Archives par mot-clé : robots

Pour une culture critique de l’IA
L’intelligence artificielle est partout, l’air de rien, pour mieux nous contrôler et nous orienter en douceur. Faut-il se rebeller contre cet état de fait, qui s’impose à nos modes de vie sans la moindre délibération démocratique ? Est-il encore possible ou même souhaitable de jeter ces IA invisibles, voire indiscernables, à la poubelle du numérique ? Ne faudrait-il pas, avant de clamer l’urgence du « danger » qui vient, oser les connaître ? L’enjeu est de construire une culture critique de l’IA, qui associerait artistes, écrivains, chercheurs, ingénieurs, mathématiciens, logiciens, penseurs, philosophes, artisans et bien sûr citoyens dans une même dynamique de réflexion.

For a critical culture  of AI
Artificial intelligence is everywhere, discreetly, to better control and influence us smoothly. Should we rebel against this fact, which is imposed on our lifestyles without the slightest democratic deliberation? Is it still possible or even desirable to throw these invisible AIs, even indistinguishable, into the digital trash? Shouldn’t we, before claiming the urgency of the “danger” that comes, dare to know them? The challenge is to build a critical culture of AI, which would bring together artists, writers, researchers, engineers, mathematicians, logicians, thinkers, philosophers, craftsmen and of course citizens in the same dynamic of reflection.

Compétition symbolique entre  espèces
Animaux / Humains / IA
Comprendre le traitement médiatique, les discours de rêve ou de cauchemar qui accompagnent l’intelligence artificielle, suppose une analyse au prisme de la « triade animalité, humanité, machinité », à même de mettre à jour les projections ontologiques humaines à l’endroit des IA et de ce qui fait souvent figure de contraire dans notre imaginaire : les animaux. Le robot comme figure imaginaire y est un vecteur de dévoilement de l’implicite. Les fantasmes et craintes suscitées par les IA, si élevés et subtils puissent-ils paraître d’un point de vue de bipèdes supérieurs, ne sont peut-être « que » de malines réactions animales face à ce qu’on imagine être un prédateur. Il s’agit simplement d’identifier la menace, or bien souvent elle est humaine. Les humains ne sont-ils pas les meilleurs prédateurs pour eux-mêmes ? Et pour sortir de la métaphore de l’annihilation des humains par les robots, ne se comportent-ils pas envers les animaux de la même façon que ce qu’ils craignent et condamnent dans leur fantasme d’une machine aveugle, sans capacité de réflexion, d’éthique ou de sentiments ?

Symbolic competition between species
Animals / Humans / AI
Understanding the media treatment, the dream or nightmare speeches that accompany artificial intelligence, presupposes an analysis through the prism of the “triad animality, humanity, machinity”, capable of updating the human ontological projections towards the AI and what is often the opposite in our imagination: animals. The robot as an imaginary figure is a vector for the unveiling of the implicit. The AIs ​​fantasies and fears, however lofty and subtle they may seem from a superior bipedal point of view, are perhaps “only” clever animal reactions to what we imagine to be a predator. It’s just a matter of identifying the threat, but very often it’s human. Aren’t humans the best predators for themselves? And to get out of the metaphor of the annihilation of humans by robots, do they not behave towards animals in the same way as what they fear and condemn in their fantasy of a blind machine, without capacity for reflection, ethics or feelings?

Dans les imaginaires de l’IA
Du film Her de Spike Jonze à 2001 L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, et des androïdes de Philip K. Dick à l’utopie intergalactique de la Culture de l’écrivain Iain M. Banks, il est impossible de comprendre aujourd’hui l’intelligence artificielle sans s’intéresser à ses puissants imaginaires. Ceux-ci, nourrissant bien des fantasmes de la Silicon Valley, sont essentiels à décrypter pour ne pas les subir, voire pour se les approprier et mieux les détourner, en faire des antidotes contre les multinationales du numérique, puis cultiver grâce à eux nos propres machines rebelles de quelque futur.

