Archives par mot-clé : machines

Aujourd’hui, la question énergétique est dans toutes les bouches. Du matin au soir, journalistes, politiciens, ONG se gargarisent de « transition », « de plan de financement pour la troisième révolution industrielle », « d’électricité verte », de « Green New Deal ». Discours qui paraissent salutaires, mais qui servent la soupe quotidienne des grands groupes de l’énergie, dont l’avalanche de récits fait […]

Pour une culture critique de l’IA
L’intelligence artificielle est partout, l’air de rien, pour mieux nous contrôler et nous orienter en douceur. Faut-il se rebeller contre cet état de fait, qui s’impose à nos modes de vie sans la moindre délibération démocratique ? Est-il encore possible ou même souhaitable de jeter ces IA invisibles, voire indiscernables, à la poubelle du numérique ? Ne faudrait-il pas, avant de clamer l’urgence du « danger » qui vient, oser les connaître ? L’enjeu est de construire une culture critique de l’IA, qui associerait artistes, écrivains, chercheurs, ingénieurs, mathématiciens, logiciens, penseurs, philosophes, artisans et bien sûr citoyens dans une même dynamique de réflexion.

For a critical culture  of AI
Artificial intelligence is everywhere, discreetly, to better control and influence us smoothly. Should we rebel against this fact, which is imposed on our lifestyles without the slightest democratic deliberation? Is it still possible or even desirable to throw these invisible AIs, even indistinguishable, into the digital trash? Shouldn’t we, before claiming the urgency of the “danger” that comes, dare to know them? The challenge is to build a critical culture of AI, which would bring together artists, writers, researchers, engineers, mathematicians, logicians, thinkers, philosophers, craftsmen and of course citizens in the same dynamic of reflection.

Alors je me suis résolu à prendre un taxile. Un blob bleu, informe et capitonné, qui ressemblait à une grosse auto-tamponneuse ceinturée de pare chocs élastiques et dont il était inutile de distinguer l’avant de l’arrière. Je me suis vautré dans le fauteuil de cuir, au milieu de ce salon roulant qui singeait on ne sait quoi de vintage. Tout à […]

Compétition symbolique entre  espèces
Animaux / Humains / IA
Comprendre le traitement médiatique, les discours de rêve ou de cauchemar qui accompagnent l’intelligence artificielle, suppose une analyse au prisme de la « triade animalité, humanité, machinité », à même de mettre à jour les projections ontologiques humaines à l’endroit des IA et de ce qui fait souvent figure de contraire dans notre imaginaire : les animaux. Le robot comme figure imaginaire y est un vecteur de dévoilement de l’implicite. Les fantasmes et craintes suscitées par les IA, si élevés et subtils puissent-ils paraître d’un point de vue de bipèdes supérieurs, ne sont peut-être « que » de malines réactions animales face à ce qu’on imagine être un prédateur. Il s’agit simplement d’identifier la menace, or bien souvent elle est humaine. Les humains ne sont-ils pas les meilleurs prédateurs pour eux-mêmes ? Et pour sortir de la métaphore de l’annihilation des humains par les robots, ne se comportent-ils pas envers les animaux de la même façon que ce qu’ils craignent et condamnent dans leur fantasme d’une machine aveugle, sans capacité de réflexion, d’éthique ou de sentiments ?

Symbolic competition between species
Animals / Humans / AI
Understanding the media treatment, the dream or nightmare speeches that accompany artificial intelligence, presupposes an analysis through the prism of the “triad animality, humanity, machinity”, capable of updating the human ontological projections towards the AI and what is often the opposite in our imagination: animals. The robot as an imaginary figure is a vector for the unveiling of the implicit. The AIs ​​fantasies and fears, however lofty and subtle they may seem from a superior bipedal point of view, are perhaps “only” clever animal reactions to what we imagine to be a predator. It’s just a matter of identifying the threat, but very often it’s human. Aren’t humans the best predators for themselves? And to get out of the metaphor of the annihilation of humans by robots, do they not behave towards animals in the same way as what they fear and condemn in their fantasy of a blind machine, without capacity for reflection, ethics or feelings?

Intermède : extrait d’un roman
Le dialogue de Philip K. Dick entre un être artificiel, simulacre de Lincoln, et un humain, milliardaire sans scrupules

– Alors, monsieur, qu’est-ce qu’une machine, demanda le simulacre à Barrows. – Vous en êtes une. Ces gens-là vont ont fabriqué. Vous leur appartenez. Le long visage ridé à barbe noire grimaça un sourire las et amusé. Puis le simulacre toisa Barrows de toute sa hauteur. – En ce cas, monsieur, vous êtes aussi une machine. Car vous avez un Créateur. […]

Dans les imaginaires de l’IA
Du film Her de Spike Jonze à 2001 L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, et des androïdes de Philip K. Dick à l’utopie intergalactique de la Culture de l’écrivain Iain M. Banks, il est impossible de comprendre aujourd’hui l’intelligence artificielle sans s’intéresser à ses puissants imaginaires. Ceux-ci, nourrissant bien des fantasmes de la Silicon Valley, sont essentiels à décrypter pour ne pas les subir, voire pour se les approprier et mieux les détourner, en faire des antidotes contre les multinationales du numérique, puis cultiver grâce à eux nos propres machines rebelles de quelque futur.

