Archives par mot-clé : généalogie

Les discours dénonçant actuellement un retour de manivelle des mécanismes d’exploitation et des luttes de classes sur un Internet qu’on aurait assimilé trop rapidement à un vaste espace de liberté relèvent d’une mélancolie qui passe à côté des véritables nouveautés du capitalisme cognitif. Ils confondent exploitation et domination, et occultent la régression de la domination en soulignant la résurgence de nouvelles exploitations. Ils ratent également la spécificité d’une forme d’exploitation qui porte sur des intangibles et sur une puissance d’invention vouée à échapper à ce qui l’emprisonne.

Is There a Spider on the Web ?
Recent talks about a backlash of exploitation and class struggles on the Internet appear as a self-defeating form of melancholy, which misses the real novelties of cognitive capitalism. They tend to confuse domination with exploitation : even if the latter is coming back, domination is on the decrease (as epitomized by the feats of Julian Assange and Edward Snowden). They also misconstruct the nature of exploitation under the regime of cognitive capitalism, which needs to extract surplus value from the capacity to invent, and not only to labor, a fact which considerably alters the distribution of power in class struggles.

Matteo Pasquinelli dénonce l’idéologie « digitaliste » qui fait naïvement d’Internet un espace ouvert d’émancipation et d’égalité. Une telle vue ignore les asymétries et les parasitismes dont se nourrissent les nouvelles formes de capitalisme. Copyleft, creative commons et échanges de pair-à-pair doivent entre analysés de façon critique comme contribuant à de nouvelles formes d’exploitation de nos forces productives communes. De nouveaux outils plus discriminants, comme le copyfarleft de Dmytri Kleiner, doivent être mis au point pour rediriger la puissance commune des internautes vers le soin des communs.

Digitalism
The Impasse of Media Culture
Matteo Pasquinelli denounces the “digitalist” ideology which presents Internet as an open space of emancipation and equality. Such a view ignores the asymmetries and parasitic forms of behavior late capitalism feeds upon. Copyleft, creative commons and peer-to-peer exchanges must be analyzed and criticized as inducing new forms of private exploitation of our common intellectual resources. New tools, like Dmytri Kleiner’s copyfarleft, must be developed in order to redirect our common work towards a proper care of the commons.

La Blackness a été et est toujours en vogue au début du xixe siècle, non seulement dans la culture populaire, mais aussi dans les arts, qui reproduisent de façon synchronique des stéréotypes classiques sur le corps Noir. Cet article vise à explorer les difficultés et les subtilités d’un art « post-black », introduit comme concept curatorial en 2001. Le « Post-black » est intrinsèquement lié à l’Expérience Noire, qui n’est pas seulement limitée à des revendications politiques mais offre une perspective élargie des pratiques esthétiques qui n’ont pas été prises en compte dans la vision dominante et étriquée sur l’art des artistes Noirs. Le « Post-black » décrirait donc un autre genre de blackness que celle qui était représentée auparavant, une différente performance de la différence au sein d’une « multiplicité de multiplicités ». Nana Adusei propose ainsi d’envisager la création d’une différence différente qui a toujours fait partie de la discussion sur la blackness depuis les origines de la réflexion intellectuelle Noire.

“Rooted in, but not restricted by”
Contemporary Black Artists and the Changing Conditions of Representation

Blackness was and is still en vogue in the beginning of the 21st century, not only in popular culture but also in the arts, which synchronically reproduces classical stereotypes about the Black body and challenges Black artists and scholars not to fall into already established counter-discourses but rather expand the repertoires of representations. This article thus aims to explore the difficulties and intricacies of the idea of post-black art and its curatorial legacy, which was introduced as a curatorial concept in 2001. Additionally, it examines the option of opening up the debate into a wider discourse of identity politics, their various meanings, limitations and promises for the contemporary. The article is framed by a series of questions that are fundamental to understanding the complexity of the idea of post-black. Nana Adusei-Poku foregrounds the discussion with the general considerations “What is post-black art?” and “What is meant by ’black’in post-black art?”

