Tous les articles par Marazzi Christian

Quelques scénarios géomonétaires

Le déclin américain n’est pas sûr puisque les États-Unis continuent d’attirer les investissements étrangers, mais la crise dure et beaucoup d’économies se contractent. Le FMI actuel est trop limité pour l’ampleur des relations internationales. Un nouveau FMI serait en gestation qui rétablirait la souveraineté économique des nations, mais qui risque de bloquer le développement du biocapitalisme, celui qui finance l’État-providence et l’endettement privé sur le marché mondial. Jusqu’à maintenant, la Chine donnait sa préférence au biocapitalisme américain, mais elle cherche à diversifier ses partenaires. Une vraie monnaie internationale serait nécessaire.

A Few Geomonetary Scenarios

The decline of the USA is not a certainty, since they continue to attract foreign investments, but the crisis lingers on as many economies are contracting. The current IMF is too limitind in its scope by the complexities of International relations. A new IMF may be in preparation, to reassert the economic sovereignty of Nation-States, but it threatens to block the development of biocapitalism, the current source of financing of the Welfare-State and of private debt on the world market. Up to now China had a preference for US biocapitalism, but it currently seeks to diversify its partners. There is an increasing need for a true international currency.

Les différentes réformes institutionnelles qui, depuis la fin des années 1970, ont conduit à une « privatisation de la monnaie » ont été l’une des assises principales sur lesquelles a été bâti le pouvoir de la finance et, dans le même temps, la déstabilisation du Welfare. À cet égard, un tournant essentiel a été l’institutionnalisation de la soi-disant autonomie des banques centrales. L’une des mesures phares de cette réforme fut la coupure du « cordon ombilical » qui, dans le mode de régulation keynésien, liait le trésor public à la banque centrale, ce qui permettait de financer par création monétaire le déficit du budget de l’État et, sous la poussée des conflits, l’expansion des dépenses sociales et du salaire socialisé. En ce sens, l’affirmation de l’autonomie de la banque centrale par rapport au pouvoir politique a été aussi, et surtout, un changement institutionnel effectué dans le but de soustraire la création monétaire à la pression des conflits sociaux, et par là, de la subordonner progressivement à la logique de la rente et de l’accumulation financière. Ce n’est pas un hasard si, à la suite de l’interdiction de financer le déficit par émission monétaire, la pierre angulaire de la première phase de la financiarisation a justement reposé sur la titrisation de la dette publique, c’est-à-dire sur l’adjudication des bons du Trésor sur un marché libéralisé. Le résultat en est non la réduction mais la croissance exceptionnelle de la dette publique et des revenus rentiers. Dans le même temps, le service de la dette représente désormais l’un des principaux postes de dépenses de l’État et son poids « excessif » est souvent invoqué pour stigmatiser les gaspillages et donc le « nécessaire » démantèlement de l’État-providence. C’est toujours dans ce contexte que l’objectif principal de la politique monétaire devient la stabilité des prix et la garantie des revenus rentiers, alors que les bulles spéculatives constituent désormais la forme essentielle et nouvelle de l’inflation dans les pays développés. De plus, pour soutenir la demande malgré le creusement des inégalités et la déstabilisation des garanties du Welfare, le deficit spending public de type keynésien a été remplacé par une sorte de deficit spending privé, incitant, comme dans le cas exemplaire des subprimes, à un formidable endettement des ménages. Cette évolution signifie aussi que nous passons de plus en plus, comme pour le droit au logement, d’une logique fondée sur des droits de propriété sociale, à une logique de droits de propriété privés, soumis aux cycles d’accumulation du capital. Pour inverser cette spirale, un processus de resocialisation de la monnaie (impliquant la remise en cause du statut d’autonomie de la Banque centrale) se présente ainsi, conjointement à une réforme fiscale radicale, comme l’un des piliers d’un projet de société capable de s’attaquer au pouvoir de la rente et de permettre la mise en place d’un revenu social garanti.

