Archives par mot-clé : sociologie

  Cette Mineure entend, à partir d’objets audiovisuels divers mettant en scène la ville (docu-fictions de vidéastes, films de l’industrie du cinéma, séries TV, documentaires scientifiques), interroger le rapport que ces objets créent (suggèrent / permettent / …) entre des configurations sensibles – spécialement sonores, sans s’y limiter – et notre perception de ce qui compte. Par […]

Le génocide des Amérindiens d’Amazonie brésilienne
Les politiciens brésiliens, au nom du « développement », laissent envahir par les forestiers et les nouveaux ruraux les terres dont l’usage est garanti aux Amérindiens par la constitution de 1988. Les violences contre les Amérindiens sont permanentes, et les assassinats, objet d’une recension officielle, sont sous-évalués. Les pratiques génocidaires sont liées au maintien du paradigme colonial qui fait de l’expansion territoriale la condition de la croissance.

The genocide of Amerindians in the Brazilian Amazon
In the name of “development”, Brazilian politicians allow for agro — and timber industries to invade land which has been guaranteed to Amerindians by the 1988 Constitution. Violence against Amerindians is permanent and the killings, while officially recorded, remain under-evaluated. These genocidal policies are linked to the persistence of a colonial paradigm which has made territorial expansion a condition to growth.

Camps et campements
Des économies aux principes opposés

Les camps fournissent du travail forcé aux pouvoirs qui les constituent alors que les campements autogèrent des opportunités et des hasards productifs. L’article recense plusieurs cas actuels de camps de travail forcé dans le monde et plusieurs cas historiques d’enfermement de main-d’œuvre qualifiée, utilisée dans l’économie locale. Le recours actuel à l’internement de masse pour contrôler les migrations implique des grandes entreprises et des associations qui en emportent les marchés. Dans les campements au contraire les ressources matérielles mobilisées et monétaires sont limitées mais l’installation est dépendante de ressources sociales et relationnelles suffisantes. Les frontières entre les formes camp et campement, économie formelle et économie informelle sont poreuses, comme l’illustrent quelques exemples en région Île de France.

Camps and Encampments
Two Economies with Contrary Principles

Camps provide forced labor to the powers that institute them, while encampments self-manage productive opportunities and chance meetings. This article surveys several current cases of forced labor camps around the world, as well as several historical examples of locking up qualified workforce, exploited within a local economy. The current management of migrations by mass incarceration involves large firms and associations struggling to win new markets. In encampments, on the other hand, the material and monetary resources mobilized are limited, but the installation depends on available social and relational resources. The distinction between camps and encampments, formal and informal economies, are porous, as illustrated, with a few examples from the Paris region.

La mendicité comme moyen de revendication. L’exemple des femmes balayeuses de rue à Abidjan

La mendicité comme moyen de revendication
L’exemple des femmes balayeuses de rue à Abidjan

La mendicité, un phénomène très ancien, a connu au fil du temps une évolution et a pris des formes très diverses. Plusieurs études ont été menées sur la mendicité. Celles-ci ont présenté la mendicité comme un phénomène religieux et aussi comme un moyen de survie. Abidjan, la capi-tale économique de la Côte d’Ivoire n’est pas exempte de ce phénomène. Au-delà des mendiants ordinaires, cette ville connaît une catégorie de mendiantes dont des balayeuses de rue qui susci-tent l’intérêt de cette étude. Leur particularité est qu’elles sont des employées d’une entreprise de ramassage d’ordures ménagères. Elles sont donc des salariées. Ainsi, se pose la question du sens de leur mendicité. L’objectif de cette étude est de comprendre le sens de la mendicité prati-quée par ces employées. Les analyses nous montrent que la mendicité apparaît comme un moyen de pression ou de revendication dans un conflit entre employeur et employés.