In the imaginary of  AI
From the film Her by Spike Jonze to 2001: A Space Odyssey by Stanley Kubrick, and from Philip K. Dick androids to the intergalactic utopia of the Culture of the writer Iain M. Banks, it is impossible to understand artificial intelligence without a strong regard to its powerful fictions. These, nourishing many fantasies of Silicon Valley, are essential to decrypt not to undergo them, even to appropriate them and better hijack them, to make them antidotes against the multinationals of the digital, then to cultivate (thanks to them) our own rebellious machines of some future.

Faire de l’IA un instrument et compagnon de musique

Faire de l’IA un  instrument et  compagnon de  musique
Aux initiatives actuelles pour tenter de faire de la musique avec l’intelligence artificielle, par exemple de Google ou des équipes d’Elon Musk, il manque l’essentiel : l’intention artistique et le feedback émotionnel. Telle est l’analyse de Jean-Claude Heudin, chercheur en intelligence artificielle et sciences de la complexité, mais aussi musicien et compositeur qui travaille sur un projet d’IA pour la musique électronique : Angelia.

Make AI a musical instrument and  companion
Current initiatives to make music with artificial intelligence, for example from Google or Elon Musk teams, lack the essential: artistic intent and emotional feedback. This is the analysis of Jean-Claude Heudin, a researcher in artificial intelligence and complexity sciences, but also a musician and composer who is working on an AI project for electronic music: Angelia.

Quand les arts détournent l’intelligence artificielle

Quand les arts détournent l’intelligence artificielle
Dans le sillage de Chris Marker ou de Grégory Chatonsky, de plus en plus d’artistes contemporains pratiquent la réappropriation, le détournement, l’usage critique de l’intelligence artificielle. Grand connaisseur des arts numériques, Fabien Zocco est l’un d’entre eux. Il est l’auteur, avec le réalisateur Gwendal Sartre, d’Attack The Sun, film dont des dialogues ont été générés par une IA au cours même du tournage qui suit la dérive d’un youtuber californien paraissant sombrer dans une folie de tuerie. L’enjeu : éprouver « de l’intérieur » des outils contemporains comme l’IA pour « escompter ensuite analyser et déconstruire leurs effets ».

When the arts hijack artificial intelligence
In the wake of Chris Marker or Grégory Chatonsky, more and more contemporary artists practice reappropriation, hijacking and critical use of artificial intelligence. A great connoisseur of digital arts, Fabien Zocco is one of them. He is the author, with the director Gwendal Sartre, of Attack The Sun, film whose dialogues were generated by an AI during the very shooting which follows the drift of a Californian youtuber seeming to sink into a madness of killing. The challenge: to experiment “inside” contemporary tools like AI to “then expect to analyze and deconstruct their effects”.

Questionner « l’intelligence » des machines

Questionner « l’intelligence » des machines
La création de « puces synaptiques » qui seraient dotées d’une certaine plasticité ouvre-t-elle la voie à une intelligence artificielle vraiment « intelligente », même si de façon différente des êtres humains ? Ou la nature des avancées de ce type, d’une plasticité à des années lumières de celle du cerveau humain, nous contraignent-elles à beaucoup plus de scepticisme ? Pour la philosophe Catherine Malabou, l’essentiel est de permettre aux deux intelligences, naturelle et artificielle, de s’enrichir l’une l’autre. De ne jamais fermer la voie des possibles, que ce soit par des réflexions philosophiques, des fictions ou des expérimentations.

Questioning the “intelligence” of the machines
Does the creation of “synaptic chips” which would have a certain plasticity open the way to a really “intelligent” artificial intelligence, even if in a different way from human beings? Or do the nature of such advances, from plasticity far away from that of the human brain, force us to be much more skeptical? For the philosopher Catherine Malabou, the main thing is to allow the two intelligences, natural and artificial, to enrich each other, and never to close the path of possibilities, whether by philosophical reflections, fictions or experiments.