Sandy Prita Meier examine les chevauchements et les divergences qui ont façonné le modernisme « africain » et « moyen-oriental » au sein de la discipline de l’histoire de l’art. Elle analyse les multiples façons dont les curateurs, critiques et universitaires ont fait un usage de la catégorie de « modernité » au cours des deux dernières décennies. Meier met en évidence le modèle des « modernités multiples » comme position stratégique à la fois pour « exciser l’inquiétude continue à propos de la catégorie d’“ authenticité” » et dépasser la dichotomie « particularisme et universalisme » à laquelle l’enquête historiographique de l’art est trop étroitement mariée.

Authenticity and Its Discontents
Making Modernist Art Histories “African” and “Middle Eastern”
In her article, Sandy Prita Meier establishes some of the central theoretical concerns that frame this issue, particularly noting the overlaps and divergences that have shaped “African” and “Middle Eastern” modernisms within the discipline of art history. She rereads the multiple ways in which, curators, critics, and scholars have contended with questions surrounding the “modern” over the last two decades. Meier highlights the “multiple modernities” model as a strategic position for both excising the continued anxiety about “authenticity” and moving beyond the “particularism and universalism” to which art historical inquiry is all too closely wedded to.

Historiographie de l’art, depuis l’Afrique

Depuis la fin des années 1980, la reconnaissance croissante, sur les scènes «  globales » de l’art, d’artistes contemporains d’origine africaine, longtemps négligés, a largement été coupée – en France particulièrement – de la réception de ressources discursives et pensées théoriques sur l’art, venues d’Afrique. Cet article s’intéresse à l’émergence dans les années 1990, d’un «  nouveau discours africain » porté par une génération de commissaires, historiens et théoriciens de l’art, qui aura choisi, en premier lieu, de réévaluer les modernités artistiques africaines. Il met en relief la géographie paradoxale de cet «  espace discursif africain », où plusieurs spatialités se superposent (celles de discours très mobiles – portés par des revues d’histoire et théorie de l’art, plateformes curatoriales ou éducationnelles nomades, basées dans les métropoles de la diaspora ou implantées sur le continent le temps d’une biennale – et de revues, institutions académiques, centres d’art, musées continentaux plus enracinés).

Art Historiographies from Africa
Since the late 1980s, the growing recognition, on the global art scene, of long neglected contemporary artists of African origin went hand in hand with an exaltation of multiculturalism, erasing the borders which divide the art world. The reception granted to these artists, in particular in France, was severed from the reception of the theoretical resources which reframed art from an African perspective. This article introduces a wider project of translation of historiographic discourses and African views on art, documenting the emergence, in the 1990s, of a “New African discourse” on art, carried by a generation of curators, historians and theorists who chose to reevaluate the various trends of modern African art.

La musique pense. Outre l’immédiateté du plaisir qu’elle peut procurer, elle n’est pas seulement un objet d’appréciation sensible. La perspective de l’auditeur qui domine notre perception de la musique constitue un obstacle cognitif. On peut prendre sur elle une autre perspective. Penser la musique en musicien et non en auditeur exige en effet d’entrer dans l’intériorité […]

Comme des poissons dans l’eau
Les ancêtres de la téléréalité, comme l’émission américaine Candid Camera, ont su très tôt mobiliser un charisme de la réalité qui magnétise aujourd’hui un nombre croissant de nos contemporains. Ces pratiques télévisuelles se sont développées en étroite interaction avec les expérimentations faites sur la psychologie sociale et l’hypnose, révélant une convergence entre sciences, technologies médiatiques et mécanismes de pouvoir que cet article s’efforce de faire apparaître dans ses dimensions à la fois historiques et théoriques.

Like Fish
in the Water
Pioneers of Reality TV, like the producers of Candid Camera in the 1950s, soon learned to activate a charisma of reality which continues to magnetize an increasing number of our contemporaries. Such TV shows have been developed in close interaction with experiments in social psychology and in hypnosis. A major synergy took place between the social sciences, media technologies and power mechanisms, a synergy this articles attempts to analyze in its historical as well as theoretical implications.

