Archives par mot-clé : colonie

Le virus a imposé la réalité d’une circulation mondiale en même temps que les ravages de la globalisation ultralibérale : tel est le constat largement partagé en cette fin d’année 2020 dans les milieux que je fréquente. Sauf que je m’interroge : serait-ce une raison, au nom des circuits courts qui ont si bon dos, pour adopter […]

Penser que les artistes ces temps-ci continuent de dissoner avec la logique sociale, c’est rester accroché à des images qui ne portent plus, et que ne portent pas non plus ces ingénieux provocateurs déjantés. Tous les jours, on nous demande sur les ondes ce que sera « le monde de demain », comment nous comptons le réinventer. […]

Vivantité

La période que nous venons de vivre a vu préférer le vivant à l’économie, alors que tous les prophètes de malheur tablaient sur un ordre de préférences contraire. Cela m’a rappelé les propos du philosophe africain Patrice Yengo, qui a même inventé le concept de « vivantité » pour parler de la qualité du vivant1 ? À la […]

The Undercommons : extraits
Cet article propose une sélection de bonnes feuilles du livre de 2013 The Undercommons, actuellement en voie de traduction pour une publication française en 2021. Y sont abordés les thèmes de la politique « encerclée » (surrounded), de la gouvernance, du planning et de la policy, de la logistique, ainsi que de ce qui fait de l’étude consacrée aux undercommons une philosophie du toucher.

Excerpts from the Undercommons
This article selects passages from Harney and Moten’s book The Undercommons (2013), focusing on issues related to politics surrounded, governance, planning and policy, logistics, and hapticality, whereby the authors put feeling and touching at the core of their philosophical gesture.

Zone de contact autour d’histoires d’objets mal acquis
L’association Alter Natives a voulu mobiliser autour des enjeux de la restitution d’objets africains des personnes peu enclines à fréquenter les musées qui les conservent. L’expérience se nomme Zone de contact/Objets d’ailleurs. Il s’agit pour des jeunes franciliens d’entrer dans les réserves des musées, de choisir certains objets d’origine non européenne, d’enquêter sur leur biographie pour savoir d’où ils viennent et d’être en mesure d’expliquer leur parcours au reste de la population. Dans ce projet de long terme, ancré sur des territoires divers, la restitution des objets mal acquis n’est donc pas le mobile principal. Ces actions permettent de tester des outils pour établir un autre type de rapport aux savoirs et développer une relation directe avec les populations dont sont issues ces objets, dans leurs pays d’origine, d’Afrique essentiellement.

Contact zone around stories of
ill-gotten objects
The Alter Natives association wanted to mobilize people who are reluctant to visit the museums that preserve them around the issues of the restitution of African objects. The experience is called Contact zone/Objects from elsewhere. It involves young people from the Ile-de-France region entering museum reserves, selecting objects of non-European origin, investigating their biography to find out where they come from and being able to explain their journey to the rest of the population. In this long-term project, anchored in various territories, the restitution of ill-gotten objects is therefore not the main motive. These actions make it possible to test tools to establish another type of relationship with knowledge and to develop a direct relationship with the populations from which these objects come, in their countries of origin, mainly in Africa.

L’affaire des « pouces coupés »
Dispositif non pas d’exposition mais de communication, la « Konkomba Memory Box » est présentée simultanément dans une localité konkomba, à Nawaré au Togo, et au Rautenstrauch-Joest Museum à Cologne, dans le cadre de l’exposition « Resist – Die Kunst des Widerstands (L’art de la résistance) », du 6 novembre 2020 au 14 avril 2021. Ce cadre muséal hors-les-murs n’est pas simplement le réceptacle des informations collectées au cours d’une enquête sur l’actualité du passé colonial, et notamment de sa violence, mais il est aussi l’outil d’une exploration, dont la forme est élaborée, appropriée, discutée et recomposée par l’ensemble des participants, et surtout, par ceux qui aujourd’hui, font leur ce récit. L’affaire des « pouces coupés » illustre bien cette démarche. Il s’agit du débat sur la restitution d’un membre fantôme, celui du pouce de la main droite des archers konkomba dont les descendants actuels affirment qu’il a été amputé par les milices coloniales allemandes (Von Massow) puis françaises (Massu).

