Archives du mot-clé écologie

Réévaluer la valeur pour sortir du capitalisme

Réévaluer la valeur pour sortir du capitalisme
Cet article présente des extraits des 99 thèses sur la réévaluation de la valeur. Un manifeste post-capitaliste, à paraître à Duke University Press en 2018. Il suggère qu’il est temps de redéfinir la notion même de valeur. Aux yeux de beaucoup, la valeur a été disqualifiée comme un concept trop compromis et trop englué dans un corset normatif et trop complice des puissances capitalistes pour mériter d’être réhabilité. Cette attitude a seulement conduit à abandonner la valeur aux marchands de normativité et aux apologistes de l’oppression économique. Mais la valeur est trop précieuse pour être abandonnées à de telles mains.

A Few Theses on the Reevaluation of Value
This article excerpts and translates some of the
99 Theses on the Reevaluation of Value. A Post-Capitalist Manifesto, to be published by Duke University Press in 2018. It argues that it is time to take back value. For many, value has long been dismissed as a concept so thoroughly compromised, so soaked in normative strictures and stained by complicity with capitalist power, as to be unredeemable. This has only abandoned value to purveyors of normativity and apologists of economic oppression. Value is too valuable to be left in those hands.

Hawad,
Le Mage des  déserts
Furigraphie
Ce texte sur la poésie de l’Amazigh (i.e. « berbère ») nigérien Hawad (Prix international Argana 2017 de la poésie, Maroc) dissémine, pour la reconfigurer, une épistémologie déterritorialisée des « extrémités de la douleur ». « La douleur d’être déplacés. Déplacés par la force dans le cas des Noirs d’Amérique. On les a arrachés à eux-mêmes. L’ogre, qui avait besoin de leur chair, les a amenés dans son centre, dans son cadre, pour bien les manger. C’est la même chose pour les nomades ». Les dits, les écrits et la peinture d’Hawad donnent à voir le degré atteint par la dépossession tous azimuts des puissances processuelles de la condition amazighe et, par ricochet, de l’Afrique actuelle et de ses diasporas. La poésie d’Hawad arrache les multitudes humaines dites « autochtones » ou « indigènes » à leur réduction « subalternisante ».

Hawad, The Deserts’ Wise Man
Furigraphie
This text about the poetry of the Amazigh Nigerien writer Hawad (who won the 2017 Argana International Prize for Poetry in Morrocco) disseminates a deterritorialized epistemology of “extreme pains”, in order to reconfigure it. “The pain of being displaced. Displaced by violence in the case of African-Americans. They have been torn from themselves. The Oger, which needed their flesh, brought them to his center, into his frame, better to eat them. The same thing affects the nomads.” Hawad’s words, writings and paintings display the high degree of disposession of the processual powers of the Amazigh condition, which can be extended to contemporary Africa at large, as well as to its diasporas. Hawad’s poetry pulls the so-called “indigeneous” human multitudes away from their reduction to mere “subalterns”.

La construction du  commun comme politique post‑ capitaliste
Aujourd’hui la planète est confrontée à l’absence de gestion de communs vitaux tels que l’air, le climat, l’eau. Il importe de construire des modalités collectives de gestion de ces communs, impliquant le maximum de parties prenantes. Pour cela, il faut sortir du capitalocentrisme, parallèle au phallocentrisme dénoncé par les féministes, pour lequel le commun serait engendré inévitablement par les contradictions du capitalisme. Il vaut mieux analyser la manière dont le commun se construit progressivement en mettant une ressource en commun quel que soit le régime de propriété. Trois exemples sont donnés : la qualité de l’air dans une ville australienne jouxtant une mine de charbon, où habitants et industriels ont reconnu peu à peu la nécessité de prévenir la pollution ; la menace sur la couche d’ozone qui a été conjurée à la fois par le Protocole de Montréal de 1985 et par une multitude d’actions en ce sens ; le développement des installations solaires domestiques par les citoyens australiens. À chaque fois une communauté d’acteurs s’est formée transversalement aux lignes de clivages de classe, et c’est une prolifération de ces communautés qui peut mettre l’énergie, l’atmosphère et d’autres ressources planétaires en commun. Il faudrait cependant que cette politique ait un nom, pour lequel l’article propose « La construction du commun ».

