Archives par mot-clé : fiction

À l’heure de la « distanciation » sociale, du danger d’un repli belliciste dans des microstructures faussement invulnérables, de la menace de rupture des interdépendances, du choix de positions solipsistes et identitaires, nous n’avons jamais eu autant besoin de « liens faibles ». Rappelons-nous ce concept, introduit en sociologie par Mark Granovetter en 1973 pour décrire tous les liens […]

Séries

Le confinement a été l’occasion pour beaucoup de découvrir certaines séries télévisées, et d’en revisiter d’autres. Car les séries accompagnent les vies ordinaires, mais sont aussi une ressource ou un refuge en situation extraordinaire. Elles présentent des univers « de réconfort », devenus provisoirement des souvenirs, où les gens vont au café, voyagent, se rencontrent et se […]

Et si la pandémie nous transformait toutes et tous en zombies ? Au premier degré, je me dis : en zombies, car malades à mourir, frappés par le virus que mon nom de famille rejette (Novirus !). Mais au second degré, je m’interroge : et si, face à la peur du Covid 19 et à la danse des morts que […]

En ces temps de pandémie, certains pays poursuivent tranquillement leur voie dictatoriale, enfermant leur population depuis des lustres – Turkménistan, Corée du Nord, etc. – et surenchérissant sur la clôture par souci extrême d’empêcher le virus de pénétrer sur leur territoire national. D’autres, comme la Birmanie, interdisent toute information et répriment journalistes et réseaux sociaux. En Inde, où […]

Les musées ont fermé. Les expositions, les biennales1, les foires d’art, les conférences internationales ont été annulées, tandis que les galeries étaient au bord de la banqueroute, que les artistes, pour certains, ne pouvaient plus accéder à leurs ateliers et que les producteurs culturels2 et travailleurs de l’art indépendants ne disposaient plus de moyens de […]

Virus

Ce virus m’a donné envie de lire le seul roman qui, à ma connaissance, a pris pour titre : Virus. Écrit par l’écrivain de science-fiction américain John Brunner, ce livre est sorti en 1973 aux États-Unis, et trois ans plus tard en France. Auteur du mythique Tous à Zanzibar en pleine folie contre-culturelle de la fin […]

Dans une crise comme celle du Covid 19, il y a les mots des médias, qui durent le temps d’un trimestre ou tiennent le haut-parleur un, voire deux ans. Parlerons-nous encore demain du confinement et du déconfinement ? Puis il y a les mots de nos conversations entre amis. Qui parfois nous surprennent. Chacun y va de […]

Étrange situation de la littérature durant les semaines de confinement… Son économie s’écroule, les éditeurs sont invités à déstocker en annulant des parutions, les librairies crient famine, certains auteurs implorent l’aide de l’État, etc. Et pourtant la littérature, comme forme de vie et de pensée, n’a jamais été autant à son aise : dans sa fonction même […]

Nous sommes là Nous, les Sons Fédérés, nous existons1. Nous sommes à l’écoute du monde. Nous sommes des artisan·es de la création sonore et radiophonique, du documentaire, de la fiction, du field recording 2, des balades sonores, du hörspiel 3, des dispositifs acousmatiques, de l’art radiophonique et sonore, des ateliers sonores, des écoles sonores, de l’écoute, des formations à […]

The Undercommons : extraits
Cet article propose une sélection de bonnes feuilles du livre de 2013 The Undercommons, actuellement en voie de traduction pour une publication française en 2021. Y sont abordés les thèmes de la politique « encerclée » (surrounded), de la gouvernance, du planning et de la policy, de la logistique, ainsi que de ce qui fait de l’étude consacrée aux undercommons une philosophie du toucher.

Excerpts from the Undercommons
This article selects passages from Harney and Moten’s book The Undercommons (2013), focusing on issues related to politics surrounded, governance, planning and policy, logistics, and hapticality, whereby the authors put feeling and touching at the core of their philosophical gesture.

Le parti pris des publics
Au carrefour entre une longue tradition théorique (de Benjamin à Rancière) et le contexte contemporain de la culture numérique, nous nous demandons si nos publics sont pris dans les filets de la production – institutionnelle, marchande, individualiste – ou bien s’ils leur échappent largement en tant que processus attentionnels collectifs animés par un dynamisme et une diffusion imprévisibles.