The case of the “severed thumbs”
The “Konkomba Memory Box” is not an exhibition but a communication device. It is presented simultaneously in a Konkomba locality in Nawaré, Togo, and at the Rautenstrauch-Joest Museum in Cologne, as part of the exhibition “Resist – Die Kunst des Widerstands (The Art of Resistance)”, from November 6, 2020 to April 14, 2021. This off-the-wall museum setting is not simply a receptacle for information gathered in the course of an investigation into the current events of the colonial past, and in particular its violence, but is the very tool of an exploration whose form is elaborated, appropriated, discussed and recomposed by all the participants, and above all, by those who, today, make this narrative their own. The “severed thumbs” case is a good illustration of this approach. It concerns the debate on the restitution of a phantom limb, that of the thumb of the right hand of the Konkomba archers whose current descendants claim that it was amputated by the German (Von Massow) and then French (Massu) colonial militias.

« Collectif initié en 2013 par deux artistes basés à Kinshasa, nous traversons le vertige des mondes1 ». Ainsi se présentent les Kongo Astronauts. L’équipe est fluctuante, compte entre deux et sept membres selon les besoins et les envies des uns et des autres. Aux commandes : Eléonore Hellio et Michel Ekeba. D’elle-même, Hellio écrit qu’elle « élargit les […]

A lire en ligne
Exoplanètes postcapitalistes

La fin du genre humain est proche. Le mode de production capitaliste dans sa version néolibérale a accumulé plus d’émissions et détruit davantage de biodiversité au cours de ses trente années d’hégémonie que même le fordisme, avec son pétrole bon marché n’avait réussi à le faire pendant les trente glorieuses. L’écocide a même accéléré son […]

Le français, c’est de l’italien mal gaulé
Gauz revient dans cet entretien sur son dernier roman, Camarade Papa, lequel a reçu le Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire en 2018. Il nous ouvre des chemins pour mieux le lire. Celui de raconter une histoire de l’Histoire, à hauteur d’hommes, adultes ou enfants, pleine de beauté, d’idéaux et de liberté. Celui de sortir de la couleur pour retrouver la capacité de ravissement et défendre les façons de parler comme cultures et armes politiques. Celui de nommer la beauté de l’espoir des migrants, qui sont des « super espérants ».

French is lousy Italian
In this interview, Gauz returns on his latest novel, Camarade Papa, who received the Literary Grand Prix of Black Africa in 2018. He opens paths for us to read it better. This invites us to tell a story of History, at the level of men, adults or children, a story full of beauty, ideals and freedom. It also invites us to escape from color in order to to regain a capacity of rapture and to defend the various ways of speaking as cultures and political weapons. It invites us to name the beauty of hope of migrants, who are “super hopefuls”.

L’Europe et les empires-fossiles

L’Europe et les empires fossiles
En essayant d’imposer à la Terre entière son modèle de développement fondé sur les énergies fossiles, l’Europe a contribué fortement au réchauffement de la planète. Dès 1844 en Allemagne, l’Union des pays d’Europe, plutôt de langue allemande, a été perçue comme indispensable à la colonisation concertée du monde. L’Allemagne se voyait comme le centre de cet Empire, auquel la Grande-Bretagne ne pourrait que se rallier. Le premier acte de cet empire européen serait la destruction de l’empire ottoman. Mais l’Union euro-impériale à l’échelle mondiale a été rendue impossible par la dissémination coloniale. Le fantasme impérial n’en continue pas moins de hanter les esprits européens.