Commoning as a postcapitalist politics
Today the planet faces a genuine tragedy of the unmanaged “commons” (like air, climate, water). In this article, we explore how the process of commoning offers a politics for the Anthropocene. To reveal the political potential of commoning, however, we need to step outside of the capitalocentric ways that the commons have generally been understood, and that feminist thinkers have denounced as parallel to phallocentrism. We argue that commons can be conceived of as a process—commoning—that is applicable to any form of property, whether private, or state-owned, or open access. We turn to three examples from the past and the present that provide insights into ways of commoning the atmosphere (air quality in an Australian town, the international response to the threat on the ozone layer, the development of domestic solar energy by Australien citizens). We reveal how a politics of commoning has been enacted through assemblages comprised of social movements, technological advances, institutional arrangements and non-human “others.”

Design au Multitudocène
Suivre les lignes, suivre les luttes
Si le design, tout au long du XXe siècle, a stimulé la croissance industrielle avec des projets de développement qui suivaient des idéaux d’universalité, il semble vouloir s’orienter aujourd’hui vers les potentiels de croissance pluriverselle : face aux crises économiques mais aussi écologiques, résistances, résiliences et résurgences font partie des préoccupations et des pratiques des designers contemporains. Elles constituent ce temps de correspondances, de controverses et aussi, de conflits que l’on peut désigner par Multitudocène où suivre les lignes revient surtout à suivre les luttes locales et globales.

Design at the Multitudocene
Follow the lines, follow the struggles
If the design throughout the twentieth century stimulated industrial growth with development projects that followed the ideals of universality, it seems to be moving today towards the possibilities of a pluriversal growth: in the face of economic but also ecological crises, resistance, resilience and resurgence are among the concerns and practices of contemporary designers. They constitute this time of correspondences, of controversies and, also, of conflicts which one can designate by Multitudocene and where to follow the lines means to follow the local and global struggles.

Le stade esthétique de la production /consommation et la révolution du temps choisi
À partir d’une relecture de quelques textes de Jean Baudrillard, l’article retrace les étapes de l’élargissement du paradigme du travail au temps prétendument « libre » des loisirs, devenu un pilier essentiel de l’économie contemporaine et du « capitalisme artiste ». Après une discussion de L’esthétisation du monde de Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, la lecture d’André Gorz permet d’envisager une sortie des paradoxes et de l’appauvrissement de l’expérience entraînés par le lien indissociable entre « temps de travail » et « temps des loisirs » (tous les deux contraints), dans la perspective utopique (mais désormais concrètement réalisable) d’une « révolution du temps choisi ».

The Aesthetical Stage of Production /Consumption and the Revolution of Chosen Time
Starting from a re-reading of some of Jean Baudrillard’s texts, the paper redraws the stages of the extension of paradigm of the work to the allegedly “free” time of leisure activities, which is becoming an essential pillar of the contemporary economy and of “artist capitalism”. After a discussion of Gilles Lipovetsky and Jean Serroy’s “Aesthetization of the World”, a reading of André Gorz’s work allows us to envisage an exit of the paradoxes and impoverishment of the experience pulled by the inseparable link between “working time” and “leisure time”, in the utopian prospect (but from now on concretely achievable) of a “revolution of chosen time”.

Plus simple que d’élaborer une « politicité » du temps, il s’agit aujourd’hui, de plus en plus, d’élaborer des méthodes de défenestrations temporelles. L’avenir – cette idée si souvent travaillée par une promesse pour asseoir en l’air une fuite en avant – a été confisqué au point d’apparaître réfrigérée par autant de comptes-temps. Au lieu de subir des rythmes […]

Économie & discordance des temps
La transition post-socialiste en Europe centrale & orientale
La transformation post-socialiste en Europe centrale et orientale au cours des années 1990 et 2000 a été l’enjeu d’une lutte des temps, qui recoupe sans s’y limiter les clivages théoriques en sciences économiques. Cet article présente les deux conceptions du temps et du changement de système qui ont eu des conséquences très concrètes pour les populations de ces pays à travers les programmes de réforme adoptés. Il souligne les limites de l’idéologie économique dominante et appelle à ne pas négliger la dimension institutionnelle des phénomènes économiques et la mémoire des compromis passés qu’elle représente.

