Tous les articles par Laugier Sandra

L’antidémocratie et le qualificatif « populiste »

Si le vote britannique de juin dernier sur la sortie de l’Union européenne a suscité des réactions consternées, que dire de celles qui suivent l’élection de Donald Trump à la Présidence des États-Unis contre Hillary Clinton ? Pour ces deux événements, que Trump avait pris soin de lier dans ses discours de campagne, les mêmes explications […]

Le populisme et le populaire

Le populisme et le populaire

La dénonciation du populisme est analysée ici comme une manière de structurer le champ politique selon une certaine distribution des capacités et des incapacités, qui dissout a priori l’objet qu’elle prétend mettre en lumière. À cette attitude s’opposent les usages communs du terme « populaire », en particulier dans les textes de Stanley Cavell sur le cinéma hollywoodien, qui se poursuivent aujourd’hui dans certaines études sur les séries télévisées : dans les deux cas, un parti pris de perfectionnisme démocratique fait apparaître l’ordinaire comme un terreau d’intelligence davantage que comme la banalité du vulgaire.

Populism and the Popular

The denunciation of populism is analyzed as a way to structure the field of politics according to a certain distribution of agencies and capabilities which dissolves its very object, the power of the people. Against such an attitude, references to the “popular”, as illustrated in Stanley Cavell’s writ-ings on film and in current studies on TV series, restore a form of popular agency within the per-spective of democratic perfectionism.

Une République du XXIe siècle

Une République du XXIe siècle

La vision de la République que diffusent ses idéologues contemporains n’est plus celle qu’en donnait Durkheim à l’époque du combat contre l’Église. Une des grandes différences tient à ce qu’elle institue un droit d’entrée à la citoyenneté : ne peuvent prétendre au titre de « vrais » citoyens que ceux qui adoptent et se plient sincèrement aux valeurs de la « nation ». Au contraire de cette définition exclusionniste de la République, accomplir la démocratie, c’est avoir le courage de refuser de n’exclure aucune des multiples voix qui s’expriment – même les plus odieuses. Cela implique aussi de comprendre la nature des phénomènes de domination envers des « minorités », bien au-delà de la seule question « post-coloniale ».

A Republic for the 21st Century

What is currently promoted as the Republican ideal has only little left to do with what Durkheim had in mind when fighting against the grip of the Catholic Church. Today’s advocates of the Republic institute a right of entry to citizenship: the only “true” citizens are those who fully adopt the values of the “Republic”. Against this exclusionist conception of the Republic, democracy can be defined by the courage not to exclude any of the multiple voices expressed in society—even the most disturbing ones. More importantly, this requires us to understand the many forms of domination imposed upon “minorities” which cannot be reduced to mere “post-colonial” issues.

Un romantisme de la démocratie

Dans un texte dédié à Thoreau, Emerson, Stanley Cavell et Terrence Malick, Sandra Laugier décrit un romantisme de la démocratie, nouveau et sceptique, par lequel l’éloignement du monde se résout dans l’appropriation du commun. Voilà qui exige de renoncer au romantisme « européen » de l’exaltation du moi et de l’affect.

A Romanticism of Democracy 
From Thoreau to Malick
In an essay devoted to Thoreau, Emerson, Stanley Cavell, and Terrence Malick, Sandra Laugier describes a new and skeptical Romanticism of Democracy that transforms the distance from the world into the appropriation of the common. Such transformation requires giving up with the “European” Romanticism, its exaltation of the Ego and of the affect.

Capitalismes émotionnels


L’apparition d’une éthique formulée d’une voix différente (Gilligan), et exprimée la plupart du temps par une voix féminine, pose de façon nouvelle la question du rôle des émotions dans la vie ordinaire. L’expansion des services à la personne donne à la gestion des émotions une dimension économique. Le care enjoint de faire pour les autres […]

Dollhouse-Bildungsroman et contre-fiction

La dernière œuvre en date du génial auteur de séries télévisées Joss Whedon, Dollhouse, a eu une vie bien trop brève (2 saisons, 2009-2010) mais reste intellectuellement et moralement marquante. D’abord par le dispositif audacieux de la série : des humains « poupées » au service de la maison du même nom, auxquels on imprime […]

Le commun comme ordinaire et conversation

L’accent mis par quelques philosophes américains (Emerson, Cavell) sur la conversation ordinaire esquisse l’idéal d’une démocratie qui serait non pas celui de la discussion rationnelle, mais celui d’une circulation commune de la parole où personne ne serait sans voix. Les analyses du care comme les analyses féministes sont controversées parce qu’elles font entendre, dans le champ moral et politique, des voix subalternes jusqu’alors disqualifiées. L’attention nouvelle que propose le care est une attention à ce qui constitue ordinairement notre commun, question alors non plus métaphysique ou principielle, mais matérielle (le soutien de la vie, comme fil continu).