Europe and the fossil empires
In trying to impose its fossil fuel-based development model on the whole world, Europe has been a major contributor to global warming. As early as 1844 in Germany, the Union of European Countries, largely German-speaking, was perceived as indispensable to the concerted colonization of the world. Germany saw herself as the center of this Empire, to which Britain could only rally. The first act of this European empire would be the destruction of the Ottoman Empire. But the Euro-imperial Union on a global scale has been made impossible by the colonial spread. The imperial fantasy continues to haunt European minds.

  § 1 : Il faudrait faire l’histoire de notre inattention1. Elle montrerait qu’il existe des formes de vie qui sont incapables de se reconnaître comme des formes de vie. Car c’est cette incapacité qui fait dérailler la langue au point de la faire déraisonner. Une anthropologie de l’inattention est celle d’un mode d’existence qui en […]

  J’en ai vraiment marre de tous les discours que les serviteurs de l’état français débitent dans notre pays, la Polynésie française, comme des crachats sur nos intelligences1. Lors de sa récente visite en janvier 2018 Annick Girardin2, nous a offert une parfaite maîtrise de la perversité intellectuelle des politiques français, véritables virtuoses des détournements […]

Lignes de fuite du marronage
Le « lyannaj » ou l’esprit de la forêt
À la lumière de l’expérience historique du marronnage, des fuites et résistances créatrices des afro descendants dans les Amériques et les îles de l’Océan indien (Réunion, Maurice, etc.), ce texte tente de dégager les enjeux et les différentes dimensions de l’image-concept du « lyannaj » – une expression issue, à l’origine, du créole des Antilles françaises et du vocabulaire du travail esclave. Le modèle végétal de la liane apparaît ainsi comme une des matrices des cosmopolitiques amérindiennes et marronnes.

Leackage lines of the “marronage”
“Lyannaj” or the spirit of the forest
In light of the historical experience of “marronage”, of the leaks and creative resistances of afro descendants in the Americas and islands of the Indian Ocean (Réunion, Mauritius, etc.), this text tries to identify the stakes and different dimension of the concept-image of “lyannaj”—an expression originally derived from the “creole” of the French West Indies and the vocabulary of slave labor. The plant model of the creeper thus appears as one of the matrices of amerindian and “marron” cosmopolitics.

Précarité africaine
Pour une généalogie et une critique
La norme du travail salarié à plein temps n’a jamais réussi à s’imposer en Afrique, pas plus que l’éthique du consumérisme fondée sur l’épargne à long terme. Elle sert pourtant de référence aux projections économiques des leaders nationalistes et aux gouvernements postcoloniaux, ainsi qu’aux politiques d’ajustement structurel de la Banque Mondiale. Il en résulte un maintien des modalités d’exploitation coloniale et une incapacité à proposer une vision de l’économie originale, fondée sur les réalités du continent. La précarité représente de ce point de vue une modalité de résistance, une fuite potentiellement émancipatrice. Cependant, la récente théorisation de la précarité en Europe échoue à proposer un modèle alternatif parce qu’elle s’ancre dans l’impératif du travail. Seuls les discours religieux autorisent d’autres représentations et ils sont dès lors largement mobilisés en Afrique.

African Precariousness
For a Genealogy and a Critique
The norm of full-time wage labor never imposed itself on Africa, nor did a consumer esthics based on long-term savings. It remains nevertheless as the main reference within economic projections of African political leaders, postcolonial governments and structural adjustment policies promoted by the World Bank. The result is a continuation of colonial modes of exploitation and an incapacity to envisage a vision of economics truthful to African realities. Precariousness can thus be seen as a mode of resistance, a potentially emancipatory line of flight. However, the European theorizations of precariousness fail to propose a truly alternative model, since they hang on to the imperative of wage labor. Only religious discourses foster alternative representations, and they are massively mobilized in Africa.

