Archives par mot-clé : communauté

À l’heure de la « distanciation » sociale, du danger d’un repli belliciste dans des microstructures faussement invulnérables, de la menace de rupture des interdépendances, du choix de positions solipsistes et identitaires, nous n’avons jamais eu autant besoin de « liens faibles ». Rappelons-nous ce concept, introduit en sociologie par Mark Granovetter en 1973 pour décrire tous les liens […]

Chasseurs de virus

Le 9 avril, un jeune Yanomami meurt du Covid 19 dans l’État de Roraima. Cette mort ravive une douleur profondément ancrée dans la mémoire et dans les corps des Yanomami : les épidémies liées aux projets de colonisation puis de modernisation du Brésil. Dans La Chute du Ciel, le chaman yanomami Davi Kopenawa raconte à l’anthropologue Bruce Albert […]

Et si parler de « catastrophe » à propos du Covid 19 et du confinement qui s’en est suivi, dans le monde de la culture où j’ai pas mal d’accointances, servait de pare-feu à une sorte de déni quant aux dérives de l’état d’avant, tout sauf idéal ? Une amie, responsable d’un petit festival, m’avertit : « Je ne suis pas […]

Cela fait depuis le début de l’après-midi que je participe à une « marche pacifique » dans Brooklyn, où j’habite. Je suis sur mon vélo, sur les flancs de cette marche, pour raison de « distance sociale ». La veille j’ai été prise dans une débandade et je me suis promis d’être plus attentive par rapport au Covid. À […]

1° « Nos aînés » : cette expression a été employée plusieurs fois par Emmanuel Macron, lors de sa visite dans un EHPAD le 6 mars 2020, puis dans son discours aux Français le 12 mars. Elle a été reprise par Édouard Philippe, puis par des journalistes. Les politiques en font une utilisation oxymorique étonnante : « Nos aînés » inspirent le respect […]

La santé est un bien commun. Au début de l’automne 2020, cette phrase trotte encore, dans ma tête de linotte, comme un mantra souriant. À la mi-mai, lorsqu’un sbire de Sanofi a osé affirmer qu’en termes de vaccin, les payeurs états-uniens seraient les premiers servis, de l’Élysée à la rue de Solferino en passant par […]

Au moment même où ils coupaient le circuit des flux économiques et sociaux, les gouvernements de la moitié de la planète suspendaient toute règle budgétaire et se lançaient dans une création monétaire massive. En un clin d’œil, on est passé de la nécessité de réduire la dette publique à l’urgence de promouvoir son « accroissement1 ». Avant […]

Entre les listes mail, les tribunes sur les journaux et les discours institutionnels, ces derniers temps, je n’entends parler que des « leçons à tirer » de l’épidémie du Covid 19. Même le Président semble s’y plier. Il avoue à mi-voix quelques lacunes et se déclare prêt à quitter la chaire magistrale pour regagner les rangs des apprentis. […]

Indiscipline

Bienvenue dans votre nouvelle UniverCité. Vous la reconnaissez sans doute : ses murs n’ont pas changé. Et pourtant ! Après des mois de fermeture et de « distanciel », nous voilà. Chères étudiantes, chers étudiants, vous n’avez pas été dupes de la prétendue « continuité pédagogique ». Depuis vos situations respectives de grande précarité ou d’intense connectivité, vous avez bien senti […]

Cosmocide

Là à l’ouest des tabous Là dans votre verre de thé Là au nord-est de votre conscience Là dans les hanches du pain quotidien Vous avez vu sur vos gratte-ciel, sur mes jazz gratte-ancêtres La raison carbonique et le feu doré Du cosmocide1. « Cosmocide ». En 1973, ce mot fait son apparition chez Sony Labou Tansi […]

Ces jours, nos vies sont enveloppées séparément. Kenneth Bailey et Lori Lobenstine Je suis né dans un temps de distance sociale. Fred Moten L’ultime fantasme distantiste. John Lee Clark John Lee Clark fait partie d’une communauté de SourdsAveugles qui se battent pour leur vie. « La façon dont de nombreuses cultures ont évolué sur la base presque exclusive de […]