Begging as a means to claim 
The example of women street sweepers in Abidjan

Begging, a very old phenomenon experienced over time a change and took many forms. Several studies have been conducted on begging. They presented begging as a religious phenomenon and also as a means of survival. Abidjan, the economic capital of Cote d’Ivoire is not exempt from this phenomenon. Beyond ordinary beggars, the city knows a category of beggars with street sweepers that appeal of this study. Their peculiarity is that they are employees of a company the collection of household waste. They are therefore salaried. Thus, arises the question of the meaning of their begging. The objective of this study is to understand the meaning of begging practiced by these employees. Analyses show that begging is a means of pressure or claim in a dispute between em-ployer and employees.

Événement majeur, tournant, génération « Bataclan », état d’urgence interne, état de guerre extérieure ? Les mots et réactions se bousculent pour qualifier la soirée du 13 novembre et ses suites. Mais le consensus assez « naturel » sur l’état d’urgence après de tels actes de terreur ne cache ni ne doit masquer les arrières pensées en tout genre. D’autant […]

Le populisme et le populaire

La dénonciation du populisme est analysée ici comme une manière de structurer le champ politique selon une certaine distribution des capacités et des incapacités, qui dissout a priori l’objet qu’elle prétend mettre en lumière. À cette attitude s’opposent les usages communs du terme « populaire », en particulier dans les textes de Stanley Cavell sur le cinéma hollywoodien, qui se poursuivent aujourd’hui dans certaines études sur les séries télévisées : dans les deux cas, un parti pris de perfectionnisme démocratique fait apparaître l’ordinaire comme un terreau d’intelligence davantage que comme la banalité du vulgaire.

Populism and the Popular

The denunciation of populism is analyzed as a way to structure the field of politics according to a certain distribution of agencies and capabilities which dissolves its very object, the power of the people. Against such an attitude, references to the “popular”, as illustrated in Stanley Cavell’s writ-ings on film and in current studies on TV series, restore a form of popular agency within the per-spective of democratic perfectionism.

Subjectivités computationnelles

Nous commençons à mesurer l’importance culturelle du numérique comme nouvelle idée unificatrice d’une université totalement redimensionnée. Au-delà d’une simple question de littéracie informatique ou informationnelle, les humanités numériques nous offrent l’occasion de développer une approche critique de l’écriture numérique conçue comme une forme d’alphabétisation et de littérature, de façon à développer une culture numérique partagée comme une nouvelle forme de Bildung. Tandis que les technologies numériques produisent de nouvelles formes de subjectivités computationnelles, les humanités numériques peuvent nous aider à aller au-delà d’un rapport consumériste aux nouveaux gadgets et à casser ces boîtes noires qui, à la fois comme objets techniques et comme métaphores, absorbent aujourd’hui une si grande partie de notre attention.

Computational Subjectivities

We are beginning to see the cultural importance of the digital as the unifying idea of a redesigned and reconfigured university. Beyond a mere issue of “information literacy” or “digital literacy”, the digital humanities provide us with an opportunity to develop a critical understanding of the literature of the digital, and through that develop a shared digital culture through a form of digital Bildung. As the digital technologies are producing new forms of computational subjectivities, the digital humanities can help us move beyond the commodity layer and open these so-called black boxes, as both technologies and metaphors, that so demand our attention today.

1905 : quand l’islam était (déjà) la seconde religion de France

1905 : Quand l’islam était (déjà) la seconde religion de France

L’islam est souvent présenté comme la dernière religion implantée sur le territoire français. Elle aurait été de ce fait absente du paysage religieux français au moment de l’adoption de la loi sur la séparation des Églises et de l’État. Cet article entend battre en brèche ce récit et propose de montrer que la religion musulmane fut largement représentée en France, notamment à travers ses départements algériens, et que des débats eurent bien lieu dès 1905 à propos de l’application de la loi à cette religion. D’ailleurs, là où l’islam était la religion majoritaire dans les territoires de l’Empire colonial, l’État a soit opté pour la solution de l’inapplication de la loi, soit, lorsque la contrainte légale et la discipline républicaine étaient trop fortes, imaginé un régime d’exception exorbitant permettant la poursuite du contrôle de la religion musulmane.