Le mouvement dit « M15 », parce
que né le 15 Mai 2011, continue
de se réunir régulièrement en
Espagne pour contester la politique
d’austérité du gouvernement
et essayer de créer de nouvelles
formes de vie. Ses origines
sont multiples mais il s’enracine
dans une opposition frontale,
toujours active et de plus
en plus nombreuse. Il s’emploie
à créer des formes de coopération
nouvelles.

They Don’t Represent Us!

The M15 movement, born on May
15 2011, continues to meet and to
create new forms of life and cooperation,
in various locations in Spain,
in order to fight against governmental
policies based on austerity. It has
multiple origins but it is rooted in a
frontal form of opposition, still active
and ever more numerous.

Les mondes de l’immigration des héritiers
Ancrages et transmigration
L’histoire récente montre que les deuxièmes générations rencontrent aussi un problème d’intégration. Les immigrations post-coloniales sont maintenant mondialisées, et les quartiers dortoirs d’immigration sont devenus des places de commerce cosmopolites. L’espace public dans lequel se meut l’immigration s’est différencié. L’émigré devient l’immigré, la famille se regroupe. La nouvelle génération veut incarner la tradition et n’a plus peur de marquer l’espace public des signes ostentatoires d’une présence singulière.

The worlds of second-generation immigrants
Anchorage and transmigration
Recent history shows that second generations also find it difficult to be integrated. Now that post-colonial immigrations are globalized, neighborhoods dominated by migrants have become cosmopolitan marketplaces. The public space inhabited by migrants also evolved, as emigrants become immigrants, and as families regroup. The new generation wants to embody tradition, and is no longer afraid of exhibiting ostentatious signs of identity in the public space.

La dette est une affaire de mots avant d’être une affaire de chiffres. La rengaine qui nous enjoint de rembourser nos dettes nous berce d’illusions, que cet article essaie de déboulonner. La dette est un appareil de capture des revenus du travail, son remboursement fait l’objet de conflits sociaux et non de calculs économiques. Surtout, la vraie dette, écologique, ne saurait être remboursée, mais entretenue.

Freedom from reimbursement !
Private and public “debts” are a matter of words, as much as a matter of numbers. The chorus currently exhorting us to re-pay our debts sings a delusional tune, which this article attempts to debunk. The reference to our debts works as a predatory machine. The real debts which obscure our future, the social and the ecological debt, can not be “paid back”: they need to be “maintained”, in order for us to survive and prosper.

On ne peut qu’être consterné par l’actuelle polémique sur la prostitution, qui oppose celles/ceux qui la voient comme « un travail comme les autres » (position libérale) à celles/ceux qui la voient comme « une violence à abolir » (position abolitionniste). Cette alternative réductrice ressortit à un moralisme que le féminisme a pourtant toujours voulu […]

Résister à la modélisation et à la modulation de la vie psychiqueResituées dans le contexte du pouvoir pastoral théorisé par Michel Foucault, où le récit de soi fait fonction de technique de gouvernement, de nombreuses
contre-fictions méritent d’apparaître comme des archives d’un combat contre soi-même. Le changement de nom chez Genesis P-Orridge, la prise de drogue
chez William Burroughs, la danse épileptique chez Ian Curtis ou l’érotisation des accidents de la route chez James Ballard sont autant de contre-conduites
mobilisant la fiction pour opérer une transformation de soi de l’auteur et du lecteur-spectateur. Ces contre-fictions existentielles à vocation exemplaire constituent des résistances au contrôle, des actes de courage ouvrant un monde risqué qui échappe aux prévisions du système.

Counter-fictions of the Self

Resisting modelisation and modulation

Set against the background of Foucault’s pastoral power, where stories of the self are techniques of government, many counter-fictions deserve to appear as archives of a struggle against oneself. Genesis P-Orridge’s change of name, William Burroughs’s use of drugs, Ian Curtis’ epileptic dancing or James Ballard’s depiction of the eroticization of car crashes are to be seen as existential counter-fictions with exemplary value, as counter-conducts designed to resist control, as acts of courage opening to a risky world.