La lutte actuelle de milieux universitaires contre le projet de Loi pluriannuelle de programmation de la recherche (LPPR) respecte un rituel désormais bien connu. Nos différents gouvernements successifs (UMP, LR, PS, LREM) sortent de leur manche une « réforme » censée améliorer la « compétitivité » de la recherche et des universités françaises par rapport à leurs concurrentes étrangères. […]

The Undercommons : extraits
Cet article propose une sélection de bonnes feuilles du livre de 2013 The Undercommons, actuellement en voie de traduction pour une publication française en 2021. Y sont abordés les thèmes de la politique « encerclée » (surrounded), de la gouvernance, du planning et de la policy, de la logistique, ainsi que de ce qui fait de l’étude consacrée aux undercommons une philosophie du toucher.

Excerpts from the Undercommons
This article selects passages from Harney and Moten’s book The Undercommons (2013), focusing on issues related to politics surrounded, governance, planning and policy, logistics, and hapticality, whereby the authors put feeling and touching at the core of their philosophical gesture.

Fanny Durand présente deux séries de pièces, la première plus ancienne revisite les ornements des uniformes militaires, la seconde exhume les images oubliées des Amazones des temps présents. Les bijoux L’artiste s’intéresse aux bijoux de ces messieurs, ceux qu’ils arborent sur leurs tenues militaires. Ces guerriers s’honorent de porter de telles parures qui les distinguent, […]

Le parti pris des publics
Au carrefour entre une longue tradition théorique (de Benjamin à Rancière) et le contexte contemporain de la culture numérique, nous nous demandons si nos publics sont pris dans les filets de la production – institutionnelle, marchande, individualiste – ou bien s’ils leur échappent largement en tant que processus attentionnels collectifs animés par un dynamisme et une diffusion imprévisibles.

On the Publics’ Side
In the middle of a long-running theoretical tradition (from Benjamin to Rancière) and within the contemporary frame of our digital culture, we ask ourselves if our publics are caught into the net of production—institutional, commercial, individualist—or rather if they slip away as collective attentional processes lead by unpredictable dynamism and spread.

Créer des publics
Cet article commence par survoler quelques définitions possibles de ce que sont « les publics », et en quoi on peut les considérer non en termes de données, mais en termes de réalités construites par des infrastructures de médiation. Il envisage ensuite quelques-unes des modalités possibles de l’instauration des nouveaux publics dont nos sociétés auraient besoin pour mieux réaliser leurs idéaux démocratiques.

Creating Publics
This article begins by outlining some possible definitions of what “publics” are, and how they can be considered not in terms of preexisting audiences, but in terms of realities constructed by infrastructures of mediation. The paper then considers some possible ways of creating the new publics that our societies need better to realize their democratic ideals.

Pour un droit du public à entendre
Plutôt que d’abandonner ou d’écraser l’idée de la liberté de la presse – en la considérant comme naïve ou anachronique – mon but est de la faire revivre et de la redéployer pour plaider en faveur d’une valeur normative particulière : le droit du public à entendre. Je prétends que l’image dominante, historique et professionnalisée de la liberté de la presse – généralement définie comme toutes les libertés dont doivent bénéficier les journalistes pour poursuivre un intérêt public évident – privilégie le droit individuel à la parole sur le droit du public à entendre, alors que ce dernier mérite d’être remis au cœur de nos débats.

From Freedom of Expression to a Public Right to Hear
Rather than abandoning or collapsing the idea of press freedom—seeing it as naive or anachronistic—my aim is to revive and redeploy it (…) in order to argue for a particular normative value—a public right to hear. I claim that the dominant, historical, professionalized image of press freedom—as whatever journalists say they need to be free from to pursue self-evident public interest—privileges an individual right to speak over a public right to hear, while this latter deserves to be claimed as central to our networked press freedom.