The various institutional reforms which have led since the end of the 70s to the « privatisation of currency » have formed the main base on which the subsequent power of (international) finance has been built, and, concurently, the dismantling of Welfare could take place. Core of this was the so-called autonomy of central banks, as their « umbilical cord » to national treasuries was severed. From then on, deficit financing and « keynesian » social expenditures became near-impossible. Emphasizing the autonomy of central banks from politics was mostly an institutional mutation meant to free monetary policies from social pressure and make it totally subordinate to rent creation and financial accumulation. No wonder then that « securitisation » of the public debt closely followed on the prohibition to deficit financing social expenditures. And then the outcome was not a reduction, but an explosion of public debt! And as debt servicing becomes a principal item on the budget, the « excessive costs » of welfare provisions is blamed, and a further break-down of social services is called for. It is in the same vein that price inflation is controlled, but assets inflation and speculative bubbles dominate « developped » economies. Meanwhile, in order to compensate for increasing income inequalities and diminishing welfare benefits, an exacerbated form of « private households deficit spending »has come into its own, as witnessed by the subprime crisis and mounting credit card defaults. So we are moving from an entitlements-based provision of social goods (housing, education, health etc) to one based on the pure logic of capital and its cycles. The only way out lies in the resocialisation of currency (and an end to the « independence » of central banks), profound fiscal reforms, the demise of rent-seeking, and the institution of an universal « basic income ».

Le processus de dématérialisation du processus productif laisse émerger la puissance d’un capital fixe qui se présente aujourd’hui immédiatement comme « capital vivant », comme travail vivant mobilisé dans un système de production de l’homme par l’homme. Le revenu garanti devient alors, sous la plume de Christian Marazzi, « biorevenu », un revenu pour garantir […]

Una delle caratteristiche del nuovo capitalismo è la perdita di importanza del capitale fisso, della macchina nella sua forma fisica, quale fattore di produzione di ricchezza. Las materializzazione del capitale fisso e dei prodotti-servizio ha quale suo corrispettivo concreto la “messa al lavoro” delle facoltà umane quali la capacità linguistico-comunicativa e relazionale, le competenze e […]

Note verso una definizione del concetto di bio-reddito

La dematerializzazione del capitale fisso e il trasferimento delle sue funzioni produttive e organizzative nel corpo vivo della forza-lavoro è all’origine di uno dei paradossi del nuovo capitalismo, ossia la contraddizione tra l’aumento di importanza del lavoro cognitivo quale leva della produzione di ricchezza e, contemporaneamente, la sua svalorizzazione in termini sia salariali che occupazionali. […]

Le langage comme moyen de la production marchande

traduit de l’italien par François Rosso et Anne Querrien Il est toujours de bon augure de passer de l’étude théorique des nouveaux modes de production à la vérification sur le terrain, aux interviews de sujets de la mutation, cherchant à mettre à plat les relations qui s’établissent entre celui qui cède sa propre force de […]

Middle-class confusion de terme, confusion de concept

Si le débat sur les classes moyennes renvoie d’une part à la question de la représentation politique et à la modification de ses mécanismes institutionnels, de l’autre il reflète l’intérêt renouvelé d’une analyse du concept même de classe, de la survie ou non des classes dans la société postindustrielle[[Nous nous référons par exemple à la […]

Le mouvement anti-mondialisation comme le développement des économies périphériques remettent en question l’hégémonie symbolique des marques américaines. L’attaque terroriste sur New York et Washington, elle aussi hautement symbolique, survient au moment même où la crise de la nouvelle économie devient patente. On ne peut indéfiniment développer les moyens de communication, faute de pouvoir mobiliser chez […]

En 1979, Chicago redevient la capitale de l’exode d’une forme monétaire vers une autre. Il faudra du temps pour comprendre qu’une vraie révolution commence ici comme au XIXe siècle avec les premières formes de crédit à la consommation. L’histoire de la révolution des marchés financiers et du rôle stratégique des produits dérivés est d’une importance […]

Marazzi Christian

Économiste, est professeur à la Haute école spécialisée de la Suisse italienne. Trois de ses livres ont été traduits en français par Anne Querrien et François Rosso : La place des chaussettes (L’éclat 1997), Et vogue l’argent (L’Aube, 2003) et La brutalité financière (Réalités sociales et L’éclat, 2013)