Archives par mot-clé : économique

Aujourd’hui, la question énergétique est dans toutes les bouches. Du matin au soir, journalistes, politiciens, ONG se gargarisent de « transition », « de plan de financement pour la troisième révolution industrielle », « d’électricité verte », de « Green New Deal ». Discours qui paraissent salutaires, mais qui servent la soupe quotidienne des grands groupes de l’énergie, dont l’avalanche de récits fait […]

Pour une culture critique de l’IA
L’intelligence artificielle est partout, l’air de rien, pour mieux nous contrôler et nous orienter en douceur. Faut-il se rebeller contre cet état de fait, qui s’impose à nos modes de vie sans la moindre délibération démocratique ? Est-il encore possible ou même souhaitable de jeter ces IA invisibles, voire indiscernables, à la poubelle du numérique ? Ne faudrait-il pas, avant de clamer l’urgence du « danger » qui vient, oser les connaître ? L’enjeu est de construire une culture critique de l’IA, qui associerait artistes, écrivains, chercheurs, ingénieurs, mathématiciens, logiciens, penseurs, philosophes, artisans et bien sûr citoyens dans une même dynamique de réflexion.

For a critical culture  of AI
Artificial intelligence is everywhere, discreetly, to better control and influence us smoothly. Should we rebel against this fact, which is imposed on our lifestyles without the slightest democratic deliberation? Is it still possible or even desirable to throw these invisible AIs, even indistinguishable, into the digital trash? Shouldn’t we, before claiming the urgency of the “danger” that comes, dare to know them? The challenge is to build a critical culture of AI, which would bring together artists, writers, researchers, engineers, mathematicians, logicians, thinkers, philosophers, craftsmen and of course citizens in the same dynamic of reflection.

Compétition symbolique entre  espèces
Animaux / Humains / IA
Comprendre le traitement médiatique, les discours de rêve ou de cauchemar qui accompagnent l’intelligence artificielle, suppose une analyse au prisme de la « triade animalité, humanité, machinité », à même de mettre à jour les projections ontologiques humaines à l’endroit des IA et de ce qui fait souvent figure de contraire dans notre imaginaire : les animaux. Le robot comme figure imaginaire y est un vecteur de dévoilement de l’implicite. Les fantasmes et craintes suscitées par les IA, si élevés et subtils puissent-ils paraître d’un point de vue de bipèdes supérieurs, ne sont peut-être « que » de malines réactions animales face à ce qu’on imagine être un prédateur. Il s’agit simplement d’identifier la menace, or bien souvent elle est humaine. Les humains ne sont-ils pas les meilleurs prédateurs pour eux-mêmes ? Et pour sortir de la métaphore de l’annihilation des humains par les robots, ne se comportent-ils pas envers les animaux de la même façon que ce qu’ils craignent et condamnent dans leur fantasme d’une machine aveugle, sans capacité de réflexion, d’éthique ou de sentiments ?

Symbolic competition between species
Animals / Humans / AI
Understanding the media treatment, the dream or nightmare speeches that accompany artificial intelligence, presupposes an analysis through the prism of the “triad animality, humanity, machinity”, capable of updating the human ontological projections towards the AI and what is often the opposite in our imagination: animals. The robot as an imaginary figure is a vector for the unveiling of the implicit. The AIs ​​fantasies and fears, however lofty and subtle they may seem from a superior bipedal point of view, are perhaps “only” clever animal reactions to what we imagine to be a predator. It’s just a matter of identifying the threat, but very often it’s human. Aren’t humans the best predators for themselves? And to get out of the metaphor of the annihilation of humans by robots, do they not behave towards animals in the same way as what they fear and condemn in their fantasy of a blind machine, without capacity for reflection, ethics or feelings?

Le troisième âge de l’intelligence augmentée, dite  artificielle
Le constat que faisait Herbert Simon, Prix Nobel d’économie 1978, comme quoi l’IA est très éloignée de l’intelligence humaine naviguant dans un monde incertain, reste plus juste que jamais en 2020. D’abord, l’IA manque de rigueur méthodologique sur la constitution et le traitement des données. Pire : après avoir privilégié le modèle de l’intelligence symbolique, qui a trouvé ses limites, elle prend désormais pour modèle l’intelligence intuitive de l’enfant de moins de 6 ans, qui plus est de façon caricaturale. Ne faudrait-il pas plutôt tenter d’aller vers un troisième âge de l’IA, augmentant nos capacités plutôt que les singeant, et s’appuyant sur tous les ressorts de l’intelligence ?