Le succès de la notion de « contrôle » proposée par Deleuze, puis développée par Negri et Hardt, tend aujourd’hui à escamoter son origine littéraire, l’oeuvre de William S. Burroughs. Or, la logique du Contrôle chez l’écrivain américain repose sur la même représentation ambivalente du pouvoir comme emprise, consistant à faire de la liberté accordée à chacun le levier par lequel agir sur ses actions possibles. Restaurer cette filiation burroughsienne du Contrôle permet d’en valoriser la dimension contrefictionnelle : dans un monde sans « dehors », des pratiques comme le cut-up ou le simulacre réinventent notre capacité d’action.

Counter-Fiction/Controle-Fiction: from Empire to Interzone

The success of the notion of “control” proposed by Deleuze and later developed by Negri and Hardt tends to obliterate its literary origins, i.e., the work of William S. Burroughs. Yet, the American writer’s logic of Control is based on the same ambivalent representation of power as a hold, according to which freedom is a mere lever destined to act upon an individual’s possible actions. Restoring this Burroughsian filiation of Control emphasizes its counter-fictional dimension: in a world deprived of any Outside, practices such as cut-up or simulacrum reinvent our capacity to act.

Interspécificité

L’artiste, du duo Art Orienté objet, retrace ici l’origine, le déroulement et les conséquences de la performance biotechnologique artistique «Que le cheval vive en moi» : une autoinjection de sérum de sang de cheval. Cette expérience radicale, abordée ici d’un point-de-vue autant artistique que psychologique et anthropologique, interroge frontalement la responsabilité individuelle à travers la notion d’altérité. Elle propose un élargissement de la définition de conscience humaine par une tentative de perception de l’extra-humain, animal en particulier.

Interspecificity – On “May the Horse Live in Me”

Marion Laval-Jeantet (artist of the duo Art Object oriented) explains the origin, the development and the consequences of the artistic biotechnological performance “May the Horse Live in Me”: an injection of horse’s blood. This radical experiment questions the individual responsibility through the notion of otherness, proposing an enlargement of the definition of human consciousness on trying to get a perception of the extra-human, especially the animal.

Cet article soutient que la célébration autonomiste du travail immatériel est prématurée. En montrant de quelles façons les calculs comptables pénètrent la vie sociale et continuent à organiser l’expropriation systématique du general intellect, il suggère qu’il y a des obstacles réels à la transcendance de la discipline capitaliste. Plus la socialisation du travail le rend hors-mesure, plus agités et plus élaborés sont les efforts du capital pour le mesurer et le contrôler.

Accounting for the General Intellect
This article argues that the autonomist celebration of immaterial labour might be premature. Highlighting the ways in which calculations permeate social life and continue to organise systematic expropriations of the general intellect, it is shown that there are real obstacles to the transcendence of capitalist discipline. Indeed, the more the socialisations of labour render labour hors-mesure, the more frantic and elaborate are capital’s attempts to measure and control it.

Au bord de la langue de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration

Cet article analyse le dispositif muséal proposé par la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration ouverte à Paris en 2008. Une carte postale, un discours d’inauguration, un lieu marqué par son histoire de banlieue, une réflexion sur la rencontre des langues nous font entrer dans les complexités et les nuances des représentations de l’immigration, ainsi que dans les croisements entre les meilleures intentions et les pires violences qui se côtoient dans cet espace muséal.

On the Verge of Language. The Parisian Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration

This article analyses the staging of the history of immigration proposed by the Museum for the History of Immigration which opened in Paris in 2008. A postcard, an official speech, a location on the border of many historical spaces, a reflection on the encounters between languages reveal the nuances and complexities inherent to the representation of immigration. The article addresses the way in which the best intentions and the worst violence coexist within the museum.