The Economy and the Disjunctions of Time
The Post-Socialist Transition in Central and Eastern Europe
The post-socialist transformation in Central and Eastern Europe in the 1990s and the 2000s revealed two opposite visions of time that mirror the main theoretical divides in economics. This article presents these conflicting views of time and the system change which have entailed very practical consequences for the populations in these countries through the adopted reform programs. It emphasizes the limits of the mainstream ideology in economics and calls for an analysis that takes explicitly into consideration the institutional dimension of economic phenomena which embodies the memory of past compromises.

Vers une politique du dividualisme

Vers une politique du dividualisme
L’individu de la gouvernance néolibérale mérite d’être envisagé comme un « dividuel » secoué par les rassemblements turbulents de tendances hétérogènes, divisé entre elles dans sa relation à soi. Du fait des urgences et des surcharges attentionnelles auxquelles il est soumis, l’intuition se substitue souvent chez lui au choix réfléchi et délibéré. C’est à des dividuels que s’adressent les techniques de priming (amorçage) par lesquelles les logiques néolibérales restructurent nos comportements. Comment parvenir à y identifier un contre-ontopouvoir immanent ? Comment en faire émerger une politique du dividualisme ? C’est dans une catalyse activiste qu’il faut reconnaître aujourd’hui un art affectif de la politique.

Towards a Politics of Dividualism
The individual produced by neoliberal governance ought to be identified as a “dividual”, set in tensions by a turbulence of heterogeneous tendencies, divided between them in his relation to himself. Because of the emergency and attentional overload to which he is exposed, intuition often substitutes for deliberate choice. Techniques of priming are addressed to such dividuals, in their attempt to restructure our behaviors along neoliberal injunctions. How can one identify immanent forms of counter-ontopower in such a situation? How can one help the emergence of a politics of dividualism? An activist catalysis may pave the way for an affective art of politics.

Le projet de cette mineure est multiple. Tout d’abord, il s’agit, dans une tension entre passé, présent et futur, de mettre en évidence, dans tout son dynamisme, le rapport à la terre des populations kanak. Relever leurs modalités propres d’existence à travers le temps et l’espace permettra de considérer les mutations de cette population avec […]

La Nouvelle-Calédonie fantôme
La Nouvelle-Calédonie se présente comme un territoire hétérogène marqué par le déploiement de contre-emplacements disciplinaires tels que le bagne, la réserve et la mine. Le présent article entend retrouver, à travers la formation de ces hétérotopies, ce qui module les identités, corrélativement au rapport à la terre, par le jeu insidieux des normes disciplinaires et régulatrices. Par-delà l’ethnologie qui s’attache à rendre compte de la primitivité du peuple kanak, on propose ici une mise à plat des préjugés, en revenant à la formation des identités colonisées. Le kanak n’est pas le contemporain de l’européen. C’est là une asymétrie temporelle qui s’apparie à une asymétrie spatiale pour dominer un peuple d’insoumis et lui prêter les traits du sauvage et du délinquant. Ce peuple et son territoire n’ont pas à être émancipés par la voie de la « modernisation » : ils appartiennent au présent et à l’avenir, n’en déplaise à ses détracteurs.

Ghostly New Caledonia
New Caledonia is a heterogeneous territory haunted by disciplinary counter-spaces like the penal colony, the reservation and the mine. This article attempts to retrieve, through such heterotopias, that which modulates identities, in correlation with the land, through the insidious play of disciplinary and regulating norms. An ethnological approach of the “primitiveness” of the Kanak people fights prejudices by revisiting colonized identities. The Kanak is not contemporaneous of the European. This temporary asymmetry parallels a spatial asymmetry staged to dominate this unsubjugated people in order to portray it as savage and delinquent. This people and its territory do not need to be emancipated by modernization; they belong to the present and the past, like it or not.