In the imaginary of  AI
From the film Her by Spike Jonze to 2001: A Space Odyssey by Stanley Kubrick, and from Philip K. Dick androids to the intergalactic utopia of the Culture of the writer Iain M. Banks, it is impossible to understand artificial intelligence without a strong regard to its powerful fictions. These, nourishing many fantasies of Silicon Valley, are essential to decrypt not to undergo them, even to appropriate them and better hijack them, to make them antidotes against the multinationals of the digital, then to cultivate (thanks to them) our own rebellious machines of some future.

Le troisième âge de l’intelligence augmentée, dite  artificielle
Le constat que faisait Herbert Simon, Prix Nobel d’économie 1978, comme quoi l’IA est très éloignée de l’intelligence humaine naviguant dans un monde incertain, reste plus juste que jamais en 2020. D’abord, l’IA manque de rigueur méthodologique sur la constitution et le traitement des données. Pire : après avoir privilégié le modèle de l’intelligence symbolique, qui a trouvé ses limites, elle prend désormais pour modèle l’intelligence intuitive de l’enfant de moins de 6 ans, qui plus est de façon caricaturale. Ne faudrait-il pas plutôt tenter d’aller vers un troisième âge de l’IA, augmentant nos capacités plutôt que les singeant, et s’appuyant sur tous les ressorts de l’intelligence ?

The third age of augmented intelligence, known as artificial intelligence
The observation made by Herbert Simon, 1978 Nobel Prize in economics, that AI is far removed from human intelligence navigating in an uncertain world, remains more correct than ever in 2020. First, AI lacks methodological rigor on the constitution and processing of data. Worse: after having privileged the symbolic intelligence model, which has found its limits, it now takes as its model the intuitive intelligence of children under 6, what is more in a very crude and cartoonish way. Shouldn’t we rather try to go towards a third age of AI, increasing our capacities rather than mimicking them, and relying on all the springs of intelligence?

Faire de l’IA un instrument et compagnon de musique

Faire de l’IA un  instrument et  compagnon de  musique
Aux initiatives actuelles pour tenter de faire de la musique avec l’intelligence artificielle, par exemple de Google ou des équipes d’Elon Musk, il manque l’essentiel : l’intention artistique et le feedback émotionnel. Telle est l’analyse de Jean-Claude Heudin, chercheur en intelligence artificielle et sciences de la complexité, mais aussi musicien et compositeur qui travaille sur un projet d’IA pour la musique électronique : Angelia.

Make AI a musical instrument and  companion
Current initiatives to make music with artificial intelligence, for example from Google or Elon Musk teams, lack the essential: artistic intent and emotional feedback. This is the analysis of Jean-Claude Heudin, a researcher in artificial intelligence and complexity sciences, but also a musician and composer who is working on an AI project for electronic music: Angelia.

Intermède : extrait d’une nouvelle
Quand le Multivac d’Isaac Asimov vote à notre place grâce à son génie statistique

– Grand-papa, tu as vraiment voté, une fois ? – Tu m’as entendu le dire, n’est-ce pas ? Crois-tu que je voudrais te mentir ? – Non. Mais maman dit que, dans ce temps-là, tout le monde votait. – C’est vrai. – Mais comment est-ce qu’on pouvait ? Comment est-ce que tout le monde votait ? Matthew regarda gravement la petite fille, […]

De la loi des  grands nombres aux grands nombres qui  font  la  loi
IA, jeu de l’imitation et  vote  démocratique
Les affaires de Facebook et de Cambridge Analytica ont révélé aux démocraties la toute-puissance de la manipulation algorithmique. Les IA influencent dorénavant de manière drastique jusqu’au sacro-saint scrutin majoritaire. En ciblant nos affects et les failles de notre jugement, les IA attisent la tyrannie de la majorité. Sommes-nous pour autant condamnés à voir un choix individuel peu assuré dissout dans un choix collectif douteux ? Pour initier une réponse réjouissante qui redonnerait tout son sens au vote, l’article propose de revoir non sans dérision les règles du jeu : Et si les capacités de simulation des IA, au lieu de nous berner, nous aidaient au contraire dans notre jugement de citoyen ? Et si, en dégourdissant la pensée humaine plutôt qu’en la numérisant au moyen de l’IA, la simulation d’un candidat artificiel éveillait une intelligence collective permettant de prémunir les citoyens contre la tyrannie des moyennes ?