Le texte complet n’est pas encore disponible en ligne. Vous pouvez le consulter sur le site de Cairn à l’adresse suivante : [http://www.cairn.info/revue-multitudes-2011-3.htm->http://www.cairn.info/revue-multitudes-2011-3.htm.

Qu’est-il donné à voir dans une exposition qui rassemble plusieurs collectifs ? Qu’est-ce qui différencie une œuvre d’art réalisée par un seul artiste de celle réalisée par un collectif ? Dans quelle mesure une telle exposition peut-elle apporter quelque chose aux précédentes et à l’abondante littérature déjà parue sur le sujet ? La présente proposition […]

La sécurité et la protection à laquelle nous sommes censés aspirer sont en réalité celles que prodigue le berger à son troupeau : elles multiplient les instruments de domination. Comment se soustraire à ce pouvoir pastoral si avide de maximiser nos forces vitales (pour mieux les exploiter) ? En revenant à une vieille maxime : « Qui a appris à mourir, il a désappris à servir ». En contrepied du biopouvoir et d’une certaine conception du care s’esquisse la résistance d’un être qui doit et veut compter avec sa propre disparition.

The Freedom of Being a Sheep

The security and protection to which we aspire are those provided by the shepherd to his herd: they multiply the instruments of our domination. How can we extract ourselves from this pastoral power so eager to maximize our vital forces (better to exploit them)? By reclaiming the old maxim: “He who learns to die, unlearns to serve”. Against biopower and a certain conception of care, this delineates a form of resistance for individuals who must (and want to) count with their own disappearance.

L’art hybride n’est pas un art total, c’est un art mineur. Sa vigueur consiste dans le contraste entre les ressources hétérogènes qu’il met en symbiose. Hybride par excellence, la bande dessinée trouve dans le thème des mutants un emblème de sa propre forme. Par sa structure rythmique, elle donne une image de l’adolescence dans son polymorphisme. Chef d’œuvre de l’art mineur, Black Hole de Charles Burns illustre cette adéquation entre forme et contenu. La « peste des ados » est un modèle du devenir dans son ambiguïté à l’égard du pouvoir.

The Teen Plague

Hybrid art is not a total art, it is a minor art. Its vigor consists in the contrast between the heterogeneous resources it puts in symbiosis. As a typical example of hybrid art, the comic strip finds in the theme of mutants an emblem of its own form. Through its rhythmical structure, it gives an image of teen-age in its polymorphism. As a masterpiece of minor art, Black Hole by Charles Burns illustrates this adequacy between form and content. The “Teen Plague” is a model of becoming in its ambiguity towards power.

The Porn wars is over 1981 La canadienne Bonnie Sherr Klein, qui n’est autre que la mère de l’auteur Naomi Klein sort Not A Love Story, un film féministe anti-porno. Le documentaire joue sur trois niveaux. Le niveau documentaire classique consiste en un mix d’interviews de figures féministes anti-porno dont Kate Millet et Susan Griffin, […]

C’est sous une plume qui courre et raconte les expériences d’une jeune personne rencontrant la philosophie et les brèches dans les livres de Guattari que se déroule cet article aux accents d’incertitudes, de questionnement et d’émoi.

Transborder Emotions

It was under a pen hounds and recounts the experiences of a young person encountering the philosophy and the gaps in the records of Guattari in this article that the accents of uncertainty, questioning and turmoil.

La propriété des biens immatériels, c’est-à-dire le droit pour les auteurs et leurs producteurs d’exclure les autres de leur usage au moins temporaire, semble avoir triomphé. Mais les créateurs et les utilisateurs de logiciels libres bousculent ce paysage. Si les créateurs de free software restent propriétaires de leurs produits et libres de légiférer sur leur utilisation, les utilisateurs ne sont pas libres d’exclure les suivants. Il se forme de ce fait un réseau de propriétaires-utilisateurs différencié, un commun, garanti par les différentes formes de licence Creative commons. L’auteur se fait hacker, membre d’une communauté quasi-artiste par laquelle il fait reconnaître ses élégances de programmation. Le propre et le commun ne sont plus antinomiques, et les propriétés deviennent plurielles et inclusives.