The third age of augmented intelligence, known as artificial intelligence
The observation made by Herbert Simon, 1978 Nobel Prize in economics, that AI is far removed from human intelligence navigating in an uncertain world, remains more correct than ever in 2020. First, AI lacks methodological rigor on the constitution and processing of data. Worse: after having privileged the symbolic intelligence model, which has found its limits, it now takes as its model the intuitive intelligence of children under 6, what is more in a very crude and cartoonish way. Shouldn’t we rather try to go towards a third age of AI, increasing our capacities rather than mimicking them, and relying on all the springs of intelligence?

Questionner « l’intelligence » des machines

Questionner « l’intelligence » des machines
La création de « puces synaptiques » qui seraient dotées d’une certaine plasticité ouvre-t-elle la voie à une intelligence artificielle vraiment « intelligente », même si de façon différente des êtres humains ? Ou la nature des avancées de ce type, d’une plasticité à des années lumières de celle du cerveau humain, nous contraignent-elles à beaucoup plus de scepticisme ? Pour la philosophe Catherine Malabou, l’essentiel est de permettre aux deux intelligences, naturelle et artificielle, de s’enrichir l’une l’autre. De ne jamais fermer la voie des possibles, que ce soit par des réflexions philosophiques, des fictions ou des expérimentations.

Questioning the “intelligence” of the machines
Does the creation of “synaptic chips” which would have a certain plasticity open the way to a really “intelligent” artificial intelligence, even if in a different way from human beings? Or do the nature of such advances, from plasticity far away from that of the human brain, force us to be much more skeptical? For the philosopher Catherine Malabou, the main thing is to allow the two intelligences, natural and artificial, to enrich each other, and never to close the path of possibilities, whether by philosophical reflections, fictions or experiments.

Restituer = relier, habiter
La pensée cosmopolite de  Felwine  Sarr

Restituer = relier, habiter
La pensée cosmopolite de Felwine Sarr
On connaît Felwine Sarr pour la publication de son rapport sur les restitutions d’objets d’arts africains, codirigé avec Béatrice Savoy et paru en 2018. On connaît moins son œuvre poétique, fictionnelle et philosophique. Cet article entend resituer sa réflexion sur la restitution dans une pensée plus vaste sur la relation, où l’objet d’art est entendu comme un « passeur de cultures », ainsi que dans une pensée du lieu, éminemment locale et cosmopolite tout à la fois.
 
To restore = to connect, to live
Felwine Sarr’s cosmopolitan thinking
Felwine Sarr is known for the publication of his report on the restitution of African art objects, co-directed with Béatrice Savoy and published in 2018. His poetic, fictional and philosophical work is less well known. This article seeks to place his thinking on restitution within a broader reflection on the relationship, where the art object is understood as a “cultural courier” and in a thought of place, eminently local and cosmopolitan at the same time.

Dans une de ses 24 propositions au moment des dernières présidentielles1, Multitudes soulignait déjà la nécessité impérative pour la société de mieux défendre les lanceurs d’alerte. Que les salariés notamment puissent rendre publiques sans dommages pour eux-mêmes toutes les malfaçons et magouilles que leurs entreprises les forcent à commettre constituait déjà un saut décisif dans […]

Dans leur ouvrage écrit en collaboration Knowing and the Known1 [le connaissant et le connu], le philosophe pragmatiste John Dewey et le sociologue Arthur Bentley proposent une « approche transactionnelle » de l’enchevêtrement vital des humains, des choses et du « milieu » en tant que « parties » culturelles, sociales, commerciales et individuelles d’un « ensemble de transactions », soutenant que « sans […]