De la conServation à  la  conVersation
Le pari de la carte blanche

De la conServation à la conVersation
Le pari de la carte blanche
Nanette Snoep, alors directrice du Grassi Museum für Völkerkunde zu Leipzig (2015-2019) et aujourd’hui à la tête du Rautenstrauch Joest Museum – Kulturen der Welt à Cologne, revient dans cet article sur l’exposition « Megalopolis – Les voix de Kinshasa » (2018) qu’elle accueillit à Leipzig, et sur la manière dont son organisation fut conçue pour donner carte blanche aux commissaires Eddy Ekete et Freddy Tsimba, artistes plasticiens congolais. Les difficultés inhérentes à l’organisation encore dominante aujourd’hui du musée ethnographique, la nécessaire et urgente participation d’acteurs culturels issus des pays d’où proviennent les collections ethnographiques invite à revisiter structurellement son fonctionnement. Comment les musées peuvent-ils devenir des lieux effectifs de décolonisation du savoir et des narrations ? Qui parle et qui parle à qui ? Et comment ? Au lieu d’être un musée confiné à l’exclusive conServation, il devrait se dédier davantage à la conVersation, dans un forum où les objets nous parlent et où les gens se parlent.

From conServation to conVersation
The bet of the carte blanche 
Nanette Snoep, then director of the Grassi Museum für Völkerkunde zu Leipzig (2015-2019) and now head of the Rautenstrauch-Joest Museum – Kulturen der Welt in Cologne, looks back in this article on the exhibition “Megalopolis – Voices from Kinshasa”(2018) that she hosted in Leipzig and how its organisation was designed to give curators Eddy Ekete and Freddy Tsimba carte blanche. The difficulties inherent in the ethnographic museum’s organization, which is still dominant today, and the necessary and urgent participation of cultural actors from the countries from which the ethnographic collections originate, call for a structural revision of its functioning. How can museums become effective places for the decolonization of knowledge and narratives? Who speaks and who speaks to whom? And how? Instead of being a museum confined to exclusive conServation, it should be more dedicated to conVersation, in a forum where objects speak to us and people speak to each other.

« Collectif initié en 2013 par deux artistes basés à Kinshasa, nous traversons le vertige des mondes1 ». Ainsi se présentent les Kongo Astronauts. L’équipe est fluctuante, compte entre deux et sept membres selon les besoins et les envies des uns et des autres. Aux commandes : Eléonore Hellio et Michel Ekeba. D’elle-même, Hellio écrit qu’elle « élargit les […]

Le manifeste polémique d’UbuWeb

Pour l’anniversaire des vingt ans d’UbuWeb1, il y a quelques années, un groupe appelé Custodians Online, dédié à la dissémination de la culture et du savoir libres, a offert à UbuWeb deux cadeaux2. D’abord, ils ont créé une multitude de miroirs du site pour que, même si on devait disparaitre, il ne disparaisse jamais. Ensuite, […]

Dans les rêves de l’Europe
De Cette chère humanité en 1976 à Lothar Blues en 2008, Philippe Curval est l’auteur d’une série de romans qui mettent en scène un ou plusieurs futurs de l’Union européenne. Alors que l’Europe s’apprête peut-être à vivre des « années de chien », cette conversation entre Philippe Curval et Ariel Kyrou nous plonge dans les rêves ou les cauchemars imaginés par l’auteur de science-fiction, quelque part entre le danger d’un enfermement dans ses frontières, les risques d’effondrement, les promesses de la fin du travail et l’espoir d’une renaissance du vieux continent.

In the dreams of Europe
From This Dear Humanity in 1976 to Lothar Blues in 2008, Philippe Curval is the author of a series of novels that feature one or more futures of the European Union. While Europe may be getting ready to live the “dog years”, this conversation between Philippe Curval and Ariel Kyrou dives us into dreams or nightmares devised by the science fiction writer, somewhere between the danger of confinement within its borders, the risks of collapse, the promises of the end of work and the hope of a rebirth of the old continent.

Programme (Tes père et mère honoreras)

Programme
(Tes père et mère honoreras)
Ce terme, et son équivalent latin « prescription », signifient « texte dont le propos est de provoquer un comportement spécifique de la part de son récepteur ». Le comportement se dépolitise progressivement, pour devenir de plus en plus fonctionnel. Mais, dans cette série progressive, il y a rupture. Toutes les prescriptions, des Dix Commandements jusqu’au mode d’emploi, s’orientent vers l’Homme. Tout programme d’ordinateur, lui, indique une machine. Je proposerai dans cet essai l’idée que la rupture entre l’avant-dernier et le dernier exemple de la série est ce qui nous caractérise.

