« Je hais les voyages et les explorateurs1 ». Voilà comment Claude Lévi-Strauss commence le journal de ses expéditions. À un certain moment, il y suggère qu’on peut « opposer deux types de sociétés, celles qui pratiquent l’anthropophagie, c’est-à-dire, qui voient dans l’absorption de certains individus détenteurs de forces redoutables le seul moyen de neutraliser celles-ci, et même, de les mettre à profit ; et celles qui, comme la nôtre, adoptent ce qu’on pourrait appeler l’anthropémie (du grec émein, vomir) ; placées devant le même problème, elles ont choisi la solution inverse, consistant à expulser ces êtres redoutables hors du corps social en les tenant temporairement ou définitivement isolés, sans contact avec l’humanité, dans des établissements destinés à cet usage2 ».
Aujourd’hui, cette opposition fonctionne à l’envers : les récits décoloniaux, qui articulent contre « nos » sociétés un sentiment anti-occidental, peuvent être définis comme anthropémiques, alors que nous appellerons anthropophages les approches qui se proposent de dépasser le clivage Nord/Sud, aussi bien que celui Occident/Orient3.
Que s’est-il passé ? Tout d’abord, la base matérielle (le capitalisme) des sociétés dont parlait Lévi-Strauss en 1955 s’est transformée : au lieu d’organiser le travail autour de la prolétarisation (exclusion anthropéme) qui portait à une inclusion disciplinaire, le capitalisme contemporain est structuré sur l’inclusion modulaire (anthropophage) de tout le monde : des travailleurs d’Uber aux autochtones d’Australie. Tout le monde travaille (sur ou pour les plateformes), mais sans rentrer dans le rapport salarial industriel.
Par un autre paradoxe, ceux qui défendent le dehors se trouvent bien au cœur de la mondialisation et en viennent à définir le capitalisme global comme étant « négativement » anthropophage : c’est le cas, explicitement, de Nancy Fraser4 ou de Olúfémi O. Táíwò5 et, implicitement, de Slavoj Zizek6. Ceux qui, au contraire, défendent le dedans se trouvent, eux, aux marges de l’Empire, dans les favelas latino-américaines, dans les forêts tropicales, aux Antilles françaises et surtout dans l’exode des migrants.
Multitudes a évolué en oscillant entre ces deux lignes. En même temps, celles-ci ont été traversées et transformées par une ligne de fuite nomade et africaine.
La communauté qui vient
En 1990, le numéro 1 de Futur Antérieur, la revue dont dérive Multitudes, publiait un article de Giorgio Agamben sur la « communauté qui vient », celle qui venait d’être massacrée sur la place Tienanmen à Pékin par un régime déterminé à rentrer dans le marché global en faisant de sa main de fer sur les mouvements sociaux un « avantage comparatif ». « (L)a nouveauté de la politique qui s’annonce – écrivait le philosophe italien – c’est qu’elle ne sera plus une lutte pour la conquête ou le contrôle de l’État, mais une lutte entre l’État et le non-État (l’humanité), une disjonction irrémédiable des singularités quelconques et de l’organisation étatique7 ». Les luttes ont lieu dans la globalisation et contre les effets de domination, dans un horizon post souverain.
La première livraison de Multitudes sort exactement dix ans après, en mars 2000 et semble confirmer l’intuition d’Agamben. Un article propose une réflexion sur la gêne de la gauche des pays du Sud devant les manifestations qui avaient eu lieu à Seattle pendant le sommet de l’Organisation mondiale du commerce : alors que les mobilisations demandaient la démocratisation de sa gouvernance, la gauche tiers-mondiste était carrément contre la mondialisation8. C’est la répétition du paradoxe de l’abolition de l’esclavage décrite par Maurice Merleau-Ponty. Inspiré par les travaux de l’historien jamaïcain C.L.R. James sur les Jacobins noirs de Saint Domingue, Merleau-Ponty retrace les oscillations du premier ministre anglais, Pitt the Younger9 : d’abord il appuie le camp abolitionniste en France et ensuite il s’allie aux maîtres esclavagistes de Saint Domingue en fonction de l’évolution du conflit avec la France. Les soldats de Napoléon envoyés pour rétablir l’esclavage constataient que les Haïtiens, dont on leur avait dit qu’ils étaient des « agents » des exilés armés par l’étranger, chantaient la Marseillaise et le Ça ira : « La justice serait-elle du côté de nos ennemis barbares10 ? ». Merleau-Ponty insiste justement sur la manière dont les « mêmes principes (ceux de la Révolution) peuvent être mobilisés au même moment dans les deux camps d’un même conflit ». Or, le mécanisme de cette corruption des principes est bien celui de la « raison d’État » : l’exclusion de la citoyenneté sert à faire de l’inclusion une domination (l’esclavage) au nom d’intérêts nationaux et donc des plantations coloniales.