On the Publics’ Side
In the middle of a long-running theoretical tradition (from Benjamin to Rancière) and within the contemporary frame of our digital culture, we ask ourselves if our publics are caught into the net of production—institutional, commercial, individualist—or rather if they slip away as collective attentional processes lead by unpredictable dynamism and spread.

Trajectoires de relocation du cinéma

Trajectoires de relocation du cinéma
La notion de « relocation » désigne le déplacement historique du visionnage cinématographique vers des milieux et des objets nouveaux. Qu’il s’agisse de regarder une œuvre cinématographique sur une tablette dans un train ou bien d’assister à un match de foot dans la salle domestique d’un home théâtre, la dispersion de l’expérience cinématographique, en cours depuis longtemps, est significativement accélérée par les nouveaux media.

Trajectories of Cinematic Relocation
The notion of “relocation” defines the historical displacement of movie screening practice towards new environments and objects. We could think of a movie watched on our tablet on a train or to a football match watched in a home theatre replicating a cinema venue. The relocation of the cinematic experience, started several decades ago, has been greatly accelerated by new media.

Devenir des spectateurs-programmateurs
Entretien avec Loïc Cloez par Jacopo Rasmi

Devenir des spectateurs-programmateurs ?
Cet échange avec l’association grenobloise À bientôt j’espère retrace un travail singulier de diffusion itinérante de films documentaires qui expérimente depuis plusieurs années des possibilités alternatives de visionnage cinématographique. Comment organiser des milieux conviviaux de rencontre entre publics hétérogènes, non spécialisés et formes cinématographiques méconnues ?

Becoming Spectators-Programmers ?
This interview with À bientôt j’espère, an association from Grenoble, traces back a peculiar work of itinerant distribution of non-fiction movies that has been testing alternative possibilities of cinematic screening for several years. How to set up convivial environments where heterogeneous and non specialized publics would meet unsung films?

Pour une culture critique de l’IA
L’intelligence artificielle est partout, l’air de rien, pour mieux nous contrôler et nous orienter en douceur. Faut-il se rebeller contre cet état de fait, qui s’impose à nos modes de vie sans la moindre délibération démocratique ? Est-il encore possible ou même souhaitable de jeter ces IA invisibles, voire indiscernables, à la poubelle du numérique ? Ne faudrait-il pas, avant de clamer l’urgence du « danger » qui vient, oser les connaître ? L’enjeu est de construire une culture critique de l’IA, qui associerait artistes, écrivains, chercheurs, ingénieurs, mathématiciens, logiciens, penseurs, philosophes, artisans et bien sûr citoyens dans une même dynamique de réflexion.

For a critical culture  of AI
Artificial intelligence is everywhere, discreetly, to better control and influence us smoothly. Should we rebel against this fact, which is imposed on our lifestyles without the slightest democratic deliberation? Is it still possible or even desirable to throw these invisible AIs, even indistinguishable, into the digital trash? Shouldn’t we, before claiming the urgency of the “danger” that comes, dare to know them? The challenge is to build a critical culture of AI, which would bring together artists, writers, researchers, engineers, mathematicians, logicians, thinkers, philosophers, craftsmen and of course citizens in the same dynamic of reflection.

Compétition symbolique entre  espèces
Animaux / Humains / IA
Comprendre le traitement médiatique, les discours de rêve ou de cauchemar qui accompagnent l’intelligence artificielle, suppose une analyse au prisme de la « triade animalité, humanité, machinité », à même de mettre à jour les projections ontologiques humaines à l’endroit des IA et de ce qui fait souvent figure de contraire dans notre imaginaire : les animaux. Le robot comme figure imaginaire y est un vecteur de dévoilement de l’implicite. Les fantasmes et craintes suscitées par les IA, si élevés et subtils puissent-ils paraître d’un point de vue de bipèdes supérieurs, ne sont peut-être « que » de malines réactions animales face à ce qu’on imagine être un prédateur. Il s’agit simplement d’identifier la menace, or bien souvent elle est humaine. Les humains ne sont-ils pas les meilleurs prédateurs pour eux-mêmes ? Et pour sortir de la métaphore de l’annihilation des humains par les robots, ne se comportent-ils pas envers les animaux de la même façon que ce qu’ils craignent et condamnent dans leur fantasme d’une machine aveugle, sans capacité de réflexion, d’éthique ou de sentiments ?