Quand la mine transforme la territorialité kanak & réciproquement
La mine (le nickel) est devenue, en Nouvelle-Calédonie, un « fait social total ». Elle représente la première source de revenus du Caillou après les transferts sociaux de l’État. Si la mobilisation du lien à la terre reste le ressort privilégié des revendications qui émergent à l’interface du développement des activités minières, elle met en avant de plus en plus nettement la nature comme enjeu identitaire. Les contestations qui ont entouré la mise en œuvre du projet minier de Goro-Nickel se sont appuyées sur le droit international des peuples autochtones dans la protection de l’environnement pour contraindre l’industriel à mieux tenir compte des populations vivant à proximité des projets miniers. Ainsi, le fort développement économique lié à l’activité minière ces vingt dernières années n’a pas seulement contribué à transformer les pratiques de la territorialité kanak mais aussi à donner plus de visibilité à des revendications sur la place du monde kanak dans la pratique de la démocratie en Nouvelle-Calédonie.

When Mining Transforms Kanak Territoriality
& Reciprocally
Nickel mining in New Caledonia constitutes a total social fact. It is the first source of revenue after social redistribution by the State. If the mobilization of the relation to the land continues to play a fundamental role in the political claims raised around the development of the mining industries, nature increasingly appears as a crucial reference in terms of identity. The polemics raised by the Goro-Nickel project found support in the rights of indigenous people promulgated by International Law, and manage to force the company to pay attention to the needs of the populations living in the proximity of mining projects. The strong development of industrial mining during the last 20 years not only contributed to transform the practices of Kanak territoriality : they also increased the visibility of the claims concerning the place to be granted to Kanak people in the practice of democracy in New Caledonia.

Prêter attention au commun qui vient
Conversation avec Martin Givors & Jacopo Rasmi
Dans cet entretien réalisé en exclusivité pour Multitudes par Martin Givors et Jacopo Rasmi, l’anthropologue Tim Ingold réfléchit aux implications politiques de son travail. Il éclaire ainsi en quoi les questions de lignes, d’attention, d’éducation ou d’habitation dont il parle dans ses travaux touchent profondément à des questions de démocratie et de commun, de liberté et de diversité. Il suggère au passage que l’art et l’anthropologie peuvent entrer ensemble en correspondance avec un renouvellement de la pensée de la démocratie comme manière de mener nos vies en commun par la différentiation et l’attention.

Paying Attention to the Coming Commons
An Interview with Martin Givors & Jacopo Rasmi
In this interview with Martin Givors and Jacopo Rasmi, anthropologist Tim Ingold discusses the political implications of his previous and current work. He suggests a number of ways in which the questions of lines, attention, education, wayfaring or dwelling elaborated in his books and articles might shed a relevant light on issues of democracy, community, freedom and diversity. He comes to the conclusion that art and anthropology can be brought together into correspondence with a rethinking of democracy as a way of leading common life through differentiation and attention.

Petite introduction à la lecture de Tim Ingold

  L’entretien qui suit a été réalisé le 27 mai 2017, à Aberdeen, à la fin d’une semaine de rencontres du réseau européen Knowing from the inside, qui rassemble tant des praticiens que des théoriciens autour de la question d’une connaissance vivante et immanente que Tim Ingold travaille depuis de nombreuses années, de façon généralement collective. […]

L’écoféminisme ou comment faire de la politique autrement
Né de la rencontre entre aspirations féministes et luttes écologiques, liant la critique de la domination de la nature et celle de la domination des femmes, refusant de séparer production et reproduction (biologique et sociale), l’écoféminisme se développe en une diversité de mouvements, aux États-Unis, mais également dans différents pays du Sud, qui ont en commun de ne pas mettre la politique au service de la nature, mais de faire de la nature, vue comme une communauté de vie, une politique nouvelle.

Ecofeminism or How to do Politics Differently
Ecofeminism resulted from the encounter between feminist aspirations and ecological struggles, tying together a critique of domination upon nature and upon women, refusing to separate production from reproduction (biological and social). It has developed into a rich diversity of movements, in the USA but also in various countries from the South. These movements share a common refusal to put politics in the service of nature, as well as a common attempt to find in nature, considered as a community of life, the source of a new politics.