Copyleft and the theory of property

The principle of property, i.e. the (temporary) right for authors and producers to exclude others from the use of their product, seems to have succeeded in imposing itself on immaterial goods. However, creators and users of free software challenge this apparent success: while creators remain free to regulate the use of their creations, users are not in a position to exclude other users. Thus appears a multi-layered network of owners-users, a common territory, maintained through licences modulated by Creative Commons. The author is turned into a hacker, a member of a quasi-artistic community admiring the elegance of his programs. The privately owned and the common are no longer antinomic, as properties become plural and inclusive.

Dans cet article, l’auteur souligne les contradictions qui frappent la lutte et la place des peuples autochtones au sein du droit mondial. Irène Bellier pointe la violence des projets néo-libéraux tant des Etats que de l’organisation mondiale qui continuent à se référer à des schémas typiquement occidentaux.

Indigenous Peoples and the Global Crisis

In this article, the author points out the contradictions affecting the fight and the place of indigenous peoples within the frame of international law. Irène Bellier points out the violence of neoliberal projects supported by States and the world organization that still refer to typical schemes of the Occident.

La théorie foucaldienne de la biopolitique est une référence constante des débats contemporains sur la gouvernementalité néolibérale et sur la médicalisation et la psychologisation du social. C’est à partir des articles consacrés à l’émergence de la médecine sociale au XIXe siècle que les conceptions foucaldiennes de la biopolitique et du libéralisme sont ici soumises à un examen critique. La thèse défendue est que le mouvement de réforme sanitaire est irréductible au simple développement de la gouvernementalité libérale et que l’idée de médecine sociale est associée à l’époque à une critique des principes normatifs du libéralisme qui conserve une pertinence aujourd’hui.

Current debates on neo-liberal governmentality and the medicalization-psychologization of the social constantly refer to Foucault’s theory of biopolitics. I critically examine Foucault’s notions of biopolitics and liberalism as conveyed in his articles on the emergence of social medicine in the 19th century. My thesis is that the movement of sanitary reform is irreducible to the mere development of liberal governmentality and that the idea of social medicine was associated in the period with a critique of the normative principles of liberalism which remains relevant today.

J’aimerais souligner ici ma dette à l’égard de la pensée de Guattari en traquant quelques étapes des échanges que nous avons eus autour de mes recherches de terrain auprès des Aborigènes d’Australie. Guattari est souvent cité avec Deleuze par les anthropologues de langue anglaise (particulièrement en Océanie) et ignoré voire rejeté par une génération d’anthropologues français. L’articulation de territoires existentiels avec différents systèmes de valorisation et d’auto-affirmation ontologique est à mon avis une clef essentielle pour analyser de manière anthropologique n’importe quel processus de resingularisation du rapport aux lieux dans un univers contemporain d’interactions globalisées.

In this article, I’d like to account for my debt towards Guattari’s thought, by tracking the main phases of our exchanges related to my fieldwork in Australia. Guattari is often cited (along with Deleuze) by English-speaking anthropologists but he is often ignored, or rejected, by a certain generation of French anthropologists. The articulation of existential territories with different systems of valorization and of ontological self-affirmation is in my view an important key in our effort to analyze from an anthropological point of view processes of re-singularization and re-location in our current universe of globalized interactions.

On parle plus volontiers aujourd’hui de philosophie des normes que de philosophie morale et politique. Cette évolution peut s’expliquer tout d’abord par un élargissement de l’objet que l’étude des normes accorde à la philosophie, ainsi invitée à réfléchir sur toute forme de régulation interhumaine, et non plus seulement sur l’institution de l’obéissance à un pouvoir […]

Renée Green : tactiques de l’histoire

Smithson, Notari, Le Corbusier, Einstein… Les travaux de Renée Green esquissent des généalogies à travers des reconstructions et enquêtes qui impliquent des mouvements à travers le temps et les espaces, entre le présent et le passé, le sujet de la narration et le sujet de l’histoire, ici et ailleurs. Dans ces allers-retours entre les archives et la fiction, les figures historiques émergent comme des fantômes qui hantent littéralement ses films et occupent un espace liminaire entre l’imagination, l’histoire et les désirs investis dans le processus de la mémoire.

