philosophie politique des multitudes /
Les trous noirs de la science économique /
Wittgenstein /

contributeurs :

Yann Moulier Boutang, Yoshihiko Ichida, Maurizio Lazzarato, Peter Pal Pelbart, Antonio Negri, Yoshihiko Ichida, Bruno Karsenti, Étienne Balibar, Éric Alliez, Jacques Ranciére, Paolo Virno, Miguel Vatter, Nicolas Israel, Laurent Bove, François Matheron, François Zourabichvili, Noortje Marres, Gianni Motti, Ghislain Deleplace, André Orlean, Jacques Sapir, Sandra Laugier, Peter Flechter, Madeleine Hersent, Jean-François Gava, Éric Thébault.

n° 10 / octobre 2002

Capitalisme cognitif /
Gauches en Europe /
L’université israélienne contre la liberté de penser /
Bug /
Eloge du pillage /

contributeurs :

Carlo Vercellone, Naxos, Franco Barchiesi, Nick Dyer-Witheford, Thierry Brugvin, Giuseppe Cocco, Ariel Kyrou, Philippe Meste, Jean-Luc Moulène, Dr Brady, Noëlle Pujol, Jacques-André Boiffard, Ludovic Jecker, Mark Benecke, Nicolas Franceschini, Cercle Ramo Nash, Yann Moulier Boutang, Bernard Dreano, Alain Bertho, Giselle Donnard, Omar Munoz-Cremers, Raúl Sánchez, Andrea Fumagalli, Antonella Corsani & Maurizio Lazzarato, Alain Jugnon, Saverio Ansaldi, Ilan Pappé.

n° 11 / décembre 2002

Guerres et paix dans l’Empire /
Nouveaux sens du cinéma /
L’ONU, alliée des femmes ? /
Après le boom de la net-économie /
Indiens /

contributeurs :

Yann Moulier Boutang, Philippe Zarifian, Eric Alliez & Antonio Negri, Georges Caffentzis, Paolo Napoli, Mathieu Bietlot, Michel Agier, John Symons, Jean-Claude Paye, Geert Lovink, Edward S. Curtis, Bruno Peinado, Gillian Wearing, Jeremy Deller, Serge Valène, Jean-Luc Verna, Torbjørn Rødland, Andrea Robbins & Max Becher, Glen Baxter, Pascal Houba, Jean-Luc Dardenne, David Lambert, Natalia Skradol, Jules Falquet, Ronda Hauben, Pascal Jollivet.

n° 12 / mars 2003

Epuisé

Féminismes, queer, multitudes /
Devenir-femme du travail et de la politique /
Des biotechnologies au biopouvoir, de la bioéthique aux biopolitiques /
Act Up : laboratoire des devenirs minoritaires /
Border /

contributeurs :

Anne Querrien, Antonella Corsani, Beatriz Preciado, Rosi Braidotti, Maria Puig de la Bellacasa, Cristina Vega, Noortje Marres, Marie-Hélène Bourcier, Rutvica Andrijasevic & Sarah Bracke, Valérie Marange, Michal Heiman, Pierre Joseph, Sean Snyder, Harun Farocki, Graham Gussin, Noëlle Pujol, Luigi Ghirri, Akram Zaatari, Florence Lazar, Vimukhti Jayasundara, Ludovic Burel, Jean-Marie Straub & Danièle Huillet, Judith Revel, Anne Querrien, Sara Ongaro, Betty, Shesquat, A/Matrix, Sconvegno, Collectif des 116, Frédéric Keck, Edward Rackley, Marie Gaille-Nikodimov.

n° 13 / mai 2003

Du côté du Japon : marges et miroir d’Empire /
Machiavel : maintenir le conflit /
République de la multitude /
Coopération et autonomie des femmes de banlieue /
Erwin Wurm / politically incorrect /
Berlin /

contributeurs :

Yann Moulier Boutang, Yoshihiko Ichida & Yann Moulier Boutang, Yoshihiko Ichida, Naoki Sakai, Lisa Yoneyama, Félix Guattari, Brian Holmes, James Keith Vincent, Jon Solomon, Joe Jeong Hwan, Muto Ichiyo, Madeleine Hersent, Erwin Wurm, Eric Alliez, Raphaël Grisey, Thomas Berns, Filippo del Lucchese, Miguel Vatter, Marie Gaille-Nikodimov, Toni Negri, Frédéric Neyrat, Françoise Badelon.

n° 14 / octobre 2003

Europe constituante ? /
Le monde enseignant en prise avec ses vieux démons /
L’Argentine, pour l’exemple /
Entretien : Lula/Guattari /
Xeros /

contributeurs :

Yann Moulier Boutang, Daniel Cohn-Bendit, Bifo, Giuseppe Bronzini, Toni Negri, Yves Citton, Michael Hardt, Brian Holmes, Jon Solomon, Heidrun Friese & Peter Wagner, Frédéric Neyrat, Rosi Braidotti, Antonella Corsani, Carol Bove, Page Sucker, Bernard Bazile, Monica Bonvicini, Marnie Weber, Jeff Burton, Johnny Jensen, Del LaGrace Volcano, Bertrand Plane, Collectif Situaciones, Maristella Svampa, Graciela Hopstein, Rubén Espinosa, Jean-Yves Mondon, Mick Miel.

n° 15 / janvier 2004

Art contemporain : la recherche du dehors /
Etudes littéraires et multitudes : les conséquences de Diderot /
La créativité au travail /
Aux origines de l’apartheid /

contributeurs :

Eric Alliez, Brian Holmes, Maurizio Lazzarato, Suely Rolnik, Flora Loyau, The Yes Men, Jordan Crandall, Ursula Biemann, Olivier Nottelet, Antonia Birnbaum, Bureau d’Etudes, Marko Peljhan, Yves Citton, Romana Schuler, André Gorz, Marion von Osten, Anne Querrien, Yann Moulier Boutang, Thierry Secretan, The Atlas Group, Thomas Feuerstein, Joël Bartoloméo, Page Sucker, David Goldblatt, Jean-Luc Moulène, Dorothee Golz.

n° 16 / mars 2004

Philosophie de la biologie /
Jazz : puissance de l’improvisation collective /
L’état d’exception : forme de gouvernement de l’Empire /
Stopub /
Henri-François Imbert / No Pasarán /

contributeurs :

Olivier Blondeau & Aris Papathéodorou, Charles T. Wolfe, John Symons, Alexandre Métraux, Mathieu Aury, Bernard Andrieu, Jean-Jacques Kupiec, Timo Kaitaro, André Gattolin & Thierry Lefebvre, Henri-François Imbert, Yves Citton, Labrasserie Descatins, Tim Berne, Jim Black, Amy Denio, Ellery Eskelin, Gerry Hemingway, Ken Vandermark, Benoît Delbecq, Christophe Degoutin & Yves Citton, Jean-Claude Paye, Yoshihiko Ichida, Saverio Ansaldi.