« Collectif initié en 2013 par deux artistes basés à Kinshasa, nous traversons le vertige des mondes1 ». Ainsi se présentent les Kongo Astronauts. L’équipe est fluctuante, compte entre deux et sept membres selon les besoins et les envies des uns et des autres. Aux commandes : Eléonore Hellio et Michel Ekeba. D’elle-même, Hellio écrit qu’elle « élargit les […]

Paroles de Yankee recombinées par Kongo Astronauts Tracasseries après tracasseries, je circule malgré moi dans le MATOLO mystique hurlé par des prophètes sur un power sound réglé pour que les fréquences sonores saturent… Cette démesure électrique de leurs paroles se dissout dans l’excès de volume et balance les paradoxes du nouveau monde sur mes parcours. « Donnez, […]

Transformations énergétiques sous contrainte écologique forte
L’idée d’une « transition » énergétique, processus pilotable dans un monde relativement stable et anticipable, semble arriver à son terme. Même le GIEC en appelle désormais à des « transformations » énergétiques rapides et radicales. Toutefois, malgré la prise de conscience de l’urgence climatique et de la perte dramatique de biodiversité, qui s’actualise notamment dans une série de manifestations et de luttes, la question du climat est trop rarement articulée à la question de l’énergie. Dans cette Majeure, nous explorons ce que pourraient vouloir dire ces transformations énergétiques et partons à la recherche des bonnes échelles pour agir et des récits pertinents pour inspirer les collectifs.

Energy transformations under strong ecological constraint
The idea of an energy “transition”, a process that can be controlled in a relatively stable and predictable world, seems to be coming to an end. Even the IPCC now calls for fast and radical energy “transformations”. However, despite the awareness of the climatic urgency and the dramatic loss of biodiversity, which is actualized in particular in a series of demonstrations and struggles, the climate issue is too rarely linked to the issue of energy. In this Majeure, we explore what these energetic transformations could mean, as we look for the right scales to take action and narratives that are relevant to inspiring collectives.
Gordon Walker

Rythmanalyse des relations énergie-société-climat
Partant de la rythmanalyse de Lefebvre, j’examine l’énergétique et la constitution spatio-temporelle du rythme et la manière dont cela met en évidence l’enchevêtrement polyrythmique des flux d’énergie dans la vie quotidienne, ainsi que la relation entre la techno-énergie « artificielle » des systèmes énergétiques et les échanges énergétiques « naturels » des mouvements planétaires, des systèmes écologiques et du fonctionnement des organismes (y compris humains). Je développe une compréhension thermodynamique et matérialiste de l’énergie et du rythme, afin de présenter un certain nombre de propositions et d’explorer les implications pour la poursuite de stratégies de transformation à faible intensité de carbone à l’intérieur et à l’extérieur des systèmes d’énergie.

Rythmanalysis of  energy-societey-climate relationships
Drawing inspiration from Lefebvre’s rhythmanalysis, I consider the energetic as well as the spatiotemporal constitution of rhythm and how this brings into view the polyrhythmic interweaving of energy flows in everyday life, as well as the relationship between the “artificial” techno-energy of energy systems and the “natural” energetic exchanges of planetary movements, ecological systems and organisms (including humans). I follow a thermodynamic, materialist understanding of the energy and of rhythm, in order to outline a number of propositions about energy-rhythm relations and co-dependencies, and in order to explore implications that follow for pursuing strategies of low carbon transformation within and outside of energy systems.

La « part récupérable »
Entre les « mailles » du programme bioéconomique

La « part récupérable »
Entre les « mailles » du programme bioéconomique
La pensée de Nicholas Georgescu-Roegen adresse une question forte aux processus contemporains de transition énergétique. En quoi contribuent-ils à ralentir la « marche de l’entropie » ? Comment faire la différence entre les développements qui prolongent un modèle extractiviste, à fort impact sur l’environnement et le climat, et ceux qui contribuent à renouveler notre rapport aux ressources et à la terre ? L’article invite à poursuivre un geste théorique, engagé par Georgescu-Roegen, qui consiste à raisonner conjointement les liens entre énergie, matière et espace. Pour cela, il tire partie de l’idée simondonienne selon laquelle la mise au point des objets techniques procède moins par « rupture » que par récupération et réexploration d’états antérieurs. Cela attire l’attention sur la façon dont les expériences contemporaines de transition trouvent leurs appuis au travers d’échelles et d’héritages sociospatiaux multiples, et confèrent aux énergies investies par le passé un nouvel élan. De la même façon, tout n’aura pas été perdu si l’on sait retirer des aventures technologiques contemporaines vers les énergies renouvelables les éléments d’une nouvelle culture sociotechnique, qui concrétise un autre rapport aux techniques comme à la terre.