Dans le même numéro de Multitudes, Yann Moulier Boutang publie une fiche de lecture11 de Ghassan Hage, White Nation. Fantasies of White Supremacy12 et de Theodore W. Allen, The Invention of the White Race13. Ces recherches montrent, écrit-il, que le système d’apartheid mis en place dans les colonies britanniques émerge de l’expérience de la colonisation en Europe : il y a un rapport étroit entre la colonisation de l’Irlande catholique et l’asservissement concomitant des Noirs dans les plantations en Virginie. L’oppression est une production et le racisme peut s’imposer tant sur des Blancs – par le truchement de la discrimination religieuse – que sur des Noirs – par le truchement de la couleur : ainsi, « l’apartheid des Blancs contre d’autres Blancs aura duré plus longtemps que le système raciste afrikaner ». L’anomalie irlandaise et celle de l’esclavage, en se télescopant, confirment que le racisme n’est jamais une question de race, mais toujours et seulement d’oppression. Cela permet à l’auteur d’affirmer : « […] partout où apparaît un statut juridique dérogatoire […] attentatoire à la liberté de circuler, au libre accès à l’ensemble des droits de propriété communs, il faut se demander non pas à qui profite le crime (c’est une lapalissade), ni quelle nouvelle ligne de division se creuse (travail purement descriptif), mais quelle nouvelle dynamique de la multitude est visée14 ».
C’est dans cette même perspective qu’un an plus tard, en discutant à propos de la Raison métisse, Yann Moulier Boutang fait état de la crise d’« un » universel pour immédiatement affirmer qu’il y en a un autre, celui justement des Jacobins noirs : un universel qui ne se plie pas à la « ruse de la raison d’État » et qui est donc « l’universel de la liberté », effectivement « inconditionnel et mondial15 ». Dans ce même dossier, Walter Mignolo présente une tout autre approche et qui, au fond, est essentialiste16. Pour lui, la différence coloniale est absolue et atemporelle : elle explique tout, tout le temps et partout17. La pauvreté du Sud trouve ses causes dans la richesse du Nord. Et vice-versa : l’émergence du Sud implique la décadence du Nord. On est en plein dans la dialectique (occidentale) qu’on veut combattre : « son désir est constitutivement le désir du désir du maître18 ». L’horizon est curieusement spenglerien, l’imaginaire décolonial est celui du « crépuscule de l’Ouest, de l’Europe et de la modernité19 ».
La ligne anthropophagique réapparait en 2005. Raphaël Confiant pose la créolité au-delà des « trois idéologies, Blanchitude, Négritude, Indianité », car celles-ci n’ont pas « su (ou pu) penser la nouvelle réalité qui se mettait en place ». Or, dit-il, « la créolité n’est pas une idéologie : c’est une réalité anthropologique et historique20 ». Dans la même direction, en 2006, Antonio Negri et moi-même appréhendions les « hybridations » brésiliennes comme la « fabrique d’un biopouvoir qui […] s’est fondé sur la gestion de la vie (par) la modulation des flux de sang des migrations internes aussi bien qu’externes21 ». Toujours en 2006, la ligne de l’anthropémie est développée dans une Mineure sur Empire et « colonialité » du pouvoir : « La colonialité et la modernité », écrit Grosfoguel, sont la même chose22. Selon Castro-Gomez, l’Empire ne tolère qu’une forme de connaissance, « la rationalité techno-scientifique de l’Occident23 ». En 2009, dans une interview qui fait le bilan du cycle progressiste en Amérique latine, Anibal Quijano estime que la réintégration du régime cubain dans les instances de coopération régionales (Groupe de Rio, Unasur, Mercosur) est le signe d’un « grand changement ». L’apologie du régime cubain se complète par une évaluation générale qui met en avant « (l)es cas de la Bolivie, du Venezuela, de l’Équateur » comme les plus « avancés » du cycle24. Malheureusement ce sont bien ces cas qui se révèleront les plus problématiques.
