Tous les articles par Kyrou Ariel

Quand le Parlement européen dit non à l’Empire  au nom de l’Internet ACTA est mort le 4 juillet 2012 sur le champ de bataille du Parlement européen et c’est une très bonne nouvelle. Cet Anti-Counterfeiting Trade Agreement (ou en français Accord Commercial Anti Contrefaçon) représente en effet la quintessence de la corruption du processus politique par […]

Le mouvement d’activistes de l’internet
connu sous le nom d’Anonymous partage toute une série de
caractéristiques avec les mouvements
luddites, qui s’opposaient
aux implications socio-économiques
de la machinisation au xixe
siècle. Que nous apprend ce parallèle,
ainsi que les différences qu’il fait
apparaître ? À penser autrement les
rapports entre le nom, le masque, la
fiction et le soulèvement.

The Imaginary
of Anonymous,
from Luddism
to V for Vendetta

The movement known as Anonymous
shares a surprising lot of characteristics
with the Luddite movements,
famous for opposing the socioeconomic
consequences of industrialization
in the 19th century. What
can we learn from this parallel, as
well as from the specificity of each
movement? Another way of understanding
the relations between names,
masks, fictions and uprisings.

L’analyse détaillée d’un jeu vidéo grand public récent qui met en scène la question de l’homme augmenté dans le futur proche de l’année 2027, Deus Ex, Human Revolution, permet de décrypter les ressorts fictionnels de notre imaginaire des nouvelles technologies. Car la technoscience capitaliste transforme littéralement le monde en une sorte de fiction opérationnelle, de laboratoire à ciel ouvert où se testent in vivo des rêves issus de la science fiction. D’où l’importance de répondre à ces fictions en actes par des contre-fictions de toutes natures, littéraires, cinématographiques, vidéoludiques ou artistiques, qui s’imprègnent de cet imaginaire futuriste pour mieux en détourner
les formes et les messages.

Fictions and Counterfictions in the Age of the Cyborg

This analysis of the popular videogame Deus Ex, Human Revolution, which stages augmented human beings in the year 2027, deciphers the fictional imaginary of our new technologies. Capitalist technoscience transforms our actual world into an operational fiction, an open lab where sci-fi dreams are tested in vivo. It is all the more important to respond to such operating fictions, in literature, cinema, videogames, plastic and performing arts, with counterfictions designed to infiltrate and re-route the forms and messages of this futuristic imaginary.

Le rythme d’évolution des technologies est irréductible au cycle de diffusion des innovations, tel qu’il a été formalisé par le sociologue Everett Rogers. Le techno-rythme n’est pas économique, mais culturel. En tant que tel, il est constitué de la multiplicité d’usages, souvent imprévisibles, qui s’approprient et détournent les produits et services, pour parfois les retourner contre le pouvoir. Deux temps forts illustrent ce rythme : 1966-1969, l’explosion psychédélique, et 1986-1989, la naissance de l’acid house.

Techno-rhythm

The evolutive rhythm of technologies is irreducible to the diffusion of innovations cycle, as it has been formalized by sociologist Everett Rogers. The techno-rhythm is not economical, but rather cultural. As such, it consists of the multiplicity of uses, often unpredictable, which misappropriate the products and services, sometimes to turn them against power. Two highlights illustrate this rhythm: 1966-1969, the psychedelic explosion; 1986-1989, the birth of acid house.

En cinquante ans, l’utopie cyborg est devenue une vérité paradoxale de notre planète connectée : de la création du concept à des fins d’exploration spatiale en 1960 à sa concrétisation à l’ère de l’Internet omniprésent en passant par
le manifeste cyberféministe de Donna Haraway en 1985. Son idéal d’hybridation de l’homme et de la machine, de nos mondes intérieurs et extérieurs n’est plus une figure purement spéculative. Il s’agit désormais d’une fiction en actes, se réalisant à des années lumières de la surface chromée des Robocop et autres Terminator de notre imaginaire collectif.

We are all Cyborgs!

In fifty years, the cyborg utopia became a paradoxical truth of our planet connected: creating the concept for space exploration in 1960 to its realization in the age of ubiquitous Internet via the manifest cyberfeminist of Donna Haraway in 1985. Her ideal hybridization of man and machine, our different worlds is no more a speculative figure. It is now and very longer from the chrome surface of Robocop and others Terminator of our collective imagination.