The “recoverable part”
Between the “meshes” of  the  bioeconomic program
The contemporary processes of energy transition are deeply challenged by Nicholas Georgescu-Roegen’s thought. Do these processes contribute or not to slow down the physical process of entropy ? How can we make the difference between the processes of transition that generate new impacts on the environment and the climate, and the ones that effectively contribute to reshape our relationships to the Earth and its resources ? The paper’s proposal is to continue, in the wake of a theoretical effort engaged by Georgescu-Roegen, thinking altogether the relationships between energy, matter and space. To do so, it gets inspiration from Simondon’s approach of the process of technical innovation, which last is less ruled by technological breakthrough but efforts to invent new developments from previous outdated technological assemblages and socio-geographical heritages. From this point of view, all the energies and materialities invested in the current processes of energy transition are not lost if we learn from their uncertain developements some lessons to steer the next experiments ones and make ourselves more conscious of our interrelations with Earth.

L’effondrement
des grandes infrastructures : une  opportunité ?
L’immense parc des infrastructures en ruine, obsolescentes ou en passe de le devenir, représente un enjeu de transformation sans précédent. À la fois marqueurs idéologiques d’une modernité prométhéenne et symboles d’un service public en déliquescence, la crise écologique, technique et politique des grandes infrastructures notamment énergétique, interrogent notre capacité à transformer nos modèles sociétaux.

The collapse of large infrastructures: an  opportunity?
The vast set of infrastructures in ruins, obsolete or on their way to obsolescence, represents an unprecedented transformation challenge. Both ideological markers of a Promethean modernity and symbols of a failing public service, the ecological, technical and political crisis of our major infrastructures, and in particular those of energy production, question our ability to transform our societal models.

Une lecture pragmatiste des  parcs éoliens citoyens en  Frise  du  Nord
Le temps de l’expérience et  la  continuité des  efforts de  transition
La  proposition de cet article est de se saisir du « temps de l’expérience » des parcs éoliens citoyens en Frise du Nord (Allemagne) en le confrontant à la fois aux pulsations politiques des expérimentations techniques et à la fois aux rythmes des vents, comme ce qui permettrait d’en prendre soin, pour penser la continuité des épreuves de transition dans le temps mais aussi dans l’espace, dans une perspective démocratique de multiplication des expériences de transition.


A pragmatist reading of citizens’ wind farms in  North  Friesland
The time of experience and  the  continuity
of  transition efforts
This article aims at considering the “time of experience” of citizen wind farms in Northern Friesland (Germany) by comparing it both with the political pulsations of technical experiments and with the rhythms of wind, as what would allow us to take care of it, to think about the continuity in time but also in space of the transition processes, in a democratic perspective of multiplication of transition experiences.

L’essor des coopératives énergétiques citoyennes
Au cours des années 2000, le développement de la filière photovoltaïque en France a essentiellement pris la forme de projets individuels et privés, organisés autour d’une quête de retour sur investissement suscitant débordements et controverses. A partir du cas des centrales villageoises, l’article souligne que l’essor actuel des coopératives énergétiques citoyennes porte un modèle politique alternatif pour le développement des renouvelables, davantage ouverts à des enjeux sociaux, territoriaux et écologiques.

The rise of
citizen energy cooperatives
During the 2000s, the development of the French photovoltaic sector mainly took the form of individual and private projects and was driven by a quest of return-on-investment which aroused several controversies. Starting with the centrales villageoises case study, this paper underlines that the current development of renewable communities bears an alternative political model for the development of renewable energies, more inclusive of social, local and environmental issues.

