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Majeure 104. Toni Negri, néanmoins

Réinventer la démocratie dans la crise de l’Empire, par

Réinventer la démocratie dans la crise de l’Empire
Cet article propose une relecture critique de l’héritage d’Antonio Negri à partir de la crise contemporaine de l’Empire. Il soutient que la tension classique entre l’intérieur et l’extérieur de l’Empire renvoie à une ambivalence plus profonde, liée au rapport entre démocratie, commun et communisme. Alors que la découverte du commun ouvre chez Negri une perspective radicalement immanente, fondée sur la coopération des singularités et la puissance constituante des luttes, le recours récurrent au communisme tend à réintroduire une forme de transcendance, de téléologie et d’attente messianique. La crise actuelle de l’Empire n’annonce pas son dépassement émancipateur, mais la montée de dynamiques autoritaires cherchant à rétablir des formes de souveraineté, de hiérarchie et de fermeture.

Re-inventing Democracy in the Crisis of Empire
This article proposes a critical rereading of Antonio Negri’s legacy in light of the contemporary crisis of Empire. It argues that the classical tension between the interior and exterior of Empire points to a deeper ambivalence regarding the relationship between democracy, the common, and communism. While the discovery of the common opens in Negri a radically immanent perspective—grounded in the cooperation of singularities and the constituent power of struggles—the recurrent appeal to communism tends to reintroduce a form of transcendence, teleology, and messianic expectation. The current crisis of Empire does not herald an emancipatory overcoming, but rather the rise of authoritarian dynamics seeking to restore forms of sovereignty, hierarchy, and closure.

Multitude en temps d’inquiétudes, par

Multitude en temps d’inquiétudes
Dans son livre Les Anges de l’histoire. Images des Temps inquiets, George Didi-Huberman reprend une « image de pensée » (l’Angelus Novus de Paul Klee) dont Walter Benjamin s’est inspiré pour la thèse IX de son écrit Sur le concept d’histoire (1940). Dans le contexte inquiétant de résurgences de vieux impérialismes et d’émergence de nouveaux, est-il possible d’apercevoir de nouveaux anges de l’histoire ? Negri et Didi-Huberman ont dialogué à propos des soulèvements à partir de l’exposition organisée autour de ce concept. Il s’agit dans cet article d’une mise en dialogue imaginaire et imagée autour des anges et de la multitude, de la critique de l’eschatologie et du messianisme, ainsi que des crises de l’écologie entre révolution et transition.

Multitude in Disquieting Times
In his book The Angels of History: Images of Troubled Times, George Didi-Huberman revisits a “thought-image” (Paul Klee’s Angelus Novus) which inspired Walter Benjamin for Thesis IX of his text On the Concept of History (1940). In the troubling context of the resurgence of old imperialisms and the emergence of new ones, is it possible to get a glimpse of new angels of history? Negri and Didi-Huberman engaged in a dialogue on the notion of uprisings, based on an exhibition organized around this concept. This article engages in an imaginary and visual dialogue centered on angels and the multitude, on the critique of eschatology and messianism, as well as on ecological crises caught between revolution and transition.

Toni, mon copain, par

Toni, mon copain
Cet article propose un bilan personnel et théorique de l’héritage d’Antonio Negri, à partir d’une trajectoire partagée depuis 1970. Après avoir reconstruit les principales critiques adressées à Negri, entre accusations d’objectivisme et de subjectivisme, il revient sur la rupture entre les deux penseurs, pour montrer que l’insistance de Negri à maintenir ses analyses dans un horizon « communiste » a fragilisé ses catégories les plus fécondes. L’article soutient que la notion de commun reste opératoire à condition d’être découplée de toute téléologie et réarticlée à une politique des droits adaptée au capitalisme post-fordiste. Enfin, il examine les transformations du General Intellect à l’ère de l’accélération algorithmique. L’actualité de Negri réside moins dans le nom du communisme que dans son invitation à penser les luttes à partir de l’immanence du commun et de la réinvention permanente de la démocratie.

Toni, my Buddy
This article offers a personal and theoretical assessment of Antonio Negri’s legacy, drawing on a shared intellectual trajectory spanning more than five decades. After reviewing the main critiques directed at Negri (oscillating between charges of objectivism and subjectivism), it revisits the break between the two thinkers, arguing that Negri’s insistence on anchoring his analyses within a “communist” horizon ultimately undermined his most productive categories. The article contends that the notion of the common remains operative, provided it is decoupled from all teleology and rearticulated to a politics of rights suited to post-Fordist capitalism. Finally, it examines the transformations of the General Intellect in the age of algorithmic acceleration. Negri’s contemporary relevance lies less in fidelity to the name of communism than in his invitation to think struggles from the immanence of the common and the permanent reinvention of democracy.

Capitalisme cognitif ou capitalisme algorithmique ?, par

Capitalisme cognitif ou capitalisme algorithmique ?
Le travail théorique et politique d’Antonio Negri est animé par un désir révolutionnaire, qu’il a partagé avec Michael Hardt et bien d’autres amis. Mais l’hypothèse selon laquelle le « capitalisme cognitif » poserait les bases d’un nouveau communisme du fait de l’autonomisation du travail cognitif à l’égard du contrôle que le capital peut exercer sur lui a sous-estimé les capacités du capital à structurer les rapports sociaux selon ses impératifs d’accumulation. Non seulement la production matérielle s’est développée à l’échelle de la planète, mettant ainsi de plus en plus en danger la vie sur terre. Mais l’autonomie des travailleurs cognitifs a été radicalement mise en question par les instruments algorithmiques et l’intelligence artificielle. Le capitalisme cognitif, s’il a jamais existé, est désormais supplanté par un capitalisme algorithmique, qui étend le contrôle sur les travailleurs, les consommateurs et les citoyens. Les conditions et les stratégies de la lutte des classes en sont radicalement changées.