La ligne de fuite est africaine
La ligne de fuite est dessinée par des dossiers « africains ». En 2017, Abdul-Karim Mustapha et Juan Obarrio écrivent que « (l)a technologie en elle-même est la matrice dans laquelle la vie se développe, la matrice où s’épanouissent les subjectivités, les communautés, les formes de vie et où elles explorent des nouvelles dimensions de l’être, profondément cosmopolites et abstraites, tout aussi bien qu’absolument localisées et concrètes25 ». Achille Mbembe rappelle que « quand on regarde les mythes africains de l’origine, la migration y joue toujours un rôle central26 ».
Dans une Mineure qu’elle organise, en 2019, Elara Bertho écrit que « toute langue est voyage27 ». Interviewé par Julie Peghini, l’écrivain ivoirien Gauz rappelle : « Quand on parle de colonie, on parle d’abord de migration, de mouvement d’hommes et de femmes. Nous sommes foncièrement nomades ». Cela signifie que « l’intérieur des uns est peut–être l’extérieur des autres […]. Ce qui compte […] c’est le mouvement vers une autre culture, un autre territoire28 ». Un an après, le dossier inspiré de la saga du Black Star Line change de perspective : de même que la flottille qui, au début du siècle dernier, voulait transporter les Afro-américains en Afrique, « les diasporas africaines désirent une terre, un territoire ferme où amarrer ». Dans une critique explicite de Gilroy, Nadia Yala Kisukidi affirme ainsi que « l’Atlantique noir […] est truffé de rêves de sédentarité29 ». Mais, dans la même livraison, le dossier « Interzones Sud-américaines » se propose, lui, d’aller au-delà du Sud et du Nord, de penser les « interzones30 ». La ligne éditoriale continue donc dans la richesse de sa sinuosité et de ses oscillations.
Le dehors contre l’immanence
La logique du dehors (le décolonial) complémente celle du négatif, et cela a été bien explicité dès 2003 par Frédéric Neyrat dans sa critique du post-opéraïsme italien : « […] l’immanence est, par définition, investie par une infinité de dehors et le problème du concept d’Empire est qu’il n’en propose aucun : tout est déjà là31 ». Ce sont là les mêmes termes que nous retrouvons dans le pamphlet de Benjamin Noys contre l’affirmationnist theory, c’est-à-dire, le post-opéraïsme autant que la philosophie de la différence : « plus on élimine toute sorte de dehors du capitalisme, moins convaincantes seront les forces révolutionnaires, plus inutile apparait toute subjectivité : le capitalisme fera le travail pour nous32 ». Pour lui, c’est le capitalisme qui est anthropophage.
Sans dehors, l’anticapitalisme idéologique est orphelin et le décolonial lui offre une boussole. Mais c’est celle de l’inimitié schmittienne : le Sud contre le Nord, le « reste » contre l’Occident, les « bons » contre les « méchants ». Mignolo ne craint donc pas d’appuyer la Russie de Poutine et de défendre l’agression de l’Ukraine comme une « dés-occidentalisation » qui serait positive en soi33. Les décoloniaux épousent, même si c’est à l’envers, les thèses du choc des civilisations de Samuel Huntington.
Il n’est plus question des valeurs produites dans les luttes qui traversent les rapports de domination (créolisations, métissages, migrations), mais de la morale et d’une essence « imposée » par le dehors. Or, ce dehors est bien là, et il est fasciste : c’est Poutine et c’est Trump. Les décoloniaux éliminent les nuances et les hybridations et tombent ainsi – peut-être sans le vouloir – dans l’escarcelle des réactionnaires de nouveau type. Et c’est bien pour cela que chez eux, les migrations ne jouent aucun rôle. Il n’y a plus de contradictions qui traversent l’Occident autant que le Sud, mais un conflit entre les deux, comme si c’était deux « blocs » homogènes, comme s’ils avaient une essence. Les décoloniaux essentialisent l’Occident autant que l’Orient et le Sud et ainsi, finissent par appuyer la logique du revanchisme russe et de la guerre.