Stéphane Degoutin & Gwenola Wagon. Le rêve de la raison

Le projet World Brain, publié sur le site d’Arte Creative (worldbrain.arte.tv), propose une promenade à travers des contes folkloriques et hétéroclites : data centers, magnétisme animal, l’Internet vu comme un mythe, la vie intérieure des rats, comment rassembler un réseau de chercheurs dans la forêt, comment survivre nu dans la nature avec Wikipédia, comment connecter des […]

Un nouveau printemps pour l’écoféminisme ?
Convergence des luttes ! Ce mot d’ordre résonne de plus en plus fort chez les résistants au « système ». Mais pourquoi l’écoféminisme, qui justement travaille depuis quarante ans à cette convergence en déployant expériences militantes et renouvellements théoriques, reste-t-il si méconnu ? Cette introduction tente de clarifier les atouts de ce mouvement multiforme tout en exposant les critiques qui lui ont été adressées ; elle suggère aussi quelques pistes pour une possible évolution future.

A New Spring
for Ecofeminism?
A convergence of struggles! This demand resonates with increasing strength among those who resist the “system”. Why then doesn’t ecofeminism, which has attempted to materialize this convergence through activist experiences and theoretical breakthroughs over the last forty years, meet a wider public? This introduction tries to showcase the strengths of this multifarious movement, as well as the criticisms it has had to face. A few possibilities for further evolutions are discussed along the way.

Yanis Varoufakis, qui avait interpellé Jean-Luc Mélenchon en l’invitant à prendre position sans barguigner vraiment pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, a été aussi un des premiers à faire une déclaration d’opposant au nouveau président intronisé : « Selon Yanis Varoufakis, qui argue de conversations personnelles avec Emmanuel Macron, ce dernier a conscience de la […]

Pour un écoféminisme de l’égalité

Pour un écoféminisme de l’égalité
Dans cet article, on propose un écoféminisme non essentialiste qui relève d’une réflexion éthique et politique sur les rapports de l’être humain à la Nature. Orienté vers l’écojustice et la durabilité, cet écoféminisme critique se caractérise par la défense des principes d’égalité et d’autonomie, le dialogue interculturel, une acceptation de la science et de la technique limitée par le principe de précaution ainsi que l’universalisation de l’éthique de la sollicitude.

For an Ecofeminism of Equality
This article describes a non-essentialist form of ecofeminism which questions ethically and politically the relations between mankind and nature. Geared towards ecojustice and sustainability, this ecofeminist critique stresses principles of equality and autonomy, of intercultural dialogue, of an acceptation of technoscience limited by the precautionary principle, and by the universalization of an ethics of care.

Sensibilités climatiques entre mouvances écoféministes et queer
Cet article explore quelques liens et frictions qui existent entre deux mouvements et courants de pensée qui sont d’abord des expériences militantes, des vécus, des rencontres. Il retrace quelques lieux de connexion et de divergence des pratiques activistes et identités queer vis-à-vis de l’écoféminisme. Dialogue et récits entremêlés espèrent faire sentir différemment la manière dont ces liens s’articulent à la fois dans les pratiques de résistance et dans les ressentis militants quotidiens.

Convergence between Feminist and Queer Movements in Mobilizations on Climate Issues
This article explores a few links and points of friction between movements which are first and foremost activist experiences, lived moments and encounters. Connections and divergences between queer practices and ecofeminism are investigated through a dialogue and narrations that help us feel how such links articulate practices of resistance with daily activist experiences.

Portrait d’une écoféministe dans les Cévennes
Mon écoféminisme est directement enraciné dans mon style de vie expérimental, il évolue, s’affine et se radicalise au gré de mes expériences de femme, de ma réflexion, et par l’immersion constante en forêt où j’habite. Je partage ce vécu en offrant des séjours sur mon éco-lieu à des femmes en quête d’authenticité, j’organise des rencontres entre sœurs hors système, au plus près des besoins essentiels. Mon écoféminisme est donc plus un esprit qu’une pensée ou une idéologie, plus une pratique qu’une revendication.

Being an Ecofeminist in France
My ecofeminism is directly rooted in my experimental lifestyle, it evolves, refines and radicalizes itself along the way of my experiences as a woman, of my reflection and of my constant immersion in the forest in which I live. I share this experience by welcoming in my eco-place women in search of authenticity, I organize encounters between sisters, remaining as close as possible to our essential basic needs. My ecofeminism is therefore more a spirit than a thought or an ideology, more a practice than a claim.