Les involontaires de la patrie
À rebours des politiques indigénistes, ce manifeste appelle à la résistance/rexistence de tous les indigènes du Brésil, qu’ils soient indiens ou non, de tous les pauvres et opprimés natifs de cette terre qui en ont été lentement et sûrement dépossédés par l’État pour en faire des « citoyens » assujetis, exploités, surveillés, assistés. Car pour l’auteur, appartenir à la terre au lieu d’en être propriétaire est ce qui définit l’indigène. Alors, le processus de brésilianisation, qui a commencé par la « désindinisation » des Indiens, n’a eu de cesse de séparer tous les indigènes de leur relation organique à la terre, le sol d’un baraquement de favela ou le jardin d’une arrière-cour, pour en faire des travailleurs ou des soldats. C’est pourquoi la lutte des Indiens est celle de tous les indigènes brésiliens, qu’ils soient pauvres, blancs, noirs, métis, LGBT ou femmes.

The Un-Volunteers of the Fatherland
To the opposite of indigenist politics, this manifesto calls for the resistance/rexistence of all indigenous people living in Brazil, Indian or not, of all the poor and oppressed natives who have been dispossessed of this land by the State, so that they would become submissive « citizens », exploited, watched-over, assisted. According to the author, being indigenous means belonging to a place, rather than owning it. The process of Brazilianization, which started with the dis-indianization of Indians, has persistently separated the indigenous from their relation to their territory, from the floor of their favela shack or from the garden of their backyard, in order to tranform them into workers and soldiers. That is why the Indians’ struggle is the struggle of all of Brazil’s indigenous people, whether they are white, black, mixed-blood, LGBT or women.

Existe-t-il des territoires kanak ?
Depuis plusieurs décennies, la relation fusionnelle des Kanaks avec leur terre ancestrale a été mise en lumière par les sciences humaines. Mais s’agit-il pour autant de territoires, définis d’un point de vue occidental comme des espaces agis, appropriés et délimités par des frontières ? Dans la culture et les langues kanak, le terme de territoire n’existe pas selon cette acception. De la période pré-coloniale, où ils étaient apparentés à un réseau de lieux, de chemins et de géosymboles, jusqu’à la période coloniale, où l’administration a voulu les transformer en réserves, les territoires kanak ont subi de profondes recompositions, qui rendent nécessaires de nouveaux outils conceptuels : ceux de territorialité et de territorialisation.

Are There Such Things as Kanak Territories ?
Social sciences have studied for many decades the fusional relation Kanak people maintain with their ancestral land. But is it really accurate to talk about “territories”, in the Western definition of spaces structured, appropriated and limited by borders ? In the Kanak culture and languages, there is no word to designate territories according to this definition. From the pre-colonial period, when they were perceived as networks of places, paths and geosymbols, to the colonial times, where the Western administration attempted to transform them into reservations, Kanak territories have gone through major recompositions, which call for new concepts, like territoriality and territorialization.

Quand la mine transforme la territorialité kanak & réciproquement
La mine (le nickel) est devenue, en Nouvelle-Calédonie, un « fait social total ». Elle représente la première source de revenus du Caillou après les transferts sociaux de l’État. Si la mobilisation du lien à la terre reste le ressort privilégié des revendications qui émergent à l’interface du développement des activités minières, elle met en avant de plus en plus nettement la nature comme enjeu identitaire. Les contestations qui ont entouré la mise en œuvre du projet minier de Goro-Nickel se sont appuyées sur le droit international des peuples autochtones dans la protection de l’environnement pour contraindre l’industriel à mieux tenir compte des populations vivant à proximité des projets miniers. Ainsi, le fort développement économique lié à l’activité minière ces vingt dernières années n’a pas seulement contribué à transformer les pratiques de la territorialité kanak mais aussi à donner plus de visibilité à des revendications sur la place du monde kanak dans la pratique de la démocratie en Nouvelle-Calédonie.