From the law of  large numbers to  the  large numbers that  make  the law
AI, imitation game and  democratic voting
Facebook and Cambridge Analytica affairs have exposed democracies to the power of algorithmic manipulation. AI now drastically influences the sacrosanct majority vote. By targeting our affects and the flaws in our judgment, AI fuels the tyranny of the majority. Are we therefore condemned to see an individual choice with little assurance dissolved in a questionable collective choice? To initiate a pleasing response that would restore all meaning to the vote, the article proposes to review not without derision the rules of the game: and if the AI simulation capabilities, instead of fooling us, instead helped us in our judgment of citizen? What if, by stretching human thought rather than digitizing it by means of AI, the simulation of an artificial candidate awakened a collective intelligence making it possible to protect citizens against the tyranny of the average?

Quand les arts détournent l’intelligence artificielle

Quand les arts détournent l’intelligence artificielle
Dans le sillage de Chris Marker ou de Grégory Chatonsky, de plus en plus d’artistes contemporains pratiquent la réappropriation, le détournement, l’usage critique de l’intelligence artificielle. Grand connaisseur des arts numériques, Fabien Zocco est l’un d’entre eux. Il est l’auteur, avec le réalisateur Gwendal Sartre, d’Attack The Sun, film dont des dialogues ont été générés par une IA au cours même du tournage qui suit la dérive d’un youtuber californien paraissant sombrer dans une folie de tuerie. L’enjeu : éprouver « de l’intérieur » des outils contemporains comme l’IA pour « escompter ensuite analyser et déconstruire leurs effets ».

When the arts hijack artificial intelligence
In the wake of Chris Marker or Grégory Chatonsky, more and more contemporary artists practice reappropriation, hijacking and critical use of artificial intelligence. A great connoisseur of digital arts, Fabien Zocco is one of them. He is the author, with the director Gwendal Sartre, of Attack The Sun, film whose dialogues were generated by an AI during the very shooting which follows the drift of a Californian youtuber seeming to sink into a madness of killing. The challenge: to experiment “inside” contemporary tools like AI to “then expect to analyze and deconstruct their effects”.

Intermède : extrait d’un film
Un chercheur décrit l’IA aimante, le robot enfant tout plein d’empathie de A.I. de Steven Spielberg

LE PROFESSEUR HOBBY : Créer un être artificiel est le plus grand rêve de l’homme depuis l’avènement de la science. Et pas seulement depuis le début des temps modernes, quand nos ancêtres ont étonné le monde avec les premières machines pensantes, les monstres primitifs pouvant jouer aux échecs (rires). Quel chemin nous avons fait depuis ! L’être artificiel est une réalité. Une parfaite […]

Pour un design alternatif de l’intelligence artificielle ?
Mené entre septembre 2019 et janvier 2020 par les designers Jürg Lehni et Douglas Edric Stanley au sein du Master Media Design de la Haute École d’Art & Design de Genève (HEAD – Genève), le workshop « Thinking Machines » prend comme point de départ l’automatisation des métiers de la création et le fantasme de machines « pensantes ». Ce projet examine, avec un brin d’ironie, un avenir où les designers seraient en mesure de cultiver les IA et de s’extraire des fantasmes technologiques. En quoi le design pourrait-il contribuer à une critique de la culture dominante de l’IA ? Comment inventer, par les pratiques de design, des alternatives soutenables ?

For an alternative design of artificial intelligence?
Conducted between September 2019 and January 2020 by designers Jürg Lehni and Douglas Edric Stanley within the Head of Research at HEAD–Geneva, the workshop “Thinking Machines” takes as its starting point the automation of creative professions and the fantasy of “thinking” machines. This project examines, with a touch of irony, a future where designers would be able to cultivate AI and extract themselves from the fantasies of technopower. How might design contribute to a critique of the dominant AI culture? How can sustainable alternatives be invented through design practices?

Questionner « l’intelligence » des machines

Questionner « l’intelligence » des machines
La création de « puces synaptiques » qui seraient dotées d’une certaine plasticité ouvre-t-elle la voie à une intelligence artificielle vraiment « intelligente », même si de façon différente des êtres humains ? Ou la nature des avancées de ce type, d’une plasticité à des années lumières de celle du cerveau humain, nous contraignent-elles à beaucoup plus de scepticisme ? Pour la philosophe Catherine Malabou, l’essentiel est de permettre aux deux intelligences, naturelle et artificielle, de s’enrichir l’une l’autre. De ne jamais fermer la voie des possibles, que ce soit par des réflexions philosophiques, des fictions ou des expérimentations.