Tactiques
pour questions épineuses
L’électricité est un vecteur doté d’une magnitude et d’une direction. Il est soumis aux changements de la société et des gouvernements. Dans cet article, City Mine(d) considère l’électricité comme un vecteur de changement social. Nous fournissons un point de vue sur les défis auxquels la société est confrontée (les « problèmes épineux » que nous rencontrons), puis nous proposons un aperçu de notre approche de l’innovation sociale avant de l’appliquer au secteur de l’électricité.

Tactics for tough  issues
Electricity is a vector with a magnitude and a direction. It is subject to the changes in society and government. In this article, City Mine(d) looks at electricity as a vector for social change. We provide a lens by which to look at the challenges society is faced with, referred to as the “tough issues” we meet, and then offer some insights into our approach of social innovation, before applying this to the electricity sector.

Transitions énergétiques à Istanbul et Le Cap
À propos de  transformations plurielles
Cet article propose d’élargir le débat sur la transition énergétique au-delà du contexte occidental. Partant d’études de cas situées dans deux métropoles des Suds, la réflexion invite à nuancer les scénarios normatifs et supposés universels de transformation des systèmes énergétiques pour confronter les transitions aux singularités des sociétés et des territoires dans lesquels elles prennent forme. Ainsi s’aperçoit-on que les discours sur le changement climatique global ont bien moins d’effets d’entraînement sur les trajectoires énergétiques d’Istanbul et du Cap que l’impact de crises écologiques plus locales ou que l’évolution de compromis socio-politiques, toujours fragiles et dépendants d’héritages historiques nationaux.

Energy Transitions in Istanbul and  Cape  Town
About Plural Transformations
The present article aims at widening the debate on energy transition beyond the Western context. Based on two metropolitan case studies from the “Global South”, it suggests to move away from normative and supposedly universal scenarios of energy changes and to confront transitions with the singularities of the societies and territories in which they take shape. It is then apparent that discourses on global climate change have far less impact on Istanbul and Cap Town energy trajectories than local ecological crisis or changes in socio-political compromises, always fragile and dependent on national historical legacies.

Comment conserver
des  futurs énergétiques ouverts ?
17 ateliers européens de  storytelling
Dans le cadre du projet européen Shape Energy, des ateliers multipartites destinés à faire émerger des scénarios autour de futurs énergétiques désirables ont été organisés autour de problématiques locales en partenariat avec dix-sept villes européennes. Revenir sur ces différentes expériences convie à interroger deux des résultats. Le premier est celui de la méthode utilisée, le storytelling. Le deuxième est celui des thématiques traitées et des questions sous-jacentes.

How to keep futures  open?
Multi-stakeholders workshops
of storytelling
As part of the European project Shape Energy and in partnership with seventeen European cities, multistakeholders workshops aiming at bringing out desirable futures have been organized around local energy issues. To get back to these different experiences invites us to question two of the results: the first is the method used to bring out those scenarios: the storytelling. The second deals with the underlying issues of those workshops.

Des génies accueillants au Laos
Au Laos, pays majoritairement bouddhiste, toujours dirigé par un État-parti communiste rigide et répressif, les cultes aux génies continuent à se développer et se transforment, en réponse aux contraintes vécues par la population et à ses désirs d’y échapper. La dimension de refuge des cultes et en même temps, d’échappement imaginaire par le haut à des oppressions de toutes sortes, en est un trait récurrent, manifeste en particulier dans les années quatre-vingt-dix dans l’exaltation des figures royales, opposées aux cadres politiques rendus impuissants de l’État-parti communiste. Aujourd’hui les homosexuels masculins trouvent désormais dans les cultes aux génies, en perpétuel remaniement tant au plan des pratiques que des élaborations des personnages mythiques, une atmosphère accueillante, très séduisante en regard des barrières auxquels ils se heurtent dans la vie quotidienne. Les cérémonies se présentent alors, en résonance avec les images en provenance de Thaïlande, comme des dépassements possibles en phase avec un contexte de globalisation idéologique où les plateaux LGBT rayonnent de leurs potentialités libératoires.