Solidarité versus identification
Le débat entre écoféminisme et deep ecology
Le débat entre l’écologie profonde et l’écoféminisme définit une constante dans le développement de ces deux courants de pensée. En resserrant notre attention autour des deux figures centrales de chacun de ces courants que furent Arne Naess et Val Plumwood, nous souhaiterions montrer que la proposition clé qu’avance cette dernière d’une solidarité politique avec la nature demande pour être comprise d’être située en relation polémique avec la thèse d’une identification entre humains et non humains défendue par le théoricien de la deep ecology.

Solidarity vs. Identification
The Debate between Ecofeminism and Deep Ecology
The debate between deep ecology and ecofeminism revolves around a constant feature of both currents of thought. By focusing attention on a central figure of each movement—Arne Naess and Val Plumwood—this article attempts to show that the key proposition elaborated by the latter, that of a political solidarity with nature, can only be understood in polemical relation with the thesis of an identification between humans and non-humans, as defended by the theorist of deep ecology.

Les Sorcières
sont de retour
Dans cet entretien, Xavière Gauthier, fondatrice de la revue Sorcières, revient avec sa sœur Danièle Carrer sur l’histoire méconnue de l’écoféminisme français des années 1980. Autour de cette revue, consacrée à la création littéraire et artistique des femmes, gravitaient plusieurs autrices engagées pour l’écologie et contre le nucléaire. Xavière Gauthier explique ici comment elles reliaient féminisme et écologie, domination des femmes et domination de la nature, objets d’une seule et même répression, celle de l’hyper-capitalisme, qui va jusqu’à désirer s’approprier le vivant. Nulle notion de magie ici, mais une mise en cause radicale des rapports de reproduction et de production.

The Witches Are Back
In this conversation, Xavière Gauthier, founder of the periodical Sorcières, discusses with her sister Danièle Carrer the neglected history of French ecofeminism in the 1980s. This periodical, dedicated to literary and artistic creation by women, gathered many women writers involved in ecological and anti-nuclear struggles. They tied together feminism and ecology, domination of women and domination of nature, all repressed by hyper-capitalism and its desire to appropriate life itself. No magic here, only a radical questioning of the relations of production and reproduction.

« Ni les Femmes
ni la Terre ! »
À la recherche de la convergence des luttes entre féminisme et écologie en Argentine et Bolivie
Ni les Femmes ni la Terre ! est un documentaire tourné en Argentine et Bolivie, au plus près des femmes qui luttent contre le système Monsanto, la destruction de l’environnement par les entreprises extractivistes, les féminicides (meurtres de femmes parce qu’elles sont des femmes). Elles combattent pour le droit à disposer de leur corps, pour un changement de cap des modèles économiques, pour la reconnaissance de leur légitimité et de leur dignité. Elles dessinent des voies pour une révolution écoféministe.

Neither Women nor Earth!
In Search for a Convergence of Struggles in Argentina and Bolivia
Neither Women nor Earth! is a documentary film shot in Argentina and Bolivia, closely following women who struggle against Monsanto and its system, against the destruction of the environment by extractivist corporations, and against “feminicides” (the killing of women because they are women). These activists fight for the right to own their body, to change economic models, to see their legitimacy and dignity recognized. They pave the way for an ecofeminist revolution.

Les autres éducations donnent accès à des fonds, à des champs d’expression sensible n’ayant pas droit de cité, sans dogmatisme. Il s’agit de revaloriser l’incertitude et le désir de fouiller le réel comme mode d’existence, la fragilité comme nécessité de vie. Il s’agit d’arrêter de cloisonner, pour apprendre à marcher en terrain mouvant. Car le […]

Pourquoi la France a-t-elle laissé faire l’orpaillage clandestin des maffias brésiliennes malgré les alertes de sa population amazonienne, qui vit au quotidien ses effets catastrophiques : criminalité, viol et prostitution, mercure meurtrier qui empoisonne les poissons et ceux qui les mangent en affectant la santé des nouveau-nés ? Pourquoi négliger d’assurer en Amazonie et dans les autres […]

Debout avec la terre
Cosmopolitiques aborigènes et solidarités autochtones
De plus en plus de mouvements activistes luttant contre la destruction des milieux de vie, notamment par les industries extractives qui précipitent les transformations climatiques et empoisonnent les eaux et l’air, cherchent des alliances et des sources d’inspiration auprès de peuples autochtones, tels les Aborigènes d’Australie, qui n’ont pas la même vision de la Terre que celle consistant à nier la nature sous prétexte qu’elle aurait succombé aux technologies humaines. Il est proposé ici de répondre à la réduction des ontologies en anthropologie par une « slow anthropology » qui soit « Debout avec la terre », fondée sur une expérience de terrain écosophiquement inspirée des visions et de la créativité des peuples autochtones et de leurs alliés en passant par la SF selon Haraway, Stengers et Meillassoux.