Questioning the “intelligence” of the machines
Does the creation of “synaptic chips” which would have a certain plasticity open the way to a really “intelligent” artificial intelligence, even if in a different way from human beings? Or do the nature of such advances, from plasticity far away from that of the human brain, force us to be much more skeptical? For the philosopher Catherine Malabou, the main thing is to allow the two intelligences, natural and artificial, to enrich each other, and never to close the path of possibilities, whether by philosophical reflections, fictions or experiments.

De la conServation à  la  conVersation
Le pari de la carte blanche

De la conServation à la conVersation
Le pari de la carte blanche
Nanette Snoep, alors directrice du Grassi Museum für Völkerkunde zu Leipzig (2015-2019) et aujourd’hui à la tête du Rautenstrauch Joest Museum – Kulturen der Welt à Cologne, revient dans cet article sur l’exposition « Megalopolis – Les voix de Kinshasa » (2018) qu’elle accueillit à Leipzig, et sur la manière dont son organisation fut conçue pour donner carte blanche aux commissaires Eddy Ekete et Freddy Tsimba, artistes plasticiens congolais. Les difficultés inhérentes à l’organisation encore dominante aujourd’hui du musée ethnographique, la nécessaire et urgente participation d’acteurs culturels issus des pays d’où proviennent les collections ethnographiques invite à revisiter structurellement son fonctionnement. Comment les musées peuvent-ils devenir des lieux effectifs de décolonisation du savoir et des narrations ? Qui parle et qui parle à qui ? Et comment ? Au lieu d’être un musée confiné à l’exclusive conServation, il devrait se dédier davantage à la conVersation, dans un forum où les objets nous parlent et où les gens se parlent.

From conServation to conVersation
The bet of the carte blanche 
Nanette Snoep, then director of the Grassi Museum für Völkerkunde zu Leipzig (2015-2019) and now head of the Rautenstrauch-Joest Museum – Kulturen der Welt in Cologne, looks back in this article on the exhibition “Megalopolis – Voices from Kinshasa”(2018) that she hosted in Leipzig and how its organisation was designed to give curators Eddy Ekete and Freddy Tsimba carte blanche. The difficulties inherent in the ethnographic museum’s organization, which is still dominant today, and the necessary and urgent participation of cultural actors from the countries from which the ethnographic collections originate, call for a structural revision of its functioning. How can museums become effective places for the decolonization of knowledge and narratives? Who speaks and who speaks to whom? And how? Instead of being a museum confined to exclusive conServation, it should be more dedicated to conVersation, in a forum where objects speak to us and people speak to each other.

Rythmanalyse des relations énergie-société-climat
Partant de la rythmanalyse de Lefebvre, j’examine l’énergétique et la constitution spatio-temporelle du rythme et la manière dont cela met en évidence l’enchevêtrement polyrythmique des flux d’énergie dans la vie quotidienne, ainsi que la relation entre la techno-énergie « artificielle » des systèmes énergétiques et les échanges énergétiques « naturels » des mouvements planétaires, des systèmes écologiques et du fonctionnement des organismes (y compris humains). Je développe une compréhension thermodynamique et matérialiste de l’énergie et du rythme, afin de présenter un certain nombre de propositions et d’explorer les implications pour la poursuite de stratégies de transformation à faible intensité de carbone à l’intérieur et à l’extérieur des systèmes d’énergie.

Rythmanalysis of  energy-societey-climate relationships
Drawing inspiration from Lefebvre’s rhythmanalysis, I consider the energetic as well as the spatiotemporal constitution of rhythm and how this brings into view the polyrhythmic interweaving of energy flows in everyday life, as well as the relationship between the “artificial” techno-energy of energy systems and the “natural” energetic exchanges of planetary movements, ecological systems and organisms (including humans). I follow a thermodynamic, materialist understanding of the energy and of rhythm, in order to outline a number of propositions about energy-rhythm relations and co-dependencies, and in order to explore implications that follow for pursuing strategies of low carbon transformation within and outside of energy systems.

La « part récupérable »
Entre les « mailles » du programme bioéconomique

La « part récupérable »
Entre les « mailles » du programme bioéconomique
La pensée de Nicholas Georgescu-Roegen adresse une question forte aux processus contemporains de transition énergétique. En quoi contribuent-ils à ralentir la « marche de l’entropie » ? Comment faire la différence entre les développements qui prolongent un modèle extractiviste, à fort impact sur l’environnement et le climat, et ceux qui contribuent à renouveler notre rapport aux ressources et à la terre ? L’article invite à poursuivre un geste théorique, engagé par Georgescu-Roegen, qui consiste à raisonner conjointement les liens entre énergie, matière et espace. Pour cela, il tire partie de l’idée simondonienne selon laquelle la mise au point des objets techniques procède moins par « rupture » que par récupération et réexploration d’états antérieurs. Cela attire l’attention sur la façon dont les expériences contemporaines de transition trouvent leurs appuis au travers d’échelles et d’héritages sociospatiaux multiples, et confèrent aux énergies investies par le passé un nouvel élan. De la même façon, tout n’aura pas été perdu si l’on sait retirer des aventures technologiques contemporaines vers les énergies renouvelables les éléments d’une nouvelle culture sociotechnique, qui concrétise un autre rapport aux techniques comme à la terre.

