Tous les articles par Barbara Szaniecki

Multitude en temps d’inquiétudes, par

Multitude en temps d’inquiétudes
Dans son livre Les Anges de l’histoire. Images des Temps inquiets, George Didi-Huberman reprend une « image de pensée » (l’Angelus Novus de Paul Klee) dont Walter Benjamin s’est inspiré pour la thèse IX de son écrit Sur le concept d’histoire (1940). Dans le contexte inquiétant de résurgences de vieux impérialismes et d’émergence de nouveaux, est-il possible d’apercevoir de nouveaux anges de l’histoire ? Negri et Didi-Huberman ont dialogué à propos des soulèvements à partir de l’exposition organisée autour de ce concept. Il s’agit dans cet article d’une mise en dialogue imaginaire et imagée autour des anges et de la multitude, de la critique de l’eschatologie et du messianisme, ainsi que des crises de l’écologie entre révolution et transition.

Multitude in Disquieting Times
In his book The Angels of History: Images of Troubled Times, George Didi-Huberman revisits a “thought-image” (Paul Klee’s Angelus Novus) which inspired Walter Benjamin for Thesis IX of his text On the Concept of History (1940). In the troubling context of the resurgence of old imperialisms and the emergence of new ones, is it possible to get a glimpse of new angels of history? Negri and Didi-Huberman engaged in a dialogue on the notion of uprisings, based on an exhibition organized around this concept. This article engages in an imaginary and visual dialogue centered on angels and the multitude, on the critique of eschatology and messianism, as well as on ecological crises caught between revolution and transition.

Soulever la terre, suspendre le ciel, par

Soulever la terre, suspendre le ciel
Ce n’est pas un hasard si un passionnant débat public a vu le jour entre deux grands historiens de l’art et de la culture, Georges Didi-Huberman et Enzo Traverso, à partir de la photographie de Gilles Caron sur la couverture du catalogue de l’exposition « Soulèvements » organisée par le premier. Cet essai rapproche des mondes très éloignés dans le temps et dans l’espace − de la Grèce antique à la forêt amazonienne − par la similitude d’un geste et d’une attitude, par son sens et par le renversement de celui-ci. Aujourd’hui les mobilisations indigènes prennent des expressions assez inattendues : en avril 2023, réunis au Campement Terre Libre à Brasilia, de nombreux peuples indigènes lancent de nouveaux mots − indigenisar, mulherizar, oncificar − pour exprimer leurs mouvements et soulèvements. Ce nouveau vocabulaire s’accompagne de nombreuses pratiques d’image : manifestations, performances, projections et peintures entre autres.

Raising the Earth, Lifting the Sky
It’s no coincidence that two great art and cultural historians, Georges Didi-Huberman and Enzo Traverso, have engaged in a fascinating public debate on Gilles Caron’s photograph on the cover of the catalog for the “Soulèvements” exhibition organized by the former. This essay brings together worlds far removed in time and space—from ancient Greece to the Amazon rainforest—through the similarity of a gesture and an attitude, its meaning and its reversal. Today, indigenous mobilizations are taking on quite unexpected expressions: in April 2023, gathered at the Terre Libre Camp in Brasilia, many indigenous peoples launched new words—indigenisar, mulherizar, oncificar—to express their movements and uprisings. This new vocabulary was accompanied by a wide range of image practices, including demonstrations, performances, projections and paintings.

« A » comme Amérique, Amazonie et abeilles, par

« A » comme Amérique, Amazonie et abeilles
« Amérique latine » est un nom empreint d’un passé colonial qui ne correspond aucunement à la diversité de ce vaste continent. Oser un redesign de l’Amérique latine signifie ici ouvrir des possibilités… plutôt que conclure des projets. Cela implique de revoir en traits rapides l’histoire de la formation des États-nations et les conséquences récentes du national-développementisme. Ensuite, de présenter quelques initiatives biopolitiques dans les enchevêtrements d’une biozone partagée par plusieurs nations latino-américaines. Enfin, de suivre les « abeilles sans dard » de la forêt jusqu’en ville pour, au bout du chemin, grâce à leurs pollinisations et essaimages, percevoir les contours d’une ZAD amazonienne en formation.

“A” for America, Amazonia and Bees
“Latin America” is a name with a colonial past that does not reflect the diversity of this huge continent. Daring to redesign Latin America here means opening up possibilities rather than concluding projects. It envolves revisiting in quick lines the history of the formation of nation-states and the recent consequences of national-developmentalism. Secondly, presenting some biopolitical initiatives in the tangle of a biozone shared by several Latin American nations. Finally, following the “stingless bees” from the forest to the city and, at the end of the road, thanks to their pollination and swarming, perceiving the contours of an Amazonian ZAD in formation.

D’autres monstres possibles, par

Sao Paulo a connu ces dernières années, de forts mouvements d’occupation d’immeubles au centre-ville. Fortement atteinte par la désindustrialisation, la ville connaît à la fois des problèmes de chômage et de logement. Au mouvement des Sem Teto, sans toit, se sont joints des collectifs d’artistes et graphistes qui ont développé une véritable guérilla médiatique dont la multiplicité de pratiques esthétiques atteint une dimension monstrueuse. Cette analyse nous permet de réfléchir à la dimension constituante de la multitude productive, à travers ses créations esthétiques, contre les politiques de gentrification dans la métropole. La lutte contre le Léviathan pauliste entraîne la création d’autres monstres possibles.

Sao Paulo has in recent years been acquainted with large movements of occupation of buildings in downtown area. Strongly affected by the reduction of the industrialization, the city experiences regularly problems of unemployment and housing. Collective of artists and graphists have joined the movement of”Sem Teto”, the Homeless, in order to develop a real media guerrilla whose multiplicity of aesthetic practices have reached a monstruous dimension. This analysis allows us to reflect on the constituent dimension of the productive multitude, through their aesthetic creations against the policies of gentrification in the metropolis. The fight against the Léviathan in the city of São Paulo entails the creation of other possible monsters.

multitudes