1905: When Islam was (already) the Second Religion in France

Islam is often presented as a new religion in France. This article highlights the presence of Islam in 1905 France, notably in French Algeria, during the debates and the vote of this law. In the colonies where Islam was the dominant religion, the French colonial State decided to exclude it from the new legal framework. In Algeria, three French departments, an exception to French secularism (laïcité) was created in order to maintain state’s control of Islam.

Une République du XXIe siècle

La vision de la République que diffusent ses idéologues contemporains n’est plus celle qu’en donnait Durkheim à l’époque du combat contre l’Église. Une des grandes différences tient à ce qu’elle institue un droit d’entrée à la citoyenneté : ne peuvent prétendre au titre de « vrais » citoyens que ceux qui adoptent et se plient sincèrement aux valeurs de la « nation ». Au contraire de cette définition exclusionniste de la République, accomplir la démocratie, c’est avoir le courage de refuser de n’exclure aucune des multiples voix qui s’expriment – même les plus odieuses. Cela implique aussi de comprendre la nature des phénomènes de domination envers des « minorités », bien au-delà de la seule question « post-coloniale ».

A Republic for the 21st Century

What is currently promoted as the Republican ideal has only little left to do with what Durkheim had in mind when fighting against the grip of the Catholic Church. Today’s advocates of the Republic institute a right of entry to citizenship: the only “true” citizens are those who fully adopt the values of the “Republic”. Against this exclusionist conception of the Republic, democracy can be defined by the courage not to exclude any of the multiple voices expressed in society—even the most disturbing ones. More importantly, this requires us to understand the many forms of domination imposed upon “minorities” which cannot be reduced to mere “post-colonial” issues.

Le Cobot, 
la coopération entre l’utilisateur et la machine

En 1996, le terme de « cobot », 
contraction de « robotique collaborative », apparut sous la plume de deux chercheurs américains travaillant pour l’industrie automobile. Il s’applique aujourd’hui à un nouveau champ de la recherche en robotique, la « cobotique », qui s’attache à concevoir des machines asservies ou pseudo-autonomes susceptibles d’être utilisées au sein d’un environnement humain. Le cobot se différencie donc essentiellement du robot par son absence d’autonomie puisque, par définition, il ne peut pas fonctionner sans l’action d’un opérateur. L’approche collaborative, tout en dépassant la simple « utilisation » qui pourrait être faite d’un outil, valorise le travail de l’humain et laisse présager d’une meilleure acceptabilité sociale du cobot, qui n’aurait pas pour vocation de remplacer l’homme, mais de l’épauler.

The Cobot : a New Form of Human-Machine Interaction

An abbreviation for « Collaborative Robotics », the term cobot was coined in 1996 by two American researchers working for the car industry. It refers to a new field of research – cobotics – which designs pseudo-autonomous or servant machines to be used in human environment. A cobot differs from a robot insofar as it cannot function without the action of a human operator. This collaborative approach goes beyond the mere « use » to be made of a tool : it valorizes human labor and makes the cobot a more acceptable partner, since it does not lead to the replacement of the human, but to his assistance.

La vie des robots
 et la nôtre


La rupture entre ce qui est vivant ou naturel et ce qui ne l’est pas est beaucoup moins marquée dans la culture japonaise qu’elle ne l’est dans la culture occidentale – ou du moins, elle n’est pas marquée de la même manière et du même poids. En m’inspirant en partie de la pratique que l’on trouve au cimetière de Koya-san, qui consiste à donner une tombe à des objets inanimés – voiture, fusée, pompe à eau – je m’interroge sur ce que cette distinction signifie pour la robotique sociale.