Welcoming geniuses in Laos
In Laos, a predominantly Buddhist country, still run by a rigid and repressive communist party-state, cults devoted to genius continue to develop and transform in response to the constraints faced by the population and their desire to escape. The shelter dimension of the cults and, at the same time, an imaginary escape from the top to oppressions of all kinds, is a recurring feature, manifested particularly in the nineties in the exaltation of the royal figures, opposed to the impotent political frameworks of the communist party-state. Today, male homosexuals find in cults to geniuses, in perpetual shuffling both in terms of practices and elaborations of mythical characters, a welcoming atmosphere, very attractive compared to the barriers they face in everyday life. The ceremonies present themselves, in resonance with the images coming from Thailand, as possible overtaking in phase with a context of ideological globalization where the LGBT plateaux radiate their liberating potentialities.

A lire en ligne
Trois approches de lutte pour la visibilité de la collapsologie dans les médias français

Les discours écologistes, depuis les années 1970, ont très souvent été jugés dans les médias de masse inutilement alarmistes, trop culpabilisateurs, voire naïvement irresponsables. Si, depuis une vingtaine d’années, certaines postures environnementalistes ont réussi à imprégner certaines sphères économiques et politiques, il reste que les théoriciens de l’effondrement de notre civilisation dont Yves Cochet fait figure […]

L’effondrement vu d’en bas et la science-fiction d’Octavia Butler

L’effondrement vu d’en bas et la science-fiction d’Octavia Butler
« Nous sommes tous sur le même bateau », s’écrient les collapsologues, comme s’il s’agissait d’un scoop. Seulement, ces catastrophes annoncées, ou déjà bien amorcées, sont principalement causées par l’Occident et son système économique destructeur. Il s’agit ici de s’interroger sur l’effondrement en adoptant une perspective inversée et d’exposer la démarche de l’autrice de science-fiction Octavia Butler et des continuatrices de son œuvre, qui excellent à rendre possible des histoires alternatives. L’effondrement peut être l’occasion rêvée de changer d’angle et d’échelle et de revenir à l’essentiel.

Collapse Viewed from Below Along with Octavia Butler’s Sci-Fi
«We are all on the same boat,» exclaim the collapsologists, as if it were a scoop. Only these announced (or already well-established) disasters are mainly caused by the West and its destructive economic system. The aim here is to question the notion of collapse by adopting an inverted perspective, as provided by the science-fiction writings by Octavia Butler and the continuators of her work, who excel at making alternative stories possible. The collapse may be the perfect opportunity to change your viewpoint and scales of consideration, and to get back to basics.

Le Plantationocène dans la perspective des undercommons
Cet article plaide pour un décadrage et un recadrage nécessaires pour neutraliser certains effets pervers du terme d’effondrement, tout en conservant ses vertus mobilisatrices. Il propose de s’appuyer sur la notion d’undercommons (« communs d’en bas » ou « sous-communs ») avancée par Stefano Harney & Fred Moten en 2013, qui s’inspire des formes de vie et de pensée collectives cultivées au sein de la black radical tradition nord-américaine, par celles et ceux qui sont issu.es des cales esclavagistes de la colonisation plantacionocène.

The Plantationocene from the Point of View of the Undercommons
This article argues for a reframing of the notion of collapse, necessary to neutralize some of its perverse effects, while maintaining its mobilizing virtues. It suggests to draw inspiration from the notion of undercommons, as elaborated by Stefano Harney & Fred Moten in 2013, which is inspired by collective forms of life and thought cultivated in the Black Radical Tradition, by those who came as slaves and subalterns from the hold of Plantacionocene colonization.

La « civilisation écologique » controlée par le numérique en Chine
Le concept de « civilisation écologique » a initialement été développé par des intellectuels chinois, à la fin des années 1980, comme une critique de la modernité industrielle et du système capitaliste face à la catastrophe écologique planétaire en cours. À partir du milieu des années 2000, et suite à l’accentuation des contestations environnementales dans les grandes villes du pays, le Parti Communiste Chinois (PCC) a décidé de faire de cette notion un de ses slogans politiques phares, mais au prix de vider ce concept de sa dimension critique pour l’instrumentaliser au service de la propagande d’État, de la croissance verte et du contrôle numérique des écosystèmes. La Chine serait-elle en train d’inventer de nouvelles normes de gouvernance ?

