Tous les articles par Emma Bigé

Comprendre et trahir
Huit raisons de mettre en cause les blanchités, par
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Comprendre et trahir
Huit raisons de mettre en causes les blanchités
Cet article présente huit raisons d’interroger de manière critique les « blanchités » (au pluriel) dans le cadre d’un projet collectif mené par des auteurices blanc·hes et non-blanc·hes. Les auteurices soutiennent que le racisme est fondamentalement un « problème blanc » exigeant que les personnes blanches démantèlent activement les structures coloniales et privilèges plutôt que de laisser la lutte antiraciste aux seules personnes racisées. Mettant en garde contre le risque que les études sur la blanchité deviennent contre-performatives – permettant simplement aux Blanc·hes de laver leur conscience sans engager de transformation – les auteurices positionnent leur travail comme un appel à la « traîtrise », s’appuyant sur la devise du magazine Race Traitor : « la trahison de la blanchité est la loyauté à l’humanité ».

Understand & Betray
Eight Reasons to Unsettle Whiteness
This article presents eight reasons for critically examining “whitenesses” (in the plural) as a collective project undertaken by both white and non-white authors. The authors argue that racism is fundamentally a “white problem” requiring white people to actively dismantle colonial structures and privileges rather than leaving anti-racist struggle to racialized populations alone. Warning against the risk that whiteness studies might become counter-performative—merely allowing whites to declare awareness without enacting change—the authors position their work as a call to “betrayal,” drawing on Race Traitor’s motto that “treason to whiteness is loyalty to humanity.”

Persistances blanches, par et

Persistances blanches
Cet article enquête sur la blanchité comme engagement du blanc envers sa propre perpétuation, y compris dans les contextes antiracistes. Les autrices examinent comment la blanchité persiste à travers ce que Sara Ahmed nomme la « non-performativité de l’antiracisme » – des déclarations antiracistes qui protègent plutôt qu’elles ne défient l’hégémonie blanche. L’article s’efforce ensuite de répondre à trois objections courantes aux études critiques de la blanchité, selon lesquelles elles : 1/ induisent la culpabilité, 2/ minimisent les autres racismes, ou 3/ sont elles-mêmes racistes. Rappelant que la culpabilité blanche ne bénéficient qu’à celleux qui se sentent coupables (Audre Lorde, Eula Biss), les autrices considèrent la manière dont les études critiques de la blanchité permettent de construire des coalitions reconnaissant la spécificité du suprématisme blanc au sein du capitalisme racial. Pour elles, comprendre et étudier la blanchité de façon critique signifie ainsi la faire bégayer et trébucher, et, pour finir, l’abolir.

White Persistency
This article investigates whiteness as white’s commitment to its own perpetuation through purification, eradication, occupation and propagation. The authors examine how whiteness persists even in antiracist contexts through what Sara Ahmed calls the “non-performativity of antiracism”—antiracist declarations that protect rather than challenge white hegemony. Addressing three common objections to critical whiteness studies (that they supposedly: 1/ induce guilt, 2/ minimize other racisms, or 3/ are themselves racist), they propose transforming white guilt into white debt (Audre Lorde, Eula Biss), building coalitions that recognize the specificity of white supremacism within racial capitalism, and understanding that studying whiteness critically means making it matter differently—making it stutter and stumble, and finally, to abolish it.

Dévalider, par , , , , , et

Dévalider
Le néologisme dévalider est formé sur le radical « valide » (compris au sens de : validé par le validisme) auquel s’ajoute le préfixe privatif « dé- » (compris au sens de : défaire, déconstruire, détruire). Il reprend et littéralise l’anglais disabled, qui se traduit habituellement en « personne handicapée ». À côté de cette signification ordinaire, les luttes handies se sont emparées du verbe dévalider pour signifier deux aspects contradictoires mais complémentaires. D’un côté, les mondes dévalidés sont les mondes que prépare la lutte anti-validiste, c’est-à-dire une société sans validisme (dé-validé en ce sens qu’il n’est plus rapporté à la norme valide). De l’autre, les mondes dévalidés désignent les mondes que prépare le capitalisme extractiviste, c’est-à-dire des mondes où plus personne ne peut être dit valide (dévalidé en ce sens que tout le monde, bien qu’à des degrés différents, y voit ses capacités déplacées, par exemple en raison de la toxicité de l’atmosphère). Les mouvements pour la justice handie se situent au point de tension entre d’un côté une lutte pour une dévalidation libératrice (contre le validisme qui rend le handicap invivable) et de l’autre une lutte contre la dévalidation forcée (contre l’extractivisme qui exploite la débilitation des vies). Ce texte sert d’introduction à la majeure « Justice handie », qui rassemble des écrits universitaires, militants et poétiques écrits depuis et avec les luttes anti-validistes.