Robot’s Life and Ours

The meanings of what is « artificial » take for granted a separation between, what is living and natural, and what is neither. However, this separation is not as clearly marked in Japanese culture as it is in the West, or at least is not marked the same way and with the same weight. Based on a practice observed in Koyama-san cemetery, which is to erect tombstones for inanimate objects – cars, rockets, water pumps, etc. – this paper asks what is the meaning of that distinction for social robotics.

République et pseudojihad

République /
« Jihad » / Empire

L’article, pensé « à chaud » après la tragédie qui a commencé à Paris le 7 janvier 2015, cherche à substituer un vocabulaire alternatif d’analyse des événements aux proclamations de certains politiques – souvent vides et hypocrites – appelant à « éviter l’amalgame ». Il montre qu’il est nécessaire de pluraliser et de complexifier notre lexique pour désigner des phénomènes qui relèvent avant tout du politique et des crises d’un monde commun et profane. L’article s’achève en ouvrant une perspective d’analyse socio-historique sur la façon dont la racialisation de l’« islam » et du « religieux » rejoue un refoulé colonial.

Republic /
“Jihad” / Empire

This article, written just after the 7th of January 2015, tries to engage with the political situation in the aftermath of the event. The first part articulates an alternative vocabulary for describing contemporary terrorism as a substitute for the hypocritical and abstract condemnation of any sort of confusion between islam and terrorism. It tries briefly to address the problem of contemporary terrorism as being a modern political phenomenon having much more to do with a crisis of a common world than with a so-called “return of the religious” or with “Islam”. It ends by raising some questions about the way racializations of Muslims and “religion” can be seen as post-colonial effects in contemporary France.

“Se servir d’un Rembrandt comme planche à repasser ! »
Artketing, industrie de prototype et signalétique artistique 
Les affinités électives entre l’art et le marketing – indissociables au sein d’un artketing – constituent désormais l’horizon d’attente d’un capitalisme artiste émergeant à la faveur de la mondialisation et de la mutation aussi bien de la production que des échanges. L’artiste, ainsi mis en demeure de contribuer à la dynamique du capitalisme, voire à sa refondation, peut tout aussi bien adhérer à un tel projet d’habilitation artistique de la production et de la consommation que décider d’en détourner, voire d’en subvertir les processus de légitimation en se constituant lui-même en entreprise : telle est l’ambiguïté de la posture nouvelle de l’artiste-entrepreneur.

“Using a Rembrandt as an Ironing Board”
Artketing, Prototype and Entrepreneurship
“Artketing”−the blending of art with marketing−is the new horizon of an art-capitalism which emerges along with globalization and the mutation of productive processes. The artist−called upon to contribute to the dynamics of Capital, and to its refoundation−can espouse such a project, denounce it, or subvert its premises, along the new ambiguities and ambivalences of entrepreneurial art.

Autonomie, marché et attention
Valorisation artistique
et stratégies de médiatisation
La supposition d’un antagonisme entre art et marché ne va pas de soi. Le fonctionnement intrinsèque de la culture représente un système de marchés – même s’il ne s’agit pas toujours de marchés commerciaux. Dans nos sociétés de l’information et des médias, une part considérable des produits de consommation courante tombe sous la rubrique de la consommation culturelle. Les marchés culturels ont toujours été de ce type : on y offre de l’information qui est payée, en contrepartie, sous forme d’attention. Cet article explore quelques-unes des implications de tels entrecroisements.

Autonomy, Market and Attention
Artistic Valorization and Mediation Strategies
The widely assumed antagonism between art and market is far from obvious. Cultural dynamics seem structured by market mechanisms−even if these markets are not always commercial. In our media-driven societies, a large segment of commodities belong to the sphere of cultural consumption. Cultural markets have always followed the same rule: information is paid for by attention. This article explores some of the implications of such exchanges.