The “recoverable part”
Between the “meshes” of  the  bioeconomic program
The contemporary processes of energy transition are deeply challenged by Nicholas Georgescu-Roegen’s thought. Do these processes contribute or not to slow down the physical process of entropy ? How can we make the difference between the processes of transition that generate new impacts on the environment and the climate, and the ones that effectively contribute to reshape our relationships to the Earth and its resources ? The paper’s proposal is to continue, in the wake of a theoretical effort engaged by Georgescu-Roegen, thinking altogether the relationships between energy, matter and space. To do so, it gets inspiration from Simondon’s approach of the process of technical innovation, which last is less ruled by technological breakthrough but efforts to invent new developments from previous outdated technological assemblages and socio-geographical heritages. From this point of view, all the energies and materialities invested in the current processes of energy transition are not lost if we learn from their uncertain developements some lessons to steer the next experiments ones and make ourselves more conscious of our interrelations with Earth.

Cyber samsāra ou la métempsycose des machines

Cyber samsāra ou la métempsycose des machines
Une forme de transmigration électronique est en train de s’opérer sous nos yeux. Le Dalaï Lama l’a bien compris, apportant récemment sa bénédiction à un grand projet de « téléchargement de l’esprit » (mind uploading). Quel lien entretient ce modèle « numérique » de la transmigration (celui que nous promettent les transhumanistes) avec les formes plus anciennes (brahmanique, bouddhiste, spirite, etc.) ? Aurions-nous déjà opéré notre propre transmigration ? Basculé dans une autre matrice ? Serions-nous tous en train de devenir des esprits sans le savoir ?

Cyber samsāra or the metempsychosis of machines
A form of electronic transmigration is taking place under our eyes. The Dalai Lama has understood this, recently bringing his blessing to a big project of “mind uploading”. What is the link between this “digital” model of transmigration (the one that the transhumanists promise to us) and the older forms (Brahmanic, Buddhist, Spiritual, etc.)? Would we have already done our own transmigration? Switched to another matrix? Would we all be spirits without knowing it?

Le Plantationocène dans la perspective des undercommons
Cet article plaide pour un décadrage et un recadrage nécessaires pour neutraliser certains effets pervers du terme d’effondrement, tout en conservant ses vertus mobilisatrices. Il propose de s’appuyer sur la notion d’undercommons (« communs d’en bas » ou « sous-communs ») avancée par Stefano Harney & Fred Moten en 2013, qui s’inspire des formes de vie et de pensée collectives cultivées au sein de la black radical tradition nord-américaine, par celles et ceux qui sont issu.es des cales esclavagistes de la colonisation plantacionocène.

The Plantationocene from the Point of View of the Undercommons
This article argues for a reframing of the notion of collapse, necessary to neutralize some of its perverse effects, while maintaining its mobilizing virtues. It suggests to draw inspiration from the notion of undercommons, as elaborated by Stefano Harney & Fred Moten in 2013, which is inspired by collective forms of life and thought cultivated in the Black Radical Tradition, by those who came as slaves and subalterns from the hold of Plantacionocene colonization.

Lire et vivre dans les ruines : Tsing et Sebald
À partir du Champignon de la fin du monde d’Anna Tsing, ce texte interroge l’imaginaire résolument optimiste de découverte et de reconquête nourrie par l’attention à ce qui échappe à la destruction, propre à plusieurs travaux récents. Revenant sur la position du chercheur avide de nouveaux récits, soucieux également de ne pas les écraser sous des jugements déterminant a priori ce qui compte et ne compte pas, au risque de les étouffer, l’article invite cependant à ne pas négliger la dimension de perte associée aux catastrophes passées et en cours. À cet égard, il convoque d’autres voix, en dehors des sciences sociales, en particulier celle de l’écrivant allemand W.G. Sebald, lequel accorde une place très importante aux ruines et à la remémoration des mondes perdus, de ce qui a compté pour les disparus, tel l’inlassable effort caractérisant la vie au sein des milieux fragiles.