Symbolic competition between species
Animals / Humans / AI
Understanding the media treatment, the dream or nightmare speeches that accompany artificial intelligence, presupposes an analysis through the prism of the “triad animality, humanity, machinity”, capable of updating the human ontological projections towards the AI and what is often the opposite in our imagination: animals. The robot as an imaginary figure is a vector for the unveiling of the implicit. The AIs ​​fantasies and fears, however lofty and subtle they may seem from a superior bipedal point of view, are perhaps “only” clever animal reactions to what we imagine to be a predator. It’s just a matter of identifying the threat, but very often it’s human. Aren’t humans the best predators for themselves? And to get out of the metaphor of the annihilation of humans by robots, do they not behave towards animals in the same way as what they fear and condemn in their fantasy of a blind machine, without capacity for reflection, ethics or feelings?

Dans les imaginaires de l’IA
Du film Her de Spike Jonze à 2001 L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, et des androïdes de Philip K. Dick à l’utopie intergalactique de la Culture de l’écrivain Iain M. Banks, il est impossible de comprendre aujourd’hui l’intelligence artificielle sans s’intéresser à ses puissants imaginaires. Ceux-ci, nourrissant bien des fantasmes de la Silicon Valley, sont essentiels à décrypter pour ne pas les subir, voire pour se les approprier et mieux les détourner, en faire des antidotes contre les multinationales du numérique, puis cultiver grâce à eux nos propres machines rebelles de quelque futur.

In the imaginary of  AI
From the film Her by Spike Jonze to 2001: A Space Odyssey by Stanley Kubrick, and from Philip K. Dick androids to the intergalactic utopia of the Culture of the writer Iain M. Banks, it is impossible to understand artificial intelligence without a strong regard to its powerful fictions. These, nourishing many fantasies of Silicon Valley, are essential to decrypt not to undergo them, even to appropriate them and better hijack them, to make them antidotes against the multinationals of the digital, then to cultivate (thanks to them) our own rebellious machines of some future.

Faire de l’IA un instrument et compagnon de musique

Faire de l’IA un  instrument et  compagnon de  musique
Aux initiatives actuelles pour tenter de faire de la musique avec l’intelligence artificielle, par exemple de Google ou des équipes d’Elon Musk, il manque l’essentiel : l’intention artistique et le feedback émotionnel. Telle est l’analyse de Jean-Claude Heudin, chercheur en intelligence artificielle et sciences de la complexité, mais aussi musicien et compositeur qui travaille sur un projet d’IA pour la musique électronique : Angelia.

Make AI a musical instrument and  companion
Current initiatives to make music with artificial intelligence, for example from Google or Elon Musk teams, lack the essential: artistic intent and emotional feedback. This is the analysis of Jean-Claude Heudin, a researcher in artificial intelligence and complexity sciences, but also a musician and composer who is working on an AI project for electronic music: Angelia.

De la loi des  grands nombres aux grands nombres qui  font  la  loi
IA, jeu de l’imitation et  vote  démocratique
Les affaires de Facebook et de Cambridge Analytica ont révélé aux démocraties la toute-puissance de la manipulation algorithmique. Les IA influencent dorénavant de manière drastique jusqu’au sacro-saint scrutin majoritaire. En ciblant nos affects et les failles de notre jugement, les IA attisent la tyrannie de la majorité. Sommes-nous pour autant condamnés à voir un choix individuel peu assuré dissout dans un choix collectif douteux ? Pour initier une réponse réjouissante qui redonnerait tout son sens au vote, l’article propose de revoir non sans dérision les règles du jeu : Et si les capacités de simulation des IA, au lieu de nous berner, nous aidaient au contraire dans notre jugement de citoyen ? Et si, en dégourdissant la pensée humaine plutôt qu’en la numérisant au moyen de l’IA, la simulation d’un candidat artificiel éveillait une intelligence collective permettant de prémunir les citoyens contre la tyrannie des moyennes ?