Évaluer l’architecture ?
Évaluer l’architecture populaire ramène invariablement au savant, quelle que soit la variété des regards (confrontation, imitation, altération, recours, fascination ou rejet), à l’extrême construction savante du populaire et construction populaire du savant. Mais le désir d’architecture renvoie rarement à un désir d’architecte : quand et comment une œuvre architecturale échappe-t-elle à son auteur pour devenir signe d’une culture que chacun se sera appropriée ?
Evaluating Architecture?
Evaluating popular architecture invariably brings back to the scholar, whatever the variety of looks (confrontation, imitation, alteration, use, fascination or rejection) to the extreme scholarly construction of the popular and popular construction of the scholar. But the desire for architecture rarely refers to an architect’s desire: when and how can an architectural work escape from its author to become the sign of a culture that everyone will be in a position to re-appropriate?

Istanbul 2013
Manifestations politiques et valeurs artistiques 
À Istanbul durant l’été 2013, les manifestations politiques de Gezi et les manifestations artistiques de la 13e Biennale ne parlent pas le même langage. Les premières envahissent la ville, les secondes désorientées font retraite. Le déroulé des événements donne l’occasion d’analyser un clivage essentiel entre, d’une part, les valeurs artistiques que peuvent a priori partager les commissaires d’exposition et les artistes qu’ils invitent et, d’autre part, les processus de valorisation des espaces publics et urbains, préalables indispensables à la programmation de tels événements culturels et artistiques.

Istanbul 2013
Political Demonstrations and Artistic Values
In Istanbul, during the summer of 2013, the political demonstrations of Gezi and the artistic exhibitions of the 13th Art Festival fail to find a common language. While the former invade the city, the latter retreat, disoriented. The unfolding of the events display an essential split between, on one side, artistic values, which can be shared between curators and invited artists, and, on the other side, processes of valorization of urban public spaces, necessary to the programing of such cultural events.

L’exode de la multitude au Brésil
La préparation des grandes manifestations religieuses et sportives mondiales au Brésil a entraîné une riposte populaire. L’enracinement de la lutte dans le temps, son élargissement à d’autres couches sociales, la participation des Indiens montrent l’impasse où se trouve la représentation démocratique au Brésil, ainsi qu’une nouvelle vision de la composition sociale des luttes. Avec Lula, le gouvernement a essayé d’inclure les pauvres et de faire de leurs marges des ressources cognitives. Mais la reprise du développementisme par Dilma renvoie les pauvres dans la plèbe, sans droits.

The exodus of the multitude in Brazil
The preparation of the latest religious and sport extravaganzas in Brazil triggered a strong popular reaction. By its capacity to anchor the struggle into the longer term, to enlarge it to other social strata, and to bring in the participation of Indians, this movement revealed a certain dead-end of democracy in Brazil, as well as new forms of class composition. With Lula, the government attempted to include the poor, transforming the margins into cognitive resources. Dilma’s return to more orthodox forms of development sends them back into the plebs, deprived of rights.

La publicité constitue une forme d’occupation et d’exploitation de notre ressource la plus précieuse, notre attention, laquelle est en passe de devenir une forme de capital tout aussi déterminante dans nos logiques socio-économiques que la forme argent. Les technologies de l’attraction développées à une échelle industrielle par les mass-medias (d’abord analogiques, puis désormais numériques) entraînent la mise en place d’un nouveau type de « capitalisme mental ». Dans cet article qui résume l’ouvrage qu’il lui a consacré, Georg Franck propose toute une batterie de concepts et de principes, à la fois puissants et fins, pour analyser les nouveaux modes d’exploitation et les nouvelles sources de conflits sociaux qui se mettent en place à cette occasion.
Mental Capitalism
Commercial advertisement occupies and exploits our most precious resource, our attention, which is about to become a form of capital as important in our economic calculations as money itself. Technologies of attraction developed on an industrial scale by the mass-media (first analog, then digital) bring about a new form of “mental capitalism”. In this article, which synthetizes the book he devoted to this topic, Georg Franck provides a whole range of concepts and principles in order to help us analyze the new modes of exploitation, along with the new sources of social conflicts, raised by mental capitalism.