Reading and Living in the Ruins: Tsing and Sebald
Musing from Anna Tsing’s Mushroom of the End of the World, this article questions the resolutely optimistic imagination of discovery and reconquest nourished by the “arts of attention” to what escapes the destruction, promoted in many recent works. Returning to the position of the researcher eager for new stories, also anxious not to crush or stifle them under judgments determining a priori what should or should not count, the article invites us not to neglect the dimension of loss associated with past and ongoing disasters. In this regard, it calls in other voices, outside the social sciences, especially that of the German writer WG Sebald, who gives a very important place to the ruins and the remembrance of the lost worlds, of what counted for the disappeared, as a tireless effort characterizing life in fragile environments.

De la pluralité des fins du monde :
les voies de
la science-fiction
Des effondrements, la science-fiction en recèle de nombreuses formes et pour une large variété de mondes. Considérer ces immenses productions de romans et de nouvelles, de films, de séries télévisées ou de jeux vidéo comme une simple manifestation d’anxiété ou de désespoir face à notre avenir serait très réducteur. Elles nous familiarisent avec l’éventualité du pire, dans la tradition des « dystopies » ou utopies négatives, mais elles nous permettent surtout d’accorder une visibilité aux conditions d’organisation de collectifs, aux dilemmes moraux pouvant résulter de certaines situations d’effondrement. Le genre SF propose des prototypes et prototopes du futur – de l’ordre de l’exercice de pensée, du dispositif expérimental nous plongeant, via des personnages, décors et situations inventées, dans les si humaines complexités de mondes potentiels de notre « à venir ».

Experiencing the Collapsological Plurality of Science-Fiction
Science-fiction contains many forms of collapsing, relative to a wide variety of worlds. To consider this immense production of novels and short stories, movies, television series or video games as a simple manifestation of anxiety or despair in the face of our future would be very reductive. They familiarize us with the possibility of the worst, in the tradition of «dystopias» or negative utopias, but they also allow to give visibility to the organizational conditions of collectives, to elaborate on moral dilemmas that may result from certain situations of collapse. The SciFi genre proposes prototypes and “prototopes” of the future—as thought-experiments, by plunging us, through characters, sets and invented situations, into the human complexities of potential worlds of our yet to come.

Écrire de l’autre rive
Fictions politiques pour dire la traversée
La littérature porte une voix singulière sur les migrations contemporaines qui endeuillent la Méditerranée. Sont présentées ici plusieurs voix, parfois contradictoires entre elles, qui s’attachent à mettre en récit des trajectoires de migrants. Sylvie Kandé, Gauz, Mohamed Mbougar Sarr, Hakim Bah figurent différentes manières d’écrire des fictions politiques.

Writing from the other side
Political fictions to say the crossing
Literature has a very singular voice among other discourses on the contemporary migrations that cause so many deaths in the Mediterranean Sea. These texts present various voices (some of them contradictory) narrating trajectories of migrants. Sylvie Kandé, Gauz, Mohamed Mbougar Sarr, Hakim Bah experiment different ways of writing political fictions.

Apprentissage – Extinction – Résurrection / Grégory Chatonsky & Ariel Kyrou

Improvisation de l’amateur Ariel Kyrou Apprentissage – Extinction – Résurrection : le corpus spécialement conçu pour ce numéro de Multitudes s’ouvre et se ferme par une Terre aux arcs-en-ciel de bleus et de mauves. Une montagne brisée. Une carte aux lignes accidentées, émaillée de pixels déstructurés et sauvages. Est-ce dans ce paysage à la fois topographique […]

Le hasard clinique ou la crise de la rationalité médicale
L’application médicale de la loi des grands nombres a longtemps effrayé les cliniciens pour sa potentialité à réduire le médecin à n’être « qu’une machine arithmétique » et le patient à n’être « qu’un individu pathologique moyen ». Les enjeux de la prise de décision clinique, qui répondent depuis le xixe siècle à une double exigence de soin et de connaissance ont ainsi engendré une crise de la rationalité médicale. La médecine clinique, en s’efforçant de rendre le hasard positif, a ainsi opposé l’art à la science. En considérant ce conflit dans l’histoire longue de la médecine, cet article en vient à questionner la numérisation de la décision médicale effectuée au moyen de l’I.A. et des big data, d’un point de vue épistémologique comme éthique.

Clinical probabilities or the crisis of medical rationality
The medical application of the law of large numbers has long frightened clinicians for its potential to reduce the physician to be “just an arithmetic machine” and the patient to be “only an average pathological individual”. The issues of clinical decision-making that have responded since the 19th century to a dual requirement of care and knowledge have thus generated a crisis of medical rationality. Clinical medicine, by striving to render chance positive, has thus opposed art to science. By considering this conflict in the long history of medicine, the article comes to question the digitization of the medical decision made by means of A.I. and big data, from an epistemological as well as ethical point of view.