n° 17 / juin 2004

L’intermittence dans tous ses états /
Villes : fractures et mouvements /
Entretien : Peter Friedl/Jean-Pierre Rehm /
Mayotte /
Toni Negri : Spinoza /
Four or Five Roses / Playgrounds /

contributeurs :

Peter Friedl, Raúl Sánchez, Antonella Corsani & Maurizio Lazzarato, CIP-Idf, Pascal Nicolas-Le Strat, Thierry Baudouin, Arnaud Le Marchand, Philippe Zarifian, Frank Beau, Precarias a la deriva, Laurent Guilloteau, Yann Moulier Boutang, Maurizio Lazzarato, Matso, Pierre Caminade, Peter Friedl, Michel Agier, Boris Grésillon, Philippe Gervais-Lambony, Sylvaine Bulle, Thierry Lulle, Jean-Pierre Rehm, Toni Negri, Union générale des étudiants de Palestine.

n° 18 / septembre 2004

Politiques de l’individuation : penser avec Simondon /
Pasolini à la sauce piquante /
Quel Etat palestinien ? /
Negri/Hardt : Multitude, la suite d’Empire /
Latrive : du bon usage de la piraterie /
Anne Frémy /

contributeurs :

Anne Frémy, Stéphane Spoiden, Olivier Blondeau, Yann Moulier Boutang, Didier Debaise, Yves Citton, Paolo Virno, Jacques Roux, Isabelle Stengers, Bernard Aspe & Muriel Combes, Alberto Toscano, Emilia M.O Marty, Olivier Blondeau, Didier Debaise, Michael Hardt & Toni Negri, Brian Holmes, Pascal Houba, Alain Naze, Michael Hardt, Pierre-Olivier Capéran, René Schérer, Sari Hanafi, Florent Latrive, Philippe Zarifian.

n° 19 / décembre 2004

Migrations en Europe : les frontières de la liberté /
Internet : la fin des intermédiaires ? /
Warschawski : impasse en Palestine/Israël /
Pragmatique du voile /
Sloterdijk/né de l’écume /
Bushit /

contributeurs :

Yann Moulier Boutang, Thomas Atzert, Sandro Mezzadra, Manuela Bojadzijev, Serhat Karakayali, Vassilis Tsianos, Violène Carrère, Isabelle Saint-Saëns, Enrica Rigo, Noëlle Vincenzini, Alessandra Corrado, Furio Ferraresi, Sandro Mezzadra, Martin Collette, Brian Holmes, François Debruyne, Hervé Le Crosnier, Michel Valensi, Nicolas Auray, Michel Warschawski, Peter Sloterdijk, Giselle Donnard, Laurence Allard.

n° 20 / mars 2005

Architroubles : pragmatiques architecturales /
Expertises : politiques des savoirs /
Le mariage gay, les queers et l’Etat /
Yacoub/Lasserre /
Entretien avec Maurizio Lazzarato /
Un pour cent critique /

contributeurs :

Berdaguer, Péjus, Giselle Donnard, Anne Querrien, John Rajchman, Eric Alliez & Jean-Claude Bonne, Beatriz Preciado, Philippe Morel, Benoît Durandin, Constantin Petcou & Doina Petrescu, Michèle Collin & Thierry Baudouin, Hervé Beurel, Paola Yacoub & Michel Lasserre, Isabelle Stengers, Frank Beau & Jérôme Tisserand, Commission des mots de la CIP-Idf, Permanence CAP de la CIP-Idf, Beatriz Preciado, Tom Reucher, Felice Varini, Chantal Nadeau, Maurizio Lazzarato, Simon Boudvin.

n° 21 / mai 2005

Subjectivation du Net /
Sur le matérialisme aléatoire /
Un inédit d’Althusser /
Notation en danse /
Numérique et biopouvoir : entretien avec La Cause Freudienne /
What’s the score now ? /

contributeurs :

Yann Moulier Boutang, Emmanuel Videcoq, Anne Querrien, Brian Holmes, Bifo, Emmanuel Videcoq & Bernard Prince, Biella Coleman, Jean-Louis Weissberg, Julien Laflaquière, Aris Papathéodorou, Laurence Allard, Olivier Blondeau, Matteo Pasquinelli, Myriam Van Imschoot, Antonia Baehr, Jérôme Bel, Jonathan Burrows, Matteo Fargion, Vincent Dunoyer, William Forsythe, Myriam Gourfink, Thomas Lehmen, Lisa Nelson, Jean-Claude Bourdin, Vittorio & Luca Pinzolo, Yoshihiko Ichida & François Matheron, Louis Althusser, Gilles Châtenay, Eric Laurent, Jacques-Alain Miller.

n° 22 / septembre 2005

Philosophie politique des multitudes (2) /
Créoles /
Toni Negri : réponse à Pierre Macherey /
François Cusset : french theory et cybernétique /
Peter Weibel/Boris Groys/Hans Belting /

contributeurs :

Peter Weibel, Yann Moulier Boutang, François Matheron, Bruno Karsenti, Maurizio Lazzarato, Laurent Bove, Sandra Laugier, Yoshihiko Ichida, Didier Debaise, Toni Negri, Eric Alliez, Boris Groys, Hans Belting, Jean-Yves Mondon, Raphaël Confiant, Alexandre Alaric, Yves Citton, Madison Smartt Bell, François Cusset, Giselle Donnard.

n° 23 / décembre 2005

Emeutes : la république mise à nu /
Racisme institutionnel /
Expérimentations politiques /
Mayotte : entrée interdite /
Clarisse Hahn/Bruno Serralongue /

contributeurs :

Clarisse Hahn, Yann Moulier Boutang, Anne Querrien, Patrick Simon, Jean-Marc Salmon, Teun A. Van Dijk, Giuseppe Cocco & Antonio Negri, Raúl Sánchez, Bruno Serralongue, Matso, Didier Debaise, Maurizio Lazzarato, Isabelle Stengers, Philippe Pignarre, Brian Massumi, Sandra Laugier, Nathalie Trussart, Stany Grelet & Aude Lalande, Giovanna Zapperi, Giuseppina Mecchia, Saverio Ansaldi, Alexandre & Daniel Costanzo.

n° 24 / avril 2006

Un deuxième âge de l’écologie politique ? /
Deligny, le lieu du commun /
John Giorno : Welcoming the flowers /
Entretien Robin/Guattari /
Rada Ivekovic : boomerang colonial /

contributeurs :

John Giorno, Aris Papathéodorou, Yann Moulier Boutang, Frédéric Neyrat, Emmanuel Videcoq, Serge Moscovici & Erwan Lecoeur, Eduardo Viveiros de Castro, Raphaël Bessis, Raphaël Larrère, Catherine Larrère, Bernard Stiegler, André Gattolin, Félix Guattari & Jacques Robin, Bernard Heidsieck, Anne Querrien, Graziella Vella, Béatrice Han (kia-ki), Doina Petrescu, Jean-Louis Comolli, Rada Ivekovic.