Program
According to its etymology, a “program” refers to a text which will provoke a specific behavior on the part of its reader. The behavior in question tends to become less political and more functional, but with a significant rupture. All previous prescriptions, from the Ten Commandments to user’s manuals, were geared towards human beings. Software programs, however, are addressed to machines. This difference is the most important characteristic of our time period.

Se faire des idées

Se faire
des idées
L’être humain préhistorique invente, par le calcul, la notion de possibilité. Avec l’ordinateur, on peut désormais computer ces calculs. On peut ramasser les points pour en faire des mondes objectifs, des mondes subjectifs et des valeurs alternatives. Ceci implique un changement radical des idées que nous nous faisons : un abandon de la distinction entre la science, l’art et la politique en faveur de la projection.

Having Ideas
Prehistorical humans invented, through calculation, the notion of possibility. With computers, we now can compute such calculations. Points can be gathered in order to become objective worlds, subjective worlds and alternative values. This radically changes the type of ideas we have. It leads to abandoning the distinction between science, art and politics, in order to favoring projection.

Le vivant et l’artificiel

Le vivant
et l’artificiel
Deux tendances sont en train de converger. L’une tend vers la simulation artificielle du comportement vivant dans des objets inanimés. L’autre vers la simulation de cette simulation dans les hommes, pour que ce comportement devienne programmable. Quand ces deux tendances se fondront pour n’en former qu’une, la distinction entre le vivant et l’artificiel deviendra caduque. L’art de la vie deviendra le méta-jeu de toutes les autres disciplines, y compris la science, la technique, la politique et l’art, au sens traditionnel de ce terme.

The Living and the Artificial
Two tendencies are about to converge. One tends towards the artificial simulation of living behavior in inanimate objects. The other one tends towards the simulation of this simulation in humans, so that this behavior becomes programmable. When these two tendencies converge, there will be no distinction left between the living and the artificial. Art will then become a meta-game for all other disciplines, whether they are identified as science, technology, politics or art in the traditional sense.

Sous les pavés, le sillage
À travers quels langages, outils et pratiques pouvons-nous comprendre la destruction écologique et la violence racialisée en tant que processus unifié à l’œuvre dans la production du monde ? Comment pouvons-nous, à la fois, habiter et interrompre cette conjoncture catastrophique ? Qui sommes-nous pour cela, d’ailleurs ? Je m’inspire de la provocation de Christina Sharpe (2016) en faveur du « travail de sillage » pour étudier ces questions dans le contexte du monde océanique. En travaillant à travers différents genres et en puisant dans diverses sources, j’expérimente des thèmes de perte, de sensation, d’échelle, d’incertitude, de persistance et de temps, pour chercher un récit qui pourrait suggérer un avenir différent au milieu d’une catastrophe en cours.

Under the Cobblestones, the Wake
Through what languages, tools, and practices can we understand ecological destruction and racialized violence as one world-making process ? How can we both inhabit and interrupt this catastrophic conjuncture ? Who are “we”, anyway ? I take inspiration from Christina Sharpe’s (2016) provocation toward “wake work” to investigate these queries in the context of the oceanic world. Working across genre and draw from a range of sources, I experiment with themes of loss, sensation, scale, uncertainty, persistence, and time to seek a narrative that might suggest different futures in the midst of ongoing disaster.

  Si Molière était encore parmi nous, qu’aurait-il pensé de notre Bourgeois numérique de cette fin d’année 2018, si enchanté de découvrir les miracles de l’intelligence artificielle (IA) ? N’aurait-il pas gratifié cet héritier du Bourgeois gentilhomme, inspiré comme il se doit par sa Mama IA Google, d’un nouveau titre de grand Mamamouchi ? Tandis que sa […]

  « Si t’es festivalier et que le meilleur groupe de la journée, c’est un groupe de rappeurs trisomiques, ça te met une claque qui bouscule profondément tes représentations du handicap1 », argumente Antoine Capet, qui sous-entend une deuxième gifle : et ce constat bouleverse tout autant ta vision de la musique … Antoine Capet et son compère David […]

Portrait d’une écoféministe dans les Cévennes
Mon écoféminisme est directement enraciné dans mon style de vie expérimental, il évolue, s’affine et se radicalise au gré de mes expériences de femme, de ma réflexion, et par l’immersion constante en forêt où j’habite. Je partage ce vécu en offrant des séjours sur mon éco-lieu à des femmes en quête d’authenticité, j’organise des rencontres entre sœurs hors système, au plus près des besoins essentiels. Mon écoféminisme est donc plus un esprit qu’une pensée ou une idéologie, plus une pratique qu’une revendication.