From the law of  large numbers to  the  large numbers that  make  the law
AI, imitation game and  democratic voting
Facebook and Cambridge Analytica affairs have exposed democracies to the power of algorithmic manipulation. AI now drastically influences the sacrosanct majority vote. By targeting our affects and the flaws in our judgment, AI fuels the tyranny of the majority. Are we therefore condemned to see an individual choice with little assurance dissolved in a questionable collective choice? To initiate a pleasing response that would restore all meaning to the vote, the article proposes to review not without derision the rules of the game: and if the AI simulation capabilities, instead of fooling us, instead helped us in our judgment of citizen? What if, by stretching human thought rather than digitizing it by means of AI, the simulation of an artificial candidate awakened a collective intelligence making it possible to protect citizens against the tyranny of the average?

Quand les arts détournent l’intelligence artificielle

Quand les arts détournent l’intelligence artificielle
Dans le sillage de Chris Marker ou de Grégory Chatonsky, de plus en plus d’artistes contemporains pratiquent la réappropriation, le détournement, l’usage critique de l’intelligence artificielle. Grand connaisseur des arts numériques, Fabien Zocco est l’un d’entre eux. Il est l’auteur, avec le réalisateur Gwendal Sartre, d’Attack The Sun, film dont des dialogues ont été générés par une IA au cours même du tournage qui suit la dérive d’un youtuber californien paraissant sombrer dans une folie de tuerie. L’enjeu : éprouver « de l’intérieur » des outils contemporains comme l’IA pour « escompter ensuite analyser et déconstruire leurs effets ».

When the arts hijack artificial intelligence
In the wake of Chris Marker or Grégory Chatonsky, more and more contemporary artists practice reappropriation, hijacking and critical use of artificial intelligence. A great connoisseur of digital arts, Fabien Zocco is one of them. He is the author, with the director Gwendal Sartre, of Attack The Sun, film whose dialogues were generated by an AI during the very shooting which follows the drift of a Californian youtuber seeming to sink into a madness of killing. The challenge: to experiment “inside” contemporary tools like AI to “then expect to analyze and deconstruct their effects”.

Questionner « l’intelligence » des machines

Questionner « l’intelligence » des machines
La création de « puces synaptiques » qui seraient dotées d’une certaine plasticité ouvre-t-elle la voie à une intelligence artificielle vraiment « intelligente », même si de façon différente des êtres humains ? Ou la nature des avancées de ce type, d’une plasticité à des années lumières de celle du cerveau humain, nous contraignent-elles à beaucoup plus de scepticisme ? Pour la philosophe Catherine Malabou, l’essentiel est de permettre aux deux intelligences, naturelle et artificielle, de s’enrichir l’une l’autre. De ne jamais fermer la voie des possibles, que ce soit par des réflexions philosophiques, des fictions ou des expérimentations.

Questioning the “intelligence” of the machines
Does the creation of “synaptic chips” which would have a certain plasticity open the way to a really “intelligent” artificial intelligence, even if in a different way from human beings? Or do the nature of such advances, from plasticity far away from that of the human brain, force us to be much more skeptical? For the philosopher Catherine Malabou, the main thing is to allow the two intelligences, natural and artificial, to enrich each other, and never to close the path of possibilities, whether by philosophical reflections, fictions or experiments.

Restituer = relier, habiter
La pensée cosmopolite de  Felwine  Sarr

Restituer = relier, habiter
La pensée cosmopolite de Felwine Sarr
On connaît Felwine Sarr pour la publication de son rapport sur les restitutions d’objets d’arts africains, codirigé avec Béatrice Savoy et paru en 2018. On connaît moins son œuvre poétique, fictionnelle et philosophique. Cet article entend resituer sa réflexion sur la restitution dans une pensée plus vaste sur la relation, où l’objet d’art est entendu comme un « passeur de cultures », ainsi que dans une pensée du lieu, éminemment locale et cosmopolite tout à la fois.
 
To restore = to connect, to live
Felwine Sarr’s cosmopolitan thinking
Felwine Sarr is known for the publication of his report on the restitution of African art objects, co-directed with Béatrice Savoy and published in 2018. His poetic, fictional and philosophical work is less well known. This article seeks to place his thinking on restitution within a broader reflection on the relationship, where the art object is understood as a “cultural courier” and in a thought of place, eminently local and cosmopolitan at the same time.