n° 25 / juin 2006

CPE : sur une crise /
Masoch/Deleuze /
Deleuze : article de 1961 /
Activistes du hoax : Yes Men/Luther Blissett/Serpica Naro etc. /
Antoni Muntadas/Marc Augé/Raymond Bellour /
Neyrat : surexposition /

contributeurs :

Antoni Muntadas, Yann Moulier Boutang & Anne Querrien, Eric Alliez, Gilles Deleuze, Christian Kerslake, Régis Michel, François Zourabichvili, Frédéric Neyrat, Raymond Bellour, Marc Augé, André Gattolin, Erwan Lecoeur & Alexandre Pessar, Andrea Natella, Luther Blissett, Francis Mizio, Stéphane Lléres, Thomas Berns.

n° 26 / septembre 2006

Castro-Gómez/Grosfoguel : Empire et colonialité du pouvoir /
Postcolonial et politique de l’histoire /
Mezzadra/Bhabha/McClintock /
Perspectives pour Internet /
Kinkaleri : touche-moi /

contributeurs :

Kinkaleri, Jérôme Ceccaldi & Anne Querrien, Yann Moulier Boutang & Jérôme Vidal, Santiago Castro-Gómez, Ramón Grosfoguel, Sandro Mezzadra, Homi Bhabha, Anne McClintock, Eric Fassin, Warren Montag, Olivier Le Cour Grandmaison, Jocelyne Dakhlia, Bifo, Giovanna Zapperi, Pergia Gkouskou-Giannakou, Giselle Donnard, Dominique Dou, Frédéric Saint-Cricq.

n° 27 / décembre 2006

Revenu garanti /
Banlieues, sans-papiers et nouvelle citoyenneté /
Re-présentation de Birgit Jürgenssen /
Spinoza-Leibniz / Spinoza-Machiavel /

contributeurs :

Birgit Jürgenssen, Judith Revel, Antonella Corsani, Jérôme Ceccaldi, Christian Marazzi, Christian Marazzi & Antonella Corsani, Valérie Marange, Evelyne Perrin & Jérôme Tisserand, Carlo Vercellone & Jean-Marie Monnier, Andrea Fumagalli & Stefano Lucarelli, Yann Moulier Boutang, Jean Zin, Christophe Degoutin, Eric Alliez & Giovanna Zapperi, Peter Weibel, Edith Futscher, Marc Hatzfeld, Ariel Kyrou, Monique Selim, Yves Citton, Saverio Ansaldi.

Le monstre (monstrum), dans son acception la plus générale, est ce qui suscite l’étonnement, un étonnement qui est provoqué par un phénomène qui se donne à nous comme irrégulier et exceptionnel. C’est d’abord en ce sens que le monstre pose non seulement un problème philosophique parmi d’autres mais sans doute aussi le problème philosophique par […]

Entre la construction d’une monstruosité étatique absolue, censée anéantir toute rébellion par la crainte et la menace (d’un côté) et la monstrification de la part du Pouvoir de tout «autre» rebelle, hérétique, contestataire (de l’autre), l’auteur indique la possibilité d’un troisième concept de la monstruosité. Une monstruosité qui échappe à cette alternative pour affirmer son altérité radicale, monstrueuse non pas par son apparence mais par sa revendication d’autonomie par rapport à toute norme transcendante et finaliste, dans l’immanence absolue de sa condition actuelle et puissante.

Between the construction of an absolute monarchy of the state, designed to crush any revolt through fear and threats, and the one hand, and the monstrification of the power of any rebellious, heretical or contestatory «other», on the other hand, the author identitifies a third possible concept of monstrosity. This notion of monstrosity would escape these alternatives to claim its alterity, and therefore becomes monstrous not by virtue of its physical appearance, but by the autonomy of its demands in relation to any transcendental or final norms and by the actuality and immanent power of its condition.

Dans cet article, l’auteur se propose de développer les suggestions d’Althusser pour qui la théorie politique de Locke (de l’état de nature au contrat social) est fondée sur une distinction entre l’humain et l’inhumain. La conception lockienne d’une espèce humaine, avec des droits et des obligations que Dieu lui aurait donnés, relève plutôt de la politique que de la biologie ou de la nature. À l’origine de l’humanité il y a un choix : consulter ou ne pas consulter la raison qui devra gouverner l’action humaine. Ceux qui renoncent à la raison forment une contre-espèce dont l’existence même est une menace absolue pour l’humanité et qui, de ce fait, doit être détruite pour le salut de l’humain lui-même.

This essay attempts to develop Althusser’s suggestion that Locke’s political theory and its central concepts, from the state of nature to the social contract, rest on a heretofore unrecognized distinction between the human and the inhuman. Locke’s notion of a human species with rights and obligations conferred upon it by God is a political rather than biological or natural one. At the origin of humanity is a choice: the choice to consult or not to consult the reason that should govern human action. Those who choose to renounce reason form a counter-species whose existence poses an absolute threat to humanity and as such must be destroyed for the sake of the human itself.

Chantal T. Spitz Traversées océaniennes To this day, Polynesian people continue to be reduced to the myth of the Good Savage. Beyond fables of innocence, protection and salvation, it is essential to reintegrate them within a truly human history, which accepts men and women in their bravery as well as in their pettiness, in their […]

L’herméneutique spinoziste s’est toujours intéressée à l’étude des rapports entre Machiavel et Spinoza. Ce dernier possédait en effet dans sa bibliothèque personnelle les œuvres complètes de l’auteur florentin en langue italienne. Qui plus est, Spinoza cite expressément Machiavel dans son Traité politique : dans le chapitre V, il fait référence au Prince, tandis que dans […]

L’auteur repend la question soulevée au début des années 1990 par Gayatri Spivak dans un article célèbre et difficile : « Les Subalternes peuvent-illes parler ? », qui a alimenté d’interminables discussions dans le champ des études postcoloniales. Il entend montrer que la question est trompeuse, qu’il s’agit moins de savoir dans l’absolu si les […]

Machiavel : rire de la crainte

L’usage inversé et blasphématoire que propose Machiavel de quelques vérités du discours théologique et/ou politique peut s’expliquer par la nécessité dans laquelle il se met de singer la crainte (en particulier celle du désordre), en faisant de celle-ci l’affect commun de la philosophie politique. Le rire qui découle de cette singerie de la philosophie marque aussi l’interruption du dialogue comme pratique philosophique fondatrice.

In this article I explain Machiavelli’s inverted and blasphemous usage of certain selected truths of theological and/or political discourse, by his self-imposed requirement to mock fear (particularly the fear of disorder) by treating it as the common affect of political philosophy. The laughter which flows from this mockery of philosophy also stands for the interruption of dialogue as a foundational philosophical practice.