La technique qui donne confiance
L’exemple de
l’imagerie médicale
Faut-il craindre la technique comme un monstre qui dévorerait notre être et qui nous éloignerait du souci de nous-mêmes, en nous réduisant à ne plus être que ses objets ? Faut-il la craindre tout particulièrement pour la médecine qui se donne en confiance aux appareils et aux calculs, sans toujours imaginer à quelle opération de réduction, elle risque, ce faisant, de livrer malades et maladies ? Mais la technique n’est-elle pas d’abord un geste de notre part, un geste provisoire que nous faisons vers nous-mêmes, aussi maladroit puisse-t-il paraître ? Ce geste, l’avons-nous achevé ? Sommes-nous sûrs du sens et de la suite que nous voulons lui donner ? Parmi tous les lieux de technique en médecine qui appellent à réenvisager ces questions, il y en a un emblématique, celui de l’imagerie cérébrale, avec sa prétention à dire notre intimité, sa réalité de faiseuse d’images et notre jouissance à en nourrir notre imaginaire. Devons-nous être dupes ? Ne pouvons-nous voir la technique comme un moyen, non de nous figer, mais de nous chercher et de nous dépasser ? Un moyen de nous révéler, une confiance que nous nous donnons pour cette entreprise ?

The technique that builds confidence
The example
of medical imaging
Should we fear technique as a monster that devours our being and moves us away from our concern for ourselves, reducing ourselves to be nothing more than its objects? Should we fear it especially in the case of medicine, when it puts its trust in devices and calculations, without always imagining which operation of reduction it risks, doing so, to impose upon patients and diseases? But is not the technique first of all a gesture on our part, a temporary gesture that we make towards ourselves, as awkward as it may seem? This gesture, did we finish it? Are we confident about the meaning and the result we want to give it? Among all the places of technical medicine that call for a re-examination of these questions, there is one emblematic domain, that of brain imaging, with its claim to map our intimacy, its image-making reality, and our enjoyment to nourish our imagination with such representations. Should we be fooled? Can we not see technique as a means, not to freeze ourselves, but to seek and overcome ourselves? A way to reveal ourselves, a confidence we give ourselves for this company?

La mort aux trousses
Médecine personnalisée et maintenance prédictive, trousse médicale
et trousse à outils
Dans le milieu aéronautique, il n’est pas impossible qu’un jour la médecine personnalisée soit utilisée pour évaluer la fiabilité des pilotes. La maintenance prédictive, sa sœur jumelle dans l’univers des objets, repose déjà sur le recueil et le traitement des données multiples des avions et des organisations. Médecine personnalisée et maintenance prédictive apparaissent comme des pratiques sociales participant à un double mouvement de rationalisation technique : celui du social entendu comme résultat d’une construction de soi et des autres, et celui du monde vécu sous l’effet de la « désintégrité » des humains. Le facteur humain deviendrait-il alors le critère dominant d’une société sécurisée ?

Prevention kits
Personalized medicine and predictive maintenance, medical kit and toolkit
In the aviation industry, it is not impossible that one day personalized medicine will be used to assess the reliability of pilots. Predictive maintenance, its twin sister in the world of objects, is already based on the collection and processing of multiple data of aircrafts and organizations. Personalized medicine and predictive maintenance appear as social practices participating in a double movement of technical rationalization: that of the social understood as a result of a construction of oneself and others, and that of the lived world under the effect of the « disintegrity » of humans. Would the human factor then become the dominant criterion of a secure society?

Evidence-Based Medicine
et expertise clinique
L’Evidence-Based Medicine (EBM) est définie comme « l’utilisation consciencieuse et judicieuse des meilleures données actuelles de la recherche clinique dans la prise en charge personnalisée de chaque patient ». L’EBM met en œuvre des standards de qualité du plus haut niveau par le tri actif de toutes les études cliniques disponibles. D’un côté, elle remet en question le fondement des savoirs pratiques basé sur l’intuition, l’expérience clinique et le mécanisme des maladies. D’un autre, elle refuse l’autorité des experts et leurs recommandations. Si l’intention de l’EBM d’améliorer la pratique clinique est louable, elle ne peut résoudre la question cruciale de l’expertise clinique. En se concentrant sur les études cliniques, l’EBM oublie que le savoir clinique nécessite de rassembler plusieurs formes de savoirs. Dès lors, il manque à l’EBM une connaissance tacite, non formalisable, qu’elle rejette pour son absence supposée d’objectivité. L’expertise clinique comme incorporation de gestes à la fois intellectuels et techniques nécessite un travail de synthèse entre les connaissances implicites et explicites afin de revenir à son but : le soin au patient dans sa particularité.