Smithson, Notari, Le Corbusier, Einstein…Renée Green’s work sketches genealogies through reconstructions and inquiries based on displacements through times and spaces, between the present and the past, the subject of narration and the subject of the story, here and elsewhere. In these back-and-forth movements between archive and fiction, historical figures emerge as ghosts which literally haunt her films, occupying a spatial borderline between imagination, history and the desires invested in the process of remembrance.

Lacan a manqué l’occasion de relier le concept d’objet « a » aux analyses marxistes de la production, de la reproduction et de la consommation dans l’économie politique, et scotomisé ainsi les formes possibles de l’« énonciation sociale » qui seraient susceptibles d’agir comme vecteurs de l’action politique, tout particulièrement dans les périodes de bouleversement technologique. Le capitalisme industriel, une fois mis en marche, génère des sujets déterritorialisés, et à travers une alternative constante entre déqualification et requalification professionnelle, engendre de nouvelles formes machiniques (en principe universelles) de subjectivité. Lacan avait découvert le mécanisme mais il n’avait pas su déployer ses conditions historiques et ses implications politiques. Guattari suggère que l’orientation générale des institutions sociales s’est radicalement transformée avec l’expropriation capitaliste des bénéfices de la révolution industrielle.

Lacan himself ends up missing the opportunity to relate his notion of the objet petit a to Marxist ideas about production, reproduction and consumption in political economy, and therefore scotomises the possible forms of « social enunciation » that could act as vehicles for political agency precisely during periods of technological revolution. Industrial capitalism, once set in motion, generates deterritorialised subjects, and through the very process of constant de-skilling and re-skilling, engenders new, in principle universal, machinic forms of subjectivity. Lacan had discovered the mechanism, but had not yet unfolded its historical conditions and political implications. Guattari suggests that the entire direction of social institutions has been radically transformed as a result of the capitalist expropriation of the results of the industrial revolution.

Cet article est la traduction de la seconde partie de l’essai : «Il mostro politico. Nuda vita e potenza», publié dans Desiderio del mostro. Dal circo al laboratorio alla politica, U. Fadini, A. Negri, C. T. Wolfe (dir.), Rome, Manifestolibri, 2001. Dans ce texte l’auteur développe sa critique du concept de «vie nue» de Giorgio Agamben. Si l’on accepte, en effet, la rhétorique de la vie nue, on est forcement prisonnier d’une vision hobbesienne du monde. Au contraire, l’ontologie spinoziste de la puissance (potentia) montre le caractère monstrueux de la multitude, sa force collective, sa productivité, qui se donne seulement dans et par la résistance à l’Empire.

This article is the translation from Italian of the second part of the essay « Il mostro politico. Nuda vita e potenza », published in U. Fadini, A. Negri, C. T. Wolfe (a cura di), Desiderio del mostro. Dal circo al laboratorio alla politica, Manifestolibri, Roma 2001. In this text the author develops his critique of Agamben’s concept of bare life from a Spinozist point of view. To accept the rhetoric of bare life is to contain political discourse within the limits of an Hobbesian view of the world. In opposition, the Spinozist ontology of power (potentia) shows the monstrous character of the multitude, its collective force, its productivity, which only exists in and through the resistence to the Empire.

Éloge intempestif de Mai 68 Mai 68[1]. Enfin un chiffre rond. Quarantième anniversaire. Le spectre de la jeunesse enfin conjuré dans un pays de plus en plus vieux. L’art d’être grand-père fait florès, même si l’on n’a pas le talent de Victor Hugo, pour raconter ce qu’était Mai 68. À quarante ans de distance, on […]