Présentation

Pendant longtemps on a considéré le matérialisme comme un pur mécanisme, ou encore un « spatialisme » qui ne connaîtrait rien au temps (Negri, Macchina tempo et L’Anomalie sauvage). C’est une tradition de pensée marxiste qui vient de La Sainte Famille. Sans se soucier du débat historique, constatons que ce verdict signifierait : pas de […]

Il existe une figure classique du philosophe matérialiste qui rit du reste de l’humanité, de ses craintes, ses superstitions et même ses valeurs. On peut retrouver au choix cette figure sous les traits de Démocrite, Épicure, Spinoza, Rabelais, La Mettrie, etc. Mis à part l’intérêt que l’on peut avoir pour cette figure du philosophe, assez éloignée des bancs de l’école, le texte présent vise à décrire ou (re)définir ce personnage conceptuel afin que l’on comprenne que c’est ainsi – en riant – que le philosophe matérialiste accède au monde « humain », au monde « des valeurs ». On verra alors que le vieux reproche fait au matérialisme, à savoir sa froideur et son incapacité à saisir la dynamique de l’action humaine, sa « cruauté d’anatomiste » comme dit Flaubert, ne l’atteint pas ; ou alors l’atteint à cause de son rire.

The figure of the materialist philosopher as the « laughing philosopher », who mocks the rest of humanity, its fears, superstitions and even values, is a classic one. It has been associated variously with Democritus, Epicurus, Spinoza, Rabelais, La Mettrie and others. Apart from the interest one might have in this figure of the philosopher as someone who is rather far removed from school benches, the present essay seeks to describe or (re)define this conceptual character in order to argue that laughter is the materialist philosopher’s « mode of access » to the human world, the so-called world of « values ». This implies that the equally classic reproach towards materialism – its coldness, its inability to grasp the dynamics of human action, what Flaubert would have called an « anatomist’s cruelty » – fails ; or only successfully targets materialism when it laughs.

Cet article vise à présenter et interpréter l’œuvre dramatique de Joe Orton, auteur anglais des années 1960 qui parvint à la notoriété par le contenu violent et obscène de ses pièces, son homosexualité affichée et sa mort brutale des mains de son amant. Le travail d’Orton est un condensé dramaturgique de thèmes caractéristiques du « matérialisme » anticipés dans les philosophies de Machiavel et de Spinoza, mais trouvant leur expression la plus aboutie dans la pensée deleuzienne : l’immanence radicale du politique ; la critique de l’identité et des concepts cliniques de la folie ; la force anarchique et impersonnelle du désir sexuel. Orton atteint ce but au moyen d’une expérimentation comique à partir du langage et d’une radicalisation de la farce (comédie), qui produit une rire à la fois destructif et affirmatif : il détruit les barrières artificielles de la raison (y compris la frontière entre l’artificiel et le naturel) et affirme ce processus de destruction ainsi que le désir pré-subjectif par lequel il s’accomplit.

This paper is a brief introduction to and interpretation of the work of Joe Orton, an English playwright of the 1960s who achieved notoriety through the violent and obscene content of his plays, his scandalous homosexual lifestyle and brutal death at the hands of his lover. Orton’s work is presented as a dramatic exemplification of distinctive themes pertaining to a radically materialistic strain in philosophy anticipated in Machiavelli and Spinoza but finding its fullest expression in Deleuze’s thought : the radical immanence of the political, the critique of self-identity and clinical concepts of madness, and the anarchic and impersonal force of sexual desire. Orton achieves this aim through comic experimentation with language and a radicalisation of farce that serve to produce a laughter that is both destructive and affirmative : destructive of the boundaries artificially erected by reason (including the boundary between the artificial and the natural), and affirmative of this process of destruction and the pre-subjective desire through which it is accomplished.

Antonio Negri : « Nous sommes déjà des hommes nouveaux »

LE MONDE DES LIVRES | 12.07.07Parmi les oeuvres exposées à Venise, ces jours-ci, dans le cadre de la Biennale d’art contemporain, on croise cette Passion du XXe siècle : Jésus crucifié sur un avion de chasse, un bras fixé à chaque missile. Cette oeuvre, intitulée La Civilisation occidentale et chrétienne, se trouve suspendue aux plafonds de l’Arsenal, en plein coeur de la cité vénitienne.

A quelques kilomètres de là, au début des années 1970, des ouvriers de la pétrochimie avaient utilisé le même motif pour identifier leur calvaire moderne : révoltés par la multiplication des cas de cancer dans leurs rangs, ils avaient récupéré un mannequin féminin en plastique désarticulé, et l’avaient cloué sur une croix, le visage recouvert d’un masque à gaz militaire. « Vous vous rendez compte, il y a eu des milliers de cancers, beaucoup de morts, et tout cela vient seulement d’être jugé, en 2003… », soupire Antonio Negri, tenant dans sa main une photo jaunie de la foule prolétarienne rassemblée autour de cette croix : c’est la Passion de Porto Marghera, du nom de l’immense zone industrielle qui se dresse à la lisière de Venise.

A leur manière, ces travailleurs étaient des habitués de la Biennale : en juin 1968, main dans la main avec les étudiants de la faculté d’architecture, n’avaient-ils pas bloqué la manifestation, appelant à un front unique des beaux-arts et de l’imagination ouvrière ? Negri en était. Il a alors 35 ans, habite Venise et enseigne la philosophie du droit public à l’université de Padoue ; mais c’est à Porto Marghera que le militant fait vraiment ses classes : « Je partais très tôt le matin, j’arrivais vers 6 heures pour les assemblées générales ouvrières, puis je mettais ma cravate pour aller tenir mon séminaire à la fac, et je revenais à 17 heures, histoire de préparer la suite du mouvement… », se souvient-il.

Aller à la rencontre de Negri, c’est revenir à cette scène fondatrice, et mesurer la distance parcourue, depuis l’éducation politique de Porto Marghera jusqu’à la consécration « altermondialiste », en passant par les « années de plomb », la terreur, la prison. Rendez-vous fut donc pris dans l’un des innombrables « centres sociaux » qui forment l’armature des réseaux « alter » en Italie, et qui associent intérimaires, sans-papiers et intellectuels précaires autour d’un débat ou d’un concert.

« Nous voilà dans le Far West vénitien », ironise Antonio Negri, tandis que la voiture s’enfonce dans la chaleur de Porto Marghera. Au bord de la route, des bâtiments industriels, des colonnes de fumée et, tous les 500 m, une prostituée. A droite, on aperçoit l’ancien local où Negri et ses camarades de l’Autonomie ouvrière défiaient le centre de police, situé juste en face. A gauche, devant une usine textile, coule un canal qui mène à la lagune, au travers duquel les « copains » tendaient des câbles pour empêcher les bateaux des « jaunes » (briseurs de grève) d’accoster.

Un peu plus loin, justement, on tombe sur un piquet de grève, tout à fait actuel celui-là : torses nus et bermudas estivaux, quatre métallos montent la garde devant leur entreprise pour protester contre les licenciements massifs. Un journal à la main, ils chassent les insectes qui s’accumulent sous leur parasol. La conversation s’engage à l’ombre des bannières syndicales, quelques blagues sont échangées. « C’est fou, on dirait un film de Fellini », sourit Negri, comme si la scène avait à ses yeux quelque chose d’irrémédiablement dépassé.