Eloge de la flibuste

Flibustiers de l’art. Flibustiers des institutions. Flibustiers des rues. Meneuse de revue et non d’artistes patentés avec un grand A, Antonio Gallego photographie, peint, dessine, manie les mots, colle et décolle, crée depuis l’aube des années 1980 des sérigraphies et monte ici et là de drôles de maquettes utopiques. Ce curieux personnage, aussi joliment politique […]

Google et le syndrome Hadopi

À ma droite, dans le box des accusés, un sauvage à l’air très propre sur lui. Un Diable américain. Le plus grand des voleurs de l’ère numérique : Google, condamné le 18 décembre dernier par le tribunal de grande instance de Paris pour s’être adonné à des « actes de contrefaçon du droit d’auteur ». À […]

Les dispositifs de la sousveillance contemporaine fonctionnent comme des systèmes automatisés de production individualisée de fictions. Soit une nouvelle forme de contrôle toute pleine de bien-être, qui sonne comme l’écho des intuitions du film Minority Report et des nouvelles les plus joliment paranoïaques de Philip K. Dick. Opposant fiction contre fiction, l’auteur développe l’idée que face à ces nouvelles fictions de sécurité et de consommation à vocation normative qui nous habitent sur un mode hypnotique, il convient de créer des contre-fictions, des créations à même de troubler ce jeu de mise au pas normative de notre à-venir.

Hypnosis to Come, or: How to Use Sci-Fi Fables to Undo the Traps of Underveillance

Techniques of underveillance work as automated systems of individualized production of fictions. We are confronted with a new form control, watching for a well-being perfectly adjusted to the intuitions displayed in Minority Report and in Philip K. Dick’s most delightfully paranoid tales. Playing fiction against fiction, this article analyses how these new tales of security and consumption haunt us in a hypnotic mode. It calls for counter-fictions, in order to inject trouble into this normative alignment of our future.

Ne serait-ce qu’à cause de sa puissance et de ses visées tentaculaires, Google mérite une critique radicale, mais à sa hauteur. Comprendre Google et l’importance qu’il a pris dans notre quotidien suppose un regard allant au-delà du moteur de recherche lui-même et de ses services. L’usage de Gmail et de ses publicités contextuelles comme de Google Street View et de ses rues filmées via un objectif à 360˚ (comme si nous y étions) n’est pas neutre. Sauf qu’en amont de Google, il y a nos désirs. Il y a nos sources d’information et de connaissance, chaque jour en nombre plus démentiel, et moins fiables que jamais du côté des médias classiques… En aval, alors qu’Internet devient peu à peu aussi commun et invisible que l’électricité, se posent les questions des limites des moteurs tels que Google. Et puis il y a nos détournements, nos créations, nos projets individuels ou collectifs…

Beyond Google
If only because of its power and its tentacular expansion, Google deserves a radical critique, but at its height. Understanding Google and the importance it has in our daily lives requires a look beyond the search engine itself and its services. The use of Gmail and its contextual advertising, as well as Google Street View and its streets filmed with a 360˚ angular view (as if we were there) is not neutral. Except that, before Google, our desires exist. The number of sources of information and knowledge grows insanely every day, and at the same time the mainstream media become less reliable. As the Internet becomes as ubiquitous and invisible as electricity, the limits of engines such as Google need to be questioned. And then there’s our fidelity, our creations, our individual and collective projects…

Au-delà de sa technique et de ses usages, qui se veulent modestes, Google a pour carburant un imaginaire démentiel, héritier de l’intelligence artificielle forte de la fin des années 1950. Son symbole pourrait en être la « Singularity University », université d’été qu’il finance à partir de juin 2009 et qui tourne autour du concept de « singularité », développé par le techno-prophète et « transhumaniste » Ray Kurzweil. Selon ce dogme, la vie tient non à la matière mais à son organisation, donc à l’information. L’imaginaire de Google, tel que porté également par sa plate-forme open-source Android pour terminaux mobiles, aboutit à la vision, d’ici une ou deux générations, d’agents personnels d’information de l’ère « Post PC ». Ou encore à une IA Google qui « vivrait » en quelque sorte au travers de personnes robotiques, anges gardiens qui connaitraient tout de nous et pourraient devenir (sans rire) nos « meilleurs amis »…

The mutation of Google android
In addition to its technology and its uses, which are claimed to be modest, Google’s fuel is an insane imagination, heir to the artificial intelligence of the late 1950s. Its symbol could be the «Singularity University», a summer school it funds since June 2009 and which revolves around the concept of «singularity», developed by the techno-prophet and «transhumanist» Ray Kurzweil. According to this dogma, life is not about matter but about its organization, which is information. The imaginary world of Google, and also of its open-source platform for mobile devices called Android, leads to the vision of a post-PC era of personal information agents in one or two generations. Or even to an AI era where Google will « live » in some way through robotic persons, guardian angels who know all of us and could be (no pun intended) our “best friends” …

Kyrou Ariel

A publié récemment L’emploi est mort, vive le travail (avec B. Stiegler, Mille et une nuits, 2015), Ceci n’est pas un blasphème (Inculte, 2015), Google God, Big Brother n’existe pas, il est partout (Inculte, 2010), ABC Dick (Inculte, 2009), Paranofictions (Climats, 2007) et Techno Rebelle (Denoel, 2002). Directeur associé de la société Moderne Multimedias, il est le rédacteur en chef du site Culture Mobile (www.culturemobile.net). Il est le coscénariste du film documentaire Les mondes de Philip K. Dick (2016, Nova Prod / Arte). Membre du collectif de rédaction de Multitudes.