Improbables publics
Quatre figures d’agentivité sonique
Si les publics improbables sont, fondamentalement, des publics faibles, ils nous surprennent aussi – et c’est leur principal cadeau, leur caractère exemplaire. Par un art de la transgression, ils rappellent combien la vie publique est une affaire commune, façonnée par les gens à certains moments, en certains lieux, animés par la lutte et l’imagination, et par la joie de se découvrir les uns les autres. Cet article identifie quatre figures d’agentivité sonique pratiquées par ces improbables publics : l’invisible, l’entendu par-dessus l’épaule, l’itinérant et le faible.

Unlikely Publics
Four Figures of Sonic Agency
While unlikely publics are, fundamentally, weak publics, they also surprise us—that is their gift, their example. Through an art of trespass, they remind how public life is a shared matter, crafted by people at certain moments, in certain places, driven by struggle and imagination, and the joy of discovering each other. This article identifies four figures of sonic agency practices by unlikely publics: the invisible, the overheard, the itinerant and the weak.

Le public des vidéos « ASMR »
Des sentinelles sensibles ?
La recherche d’une mystérieuse sensation appelée « ASMR » donne lieu à une production de plus en plus imposante de vidéos, spécifiquement dédiées à un public qui y serait sensible. Dans ces vidéos, un guide – souvent une jeune femme – joue avec différentes matières qu’elle fait résonner, notamment en touchant directement l’appareillage technique pour faire mine de caresser le futur regardeur. L’ASMR comme phénomène socio-technique est-elle le produit d’un système économique qui désunit et fractionne les êtres en les couplant avec leurs ordinateurs plutôt qu’avec des humains, ou ouvre-t-elle la voie à une forme de résistance sur le réseau, où le corps sentant répond à la résonance concrète de la matière ?

The ASMR Public
Sensible Sentries ?
The search for a mysterious sensation called “ASMR” fosters a more and more important production of videos for a specific public sensible to such inputs. A guide—often a young lady—plays with different matters in order to make them resonate and strokes directly the recording devices as if she was stroking the coming spectator. Is “ASMR” just the product of an economic system separating the people through the technology or rather a way of physical resistance against the network ?

Netflix :
une télé ameliorée ?
Si on analyse les stratégies publicitaires de la plateforme Netflix il devient possible de mieux comprendre le modèle de spectateur que celles-ci façonnent. En étudiant la comparaison avec la chaine câblée HBO mais aussi le matériel de la campagne promotionnelle TV Got Better, nous observons les promesses que Netflix adresse à son public potentiel (plénitude, participation, prestige et personnalisation) ainsi que son encouragement des pratiques de visionnement « en rafale ».

Netflix :
TV got Better ?
If one analyzes the promotional strategies of Netflix, it’s possible to grasp the model of spectatorship that such strategies outline. While studying the comparison with subscription cable channel HBO and promotional materials such as TV Got Better campaign, we observe the promises that Netflix offers to its public (plenitude, participation, prestige and personalization) as well as the way it spreads binge watching practices.

#MeToologies ou les ciseaux de Vanessa Springora
Le patriarcat au singulier est une construction mythique permise aujourd’hui par la concision et la répétition du message numérique. L’heure est plus que jamais à l’opposition binaire des catégories et à la concurrence entre mouvements. Le mouvement #MeToo a été lancé en 2007 par une femme noire devenue vice-présidente de la fondation Girls for Gender Equity. Il s’agit de construire une communauté de plaignantes, un groupe d’assujetties au binarisme genré, au modelé médiatique des visages de stars, et d’entonner une véritable ode aux méfaits du patriarcat, ce à quoi contribue également le témoignage de Vanessa Springora. Le hashtag rappelle la grille du vieux confessionnal.