Longtemps, pourtant, le philosophe et ses amis « ouvriéristes » ont considéré ces travailleurs comme l’avant-garde d’une libération universelle. La voie en était toute tracée, et elle partait, entre autres, de Porto Marghera. Les choses ont changé : « Dans les années 1970, il y avait ici 35 000 ouvriers, aujourd’hui ils sont 9 000. On est passé du fordisme au post-fordisme, il n’y a quasiment plus rien d’un point de vue industriel. Ce sont des entreprises de services, de transports, d’informatique », précise Negri, dont l’effort théorique consiste à réviser les catégories marxistes en partant de la question sociale et de ses métamorphoses contemporaines.

A commencer par l’avènement d’un monde « postmoderne », entièrement soumis à l’hégémonie de la marchandise. Cet espace de domination « déterritorialisé », à la fois lisse et sans frontières, où la folle circulation du capital rend caduques les anciennes souverainetés étatiques, Negri et son ami américain Michael Hardt l’ont baptisé « Empire ». En son sein triomphe une forme de travail de plus en plus « cognitive », c’est-à-dire immatérielle et communicationnelle. En prendre acte, affirment-ils, c’est accepter le fait que le prolétariat industriel tend à céder sa place à un autre sujet collectif, plus hybride, plus adapté aux formes globales de l’exploitation : les deux auteurs nomment « Multitude » cette nouvelle figure politique[[Pour une discussion stimulante de ces concepts, on lira le livre de Pierre Dardot, Christian Laval et Mouhoud El Mouhoub, Sauver Marx ? Empire, multitude, travail immatériel (La Découverte, 264 p., 23 €)..

Toutefois, là où le prolétariat marxiste était appelé à monter « à l’assaut du ciel » en faisant la révolution, la Multitude « negriste » est censée garder les pieds sur terre, et endurer une interminable transition. Son destin n’est pas de préparer la rupture, assure Negri, mais de reconnaître qu’elle a déjà eu lieu : « Je suis convaincu que nous sommes déjà des hommes nouveaux : la rupture a déjà été donnée, et elle date des années 1968. 1968 n’est pas important parce que Cohn-Bendit a fait des pirouettes à la Sorbonne, non ! C’est important parce qu’alors le travail intellectuel est entré en scène. En réalité, je me demande si le capitalisme existe encore, aujourd’hui, et si la grande transformation que nous vivons n’est pas une transition extrêmement puissante vers une société plus libre, plus juste, plus démocratique. »

Relisant Spinoza et Machiavel, mais aussi Deleuze et Foucault, Negri s’efforce de proposer une grille de lecture originale à tous ceux qui veulent préserver une espérance d’émancipation. Si les deux livres qu’il a publiés avec Michael Hardt, Empire (Exils, 2000) et Multitude (La Découverte, 2004), sont lus et commentés aux quatre coins de la planète, c’est que les hypothèses et le vocabulaire qu’ils proposent sont venus répondre à une attente de renouvellement théorique, les jeunes générations altermondialistes ne pouvant se contenter du vieux corpus léniniste et/ou tiers-mondiste.

A ces militants du XXIe siècle, Negri n’annonce ni émeute ni grand soir. Cet ancien chef de l’extrême gauche italienne, qui fut jadis accusé d’être le cerveau des Brigades rouges, insiste souvent sur sa répugnance à l’égard de la violence et de ses théorisations ; du reste, on ne trouve guère, sous sa plume, la fascination que le volontarisme politique et la « décision » révolutionnaire inspirent à certains philosophes français : « Je déteste tous ceux qui parlent de « décision », au sens de Carl Schmitt. Je pense que c’est vraiment le mot fasciste par excellence, c’est de la mystification pure. La décision, c’est quelque chose de difficile, une accumulation de raisonnements, d’états d’âme ; la décision, ce n’est pas couper, c’est construire… », rectifie Negri.

Pour lui, face à un Empire « biopolitique » dont le pouvoir touche à chaque existence, et jusqu’à l’organisation de la vie même, la Multitude est tentée par l’exode, plutôt que par l’affrontement. C’est en désertant collectivement que les singularités en révolte pourront partager leurs expériences, échanger leurs idées, construire ce que Negri appelle le « commun » : « On n’a plus besoin du capital ! La valorisation passe par la tête, voilà la grande transformation. La Multitude en a pris conscience, elle qui ne veut plus qu’on lui enlève le produit de son travail. Voyez le récent rassemblement altermondialiste de Rostock, en Allemagne. Ce n’était plus la vieille classe ouvrière, c’était le nouveau prolétariat cognitif : il fait tous les métiers précaires, il travaille dans les call centers ou dans les centres de recherche scientifique, il aime mettre en commun son intelligence, ses langages, sa musique… C’est ça la nouvelle jeunesse ! Il y a maintenant la possibilité d’une gestion démocratique absolue », s’enthousiasme Negri.

Voeu pieux, tranchent les uns. Abstraction fumeuse, ricanent les autres, dénonçant l’illusion d’une justice immanente et globalisée, version généreuse de la propagande néolibérale. La notion de « Multitude » ne masque-t-elle pas la permanence de la lutte des classes ?, demande le philosophe slovène Slavoj Zizek. Et si l’Empire est sans limites ni dehors, comment pourrait-on s’en retirer, interroge pour sa part le philosophe allemand Peter Sloterdijk. « La scène mondiale devient alors un théâtre d’ombres où une abstraction de Multitude affronte une abstraction d’Empire », écrit quant à lui le philosophe français Daniel Bensaïd, raillant une  » rhétorique de la béatitude » où « la foi du charbonnier tient lieu de projet stratégique » : dans ces conditions, tranche Bensaïd, comment s’étonner que Negri ait appelé à voter « oui » au projet de Constitution européenne ?

Face à ces critiques, Antonio Negri tient ferme. Il explique que ses concepts demeurent « à faire », et qu’il souhaite seulement proposer quelques « hypothèses » : « Moi je crois que la révolution est déjà passée, et que la liberté vit dans la conscience des gens. Vous connaissez la formule de Gramsci, « pessimisme de la raison, optimisme de la volonté ». Pour moi, ce serait plutôt « optimisme de la raison, pessimisme de la volonté », car le chemin est difficile… » Assis dans son bureau vénitien, entre une photo de son ami disparu, le psychanalyste Felix Guattari, et une statuette de Lénine, il pose la main sur un essai de Daniel Bensaïd traduit en italien (Marx l’intempestif) et repasse à l’offensive : « Bensaïd, qu’est-ce qu’il me propose ? De revenir à l’Etat-nation ? A la guerre ? A l’individu ? C’est impossible, c’est irréversible, les catégories de la modernité sont perdues. »

Et de conclure que si la gauche est en crise, c’est parce qu’elle n’a rien compris à la naissance de la Multitude et qu’elle s’accroche au vieux monde des « cols bleus » : « personne ne veut plus travailler en usine comme son père ! Il n’y a que les communistes français qui ne voient pas ça, et aussi Sarkozy ! Après tout, il a été élu sur quoi ? Sur le nationalisme, qui a été construit par la gauche dans la bataille contre l’Europe. Et sur l’apologie du travail, élaborée par la gauche dans sa lutte contre le contrat premier emploi (CPE). Je rêve d’une autre gauche, qui reconnaîtrait que le capital n’est plus la force qui unifie le travail, que l’Etat n’est plus la force qui fait les Constitutions, et que l’individu n’est plus le centre de tout. En bref, une gauche d’égalité, de liberté, de « démocratie absolue », comme diraient Spinoza et Machiavel ».