“Dévalider”
The French neologism dévalider
is formed from the radical “valide” (understood as: validated by ableism) to which is added the privative prefix “dé-” (understood as: to undo, deconstruct, destroy). It takes up and translates the English disabled, which is usually translated as “personne handicapée”. Alongside this ordinary meaning, dévalider has been taken up by disability struggles to signify two contradictory but complementary aspects. On the one hand, disabled are the worlds prepared by the anti-ableist struggle, i.e. a society without ableism (“disabled” in the sense that it is no longer related to the ableist norm). On the other hand, disabled designate the worlds prepared by extractive capitalism, i.e. worlds where no-one can be said to be able-bodied (“disabled” in the sense that everyone, albeit to different degrees, finds their abilities displaced, for example due to the toxicity of the atmosphere). Disability Justice movements stand at the point of tension between, on the one hand, a struggle for liberating disability (from the ableist norms that makes disability unlivable) and, on the other, a struggle against forced disablement (by the extractive capitalist world that exploits the debilitation of lives). This text serves as an introduction to the special issue “Disability Justice”, which brings together academic, activist and poetic writings written from and with the anti-ableist struggles.

« Nous sommes la contre-nature qui se défend »
Du sexe et des symbioses, par

« Nous sommes la contre-nature qui se défend »
Du sexe et des symbioses
Les écologies queers sont pleines de créatures indociles, non seulement aux schémas binaires mâle/femelle, hétéro/homo, cis/trans, mais encore aux mondes compétitifs individualistes sur lesquels ces schémas sont fondés. Elles sont ainsi « la contre-nature qui se défend » d’être contre-nature, c’est-à-dire qu’elles montrent que les formes réputées déviantes du genre, de la sexualité, de la parenté et de famille, sont bien plus répandues que les sciences hétéropatriarcales n’ont bien voulu l’admettre. Mais elles sont aussi « la contre-nature qui se défend » contre les assauts du capitalisme extractiviste, en montrant le caractère idéologique des idées de prédation, de lutte pour la survie et pour la transmission du patrimoine génétique individuel. À la place, suivant les leçons de la bactériologie de Lynn Margulis et des théoriciennes queer qui s’en sont inspirées, il s’agit de penser des formes de parentés et de solidarités pour vivre et mourir sur une planète symbiotique.

“We Are Counter-Nature Defending Itself”
Sex and symbioses
Queer ecologies are full of unruly creatures that not only defy the male/female, hetero/homo, cis/trans binary schemas, but also the individualistic competitive worlds on which these binaries are founded. They are thus “counter-nature defending itself” from being counter-nature: they show that forms of gender, sexuality, kinship and family that are reputed to be deviant are far more widespread than heteropatriarchal sciences have been willing to admit. But they are also “counter-nature defending itself” against the onslaught of extractivist capitalism, showing the ideological character of ideas of predation, of struggle for survival and for the transmission of individual genetic heritage. Instead, following the lessons of Margulis’s bacteriology and the queer theorists who drew inspiration from it, this article argues that we need to think of forms of kinship and solidarity for living and dying on a symbiotic planet.

Ouvertures du décolonial à l’âge du Plantationocène, par et

Ouvertures du décolonial à l’âge du Plantationocène
Les leçons du décolonial sont multiples pour celleux qui avaient cru aux récits de la fin des Empires : aux côtés des luttes anticoloniales qui nous ont appris à rejeter les formes les plus directes d’oppression politique et économique, avec les impasses du post-colonialisme et des pensées de l’hybridation, le décolonial fait le jour sur la saisie des imaginaires, des sensibilités et des rationalités par la logique coloniale. À l’ère de la sixième extinction, l’Anthropocène prend le visage d’un âge de la Plantation, où la logique d’appauvrissement et de simplification des naturecultures est partout à l’œuvre. Parce que cette « oxydentalisation » qui coupe le souffle n’épargne personne, il est urgent d’entendre les ouvertures contre-plantationnelle du décolonial.

Decolonial Openings in the Age of Plantationocene
The lessons of the decolonial are multiple for those who believed in the narratives of the end of the Empires : alongside the anti-colonial struggles that taught us to reject the most direct forms of political and economic oppression, with the impasses of post-colonialism and hybridization, the decolonial brings to light the seizure of imaginaries, sensibilities and rationalities by the colonial logic. In the era of the sixth extinction, the Anthropocene takes on the face of an age of the Plantation, where the logic of impoverishment and simplification of naturecultures is at work everywhere. Because this breathtaking “oxidization” spares no one, it is urgent to hear the counter-plantational openings of the decolonial.

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