#MeToologies or Vanessa Springora’s Scissors
Patriarchy (named in the singular instead of the plural) is a mythical construction made possible today by the conciseness and repetition of the digital message. Now more than ever, we live in the binary opposition of categories and competition between movements. The #MeToo movement was launched in 2007 by a black woman who became vice-president of the Girls for Gender Equity Foundation. The aim is to build a community of women complainants, a group of women subjected to gendered binarism, to the media shaping of the faces of stars. Singing an ode to the evils of patriarchy is also the aim of Vanessa Springora’s testimony. The hashtag is reminiscent of the old confessional.

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Séries TV, déplacement des rapports de genre

Les séries TV, déplacement des rapports de genre
À la différence du cinéma, les séries TV, genre mineure, regardé dans l’univers domestique, ont mis souvent en avant les femmes. À partir de la série Buffy, leurs héroïnes échappent aux stéréotypes de genre et allient violence, souci des autres et affirmation d’un pouvoir collectif. Au tournant du siècle certaines séries deviennent féministes et accompagnent la transformation de la vision des femmes, de leur âge, de leur orientation sexuelle, de leurs appartenances sociale et raciale. Il y a même des vieilles et des méchantes. L’article détaille ces transformations dans l’évocation concrète des séries de référence.


How TV Series Transform Gender Relations
Unlike cinema, TV series, as a minor genre watched in the domestic universe, often put women in the spotlight. Starting with the series Buffy, their heroines escape gender stereotypes and combine violence, care for others and affirmation of collective power. At the turn of the century, some series became feminist and accompanied the transformation of women’s image, their age, sexual orientation, social and racial background. There are even old and mean women. The article details these transformations in the concrete evocation of the reference series.

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Media sans audience

Media sans audience
Cet article datant de l’an 2000 proposait un survol visionnaire de la façon dont des media alors émergeants aux débuts de l’internet questionnaient la prémisse identifiant le succès d’un média avec la maximisation chiffrée de son audience. L’auteur passe en revue des « media intimes », des « media socialisés », des « media souverains » et des « media phatiques » pour dépasser les idées héritées du XXe siècle sur l’utilité et la qualité des mass-médias.

Media Without an Audience
This 2000 article provided a visionary overview of how the then-emerging digital media questioned the premise that a media’s success is based on maximizing its audience. The author reviews “intimate media”, “socialized media”, “sovereign media” and “phatic media”, in order to move beyond the ideas inherited from 20th century about the utility and quality of mass media.

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La démocratie d’Aung San Suu Kyi
Persistance d’un système ethnonationaliste et militariste en Birmanie

La démocratie d’Aung San Suu Kyi
Persistance du système ethnonationaliste et militariste en Birmanie
Dès 1947, la construction de la nation birmane par Aung San, militaire victorieux de l’occupation japonaise, s’est faite en excluant certaines minorités, notamment musulmanes. En 1988, Aung San Suu Kyi revient au pays et prend la tête de l’opposition au nom de son père, assassiné en 1947, avec son parti la Ligue nationale pour la démocratie. Elle affirme son allégeance au bouddhisme et son soutien à l’armée malgré les exactions de celle-ci contre les minorités. Et c’est en tant que cheffe de fait du gouvernement qu’elle comparait devant le tribunal de la Haye en 2019.

Aung San Suu Kyi’s Democracy
Persistance of the Ethnonationalist and Militarist System in Burma
The ethnonationalist and militarist system in Burma started as early as 1947, during the building of the Burmese nation by Aung San, the victorious military officer of the Japanese occupation. This system established itself upon the exclusion of certain minorities, notably Muslims. In 1988, Aung San Suu Kyi returned to the country and took over the leadership of the opposition in the name of her father, assassinated in 1947, with his National League for Democracy party. She affirms her allegiance to Buddhism and her support for the army despite the latter’s exactions against minorities. And it is as de facto head of government that she appeared before the Hague Tribunal in 2019.