Multitudes : ses déclinaisons éditoriales et numériques

UNE REVUE TRIMESTRIELLE, DEUX SITES, UNE COLLECTION DE LIVRES, UNE LISTE… Multitudes est, à l’origine, une revue politique, artistique et philosophique… Fondée en mars 2000, elle est devenue le support d’un projet éditorial et numérique transnational qui modére une liste électronique : (« Multitudes-Infos »), actualise ce site, en développe un autre dédié à la création artistique […]

L’évolution de Toni Negri

Politis n°873Écrit en prison à la fin des Années de plomb, le premier livre du philosophe italien sur Spinoza initiait le concept de « multitude ». Il offre les bases théoriques à deux autres ouvrages récemment parus.
Le 7 avril 1979, Toni Negri, professeur de philosophie
politique à l’université de Padoue, est arrêté au cours d’un
vaste coup de filet dans toute l’Italie. Perpétrée près d’un
an après l’exécution d’Aldo Moro par les Brigades rouges,
cette opération policière de grande envergure vise en
particulier la mouvance de l’Autonomie ouvrière, dont le
philosophe est proche. Surtout, l’État italien élargit
considérablement la répression du movimento, la contestation
initiée autour de 1968, dont une part non négligeable a
progressivement dérivé vers la « lutte armée ». Pour la
première fois, les interpellations du 7 avril 1979 visent donc
des intellectuels, avocats ou journalistes, accusés de
proximité idéologique avec les groupes partisans de la
violence politique. Or, l’incarcération de Toni Negri, qui
durera plus de trois ans, intervient alors que sa pensée
connaît un tournant. C’est en prison qu’il écrit son premier
ouvrage sur Spinoza, l’Anomalie sauvage, que Gilles Deleuze,
dans sa préface, qualifie d’emblée de « grand livre » et qui
reparaît aujourd’hui chez Amsterdam.
Avec la fin des années 1970 et l’échec du projet d’autonomie
ouvrière, le philosophe est à la recherche de nouvelles
perspectives théoriques qui lui permettent de sortir de ce
moment de défaite politique et d’écrasement de la
contestation. Or, c’est chez Spinoza qu’il trouve une issue à
l’impasse de la dialectique et du matérialisme historique, qui
n’ont cessé de réduire l’horizon de pensée du movimento.
Premier apport majeur de cet effort de dépassement théorique,
le concept de « multitude », présent chez Spinoza (« multitudo
»), apparaît d’emblée central à Toni Negri en tant que «
qualité nouvelle du sujet [qui s’ouvre au sens de la
multiplicité des sujets et à la puissance constructive qui
émane de leur dignité ». Mais, au préalable, le philosophe
commence par replacer Spinoza dans cette République
hollandaise du XVIIe siècle, seul État européen qui connaît le
passage direct de « l’accumulation primitive à la phase du
marché » en ayant « sauté celle du mercantilisme ». La
Hollande, en lien avec cette « première grande expérience de
l’essor capitaliste et de l’esprit bourgeois », est en effet
l’un des rares pays où l’absolutisme ne parvient pas à
s’imposer et où demeure « encore la fraîcheur de l’humanisme »
de la Renaissance.
Autre apport central, Toni Negri propose une lecture
matérialiste de l’auteur de l’Éthique. Insistant sur
l’importance de l’athéisme chez Spinoza « comme refus de toute

présupposition d’un ordre antérieur à l’agir humain et à la
constitution de l’être », Negri voit là le fondement d’un
premier matérialisme qui pose le « problème de la démocratie
», lié intrinsèquement au « problème de la production ». Dans
la conception spinoziste du politique, la démocratie est ainsi
« une politique de la « multitude » organisée dans la production
». Quant à l’être spinoziste, « mûr pour la liberté », il est
doté d’une « puissance » libératrice et animé d’un véritable «
besoin » d’émancipation. Toutefois, celle-ci ne saurait être
une « transition » vers un futur certain « parce qu’elle est
enracinée au présent ». C’est pourquoi, selon Toni Negri,
cette pensée échappe à « cette espèce de monstre qu’est le
matérialisme dialectique ». Enfin, Spinoza, lorsqu’il affronte
les questions politiques, se refuse à la « mystification »
d’une conception juridique de l’État, chère à Descartes, à
Rousseau puis à Hegel. Aussi, Toni Negri oppose-t-il à cette « lignée » philosophique, « transcendentale ou
transcendentaliste » (séparant société et État par
l’utilisation de solutions juridiques), la lignée «
immanentiste » qui, de Machiavel puis Spinoza, rejoint enfin
Marx. Gilles Deleuze salue là avec enthousiasme, dans sa
préface, cette « évolution de Spinoza » opérée par Negri qui,
au lieu de l’« utopie progressiste » si souvent admise pour
décrire la pensée spinoziste, veut au contraire y lire un
premier « matérialisme révolutionnaire ».
À partir de l’Anomalie sauvage, Toni Negri va désormais
s’attacher à décrypter les signes de la fin de l’organisation
fordiste et du passage en cours vers une société «
post-moderne ». Or, l’importance de ce premier livre sur
Spinoza apparaît particulièrement à la lecture de deux autres
ouvrages de Toni Negri qui paraissent également ces jours-ci.
Fabrique de porcelaine rassemble dix leçons passionnantes où
le philosophe reprend les principaux concepts qu’il utilise
aujourd’hui, de « biopouvoir » à « multitude », d’« Empire » à
« résistance » ou « pouvoir constituant ». Or, c’est ce
vocabulaire, lui permettant d’ébaucher les grandes lignes
d’une « nouvelle grammaire du politique », qu’il utilise
ensuite, dans GlobAL, pour analyser concrètement les nouveaux
mouvements « populaires et indigènes » actuellement en lutte
en Amérique latine. Un bel exercice de philosophie du réel à
découvrir.

L’Anomalie sauvage. Puissance et pouvoir chez Spinoza, Antonio
Negri, traduit de l’italien par François Matheron, préfaces de
Gilles Deleuze, Alexandre Matheron et Pierre Macherey,
Amsterdam, « Caute ! », 350 p., 22 euros.

Fabrique de porcelaine. Pour une nouvelle grammaire du
politique, Antonio Negri, traduit de l’italien par Judith
Revel, Stock, « L’Autre Pensée », 240 p., 19,50 euros.

GlobAL. Luttes et biopouvoir à l’heure de la mondialisation :
le cas exemplaire de l’Amérique latine, Antonio Negri et
Giuseppe Cocco, traduit de l’italien par Jeanne Revel,
Amsterdam, 224 p., 19 euros.