De quoi parlons-nous à travers les références actuellement omniprésentes à « la crise » ? Et surtout : de quoi ne parlons-nous pas quand nous parlons de « la crise » ? Multitudes a ouvert ses pages à des auteurs très divers pour esquisser quelques réponses, qui figurent ici sous la forme d’un abécédaire : une suite d’entrées plus ou moins brèves qui visent à prendre […]

Multitudes en mue

Au cours de l’automne 2008, des débats du comité de rédaction de Multitudes ont conduit plusieurs de ses membres à quitter la revue. Les départs de ces amis et collaborateurs de longue date ont ébranlé notre aventure intellectuelle et éditoriale. La dynamique et la vie collective d’une revue dépassent toutefois les personnes qui ont pu […]

autour du travail émotionnel des professionnel-le-s de la coiffure et de la manucure, à partir d’une enquête réalisée à Bogotá (Colombie). L’article examine certains des effets de la commercialisation et de la professionnalisation du soin de l’apparence tels que la configuration d’une division sexuelle des occupations qui place au sommet de la hiérarchie la coiffure de prestige réalisée par des hommes de diverses orientations sexuelles, et à la base, la manucure, assumée entièrement par des femmes. Il montre les contrastes du travail émotionnel dans ce secteur où il varie en fonction de la position sociale de la clientèle, le degré de formalisation des règles émotionnelles et l’impératif managérial du service au client.

Appearance care, emotion work and customer service
The article proposes some reflections on emotion work accomplished by men and women who work as hair dressers and nail dressers in Bogotá (Colombia). Placed between ornamentation and hygiene, professional work on hair and nails can be associated with care as much as it deals with people’s bodies and well-being. The article examines how the commodification and professionalization of appearance care have an effect on the sexual division of labor in this branch, placing on the top prestigious hair dressing performed by men (of any sexual orientation) and at the bottom nail dressing, performed almost exclusively by women. It shows some of the contrasts that characterize emotional work in these occupations, exposing how it overlaps with managerial ideology of customer service and how it differs according to client social position and specific emotional rules.

L’article examine le privilège accordé par les principales analyses sociologiques des émotions aux émotions et sentiments « collectifs », ou rattachables à des règles sociales de cadrage ou d’interprétation des situations. Il soutient que la pertinence sociologique des émotions réside aussi dans l’identification et la compréhension de ces émotions et sentiments dits « particuliers », « individuels », « personnels », « privés », en décalage avec « la situation ». Les travaux sur les émotions issus de perspectives féministes reconsidèrent ces qualifications – « particulières », « personnelles » – comme un produit de relations sociales, i.e. de domination. Une analyse des émotions, à partir d’une position subordonnée ou dominée, emprunte d’autres chemins dégageant une dimension politique des émotions. Une vision restrictive de la moralité et une vision extensive et conformiste du social font obstacle à un compte rendu sociologiquement acceptable de la moralité des émotions.

Emotions, public and private
Mainstream sociological analysis deals mainly with collective emotions. In this perspective, “individual”, “personal”, “partial” or “private” emotions are devoided of social significance. This paper argues that such a conception misses the sociological relevance of these phenomena. Differentiating emotions along the collective/individual line, seeing the former as socially meaningful and the latter as “particular”, “private”, or “personal” can also be understood as a product of power relationships. An alternative –feminist and gendered– analysis of emotions could be developped, shedding light on a political dimension of emotional phenomena, and the complex morality of emotions.