Or, Lévi-Strauss rappelait aussi « qu’aucune société n’est parfaite ». Dans les pages finales de Tristes Tropiques, il définit l’Islam comme étant « l’Occident de l’Orient34 ». Son relativisme culturel est un perspectivisme, un échange d’échanges de points de vue. Il n’est pas aveugle devant les autres formes de domination, justement parce qu’il évite toute forme d’essentialisation. C’est bien dans cette direction que Jack Goody appréhende la modernité comme « un phénomène commun à l’Orient et à l’Occident35 ». Comme le souligne le philosophe nigérien Olúfémi Táíwò, l’approche décoloniale ignore l’agentivité des colonisés. Táíwò rappelle que, « depuis l’indépendance, les Africains ont été libres de conduire leurs propres politiques ». S’ils n’ont pas choisi des voies démocratiques, ce n’est pas parce que les puissances postcoloniales ne le permettaient pas, la variété des trajectoires le démontre : parti unique socialiste en Lybie, monarchie absolue au Maroc, gouvernements militaires en Afrique centrale, etc.36
Pour conclure, traversons l’Atlantique Sud, et débarquons à Salvador da Bahia, au Brésil. C’est l’état le plus africain du pays, avec 14 millions d’âmes, et il est gouverné – sans interruption – par le Parti des travailleurs de Lula depuis 2006. Or, les différents corps de police y ont tué, en 2023, 1 699 personnes, alors que toutes les polices des États-Unis (340 millions d’habitants) ont tué (toujours en 2023), 1 164 personnes : les polices gouvernées par la gauche anti-impérialiste brésilienne depuis 20 ans d’un petit état y tuent 46 % plus, en termes absolus ( !), et 32 fois plus que « l’Amérique impérialiste ». L’état gouverné par le PT dispose donc des polices les plus violentes du Brésil37. Le décolonial, l’idée que la violence des polices dans l’état de Bahia serait la conséquence d’un dehors impérialiste (les États-Unis) auquel il faudrait opposer un autre dehors (par exemple, dans les mots de Mignolo, la Russie) est fausse. Les migrants qui résistent à la chasse lancée par le gouvernement Trump pour rester en Amérique le savent très bien : les luttes sont internes à l’Empire.
La perspective décoloniale doit éviter ces raccourcis et revenir sur la notion de colonialidad : une oppression héritée du passé colonial, mais qui est interne aux raisons d’État qui sévissent au Nord autant qu’au Sud.
1Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques (1955) in Oeuvres, Pléiade Gallimard, 2008, p. 3.
2Ibid., p. 415. C’est nous qui soulignons. Ce clivage a été utilisé par nous dans Giuseppe Cocco, « Cannibaliser le décolonial ? », Multitudes no 84, 2021, p. 113-121.
3La littérature décoloniale est très vaste. Dans cet article, nous nous concentrons sur celle issue de la notion de colonialidad, et donc sur Anibal Quijano, Henrique Dussel, Walter Mignolo, Rámon Grosfoguel et Boaventura de Sousa Santos.
4Nancy Fraser, Capital Cannibalism, Verso, 2023.
5Olúfémi O. Táíwò, Elite Capture: How the Powerfull Took over Identity Politics, Haymarket Books, 2022.
6Chez Negri, écrit-il, « le communisme n’est-il pas réduit à ce que rien moins que Bill Gates appelle frictionless capitalism ? », Slavoj Zizek, Defence of Lost Causes, Verso, Londres, 2008, p. 352.
7Giorgio Agamben, « La communauté qui vient. Théorie de la singularité quelconque », Futur Antérieur (1990) no 1, p. 5-25.
8« L’empire et la traite des esclaves », Multitudes no 1 (2000), p. 132-143.
9C. L. R. James, Les Jacobins noirs (1938), Éditions Amsterdam, 2009.