À lire aussi : Goodbye mister socialism, Antonio Negri,
Entretiens avec Raf Valvola Scelsi, traduit de l’italien par
Paola Bertilotti, Seuil, 318 p., 17 euros.

Quella potenza costituente di uno stato nello stato ?

Il Manifesto 24 marzo 2007Dominio, conflitto, diritto, democrazia. Un percorso di lettura su
alcune parole chiave del pensiero politico a partire dall’ultimo
numero della rivista «Quaderni materialisti»
La proposta di sciogliere il nodo paralizzante del rapporto di causa
ed effetto tra «sedizione» e legge attraverso la produzione di nuove
istituzioni
Questo numero spinoziano di «Quaderni materialisti» è dedicato a
François Zourabichvili, giovane formidabile studioso di Spinoza, da
non molto tragicamente scomparso: il suo L’enigma della «moltitudine
libera» è l’articolo che conclude la raccolta di testi e saggi,
riprendendo la tematizzazione iniziale e portando a termine (si fa per
dire) la ricerca.

Ora, il fascicolo contiene una serie d’interventi (Sedizione e
modernità di Filippo Del Lucchese; Sul principio di obbligazione di
Augusto Illuminati; E’ legittima la resistenza allo Stato? di Pierre-
François Moreau; Memoria, caso e conflitto, Machiavelli nel TTP di
Vittorio Morfino; Vincoli di Francesco Piro; L’enigma della
«moltitudine libera» di François Zourabichvili) che intendono
«misurare la forza d’impatto dell’ontologia spinoziana sulla
concettualità tradizionale della politica. Diritto di resistenza,
libertà politica, sedizione, obbligazioni o vincoli e loro
legittimazione razionale sono ovvi termini-chiave del pensiero
politico moderno, così come lo è Machiavelli». Si tratterà di
considerarli nel corso storico che va da Machiavelli a Spinoza,
sottraendo definitivamente questi concetti alla problematica del
giusnaturalismo moderno fra Thomas Hobbes e Jean-Jacques Rousseau.

Il dominio del diritto

Comincia Filippo Del Lucchese. «Qui mi soffermerò sul pensiero di
Machiavelli e di Spinoza – scrive all’inizio del suo saggio – poiché
rappresentano nella prima età moderna una vera e propria anomalia.
Essi costruiscono un pensiero teorico del conflitto – una vera e
propria linea politica della seditio – che fa tremare le fondamenta su
cui si reggono i dogmi della politica moderna. Questa, infatti, si
rappresenta come un pensiero dell’ordine e della neutralizzazione del
conflitto… (di contro) il rapporto fra diritto e conflitto, per
Machiavelli come per Spinoza ha un ritmo complesso… un rapporto
ricorsivo… fuori da ogni schema dialettico di composizione e di
sintesi dei due termini». Procede ancora Del Lucchese: «è stato
Foucault che in epoca contemporanea ha espresso più di ogni altro il
carattere conflittuale della storia e il suo significato anfibio: da
un lato come espressione dei conflitti, delle lotte, delle rivolte…
dall’altro come strumento di lotta teorica attraverso l’ordine
politico moderno… La guerra viene così, nella filosofia politica
moderna, a ricoprire interamente il diritto». Diritto è il comando di
chi ha vinto la guerra: ma nessuno vince mai la guerra. Di
conseguenza, la storia si presenta come garbuglio e scontro, come
dualismo piuttosto che processo unitario e nel rapporto fra
Machiavelli e Spinoza si definisce in maniera paradigmatica l’unica
divisa che può permetterci di ancorare un futuro progetto
rivoluzionario al passato ed al presente di lotte: seditio sive jus
(sedizione è anche diritto).

La mediazione della legge

Come si è potuto dimenticare tutto ciò? Come si è potuto consegnare il
politico ad una supposta «autonomia», e sostituire Machiavelli con
Carl Schmitt? Come si è potuto perdere il senso della duplicità e
dell’ambiguità che caratterizza il rapporto fra potenze ontologiche e
istituzioni politiche, per meglio dire, fra forze produttive e
rapporti di produzione? Ecco, dunque, quel che conduce la riflessione
lontano dall’«autonomia del politico» e dalle tradizioni
rappresentative del moderno stato costituzionale: il tentativo di
rappresentare la forza dinamica del politico democratico, la seditio,
attraverso la sua limitazione contrattuale e/o costituzionale viene
meno. Il loro limite, dunque, non è nella natura della cosa, ma nella
sua distorsione.
Proseguendo su questo terreno Del Lucchese, come d’altra parte Bove ha
già fatto a proposito di Affermazione e resistenza in Spinoza, ci
mostra quanto la strategia del conatus non si basi su una priorità
ontologica ma debba essere letta come un rapporto interno alla potenza
della moltitudine. «Questo movimento fa emergere la razionalità
immanente delle istituzioni: « punto di vista onto-genetico del diritto
di natura e non della legge, della potenza e non del potere »… La
legge stessa è la « mediazione necessaria della potenza della
moltitudine nella sua affermazione, così come il sintomo del suo stato
presente »». Vale a dire che il processo istituzionale nasce
dall’interno della lotta. (Accetto qui, di buon grado, la critica che
a questo proposito mi è direttamente rivolta e che consiste
nell’evidenziare come nella mia trattazione del pensiero spinozista
potesse equivocamente presentarsi una certa anteriorità della potenza
sul potere, del potere costituente sul formalismo della legge). Ad
esempio, è dallo sviluppo dell’indignazione che si propone la
sedizione; ma è dallo sviluppo della sedizione che si apre
l’espansione rivoluzionaria della libertà: qui è la base che permette
d’opporre all’Impero di Bush la potenza di sviluppare una vera
democrazia rivoluzionaria delle lotte.

Potenza della sedizione

L’istituzione di questa democrazia non riposa da nessuna parte che non
sia all’interno questo stesso sviluppo. Conclude Del Lucchese: «la
sedizione deve essere pensata come interna e coesistente al diritto ed
allo stato e può per questo essere concepita al di fuori di ogni
meccanismo dialettico… Libera multitudo come libera seditio. Questo
il carattere mostruoso della sfida che Machiavelli e Spinoza hanno
lanciato, tracciando confini diversi per segnare il campo semantico
della politica. E si tratta di un vero e proprio campo di battaglia».
Sorge il sospetto, a questo punto, che quella serie di concetti che
nel moderno, fra Machiavelli e Spinoza, viene rovesciata – dal
contratto alla potenza, dalla seditio alla democrazia – venga oggi,
attraverso un esempio teologico-politico, reinserita nel dibattito: il
vecchio «moderno» (contrattuale, pattizio) viene, oggi, ripresentato
come katechon, cioè come trattenimento, sussunzione del conflitto.
Ora, mi sembra che gli interventi che, in questo numero dei Quaderni
materialisti seguono quello di Del Lucchese fin qui considerato,
s’articolino tutti attorno ad una parola d’ordine: basta con il
katechon! Dicono, infatti: se si sta con il katechon non si sta dentro
il conflitto ma ci si riposa sul lato della sconfitta e della sua
interiorizzazione.