L’apparition d’une éthique formulée d’une voix différente (Gilligan), et exprimée la plupart du temps par une voix féminine, pose de façon nouvelle la question du rôle des émotions dans la vie ordinaire. L’expansion des services à la personne donne à la gestion des émotions une dimension économique. Le care enjoint de faire pour les autres […]

On s’intéresse à un roman, Théorie de l’information d’Aurélien Bellanger (Gallimard, 2012), qui est, de l’invention du Minitel à l’empire des fournisseurs d’accès, une fresque de la rupture industrielle induite par la révolution numérique. Mise en réseaux, passion hédoniste de l’activité libre, créativité diffuse, individualisme non possessif : il y est raconté, entre sociologie et fiction, l’émergence du capitalisme cognitif et l’irrésistible ascension d’un de ses entrepreneurs emblématiques. La tolérance au désordre et la terreur que cela engendre en font un roman d’horreur du capitalisme cognitif, un récit de l’oscillation tragique entre perte en monde et affrontement au chaos.

In the Folds of Cognitive Capitalism
A new novel, Théorie de l’information by Aurélien Bellanger (2012), narrates the industrial disruption caused by the digital revolution, from Minitel to the new empire of access-providers. (Social) networks, hedonist passion of « free labour », ubiquitous creativity, non-possessive individualism : between sociology and fiction, the book follows the emergence of cognitive capitalism and the irresistible ascend of one of its emblematic entrepreneurs. Tolerance towards disorder, along with the terror induced by it, make this novel a horror story of cognitive capitalism, balancing its reader between the pain of losing one’s world and the necessity to confront chaos.

Envoûtements médiatiques

Notre existence baigne dans le medium des médias. Paroles qui volent, écritures qui restent, lettres qui traversent l’Europe depuis des siècles, journaux quotidiens qui s’y diffusent depuis deux cents ans, télégraphe, téléphone, cinéma, radio, télévision, Internet, smartphone, Facebook : ça circule de plus en plus, toujours plus vite, toujours plus largement, toujours plus intimement. Tout cela […]

Comme des poissons dans l’eau
Les ancêtres de la téléréalité, comme l’émission américaine Candid Camera, ont su très tôt mobiliser un charisme de la réalité qui magnétise aujourd’hui un nombre croissant de nos contemporains. Ces pratiques télévisuelles se sont développées en étroite interaction avec les expérimentations faites sur la psychologie sociale et l’hypnose, révélant une convergence entre sciences, technologies médiatiques et mécanismes de pouvoir que cet article s’efforce de faire apparaître dans ses dimensions à la fois historiques et théoriques.

Like Fish
in the Water
Pioneers of Reality TV, like the producers of Candid Camera in the 1950s, soon learned to activate a charisma of reality which continues to magnetize an increasing number of our contemporaries. Such TV shows have been developed in close interaction with experiments in social psychology and in hypnosis. A major synergy took place between the social sciences, media technologies and power mechanisms, a synergy this articles attempts to analyze in its historical as well as theoretical implications.

Onde ou corpuscule ?

Nos médias ont (au moins) une double fonction : celle de faire circuler des « informations », à quoi nous voulons les réduire, mais aussi celle de nous mettre en « communication », au sein d’une communion primaire et primale que nous feignons trop souvent d’ignorer. Communiquer, c’est mettre ou avoir en commun, c’est participer à une hypnose ou à une transe collective, où notre existence relève plutôt d’un monde d’ondes commun(icant)es que d’un monde de particules individuelles.

Wave or Particle?
Communication’s Transitional Man
Our medias have (at least) two different functions: to exchange “information”, but also to put us in a “communication” situation, i.e., to set up a form of primary and primal communion. To communicate is to set in common, within a participative collective hypnosis or trance, where we tend to dilute within a world of waves, rather than exchange in a world of individuals.

Cet article montre comment les intenses pratiques numériques des adolescents de Rio de Janeiro et de région parisienne participent au développement au sein de cette génération d’une culture numérique globale où se combinent l’imaginaire du village global et l’affirmation de l’identité locale. Dans leurs pratiques de sociabilité numérique, ces adolescents de deux métropoles globales fortement […]