Aujourd’hui, la question énergétique est dans toutes les bouches. Du matin au soir, journalistes, politiciens, ONG se gargarisent de « transition », « de plan de financement pour la troisième révolution industrielle », « d’électricité verte », de « Green New Deal ». Discours qui paraissent salutaires, mais qui servent la soupe quotidienne des grands groupes de l’énergie, dont l’avalanche de récits fait […]

Alors je me suis résolu à prendre un taxile. Un blob bleu, informe et capitonné, qui ressemblait à une grosse auto-tamponneuse ceinturée de pare chocs élastiques et dont il était inutile de distinguer l’avant de l’arrière. Je me suis vautré dans le fauteuil de cuir, au milieu de ce salon roulant qui singeait on ne sait quoi de vintage. Tout à […]

Zone de contact autour d’histoires d’objets mal acquis
L’association Alter Natives a voulu mobiliser autour des enjeux de la restitution d’objets africains des personnes peu enclines à fréquenter les musées qui les conservent. L’expérience se nomme Zone de contact/Objets d’ailleurs. Il s’agit pour des jeunes franciliens d’entrer dans les réserves des musées, de choisir certains objets d’origine non européenne, d’enquêter sur leur biographie pour savoir d’où ils viennent et d’être en mesure d’expliquer leur parcours au reste de la population. Dans ce projet de long terme, ancré sur des territoires divers, la restitution des objets mal acquis n’est donc pas le mobile principal. Ces actions permettent de tester des outils pour établir un autre type de rapport aux savoirs et développer une relation directe avec les populations dont sont issues ces objets, dans leurs pays d’origine, d’Afrique essentiellement.

Contact zone around stories of
ill-gotten objects
The Alter Natives association wanted to mobilize people who are reluctant to visit the museums that preserve them around the issues of the restitution of African objects. The experience is called Contact zone/Objects from elsewhere. It involves young people from the Ile-de-France region entering museum reserves, selecting objects of non-European origin, investigating their biography to find out where they come from and being able to explain their journey to the rest of the population. In this long-term project, anchored in various territories, the restitution of ill-gotten objects is therefore not the main motive. These actions make it possible to test tools to establish another type of relationship with knowledge and to develop a direct relationship with the populations from which these objects come, in their countries of origin, mainly in Africa.

Formes rapides de restitution
La restitution des artefacts pillés lors des conquêtes coloniales ou abritées dans les musées « coloniaux » suscite des réactions antagoniques. Faut-il « tuer » le modèle du musée ethnographique, comme le préconise le président du Mali, ou bien purifier les collections témoins de pratiques génocidaires, en les radiographiant ou les cachant dans les réserves muséales, à l’abri des regards critiques ? La complicité entre le pouvoir académique et le principe d’inaliénabilité de la propriété muséologique rendent le processus de restitution particulièrement lent. Pour éviter que la restitution soit récupérée, des réponses rapides ont été conçues pour mieux correspondre aux imaginaires et pratiques de la jeunesse africaine: musée numérique, muséologie critique, institutions de culture populaire et restitution « en mode rapide ». Plutôt que de se focaliser sur des objets iconiques, la restitution en mode rapide cherche à revisiter l’ingéniosité traditionnelle précoloniale pour développer de nouvelles techniques, de nouvelles œuvres d’art et de nouveaux objets à finalité sociale et spirituelle.

Rapid response to restitution
The restitution of artefacts looted during the colonial conquests or housed in “colonial” museums provokes antagonistic reactions. Should the model of the ethnographic museum be “killed”, as advocated by the President of Mali, or should the collections that bear witness to genocidal practices be purified by X-raying them or hiding them in museum reserves, away from critical eyes? The complicity between academic power and principle of inalienability of museological property makes the restitution process particularly slow. In order to prevent restitution from being retrieved, rapid responses have been designed to better correspond to the imaginaries and practices of African youth: digital museums, critical museology, popular culture institutions and “rapid response”restitution. Rather than focusing on iconic objects, rapid mode restitution seeks to revisit traditional pre-colonial ingenuity to develop new techniques, new works of art and new objects with social and spiritual purposes.