Cognitive Capitalism or Algorithmic Capitalism
The theoretical and political work of Antonio Negri is driven by a revolutionary desire, shared with Michael Hardt and many others. However, the hypothesis that “cognitive capitalism” would lay the groundwork for a new communism—by virtue of cognitive labor’s autonomy from capital’s control—underestimated capital’s capacity to structure social relations according to its imperatives of accumulation. Not only has material production expanded on a planetary scale, increasingly endangering life on earth. The autonomy of cognitive workers has also been radically called into question by algorithmic instruments and artificial intelligence. Cognitive capitalism, if it ever existed, has now been superseded by an algorithmic capitalism that extends control over workers, consumers, and citizens alike. The conditions and strategies of class struggle are thereby radically transformed.

Après Antonio Negri, par et

Après Antonio Negri
Cet article interroge la fidélité d’Antonio Negri au concept de révolution, hérité du XIXe siècle, et la distingue de celui de révolte (événement irréductible, sans modèle ni continuité). À travers une relecture de La constitution du temps et de Kaïros, Alma Venus, Multitudo, les auteurs identifient une forme d’historicisme structurant la pensée négrienne, où la composition de classe (ouvrier masse, ouvrier social, multitude) progresse selon une logique dialectique vers un aboutissement politique nécessaire. Un parallèle avec Gianni Vattimo permet d’éclairer cette tension entre dialectique du Sujet et ontologie du déclin. L’article conclut en questionnant la capacité de l’appareil conceptuel négrien (révolution, pouvoir constituant) à rendre compte des révoltes contemporaines, qui débordent les séquences historiques du XXe siècle.

After Antonio Negri
This article examines Antonio Negri’s enduring commitment to the concept of revolution, inherited from the nineteenth century, and contrasts it with that of revolt (an irreducible event without model or continuity). Through a rereading of La constitution du temps and Kaïros, Alma Venus, Multitudo, the authors trace a structural historicism in Negri’s thought, whereby the composition of the working class (mass worker, social worker, multitude) advances dialectically toward a necessary political outcome. A parallel with Gianni Vattimo illuminates the tension between a dialectics of the Subject and an ontology of decline. The article closes by questioning whether Negri’s conceptual apparatus (revolution, constituent power) can account for contemporary revolts, which exceed the historical sequences of the twentieth century.

Trajectoires théoriques à travers et au-delà de l’operaismo négrien, par , , et

Trajectoires théoriques à travers et au-delà de l’operaismo négrien
Cet entretien avec Dario Gentili, mené par Raphael Guazzelli, Matteo Allegrezza & Ni Yamauchi, propose une relecture critique de l’héritage théorique et politique d’Antonio Negri. Gentili examine la continuité entre opéraïsme et post-opéraïsme, la transformation du lieu du conflit (de l’usine à la métropole, puis aux territoires et aux corps), et les limites actuelles de la catégorie d’exode face à la colonisation numérique du plan d’immanence. L’entretien interroge la pertinence actuelle du General Intellect, le burn-out comme symptôme d’un épuisement généralisé des ressources humaines et territoriales, avant d’affronter le problème de l’instituant : comment articuler puissance constituante et durée institutionnelle sans retomber ni dans la transcendance du politique ni dans une horizontalité impuissante ? La notion gramscienne d’hégémonie permet à Gentili de penser la construction d’institutions du commun dans une perspective stratégique de long terme.

Theoretical Trajectories across and beyond Italian Operaismo
This interview with Dario Gentili, led by Raphael Guazzelli, Matteo Allegrezza & Ni Yamauchi, offers a critical rereading of Antonio Negri’s theoretical and political legacy. Gentili examines the continuity between operaismo and post-operaismo, the transformation of the site of conflict (from the factory to the metropolis, and then to territories and bodies), and the current limits of the category of exodus in the face of the digital colonization of the plane of immanence. The interview then interrogates the current relevance of the General Intellect, burnout as a symptom of the generalized exhaustion of human and territorial resources, before asking how to articulate constituent power with institutional duration without falling back either into the transcendence of the political or into an impotent horizontality? The Gramscian notion of hegemony allows Gentili to think the construction of institutions of the common within a long-term strategic perspective.

La différence révolutionnaire
Le travail affectif chez Toni Negri, par

La différence révolutionnaire
Le travail affectif chez Toni Negri
Le concept de travail affectif, tel qu’élaboré par Antonio Negri et Michael Hardt, marque une inflexion majeure dans la théorie critique contemporaine. Il s’agit d’un déplacement de la centralité de la production matérielle vers des formes immatérielles, relationnelles, affectives. Ce travail, qui mobilise les émotions, les soins, l’attention à autrui, est devenu une pièce maîtresse du capitalisme post-industriel. À travers cette transformation, c’est non seulement l’économie qui est repensée, mais aussi la politique, la subjectivité et les conditions de l’émancipation. Cet article articule les apports de Negri avec les critiques féministes et les défis posés par l’économie contemporaine des affects.

The Revolutionary Difference
Affective Labor in Toni Negri
The concept of affective labor, as developed by Antonio Negri and Michael Hardt, marks a major shift in contemporary critical theory. It represents a shift in focus from material production toward immaterial, relational, and affective forms. This form of labor—which draws on emotions, care, and attention to others—has become a cornerstone of post-industrial capitalism. Through this transformation, it is not only the economy that is being rethought, but also politics, subjectivity, and the conditions of emancipation. This article links Negri’s contributions with feminist critiques and the challenges posed by the contemporary economy of affects.

Multitudes en images

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