Standing with the Earth
Aboriginal Cosmopolitics and Autochthon Solidarities
More and more activist movements struggling against the destruction of their living environments – especially because of the extractive industries that accelerate the climate change and poison the water and the air, – look for alliance and inspiration in the autochthon people, such as the Aborigines of Australia, whose vision of the Earth is not to deny nature on the pretext that it would have succumbed to human technologies. This article proposes to respond to the reduction of ontologies in anthropology with a “slow anthropology” that would be “standing with the Earth”, a slow anthropology based on a field experience, ecosophically inspired by visions and creativity of the autochthon people and of their allies, and by the Science Fiction according to Haraway, Stengers and Meillassoux.

La question de la technoécologie
Si la nature surgit comme problème ou comme ressource de l’activité technique, c’est qu’elle vient du dehors de la communauté technique qui tisse ses réseaux en relation avec elle. La nature est refus d’être portée complètement à la lumière. La technique s’articule à la nature par la reconnaissance des formes et leur invention permanente. C’est cette inventivité de la nature et de la technique que l’écologie devrait protéger et évaluer par rapport à la capacité de créer des liens productifs entre communautés techniques.

The Techno-Ecological Question
If nature emerges as a problem or as a resource for technical activity, it is because it comes from the outside of the technical community who weaves its networks in relation with it. Nature refuses to be fully exposed to the light of reason. Technicity articulates itself to nature through the recognition of forms and through their permanent reinvention. Ecology should protect and valorize this inventiveness of nature and technicity through its capacity to generate productive links between technical communities.

La grandeur de l’infinitésimal
Nuages de champignons, écologies du néant, et topologies étranges de l’espacetempsmatérialisant
Comment considérer l’unité de l’espace, du temps, et de la matière ? Comme « espacetempsmatérialisant ». Ce terme étrange a été fondu par l’éclair d’Hiroshima. Comme l’anthropologue Joe Masco nous y exhorte, « nous avons besoin d’examiner les effets de la bombe, non seulement au niveau de l’État-nation, mais aussi au niveau de l’écosystème local, de l’organisme, et, finalement, de la cellule ». Dès lors, quels outils d’analyse peut-on utiliser pour comprendre non seulement les enchevêtrements de phénomènes qui traversent les échelles, mais aussi la très itérative (re)constitution et sédimentation des configurations spécifiques de l’espace, du temps, et de la matière ? Comment finir pas comprendre qu’il n’y a pas de séparation entre le niveau micro et le niveau macro, qu’il n’y a pas de petite matière, que l’infinitésimal est grand, que le néant nous presse ?

No Small Matter
Mushroom Clouds, Ecologies of Nothingness, and Strange Topologies of Spacetimemattering
How can we consider the unity of space, time, and matter ? As “spacetimemattering”. This weird word melted when Hiroshima bomb detonated. As anthropologist Joseph Masco urges, “we need to examine the effects of the bomb not only at the level of the nation-state but also at the level of the local ecosystem, the organism, and ultimately, the cell”. Then, what analytical tools might we use to understand not merely the entanglements of phenomena across scales but the very iterative (re)constituting and sedimenting of specific configurations of space, time, and matter ? When and how will we understand that there is no separation between the micro level and the macro level, that there is not any small matter, that an infinitesimal is big, and that nothingness presses us ?

Matières à penser Depuis l’avènement du capitalisme financier, le spéculateur entend donner des leçons de réalisme au politique. Les services, les idées, la conscience et sa capacité d’attention : même l’immatériel se réifie pour pouvoir se vendre et s’échanger – « librement » – à la manière des choses. Il est par conséquent très urgent de renvoyer de la réalité […]