When Mining Transforms Kanak Territoriality
& Reciprocally
Nickel mining in New Caledonia constitutes a total social fact. It is the first source of revenue after social redistribution by the State. If the mobilization of the relation to the land continues to play a fundamental role in the political claims raised around the development of the mining industries, nature increasingly appears as a crucial reference in terms of identity. The polemics raised by the Goro-Nickel project found support in the rights of indigenous people promulgated by International Law, and manage to force the company to pay attention to the needs of the populations living in the proximity of mining projects. The strong development of industrial mining during the last 20 years not only contributed to transform the practices of Kanak territoriality : they also increased the visibility of the claims concerning the place to be granted to Kanak people in the practice of democracy in New Caledonia.

Pour une éthique du pli

Pour une éthique du pli
Comment se fait-il qu’un corps en vienne à penser qu’il devrait être quelque chose, que le monde devrait être quelque chose, plutôt que d’être purement ce qu’il est ? L’éthique est la manière dont les corps plient le temps en eux-mêmes et, en particulier, la manière dont les êtres plient le futur en eux-mêmes, dans leur devenir relié au monde qu’ils impliquent. Le grand ennemi d’une éthique du pli est l’abstraction, quand nous pensons les corps comme des « objets », comme s’ils étaient de micro-souverains séparés de leur champ.

For an Ethics of the Fold
How is it that a body comes to think it ought to be something, that the world ought to be something, rather than being merely what it is? Ethics is the way in which bodies fold time into themselves and, in particular, the way beings fold the future into themselves, in their becoming and their relation to the world that they enfold. The great enemy of an ethics of the fold is abstraction, when we think bodies as “objects” or as micro-sovereigns severed from their field.

La lutte des Guarani de l’Ouest du Paraná
Dans un territoire occupé au début du XXe siècle par une colonisation agricole d’immigrants européens récents, au détriment des autochtones restés à l’écart du développement jusque-là, un grand barrage a été construit en 1973 au prix d’importants déplacements de populations, qui s’est traduit par un confinement des Guaranis dans des espaces trop exigus.

Guarani Struggles in the West of Paraná
In a territory occupied at the beginning of the 20th century by an agricultural colonization of recent European migrants, at the expense of native people left out of such developments, a large dam was built in 1973, causing major displacements of populations, and confining the Guarani in spaces too narrow to allow for their survival.

Le génocide des Amérindiens d’Amazonie brésilienne
Les politiciens brésiliens, au nom du « développement », laissent envahir par les forestiers et les nouveaux ruraux les terres dont l’usage est garanti aux Amérindiens par la constitution de 1988. Les violences contre les Amérindiens sont permanentes, et les assassinats, objet d’une recension officielle, sont sous-évalués. Les pratiques génocidaires sont liées au maintien du paradigme colonial qui fait de l’expansion territoriale la condition de la croissance.

The genocide of Amerindians in the Brazilian Amazon
In the name of “development”, Brazilian politicians allow for agro — and timber industries to invade land which has been guaranteed to Amerindians by the 1988 Constitution. Violence against Amerindians is permanent and the killings, while officially recorded, remain under-evaluated. These genocidal policies are linked to the persistence of a colonial paradigm which has made territorial expansion a condition to growth.

Camps et campements
Des économies aux principes opposés

Les camps fournissent du travail forcé aux pouvoirs qui les constituent alors que les campements autogèrent des opportunités et des hasards productifs. L’article recense plusieurs cas actuels de camps de travail forcé dans le monde et plusieurs cas historiques d’enfermement de main-d’œuvre qualifiée, utilisée dans l’économie locale. Le recours actuel à l’internement de masse pour contrôler les migrations implique des grandes entreprises et des associations qui en emportent les marchés. Dans les campements au contraire les ressources matérielles mobilisées et monétaires sont limitées mais l’installation est dépendante de ressources sociales et relationnelles suffisantes. Les frontières entre les formes camp et campement, économie formelle et économie informelle sont poreuses, comme l’illustrent quelques exemples en région Île de France.