Being an Ecofeminist in France
My ecofeminism is directly rooted in my experimental lifestyle, it evolves, refines and radicalizes itself along the way of my experiences as a woman, of my reflection and of my constant immersion in the forest in which I live. I share this experience by welcoming in my eco-place women in search of authenticity, I organize encounters between sisters, remaining as close as possible to our essential basic needs. My ecofeminism is therefore more a spirit than a thought or an ideology, more a practice than a claim.

Autopsie urbaine
Sur Le Géant de Michael Klier
Le Géant (1982), film de Michael Klier, est un montage d’images de vidéosurveillance et policières, enregistrées dans de grandes villes d’Allemagne de l’Ouest (RFA). Au-delà d’une simple critique dénonciatrice, ce détournement artistique interroge de manière spéculative nos regards de spectateur sur les espaces urbains. En dépassant l’association convenue entre mise en visibilité et capacité de contrôle, il ouvre de nouvelles pistes de réflexion sur les expériences urbaines.

Urban Autopsy
On Michael Klier’s
The Giant
Michael Klier’s film
The Giant (1982) edits images of video-surveillance taken by the police and recorded in West Germany’s larger cities. Beyond a mere critique denouncing police surveillance, this artistic détournement questions in a speculative way our gaze as viewers of urban spaces. By overcoming the clichés associating visibility and control, it breaks new reflexive grounds about urban experiences.

Nue comme une vere. Une fable matérialiste.

Nue comme une vere
Une fable matérialiste
Une vere de terre s’en va faire un tour dans l’espace, histoire de respirer mieux. Fuyant les brutalités terrestres, elle espère trouver asile et une herbe accueillante. Après un temps, elle se sent cependant obligée de rentrer.

Naked as a Sheworm
A Materialist Fable
A sheworm goes strolling in outer space, just to breathe better. Avoiding terrestrial brutalities, she hopes to find asylum and some welcoming grass. After a while, she however feels obliged to come back.

Pour un revenu d’existence de pollinisation contributive
Financé par une taxe pollen

Le revenu d’existence sort du ghetto des utopies. Cet article formule sept caractéristiques qui doivent présider aux mises en œuvre de cette nouvelle base d’un système de protection sociale adéquat aux transformations de l’activité, du travail rétribué et de l’emploi salarié – trois notions qui ne se recouvrent que partiellement. Quelques principes peuvent servir de guide pour l’action : un montant bas ou même moyen du revenu de base en ferait volens nolens un auxiliaire d’une politique néolibérale ; un montant élevé qui supprime vraiment la pauvreté est la clé de l’acceptation sociale d’une telle réforme révolutionnaire auprès des principaux intéressés ; le financement du revenu de base serait au mieux assuré par l’instauration d’une taxe Pollen.

For a Basic Income of Contributive Pollinization
Financed by a Pollen Tax

The proposal for an unconditional basic income no longer sounds like a utopia. This paper spells out seven features to frame this new form of welfare adapted to the new conditions of economic activity and waged labor. The main guidelines are the following : a low level of basic income would make it a tool for neoliberal policies ; a high level would not only suppress poverty but would be the key to mak-ing it socially acceptable ; it would be best financed by a Pollen Tax on all financial transactions.

Imaginaires post-travail

La gauche devrait se mobiliser autour d’un consensus sur le post-travail. Cela lui permettrait de viser non seulement des gains appréciables – tels que la réduction de la corvée et de la pauvre-té – mais aussi la construction, chemin faisant, d’une puissance politique. Cela implique au moins trois revendications : l’automation aussi complète que possible, une réduction du temps de travail sans réduction des salaires et l’instauration d’un revenu de base universel.

Post-Work Imaginaries

The Left should mobilize around a post-work consensus. Our first demand is for a fully-automated economy. Our second demand is for reducing the length of the working week. Our third demand calls for the implementation of a universal basic income.

