Tous les articles par Emma Bigé

« Nous sommes la contre-nature qui se défend »
Du sexe et des symbioses, par

« Nous sommes la contre-nature qui se défend »
Du sexe et des symbioses
Les écologies queers sont pleines de créatures indociles, non seulement aux schémas binaires mâle/femelle, hétéro/homo, cis/trans, mais encore aux mondes compétitifs individualistes sur lesquels ces schémas sont fondés. Elles sont ainsi « la contre-nature qui se défend » d’être contre-nature, c’est-à-dire qu’elles montrent que les formes réputées déviantes du genre, de la sexualité, de la parenté et de famille, sont bien plus répandues que les sciences hétéropatriarcales n’ont bien voulu l’admettre. Mais elles sont aussi « la contre-nature qui se défend » contre les assauts du capitalisme extractiviste, en montrant le caractère idéologique des idées de prédation, de lutte pour la survie et pour la transmission du patrimoine génétique individuel. À la place, suivant les leçons de la bactériologie de Lynn Margulis et des théoriciennes queer qui s’en sont inspirées, il s’agit de penser des formes de parentés et de solidarités pour vivre et mourir sur une planète symbiotique.

“We Are Counter-Nature Defending Itself”
Sex and symbioses
Queer ecologies are full of unruly creatures that not only defy the male/female, hetero/homo, cis/trans binary schemas, but also the individualistic competitive worlds on which these binaries are founded. They are thus “counter-nature defending itself” from being counter-nature: they show that forms of gender, sexuality, kinship and family that are reputed to be deviant are far more widespread than heteropatriarchal sciences have been willing to admit. But they are also “counter-nature defending itself” against the onslaught of extractivist capitalism, showing the ideological character of ideas of predation, of struggle for survival and for the transmission of individual genetic heritage. Instead, following the lessons of Margulis’s bacteriology and the queer theorists who drew inspiration from it, this article argues that we need to think of forms of kinship and solidarity for living and dying on a symbiotic planet.

Ouvertures du décolonial à l’âge du Plantationocène, par et

Ouvertures du décolonial à l’âge du Plantationocène
Les leçons du décolonial sont multiples pour celleux qui avaient cru aux récits de la fin des Empires : aux côtés des luttes anticoloniales qui nous ont appris à rejeter les formes les plus directes d’oppression politique et économique, avec les impasses du post-colonialisme et des pensées de l’hybridation, le décolonial fait le jour sur la saisie des imaginaires, des sensibilités et des rationalités par la logique coloniale. À l’ère de la sixième extinction, l’Anthropocène prend le visage d’un âge de la Plantation, où la logique d’appauvrissement et de simplification des naturecultures est partout à l’œuvre. Parce que cette « oxydentalisation » qui coupe le souffle n’épargne personne, il est urgent d’entendre les ouvertures contre-plantationnelle du décolonial.

Decolonial Openings in the Age of Plantationocene
The lessons of the decolonial are multiple for those who believed in the narratives of the end of the Empires : alongside the anti-colonial struggles that taught us to reject the most direct forms of political and economic oppression, with the impasses of post-colonialism and hybridization, the decolonial brings to light the seizure of imaginaries, sensibilities and rationalities by the colonial logic. In the era of the sixth extinction, the Anthropocene takes on the face of an age of the Plantation, where the logic of impoverishment and simplification of naturecultures is at work everywhere. Because this breathtaking “oxidization” spares no one, it is urgent to hear the counter-plantational openings of the decolonial.