Camps and Encampments
Two Economies with Contrary Principles

Camps provide forced labor to the powers that institute them, while encampments self-manage productive opportunities and chance meetings. This article surveys several current cases of forced labor camps around the world, as well as several historical examples of locking up qualified workforce, exploited within a local economy. The current management of migrations by mass incarceration involves large firms and associations struggling to win new markets. In encampments, on the other hand, the material and monetary resources mobilized are limited, but the installation depends on available social and relational resources. The distinction between camps and encampments, formal and informal economies, are porous, as illustrated, with a few examples from the Paris region.

Petit traité de navigation dans la langue migratoire
La métaphore liquide s’est imposée au XIXe siècle pour décrire et représenter les mouvements migratoires. Elle conduit à les traiter de manière déshumanisante en termes de canalisation, d’endiguement ou de filtrage. En Chine également, les migrants ruraux sont évoqués comme des vagues d’illégaux flottants. Les images de l’exode des Syriens l’été 2015 mettent en scène naufrages, pluies torrentielles, flaques et quête de l’eau dans les camps. De même, la vision des camps de Calais, puis Grande Synthe, dans la boue, transforme les réfugiés en victimes indifférenciées. Maniée par les migrants la métaphore de l’eau peut-elle se retourner positivement ?

A Small Treatise on Navigating the Language of Migration
The metaphor of liquids has become dominant to describe migrations. It tends to de-humanize migrants, by treating them in terms of canalization, damns and filters — as in China, where they are mentioned as waves of floating illegalities. Images from the 2015 Syrian exodus stage shipwrecks, torrential rains, and quest for drinkable water in camps. In Calais or Grande Synthe, mud turns refugees into undifferentiated victims. In the language of the migrants themselves, can the liquid metaphor be reversed towards positive meanings?

La littérature pour penser l’écologie postcoloniale caribéenne

Outre les millions de déplacés par la traite négrière, la violence inouïe de peuples amérindiens entièrement décimés, les équilibres écologiques écroulés et le rythme sanglant d’un esclavage multiséculaire, l’une des conséquences les plus importantes des colonisations européennes dans la Caraïbe demeure l’apparente disparition de récits. Cet article s’intéresse à la portée décoloniale d’une recherche et genèse de récits écologiques comme des traces de résistance à travers la littérature de cette région.

Literary Conception of Postcolonial Caribbean Ecology

In addition to the millions displaced by the slave trade, the unprecedented violence against Amerindian peoples entirely decimated, to the ecological collapse and to centuries of slavery, one of the most important consequences of European colonization of the Caribbean remains the apparent disappearance of stories. This article focuses on the decolonial scope of the search and genesis of ecological stories as traces of resistance through the literatures of this region.

Manifeste pour des humanités numériques 2.0

Le but visé par ce manifeste, assemblé en 2008 par Jeffrey Schnapp, Todd Presner, Peter Lunenfeld et Johanna Drucker, est d’alimenter le débat sur ce que les humanités peuvent et doivent faire au XXIe siècle, en particulier dans le domaine des luttes culturelles qui sont aujourd’hui largement menées (et gagnées) par les intérêts capitalistes. C’est un appel à affirmer la pertinence et la nécessité des humanités en une époque de coupes budgétaires, alors qu’elles sont plus nécessaires que jamais pour orienter la migration de notre héritage culturel vers des supports numériques, tandis que notre relation aux savoirs et à l’information se transforme d’une façon profonde et imprévisible. Les humanités numériques étudient l’impact social et culturel des nouvelles technologies et jouent un rôle actif dans le design, la mise en œuvre, le questionnement et la subversion de ces technologies.