Subjectivations computationnelles à l’erre numérique

Peut-on parler de subjectivités computationnelles dès lors que nous communiquons parfois avec des bots algorithmiques sans même le savoir ? L’article passe rapidement en revue neuf modalités d’articulations possibles entre subjectivation et computation : opacification, rigidification, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpénétration, altérité et, finalement, errement. Pourquoi ne pas apprendre à faire du computationnel – et de l’incomputable qu’il recèle nécessairement – une nouvelle forme d’altérité culturelle ? Cela implique toutefois de reconnaître un certain erratisme inhérent à l’expérience humaine de programmation. Bienvenue dans l’erre numérique !

Computational Subjectivations through Digital Wonders and Wanderings

This article explores nine possible articulations between subjectivation and computation : opacity, rigidity, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpenetration, alterity and erraticity. Why not treat the computational — including the incomputable which rests in its core — as a new form of cultural Other? This requires us, however, to acknowledge the erring part in the human experience of programming. Welcome to the wanders of computation!

Texte complet: https://www.multitudes.net/subjectivations-computationnelles-a-lerre-numerique-texte-complet/

Esprit d’équipe

Un texte sur les sports de compétition – là où s’éprouvent les limites physiques du « soi-disant Homme » (selon la formule de Kittler) – et leur interdépendance croissante avec des algorithmes utilisés pour prendre des décisions stratégiques, améliorer les performances, alimenter les ligues Fantasy, écrire des commentaires des matchs et créer pour les fans des expériences symbiotiques avec les écrans géants vidéo placés dans les stades.

Team Spirit

A text about competitive sports, a testing ground of the physical limits of Kittler’s “so-called Man”, and their ever-increasing interdependence with algorithms used to make strategic decisions, improve performance, feed Fantasy sports leagues, write recaps and create symbiotic fan experiences with the Jumbotron.

Nos subjectivités baignent dans un imaginaire de science-fiction

Nos subjectivités baignent dans un imaginaire de science-fiction

Les subjectivités ont été numérisées par l’imaginaire de la science-fiction bien avant de l’être par des algorithmes et des machines effectives. Philip K. Dick et ses acolytes ont toujours-déjà posé les problèmes que nous voyons aujourd’hui émerger avec une surprise embarrassée. Retourner à leurs œuvres nous aide à mettre en perspective les rêves de Ray Kurzweil comme les pratiques de journalisme algorithmique.

Our Subjectivities are Immersed in Science-Fiction

Human subjectivities have been digitalized and computed by the imaginary worlds of science-fiction well before algorithms actually attempted to do so. Philip K. Dick and his fellow sci-fiers have already raised many of the issues we now discover with feigned amazement. Going back to their books and films helps us take distance towards Ray Kurzweil’s dreams as well as towards the emerging practices of algorithmic journalism.

L’ubérisation est un populisme

Derrière la prétention de résoudre tous les problèmes de nos sociétés par les nouvelles technologies se cache un populisme d’un nouveau genre, non plus par excès mais par défaut de politique, celle-ci s’étant dissoute dans l’économie hyper-capitaliste. L’ubérisation est l’arme de « disruption » massive de ce populisme paradoxal, porté par l’esprit libertarien de la Silicon Valley et qui porte en lui la perspective d’une société homogénéisée de femmes et d’hommes sans qualité.

Uberization is a Form of Populism

Behind the pretense of solving all our social problems with a technological fix, one finds a new type of populism characterized by a lack, rather than by an excess, of politics, as it dissolves itself in the hyper-capitalist economy. Uberization is the weapon of mass disruption carried by this new kind of paradoxical populism, riding on the libertarian spirit of Silicon Valley, announcing a homogenized society of women and men without quality.

Subjectivations computationnelles à l’erre numérique

Peut-on parler de subjectivités computationnelles dès lors que nous communiquons parfois avec des bots algorithmiques sans même le savoir ? L’article passe rapidement en revue neuf modalités d’articulations possibles entre subjectivation et computation : opacification, rigidification, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpénétration, altérité et, finalement, errement. Pourquoi ne pas apprendre à faire du computationnel – et de l’incomputable qu’il recèle nécessairement – une nouvelle forme d’altérité culturelle ? Cela implique toutefois de reconnaître un certain erratisme inhérent à l’expérience humaine de programmation. Bienvenue dans l’erre numérique !