Dans une de ses 24 propositions au moment des dernières présidentielles1, Multitudes soulignait déjà la nécessité impérative pour la société de mieux défendre les lanceurs d’alerte. Que les salariés notamment puissent rendre publiques sans dommages pour eux-mêmes toutes les malfaçons et magouilles que leurs entreprises les forcent à commettre constituait déjà un saut décisif dans […]

« Collectif initié en 2013 par deux artistes basés à Kinshasa, nous traversons le vertige des mondes1 ». Ainsi se présentent les Kongo Astronauts. L’équipe est fluctuante, compte entre deux et sept membres selon les besoins et les envies des uns et des autres. Aux commandes : Eléonore Hellio et Michel Ekeba. D’elle-même, Hellio écrit qu’elle « élargit les […]

Comment conserver
des  futurs énergétiques ouverts ?
17 ateliers européens de  storytelling
Dans le cadre du projet européen Shape Energy, des ateliers multipartites destinés à faire émerger des scénarios autour de futurs énergétiques désirables ont été organisés autour de problématiques locales en partenariat avec dix-sept villes européennes. Revenir sur ces différentes expériences convie à interroger deux des résultats. Le premier est celui de la méthode utilisée, le storytelling. Le deuxième est celui des thématiques traitées et des questions sous-jacentes.

How to keep futures  open?
Multi-stakeholders workshops
of storytelling
As part of the European project Shape Energy and in partnership with seventeen European cities, multistakeholders workshops aiming at bringing out desirable futures have been organized around local energy issues. To get back to these different experiences invites us to question two of the results: the first is the method used to bring out those scenarios: the storytelling. The second deals with the underlying issues of those workshops.

A lire en ligne
Exoplanètes postcapitalistes

La fin du genre humain est proche. Le mode de production capitaliste dans sa version néolibérale a accumulé plus d’émissions et détruit davantage de biodiversité au cours de ses trente années d’hégémonie que même le fordisme, avec son pétrole bon marché n’avait réussi à le faire pendant les trente glorieuses. L’écocide a même accéléré son […]

Liliana Porter + Ana Tiscornia. Coup de foudre

Y a-t-il un lien entre relation amoureuse et pratique artistique ? J’ai posé cette question à deux artistes qui font quotidiennement l’expérience de la capacité d’agir de l’intime dans leur pratique artistique. Il s’agit de Liliana Porter et d’Ana Tiscornia, deux artistes d’Amérique latine, installées à New York. En 1990, elles se rencontrent à Cuba lors […]

Est-il trop tard
pour l’effondrement ?
Cette introduction invite à décadrer et à recadrer la thématique de l’effondrement, popularisée et médiatisée par la théorie dite « collapsologie », vers le plan des acteurs, des terrains, des temporalités, et des régimes d’énonciation. Nous appelons à documenter empiriquement ce que fait l’effondrement, et ce qu’en font celles et ceux à qui cette idée « fait » quelque chose. En effet, l’effondrisme pose la question des façons de se positionner non pas uniquement par rapport à une théorie, mais également par rapport à des expériences individuelles et collectives. Le dossier vise à comprendre comment la réception de la « collapsologie » donne lieu à des jeux complexes entre désemparement et capacités d’agir. L’atterrissage sur un sol anthropocénique de plus en plus critique mérite une décisive discussion collective. L’hypothèse de cette majeure est que les expériences effondristes ont une valeur d’expérimentation à cet égard, notamment en créant un zone discursive et praxique où des cultures et des expériences politiques différentes sont amenées à se rencontrer et à collaborer.

Is it too late for collapse?
This introduction invites the reader to displace and reframe the theme of collapse—which currently receives heavy media coverage—towards a sociological approach to the actors, the places, the temporalities and the regimes of discourse. We claim the need empirically to document what collapse does to people, what people do with it, once they are touched by this idea. Collapsology calls for people to position themselves not only in relation to a theory but, more importantly, in relation to individual and collective experiences. This issue attempts to understand how the reception of collapsology provides a location for complex interplays of disarray and empowerment. Landing on an and ever more critical Anthropocenic ground deserves collective discussion. This issue promotes the hypothesis that collapsological experiences provide occasions for experimentations, by creating discursive and practical zones where different political cultures and practices can meet and collaborate.