The Common as the Ordinary and as Conversation

The emphasis put by American philosophers like Emerson or Cavell on ordinary conversation leads us to consider democracy not so much as a rational debate, but rather as a common circulation of expression, where no-one would be left voiceless. Feminist claims and ethics of care are controversial insofar as they make audible subaltern voices which were previously disqualified. The care approach asks us to be attentive to what constitutes our ordinary common, not on a metaphysical basis, but in its material dimension (the sustaining of our daily life).

L’éthique du care en trois subversions

L’auteur interroge quelques raisons pour lesquelles l’éthique du care a été récemment attaquée, lors de l’introduction du terme dans le débat public. Il a entre autres été suggéré que le care ne serait pas féministe, mais essentialiserait le féminin en lui donnant un contenu moral. Elle vise à montrer que contraire que l’éthique du care est une radicalisation du féminisme, par trois subversions: elle subvertit la définition de la morale (comme partage du bien et du mal, et définition du juste), elle oblige à faire attention à des réalités négligées et par là à nos raisons de les ignorer, et enfin elle rompt le dualisme différentialisme /universalisme.

The Ethics of Care in three subversions

The author discusses some reasons why the ethics of care has recently been contested during the introduction of the term in public debate. It has been suggested among others that the care is not a feminist, but essentializing the feminine giving a moral content. It aims to show that contrary to ethics of care is a radicalization of feminism, three subversions: it subverts the definition of morality (as a sharing of good and evil, and definition of correct), it requires paying attention to Neglected realities and hence our reason to ignore them, and finally it breaks the dualism differentialism / universalism.

Politiques du care

Le mot care, courant en anglais, est à la fois un verbe qui signifie « s’occuper de », « faire attention », « prendre soin », « se soucier de » et un substantif qui pourrait selon les contextes être rendu en français par soin, attention, sollicitude, concernement. Le care est alors compris comme une attitude ou une disposition, et a, en premier lieu, […]

L’éthique comme politique de l’ordinaire

Les éthiques du care, en proposant de valoriser des caractéristiques morales d’abord identifiées comme féminines, ont introduit des enjeux éthiques dans le politique, et mis la vulnérabilité au cœur de la réflexion morale. En cela, elles ont affaibli, par une critique de la théorie de la justice, le lien entre éthique de la justice et libéralisme politique, et rejoignent des éthiques qu’on pourrait appeler « wittgensteiniennes ». Mais elles permettent aussi, par l’attention qu’elles prônent à la vie humaine ordinaire, de créer un nouvel espace de la réflexion politique, que nous définissons ici comme une politique de l’ordinaire dans la lignée de la « philosophie analytique de la politique » que proposait Foucault. Il s’agit alors de mettre en évidence le lien entre notre manque d’attention à des réalités négligées et le manque de théorisation qui les affecte.

Ethics as politics of the ordinary
Ethics as politics of the ordinary
The ethics of care has contributed to revise a dominant conception of ethics, by valuing what has been identified as female morality and by introducing ethical stakes into politics. It has weakended, through its critique of theories of justice, the seemingly obvious link between an ethics of justice and political liberalism, in the same way as other ethical trends, e.g. Those issued from readings of Wittgenstein. They also allow, by their attentiveness to ordinary human life, to open a new space for political thought : something we call here a « politics of the ordinary », following a suggestion by Foucault in his lecture on « Analytical philosophy of politics » (1978). The aim is here to show the connection between our inattentiveness ou carelessness for neglected realities and situations, and the lack of theorization that affects them.

Le modèle américain de la désobéissance civile, de Thoreau à nos jours

Henry David Thoreau (1817-1862) a élaboré simultanément une pensée de l’écologie, de la nature et de la désobéissance par son installation à Walden, le choix de la « vie dans les bois » étant un retour vers une nature perdue, mais aussi un retrait hors de la société. La désobéissance civile se révèle alors, et […]

Laugier Sandra

Professeure de philosophie à l’université Paris-I et directrice du Centre de philosophie contemporaine de la Sorbonne, a publié récemment Le Principe Démocratie. Enquête sur les nouvelles formes du politique (avec Albert Ogien, La Découverte, 2014), Recommencer la philosophie. Stanley Cavell et la philosophie en Amérique (Vrin, 2014), Tous vulnérables. Le care, les animaux et l’environnement (Payot, 2012) et Qu’est-ce que le care ? (avec P. Molinier et P. Paperman, Payot, 2008).