Computational Subjectivations through Digital Wonders and Wanderings

This article explores nine possible articulations between subjectivation and computation : opacity, rigidity, exploitation, superposition, exclusion, extension-augmentation, interpenetration, alterity and erraticity. Why not treat the computational — including the incomputable which rests in its core — as a new form of cultural Other? This requires us, however, to acknowledge the erring part in the human experience of programming. Welcome to the wanders of computation!

Il y a du soin dans l’air. Robots soignants et environnements de soin

Dans cet article, nous examinons les défis possibles soulevés par l’utilisation des termes « soin » (care) et « prendre soin » (taking care) lorsque le soignant est un robot autonome, ce que nous nommons un « agent artificiel de soins médicaux ». Autrement dit, notre question est de savoir si ces agents artificiels peuvent soigner. En contradiction avec la plupart des arguments de la littérature existante, nous soutenons que oui.

Care in the Air. Caring Robots and Environments of Care


In this article we examine the possible challenges facing the use of the concept of « care » or « taking care », when the carer is an autonomous robot, what we call an « artificial medical care agent ». In other words, we ask if robots can care. Against the majority of arguments in the existing literature, we argue they can.

À la santé des robots

Alors que tous les regards sont tournés vers les prototypes de robots-compagnons dont les pays en déclin démographique attendent qu’ils s’occupent des personnes âgées, une révolution silencieuse se déroule dans la gestion des médicaments. Grâce aux robots, la délivrance des médicaments par dose unique va bientôt devenir non seulement possible mais normale, à l’hôpital comme en officine, entrainant de nouvelles transformations dans le travail de pharmaciens et des médecins.

Cheers to the Robots !

While our attention is focused towards the prototypes of companion-robots expected to care for the elderly in nations subjected to demographic decline, a silent revolution is already happening in our management of medications. Thanks to automation, the delivery of medication in single doses is about to become not only possible, but common practice in our hospitals as in pharmacies, generating significant disruptions in the work of pharmacists and physicians.

Sexbots : nos prochains partenaires

Le statut éthico-juridique des robots dotés de sensibilité est encore incertain, mais exige d’être pensé sans tarder. Si les économies d’échelle et les avantages sanitaires conduisent à une convergence des industries du soin et du sexe, les « sexbots » sont susceptibles d’attirer une stigmatisation qui accroîtra leur risque de maltraitance. Cet article soutient qu’il est éthiquement problématique pour les humains de créer des êtres sensibles, fabriqués à des fins utilitaires pour opérer des tâches que nous préférerions ne pas avoir à accomplir, comme prendre soin des personnes âgées et des infirmes, ou comme fournir des services sexuels. Il convient de mettre en place des régimes de protection juridique appropriés à ces nouveaux problèmes.

Sexbots : Our Next Partners

The ethico-legal status of sentient robots is uncertain, but needs to be thought through. Should economies of scale and the health benefits of intimate relations drive a confluence of the caring and sex industries, sexbots may attract stigmatisation, increasing the potential for mistreatment. I argue that humans’ creation of sentient beings for utilitarian purposes to carry out the tasks most of us would prefer not to do, like caring for the elderly and infirm and providing sexual services, is ethically questionable. Appropriate legal protections must be put in place.

Sexo-robots et société

Cette nouvelle d’anticipation fantaisiste imagine un futur proche où notre vie quotidienne serait peuplée de robots anthropomorphes entièrement dédiés à l’usage sexuel. Elle spécule sur la manière dont ces robots pourraient peu à peu transformer en profondeur les relations sociales et conditionner l’avènement d’une humanité « post-biologique ». La place des sexo-robots dans la vie quotidienne divise les féministes. Elle révèle des lignes de fracture idéologiques entre le vieil humanisme et une nouvelle métaphysique plus généreuse du rapport homme-machine.

Sex robots and society

This fictional short story anticipates a society in the near future where our everyday life would be populated by anthropomorphic robots, entirely made for sexual use. It speculates on the way these robots could gradually transform social relationships and cause the rise of a « post-biological » mankind. The place of sex robots in the everyday life divides feminists. It reveals ideological fractures between the old humanism and a new metaphysics more generous in terms of man-machine relationship.