10Maurice Merleau-Ponty, « Note sur Machiavel » (1949), Signes, Gallimard, 1960, p. 359.
11Yann Moulier Boutang, « Les couleurs de l’histoire », Multitudes no 1, 2000, p. 212-221.
12Ghassan Hage, White Nation,. Fantasies of White Supremacy, Pluto Press, 1998.
13Theodore W. Allen, The Invention of the White Race, Verso, 1994 et 1997.
14Yann Moulier Boutang, art. cit., p. 216 et 226.
15Yann Moulier Boutang, « Raison métisse », Multitudes no 6 (2001), p. 9.
16Sur l’essentialisme du « décolonial », voir aussi Rodrigo Castro Orellana, « Le côté obscur de la décolonialité », in Collectif, Critique de la raison décoloniale, Traduction de Michaël Faujour et Pierre Madelin, L’échappée, Paris, 2024, p. 71-109.
17Ato Sekyi-Otu, Fanon’s Dialectic of Experience, Cambridge, Harvard, 1996, p. 14-15.
18Yann Moulier Boutang, « Raison Métisse », art. cit., p. 13.
19Walter Mignolo, « Géopolitique de la connaissance, colonialité du pouvoir et différence coloniale », Multitudes no 6 (2001), p. 60.
20Raphaël Confiant, « La créolité contre l’enfermement identitaire », Multitudes no 22, 2005, p. 182 & 183.
21Antonio Negri et Giuseppe Cocco, « Les modulations chromatiques du biopouvoir au Brésil », Multitudes no 23, hiver 2006, p. 54.
22Ramon Grosfoguel, « Les implications des altérités épistémiques dans la redéfinition du capitalisme global », Multitudes no 26, 2006, p. 59.
23Santiago Castro-Gómez, « Le chapitre manquant d’Empire », Multitudes no 26, p. 28.
24Aníbal Quijano, « La revanche des indiens ? », Multitudes no 35 (2009), p. 99.
25Abdul-Karim Mustapha et Juan Obarrio, « Externalités africaines », Multitudes no 69 (2017), p. 161.
26Achille Mbembe « Afrocomputation », Multitudes no 69 (2017), p. 204.
27Elara Bertho, « Déplacements littéraires africains », Multitudes no 76, (2019), p. 175.
28Gauz, « Le français c’est de l’italien mal gaulé », Multitudes no 76, (2019), p. 196-7.
29Nadia Yala Kisukidi, Majeure Kinshasa Star Line, Multitudes no 81 (2020), p. 54.
30Barbara Szaniecki et Giuseppe Cocco, Mineure Interzones sud-américaines, Multitudes no 81, (2020), p. 166.
31Frédéric Neyrat, « La République de la Multitude. Pour en finir avec le concept d’immanence absolue », Multitudes no 13 (2003).
32Benjamin Noys, The Persistence of the Negative, Edinburgh, 2010, p. 7-8.
33Walter Mignolo, « It is a change of era, no longer the era of changes », Postcolonial Politics, 19 janvier 2023. https://postcolonialpolitics.org/it-is-a-change-of-era-no-longer-the-era-of-changes. Pour un aperçu des positions pro-russes des décoloniaux, voir aussi Pierre Madelin, « Des pensées décoloniales à l’épreuve de la guerre en Ukraine », Lundi Matin, 27 février 2023, https://lundi.am/Des-pensees-decoloniales-a-l-epreuve-de-la-guerre-en-Ukraine
34Lévi-Strauss, Tristes tropiques, op. cit. p. 414 et 433.
35Jack Goody, L’Orient en Occident, traduction de Pierre-Antoine Fabre, Seuil, Paris, 1999, p. 290. C’est nous qui soulignons.
36Olúfémi Táíwò, Against Decolonisation. Taking African Agency Seriously, Hurst, 2022, p. 7 et 185.
37Cf. l’interview du chercheur de l’Université Fédérale Fluminense (UFF), Daniel Hirata, par Pedro Vilas-Boas, « Policiais da Bahia matam 46 % mais que os dos Estados Unidos », 18 décembre 2024, UOL, https://noticias.uol.com.br/cotidiano/ultimas-noticias/2024/12/18/policia-bahia-eua.htm