Digital Control as a Environmental Policy according to the Chinese Communist Party
The concept of «ecological civilization» was initially developed by Chinese intellectuals in the late 1980s as a critique of industrial modernity and the capitalist system, in the face of the ongoing global ecological catastrophe. Starting in the mid-2000s, and following the intensification of environmental challenges in the country’s major cities, the Chinese Communist Party (CCP) decided to make this notion one of its flagship political slogans, but at the price of emptying this concept of its critical dimension, to use it in the service of State propaganda, green growth and digital control of ecosystems. Is China inventing new standards of governance?

De la pluralité des fins du monde :
les voies de
la science-fiction
Des effondrements, la science-fiction en recèle de nombreuses formes et pour une large variété de mondes. Considérer ces immenses productions de romans et de nouvelles, de films, de séries télévisées ou de jeux vidéo comme une simple manifestation d’anxiété ou de désespoir face à notre avenir serait très réducteur. Elles nous familiarisent avec l’éventualité du pire, dans la tradition des « dystopies » ou utopies négatives, mais elles nous permettent surtout d’accorder une visibilité aux conditions d’organisation de collectifs, aux dilemmes moraux pouvant résulter de certaines situations d’effondrement. Le genre SF propose des prototypes et prototopes du futur – de l’ordre de l’exercice de pensée, du dispositif expérimental nous plongeant, via des personnages, décors et situations inventées, dans les si humaines complexités de mondes potentiels de notre « à venir ».

Experiencing the Collapsological Plurality of Science-Fiction
Science-fiction contains many forms of collapsing, relative to a wide variety of worlds. To consider this immense production of novels and short stories, movies, television series or video games as a simple manifestation of anxiety or despair in the face of our future would be very reductive. They familiarize us with the possibility of the worst, in the tradition of «dystopias» or negative utopias, but they also allow to give visibility to the organizational conditions of collectives, to elaborate on moral dilemmas that may result from certain situations of collapse. The SciFi genre proposes prototypes and “prototopes” of the future—as thought-experiments, by plunging us, through characters, sets and invented situations, into the human complexities of potential worlds of our yet to come.

Penser l’iconotexte de l’effondrement
Comment figurer visuellement les effets des bouleversements qui marquent notre entrée collective dans l’Anthropocène ? Comment saisir l’imminence de ces transformations, sans verser dans une forme de voyeurisme de la catastrophe qui, en se soumettant aux formes du spectaculaire, stérilise toute forme d’action efficace au lieu de la favoriser ? Peut-être en cherchant des images en creux, des images inquiètes, incomplètes, qui suscitent l’interrogation et l’exercice projectif de la pensée et de l’imagination : des images qui ne représentent pas les effets des bouleversements, mais les laissent flotter à la lisière de la représentation. On voudrait ainsi définir les contours possibles d’un iconotexte de l’effondrement qui constitue un nouveau régime d’articulation du visible et du lisible, propre à l’imminence des transformations qui nous guettent.

Thinking Through the Iconotext of Collapse
How can one visualize the effects of the upheavals that mark our collective entry into the Anthropocene? How can one grasp the imminence of these transformations, without falling into the traps of a voyeurism which, by submitting itself to the forms of the spectacular, would sterilize any form of effective action, instead of favoring it? Perhaps by searching for hollow images—worried, disquieting, incomplete images that provoke the interrogation and the projective exercise of thought and imagination: images that do not represent the effects of the upheavals, but leave them floating at the edge of representation. We would like to define the possible contours of an iconotext of collapse which could constitute a new system of articulation between the visible and the legible, peculiar to the imminence of the transformations which are ahead of us.

Brève chronologie de la médiatisation de la collapsologie en France (2015-2019)

Brève chronologie de la médiatisation de la collapsologie en France (2015-2019)
Si les théoriciens de l’effondrement occupent une place relativement importante dans les médias français, le phénomène est assez nouveau. En moins d’un an, les médias ont emboîté le pas sur la sortie en librairie de quelques essais à succès. À l’instar de ces théories, l’idée d’une fin du monde semble médiatiquement actée et prend même le virage de propositions pour un après à vivre au mieux. Cette ébauche de chronologie introduit un autre texte à venir, qui sera mis en ligne en septembre 2019 sur le site de Multitudes, analysant les postures médiatiques et journalistiques vis-à-vis de quelques théoriciens collapsologues.