L’affaire des « pouces coupés »
Dispositif non pas d’exposition mais de communication, la « Konkomba Memory Box » est présentée simultanément dans une localité konkomba, à Nawaré au Togo, et au Rautenstrauch-Joest Museum à Cologne, dans le cadre de l’exposition « Resist – Die Kunst des Widerstands (L’art de la résistance) », du 6 novembre 2020 au 14 avril 2021. Ce cadre muséal hors-les-murs n’est pas simplement le réceptacle des informations collectées au cours d’une enquête sur l’actualité du passé colonial, et notamment de sa violence, mais il est aussi l’outil d’une exploration, dont la forme est élaborée, appropriée, discutée et recomposée par l’ensemble des participants, et surtout, par ceux qui aujourd’hui, font leur ce récit. L’affaire des « pouces coupés » illustre bien cette démarche. Il s’agit du débat sur la restitution d’un membre fantôme, celui du pouce de la main droite des archers konkomba dont les descendants actuels affirment qu’il a été amputé par les milices coloniales allemandes (Von Massow) puis françaises (Massu).

The case of the “severed thumbs”
The “Konkomba Memory Box” is not an exhibition but a communication device. It is presented simultaneously in a Konkomba locality in Nawaré, Togo, and at the Rautenstrauch-Joest Museum in Cologne, as part of the exhibition “Resist – Die Kunst des Widerstands (The Art of Resistance)”, from November 6, 2020 to April 14, 2021. This off-the-wall museum setting is not simply a receptacle for information gathered in the course of an investigation into the current events of the colonial past, and in particular its violence, but is the very tool of an exploration whose form is elaborated, appropriated, discussed and recomposed by all the participants, and above all, by those who, today, make this narrative their own. The “severed thumbs” case is a good illustration of this approach. It concerns the debate on the restitution of a phantom limb, that of the thumb of the right hand of the Konkomba archers whose current descendants claim that it was amputated by the German (Von Massow) and then French (Massu) colonial militias.

De la conServation à  la  conVersation
Le pari de la carte blanche

De la conServation à la conVersation
Le pari de la carte blanche
Nanette Snoep, alors directrice du Grassi Museum für Völkerkunde zu Leipzig (2015-2019) et aujourd’hui à la tête du Rautenstrauch Joest Museum – Kulturen der Welt à Cologne, revient dans cet article sur l’exposition « Megalopolis – Les voix de Kinshasa » (2018) qu’elle accueillit à Leipzig, et sur la manière dont son organisation fut conçue pour donner carte blanche aux commissaires Eddy Ekete et Freddy Tsimba, artistes plasticiens congolais. Les difficultés inhérentes à l’organisation encore dominante aujourd’hui du musée ethnographique, la nécessaire et urgente participation d’acteurs culturels issus des pays d’où proviennent les collections ethnographiques invite à revisiter structurellement son fonctionnement. Comment les musées peuvent-ils devenir des lieux effectifs de décolonisation du savoir et des narrations ? Qui parle et qui parle à qui ? Et comment ? Au lieu d’être un musée confiné à l’exclusive conServation, il devrait se dédier davantage à la conVersation, dans un forum où les objets nous parlent et où les gens se parlent.

From conServation to conVersation
The bet of the carte blanche 
Nanette Snoep, then director of the Grassi Museum für Völkerkunde zu Leipzig (2015-2019) and now head of the Rautenstrauch-Joest Museum – Kulturen der Welt in Cologne, looks back in this article on the exhibition “Megalopolis – Voices from Kinshasa”(2018) that she hosted in Leipzig and how its organisation was designed to give curators Eddy Ekete and Freddy Tsimba carte blanche. The difficulties inherent in the ethnographic museum’s organization, which is still dominant today, and the necessary and urgent participation of cultural actors from the countries from which the ethnographic collections originate, call for a structural revision of its functioning. How can museums become effective places for the decolonization of knowledge and narratives? Who speaks and who speaks to whom? And how? Instead of being a museum confined to exclusive conServation, it should be more dedicated to conVersation, in a forum where objects speak to us and people speak to each other.