L’effondrement vu d’en bas et la science-fiction d’Octavia Butler

L’effondrement vu d’en bas et la science-fiction d’Octavia Butler
« Nous sommes tous sur le même bateau », s’écrient les collapsologues, comme s’il s’agissait d’un scoop. Seulement, ces catastrophes annoncées, ou déjà bien amorcées, sont principalement causées par l’Occident et son système économique destructeur. Il s’agit ici de s’interroger sur l’effondrement en adoptant une perspective inversée et d’exposer la démarche de l’autrice de science-fiction Octavia Butler et des continuatrices de son œuvre, qui excellent à rendre possible des histoires alternatives. L’effondrement peut être l’occasion rêvée de changer d’angle et d’échelle et de revenir à l’essentiel.

Collapse Viewed from Below Along with Octavia Butler’s Sci-Fi
«We are all on the same boat,» exclaim the collapsologists, as if it were a scoop. Only these announced (or already well-established) disasters are mainly caused by the West and its destructive economic system. The aim here is to question the notion of collapse by adopting an inverted perspective, as provided by the science-fiction writings by Octavia Butler and the continuators of her work, who excel at making alternative stories possible. The collapse may be the perfect opportunity to change your viewpoint and scales of consideration, and to get back to basics.

De la pluralité des fins du monde :
les voies de
la science-fiction
Des effondrements, la science-fiction en recèle de nombreuses formes et pour une large variété de mondes. Considérer ces immenses productions de romans et de nouvelles, de films, de séries télévisées ou de jeux vidéo comme une simple manifestation d’anxiété ou de désespoir face à notre avenir serait très réducteur. Elles nous familiarisent avec l’éventualité du pire, dans la tradition des « dystopies » ou utopies négatives, mais elles nous permettent surtout d’accorder une visibilité aux conditions d’organisation de collectifs, aux dilemmes moraux pouvant résulter de certaines situations d’effondrement. Le genre SF propose des prototypes et prototopes du futur – de l’ordre de l’exercice de pensée, du dispositif expérimental nous plongeant, via des personnages, décors et situations inventées, dans les si humaines complexités de mondes potentiels de notre « à venir ».

Experiencing the Collapsological Plurality of Science-Fiction
Science-fiction contains many forms of collapsing, relative to a wide variety of worlds. To consider this immense production of novels and short stories, movies, television series or video games as a simple manifestation of anxiety or despair in the face of our future would be very reductive. They familiarize us with the possibility of the worst, in the tradition of «dystopias» or negative utopias, but they also allow to give visibility to the organizational conditions of collectives, to elaborate on moral dilemmas that may result from certain situations of collapse. The SciFi genre proposes prototypes and “prototopes” of the future—as thought-experiments, by plunging us, through characters, sets and invented situations, into the human complexities of potential worlds of our yet to come.

Penser l’iconotexte de l’effondrement
Comment figurer visuellement les effets des bouleversements qui marquent notre entrée collective dans l’Anthropocène ? Comment saisir l’imminence de ces transformations, sans verser dans une forme de voyeurisme de la catastrophe qui, en se soumettant aux formes du spectaculaire, stérilise toute forme d’action efficace au lieu de la favoriser ? Peut-être en cherchant des images en creux, des images inquiètes, incomplètes, qui suscitent l’interrogation et l’exercice projectif de la pensée et de l’imagination : des images qui ne représentent pas les effets des bouleversements, mais les laissent flotter à la lisière de la représentation. On voudrait ainsi définir les contours possibles d’un iconotexte de l’effondrement qui constitue un nouveau régime d’articulation du visible et du lisible, propre à l’imminence des transformations qui nous guettent.

Thinking Through the Iconotext of Collapse
How can one visualize the effects of the upheavals that mark our collective entry into the Anthropocene? How can one grasp the imminence of these transformations, without falling into the traps of a voyeurism which, by submitting itself to the forms of the spectacular, would sterilize any form of effective action, instead of favoring it? Perhaps by searching for hollow images—worried, disquieting, incomplete images that provoke the interrogation and the projective exercise of thought and imagination: images that do not represent the effects of the upheavals, but leave them floating at the edge of representation. We would like to define the possible contours of an iconotext of collapse which could constitute a new system of articulation between the visible and the legible, peculiar to the imminence of the transformations which are ahead of us.