A Brief Chronology of the Media Coverage of Collapsology in France (2015-2019)
If the collapsologist theories occupy a relatively important place in today’s French media, the phenomenon is quite new. In less than a year, the media has followed suit on the release of a few best-sellers on that theme. Like these theories, the idea of ​​an end of the world seems mediatically accepted, going sometimes as far as proposals for post-collapse societies allowing for better lives. This chronology introduces another longer article, which will be put online in September 2019 on Multitudes website, analyzing the media and journalistic postures vis-à-vis some collapsologues.

Agir avant et après la fin du monde, dans l’infinité des milieux en interaction
Suivant une perspective de sociologie pragmatique des transformations, cet article explore, à travers l’engagement discursif et pratique des figures de l’irréversibilité, une diversité de formes de bifurcations et d’ouvertures d’avenir qui prennent corps dans des micromondes. Il plaide pour la nécessité de rendre intelligible la manière dont s’élaborent, en contexte, de nouvelles prises individuelles et collectives sur des mondes constamment en train de se refaire. L’enquête sociologique s’ouvre à de nouvelles cosmologies moins exclusives où se jouent les capacités de reconfiguration, de rebondissement ou de rupture, ainsi qu’à un agir démocratique qui se forme et se réforme dans ces interstices qui hantent les régimes autoritaires et défient les prophéties déterministes.

Acting Before and After the End of the World Within Infinite Milieus of Interaction
Following a perspective of pragmatic sociology of transformations, this article explores, through the discursive and practical engagement of the figures of irreversibility, a diversity of forms of bifurcations and openings for the future that take shape in microworlds. It argues for the need to make intelligible the way in which are elaborated, in context, new individual and collective affordances on worlds that are constantly being rebuilt. The sociological inquiry opens up new and less exclusive cosmologies empowering our capacities for reconfiguration, rebounding or rupture, as well as for democratic actions that are formed and reformed in these interstices that haunt authoritarian regimes and challenge deterministic prophecies.

Converger vers l’effondrement – Trajectoires et perspectives
Le texte montre comment les questions d’effondrement viennent à s’imposer dans les trajectoires professionnelles et personnelles, même si le fonctionnement des sciences sociales et de l’université sont plutôt des obstacles à sa prise en compte. Des perspectives se dégagent – au-delà du redéploiement des questions de recherche autour des mouvements souhaitant conjurer l’effondrement, elles oscillent entre un pessimisme non résigné, attentif à des questions de relocalisation, et l’implication directe dans de nouveaux mouvements écologistes.

Converging Towards Collapse – Trajectories and Perspectives
This article shows how issues of collapse are gaining ground in professional and personal trajectories, even if the functioning of the social sciences and the university tend to raise obstacles to its taking into account. Perspectives emerge—beyond the redeployment of research questions around movements wishing to avert collapse, they oscillate between un-resigned pessimism, attentive to issues of relocalization, and direct involvement in new ecologist movements.

Le français, c’est de l’italien mal gaulé
Gauz revient dans cet entretien sur son dernier roman, Camarade Papa, lequel a reçu le Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire en 2018. Il nous ouvre des chemins pour mieux le lire. Celui de raconter une histoire de l’Histoire, à hauteur d’hommes, adultes ou enfants, pleine de beauté, d’idéaux et de liberté. Celui de sortir de la couleur pour retrouver la capacité de ravissement et défendre les façons de parler comme cultures et armes politiques. Celui de nommer la beauté de l’espoir des migrants, qui sont des « super espérants ».

French is lousy Italian
In this interview, Gauz returns on his latest novel, Camarade Papa, who received the Literary Grand Prix of Black Africa in 2018. He opens paths for us to read it better. This invites us to tell a story of History, at the level of men, adults or children, a story full of beauty, ideals and freedom. It also invites us to escape from color in order to to regain a capacity of rapture and to defend the various ways of speaking as cultures and political weapons. It invites us to name the beauty of hope of migrants, who are “super hopefuls”.