Digital Humanities Manifesto 2.0

The purpose of this manifesto, assembled by Jeffrey Schnapp, Todd Presner, Peter Lunenfeld and Johanna Drucker in 2008, is to arouse debate about what the Humanities can and should be doing in the 21st century, particularly concerning the digital culture wars, which are, by and large, being fought and won by corporate interests. It is also a call to assert the relevance and necessity of the Humanities in a time of downsizing and persistent requiems of their death. The Humanities are more necessary than ever as our cultural heritage as a species migrates to digital formats. Our relationship to knowledge and information is changing in profound and unpredictable ways. Digital Humanities studies the cultural and social impact of new technologies as well as takes an active role in the design, implementation, interrogation, and subversion of these technologies

1905 : quand l’islam était (déjà) la seconde religion de France

1905 : Quand l’islam était (déjà) la seconde religion de France

L’islam est souvent présenté comme la dernière religion implantée sur le territoire français. Elle aurait été de ce fait absente du paysage religieux français au moment de l’adoption de la loi sur la séparation des Églises et de l’État. Cet article entend battre en brèche ce récit et propose de montrer que la religion musulmane fut largement représentée en France, notamment à travers ses départements algériens, et que des débats eurent bien lieu dès 1905 à propos de l’application de la loi à cette religion. D’ailleurs, là où l’islam était la religion majoritaire dans les territoires de l’Empire colonial, l’État a soit opté pour la solution de l’inapplication de la loi, soit, lorsque la contrainte légale et la discipline républicaine étaient trop fortes, imaginé un régime d’exception exorbitant permettant la poursuite du contrôle de la religion musulmane.

1905: When Islam was (already) the Second Religion in France

Islam is often presented as a new religion in France. This article highlights the presence of Islam in 1905 France, notably in French Algeria, during the debates and the vote of this law. In the colonies where Islam was the dominant religion, the French colonial State decided to exclude it from the new legal framework. In Algeria, three French departments, an exception to French secularism (laïcité) was created in order to maintain state’s control of Islam.

« Doit-on réformer l’islam ? »
Brève histoire d’une injonction

L’article cherche à produire la généalogie de l’injonction faite aux musulmans de réformer l’islam pour s’intégrer aux sociétés laïques européennes. L’hypothèse défendue consiste à montrer que cette injonction s’enracine dans certains aspects de l’histoire coloniale. Ce sont des conseillers de l’Empire français qui considéraient une réforme laïque de l’islam comme la condition sine qua non de l’acquisition de la citoyenneté. La réforme de l’islam était alors censée rendre l’indigène digne d’être citoyen. L’article tente de conceptualiser les résurgences actuelles de cette injonction à la réforme comme le retour d’un spectre qui est plus impérial que colonial.

“Must Islam Be Reformed?”
Brief History of an Injunction

The article is a genealogy of the current injunctions to reform islam so that muslims can be assimilated in secular European societies. The text shows that this injunction is rooted in some aspects of French colonial history. Some eminent members of the French Empire used to consider a secular reform of islam as a prerequisit for the acquisition of citizenship. The reform of islam was then supposed to make the indigenous able to become a French citizen. The article tries to conceptualize this injunction to reform as the return of a spectrum better described as imperial rather than colonial.

Un mal français dès les Lumières
La prohibition de l’islam

Dans la France contemporaine, la question de l’islam implique davantage les non-musulmans que les musulmans car, d’une part, l’islam y a été de façon pérenne réduit à Mahomet, et celui-ci à la violence ; d’autre part, il a été, avec la langue arabe, socialement et politiquement prohibé. Le « bien-fondé » et « l’évidence » de cette situation n’ont de sens que relativement à une certaine idéologie empruntée aux Lumières et au passé colonial français, notamment en Algérie. La production française d’un islam postcolonial de contrebande est donc proprement postcoloniale.

The Blindspots of the Republican
Discourse and the Prohibition of Islam

In France today, the Islam issue involves non-Muslim people more than the Muslims. First Islam is a religion which was regarded – since the French Enlightenment – as led by a violent leader: Mahomet. Secondly, Islam was recently – with the Arabic language – socially and politically prohibited. The “evidence” and the “legitimacy” of such a situation must to be understood in a postcolonial context and as an inheritance of the Enlightenment as well. The French production of a smuggled Islam is actually postcolonial.