Evidence-Based Medicine and Clinical Expertise
Evidence-Based Medicine (EBM) is defined as “the conscientious and judicious use of the best current data of clinical research in the personalized care of each patient”. EBM implements quality standards of the highest level by active sorting of all available clinical studies. On the one hand, it challenges the foundation of practical knowledge based on intuition, clinical experience and the mechanism of disease. On the other hand, it refuses the authority of the experts and their recommendations. While EBM’s intention to improve clinical practice is commendable, it cannot solve the crucial question of clinical expertise. By focusing on clinical studies, the EBM forgets that clinical knowledge requires bringing together several forms of knowledge. Therefore, the EBM lacks a tacit, non-formalizable knowledge, which it rejects for its supposed lack of objectivity. Clinical expertise as an incorporation of both intellectual and technical gestures requires a synthesis between implicit and explicit knowledge in order to return to its purpose: the care of the patient in his particularity.

De la vision médiate en clinique : l’échostéthoscopie

De la vision médiate en clinique
L’échostéthoscopie
La clinique est ce rapport singulier d’un malade qui se plaint et d’un médecin qui l’écoute, pour le soulager, le guérir. Mais elle traverse une période de crise. On annonce même sa mort prochaine ! Étrangement, des progrès technologiques viennent aujourd’hui à son aide, l’incitant à rebondir. Deux cents ans après le stéthoscope, la vision médiate par échographie portable devient réalité et entre en scène pour sonder le corps malade « à son chevet ». Ce visible virtuel émanant de l’examen clinique se fait ainsi visible pour le clinicien, les médecins et malades en général, parce que les images peuvent se partager. C’est pour le clinicien prendre possession d’un espace jusque-là imperméable : la vision ne connaît plus d’interdit, mais n’affirme sa puissance que si elle pénétrée par une belle clinique.

Mediated vision
in the clinical gaze
Echostethoscopy
The clinical relation is the singular encounter between a patient who complains and a doctor who listens, in order to relieve and cure. But it is going through a period of crisis. One even announces his impending death! Strangely, technological advances are now coming to its rescue, prompting it to bounce back. Two hundred years after the stethoscope, the mediated vision by portable ultrasound becomes reality and enters the stage to probe the sick body “at his bedside”. This virtual visible from the clinical examination becomes thus visible to the clinician, doctors and patients in general, because the images can be shared. That means for the clinician to take possession of space that was impermeable until there: the vision penetrates beyond old barriers, but it will only assert its full power if it is permeated by a clinical relation restored to its true beauty.

L’Europe dans les strates du monde numérique
Les différentes institutions européennes sont nées pour résoudre les problèmes de la production du stade avancé du capitaliste ainsi que de son armature géopolitique. Plus qu’un régime d’accumulation, c’est d’abord une infrastructure – au sens marxiste vulgaire – qui permettait une production et une consommation industrielles en Europe et un commerce inégal avec le Sud. Mais que se passe-t-il si ce n’est même plus du capitalisme, mais un nouveau mode de production? Celui qui extrude hors de lui-même une infrastructure très différente, à une échelle planétaire? La question se pose alors de savoir si les anciennes infrastructures institutionnelles de l’Europe peuvent être adaptées à cette nouvelle réalité économique et politique, celle d’un Stack informationnel caractéristique du capitalisme de plateformes.

The European Stack
The various institutions of Europe came into existence to resolve the problems of late-stage capitalist production and its geopolitical armature. More than a polity, it became an infrastructure—in the vulgar Marxist sense—that made possible industrial production and consumption within Europe and unequal trade with the global South. But what if this isn’t even capitalism any more, but a new mode of production? One that is extruding a very different infrastructure out of itself on a planetary scale? The question then becomes as to whether the old infrastructures of Europe can be adapted to a new political economic reality—the Stack theorized by Benjamin Bratton as the “accidental megastructure” of digital globalization.

L’Europe et les empires-fossiles

L’Europe et les empires fossiles
En essayant d’imposer à la Terre entière son modèle de développement fondé sur les énergies fossiles, l’Europe a contribué fortement au réchauffement de la planète. Dès 1844 en Allemagne, l’Union des pays d’Europe, plutôt de langue allemande, a été perçue comme indispensable à la colonisation concertée du monde. L’Allemagne se voyait comme le centre de cet Empire, auquel la Grande-Bretagne ne pourrait que se rallier. Le premier acte de cet empire européen serait la destruction de l’empire ottoman. Mais l’Union euro-impériale à l’échelle mondiale a été rendue impossible par la dissémination coloniale. Le fantasme impérial n’en continue pas moins de hanter les esprits européens.

Europe and the fossil empires
In trying to impose its fossil fuel-based development model on the whole world, Europe has been a major contributor to global warming. As early as 1844 in Germany, the Union of European Countries, largely German-speaking, was perceived as indispensable to the concerted colonization of the world. Germany saw herself as the center of this Empire, to which Britain could only rally. The first act of this European empire would be the destruction of the Ottoman Empire. But the Euro-imperial Union on a global scale has been made impossible by the colonial spread. The imperial fantasy continues to haunt European minds.