Tra obbedienza e resistenza

Ora, nel suo saggio Sul principio di obbligazione, Augusto Illuminati
vi ritorna su con molta intelligenza, muovendosi tra l’Heidegger che
blocca ontologicamente lo sviluppo dell’essere e quel recente
rinnovamento dell’apologetica paolina che sembra auspicare il
riapparire della trascendenza sul limite dell’essere. («La contingenza
è vissuta come angoscia e risolta in obbedienza – non avvertiamo
partecipazione del movimento che risolve l’essere-per-la-morte,
divenuto consapevole nel grande ascolto heideggeriano dell’Essere? Non
è forse l’ascolto il vertice dell’obbedienza?»). «Autonomia del
politico»: che cosa significava questo se non autolimitazione delle
lotte, (nel passato), se non (nel presente) riproposizione della
tematica di «ciò che non può essere oltrepassato», di ciò che contiene
il suo limite all’interno (male radicale? accumulazione originaria
insuperabile?) – che cosa significa questo se non la dimissione d’ogni
potenza di trasformazione? Di contro, valgono l’astuzia machiavellica
e la cupiditas spinoziana.
Il katechon non può essere superato se dall’interno dell’indignazione,
così come dall’interno della potenza, non scaturisce l’istituzione.
Nel suo saggio E’ legittima la resistenza allo Stato?, Pierre-François
Moreau, mentre da un lato sottolinea quanto l’indignazione risulti
fondamentale nello sviluppo di ogni istanza critica, tanto insiste sul
fatto che da sola l’indignazione non crea un nuovo Stato: pone,
tuttavia, la base dello sviluppo dell’istituzione. Anche Vittorio
Morfino (Memoria, cosa e conflitto. Machiavelli nel Trattato teologico
politico) insiste su questo tema, dal punto di vista questa volta non
dell’indignazione spinozista ma del «patto» così come espresso in
Machiavelli.
Anche in questo caso ciò che è fondamentale è la costruzione
dell’istituzione: è, come Francesco Piro insiste nel suo saggio
Vincoli, la capacità di sottrarre la politica alla teologia, la
sedizione e la lotta alla mediazione ed all’ordine, capacità di
svolgere la sedizione in lotta.

La tensione al comune

È così che l’unica «autonomia del politico» è quella che è prodotta
dalla «moltitudine libera». François Zourabichvili squarcia l’enigma
della moltitudine libera. Non c’è moltitudine nello Stato di natura.
Non c’è moltitudine prima dello Stato civile. In terzo luogo, la
moltitudine non è una sorta di concetto intermedio tra gli individui e
la comunità istituita. «Per quale ragione allora la moltitudine non è
una semplice chimera concettuale? In virtù della tensione naturale
degli individui verso la comunità (cioè, del loro comune orrore per la
solitudine). Se ne conosce la logica: è quella delle nozioni comuni.
La consistenza del concetto di moltitudine si trova allora nella
tensione di un desiderio comune. Ed è su questo desiderio comune che
l’istituzione si fonda».
C’è, dunque, solo un fare-moltitudine, che è anche un
fare-istituzione, poiché il fare è la stessa realtà della moltitudine.
Di qui si coglie bene che non v’è moltitudine che per la libertà,
dentro la libertà, che non vi è, dunque, katechon da nessuna parte e
che le condizioni storiche di una moltitudine libera stanno nel fatto
che la moltitudine si costruisce continuamente producendo esperienza
comune ed istituzione. Non vi è «Stato nello Stato» – diceva Spinoza:
ma potremmo aggiungere, «se non per la moltitudine libera». E’ questa
la via dell’esodo che la moltitudine, conquistando libertà e
costruendo istituzioni, percorre sempre.

Antonio Negri : L’anomalie sauvage Puissance et pouvoir chez Spinoza

L’Humanité, 23 Mars 2007Un livre écrit en prison – ultime vicissitude des « années de plomb ». Paru
en italien en 1981, il fut traduit en français l’année suivante, dans la
collection « Pratiques théoriques ». Il s’agissait alors de penser en quoi
Spinoza avait été, dans son siècle, irréductible à son siècle – et en quoi,
bien sûr, sa réflexion était encore actuelle.Face à la crise inaugurale de la modernité, presque tous les philosophes de l’âge classique avaient élaboré une pensée de la médiation et centré leur réflexion sur le pouvoir.
Spinoza au contraire mettait au premier plan la puissance, effective,
multiple, toujours à l’œuvre dans toutes les choses singulières. Si la
véritable politique des philosophes c’est leur métaphysique, alors la
politique de Spinoza était extraordinaire : entre Machiavel et Marx, cette
ontologie de la puissance, héritière hétérodoxe du naturalisme de la
Renaissance, pensait la crise, la multiplicité, la pratique collective de la
multitude dans toute leur force de rupture. On y apprenait comment se
constituent les figures qui conduisent à l’émancipation. Production,
constitution, libération : un regard nouveau sur l’œuvre du philosophe
d’Amsterdam, qui impliquait aussi une réflexion sur ce qu’est une révolution
en philosophie -et donc, presque directement, sur la crise du marxisme.
L’ouvrage de Negri apparaissait comme un effort pour penser le matérialisme
sans la dialectique, arme du compromis, pour penser la révolution sans la
bureaucratie qui l’avait figée dans le « socialisme réel », pour penser la
philosophie dans toute sa force effective d’explosion. Des thèses parfois
discutables, mais fortes et qui donnaient à réfléchir.

Vingt-cinq ans plus tard : beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Dans les
études spinozistes, certes – qui doivent beaucoup à l’Anomalie sauvage ;
dans l’histoire du monde aussi; et dans la vie de Toni Negri. Près de vingt
ans d’exil en France, la réflexion sur l’ « Empire », le retour en Italie et
en prison, puis la liberté retrouvée. Pourquoi relire ce livre aujourd’hui ?
d’abord parce qu’il n’a pas changé : sa lecture du spinozisme est toujours
aussi décapante – même quand on ne l’approuve pas sur tous les points (je ne
crois pas qu’il y ait deux fondations successives dans l’Ethique) ; sa mise
en perspective de l’histoire de la modernité incite toujours à la discussion
; son dialogue interne avec Marx est toujours aussi révélateur. Mais il se
relit dans un monde transformé – pour fixer les idées, ou plutôt les images
: la chute du Mur, la mondialisation, les intégrismes ; que devient la
puissance dans un univers où le pouvoir semble concentré dans un empire à la
fois capable d’écraser un adversaire classique en quelques jours et
incapable de digérer sa victoire ; un univers où les forces de résistance
semblent opérer au nom d’idéologies sorties du passé ; où les discours sur
l’exploitation ont brusquement paru s’effondrer, mais où l’exploitation est
d’une sauvagerie sans précédent ? un renforcement inouï et une fragilisation
extrême du pouvoir, une dispersion des formes de la puissance, le défi de
reconnaître les nouvelles figures de la constitution ? Il vaut la peine d’y
réfléchir en relisant Negri et Spinoza.

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