Archives par mot-clé : puissance

Vivre dans les programmes

Vivre dans les programmes
Encore mal connue, l’ampleur des travaux du chercheur Vilém Flusser est pourtant d’une grande importance pour appréhender la situation contemporaine d’un monde numérique risquant d’aboutir à une société automatisée. Analysant la notion de programme depuis des réflexions sur les mutations de la photographie et de l’écriture, Flusser montre, au contraire, comment les artistes pourraient œuvrer au développement d’un « techno-imaginaire » capable de donner du sens à nos « vies artificielles ».

Living in Programs
Still poorly known, the scope of Vilém Flusser’s work is nevertheless of great importance. Flusser helps us to understand how the proliferation of electronic devices poses the risk of an automated society. He analyses the notion of “program” on his basis of his thoughts on the changes in photography and writing. According to Flusser, artists could develop a “techno-imaginary” capable of giving meaning to our “artificial lives”.

Comment vivre en post-histoire ?

Comment vivre en post-histoire ?
Programmes de gouvernement
et forme des vivants
Il s’agit de situer la pensée des programmes de Flusser dans le cadre d’un ensemble de questions centrales de la théorie politique contemporaine, à la croisée entre écologie et biopolitique. La notion de « post-histoire » constitue un espace où effectuer cette jonction qui relie la philosophie de la technique flusserienne aux trajectoires critiques et créatives tramant notre monde anthropocènique. Il est possible, en ce sens, apercevoir le retournement d’une post-histoire des programmations gestionnaires vers une post-histoire d’imprévisibles individuations, collectives et environnementales.

How to Live in Post-History?
Government Programs and Living Forms
This article sets Flusser’s analysis of programs within the frame of a series of central issues of today’s political theory, between ecology and biopolitics. The notion of Post-history constitutes a space where we could connect the Flusserian philosophy of technique with some critical and creative trajectories inhabiting our Anthopocenic world. One can, in this regard, detect a reversal, from a Post-history of governing programs, toward a Post-history of unforeseeable individuations, collective and environmental.

VENDREDI 15 mars 2019
Le mouvement social algérien : une réinvention du politique

Des manifestations ont été organisées ce vendredi 15 mars à partir de 14h dans toutes les villes et villages d’Algérie. On peut le dire sans aucune exagération : jamais depuis l’indépendance politique de 1962, l’Algérie n’a connu un mouvement social de cette ampleur quantitative et qualitative mis en branle de façon pacifique et joyeuse. Il suffit […]

Grimacez ou riez, le fond de l’air est jaune

Nombre d’intellectuels aux tempes argentées qui avaient connu Mai 1968 n’ont pas enfilé de gilets jaunes. D’autres curieux sont allés voir à quoi ressemblait ce « mouvement social non identifié ». Beaucoup, sans y être allés, y sont allés de leur opinion sur le sujet. De gustibus non est disputendum (des goûts et des couleurs). Mais à […]

Le rond-point : totem, média et place publique d’une France en jaune

Résumé 
Le mouvement des Gilets jaunes est abordé à partir d’un voyage à la découverte de quelques-ronds points de la France de l’Est. Le parcours et les rencontres permettent d’esquisser un nouvel imaginaire géographique, de dépasser l’image médiatique caricaturale et négative d’un mouvement qui tente de redonner un sens au triptyque républicain. Il montre l’intérêt du rond-point, passé de l’objet technique au statut de totem, de media et de nouvelle place publique d’une France « métropolisée » et propose que ces lieux habités d’une géographie en actes deviennent les dispositifs émancipateurs d’un véritable débat.
Abstract
The « Yellow vests » movement is here approached from a trip looking for some roundabouts of eastern France. The journey and the encounters allow us to sketch a new geographical imaginary, to go beyond the caricatural media image of a movement that tries to give meaning to the republican triptych. This article shows the central place of the roundabout, passed from the status of technical object to that of totem, media and new public place of a “metropolitan” France. It proposes that these inhabited places of a geography in action become the emancipating devices of a real debate.

Restitutions du patrimoine africain : fictions et réalités

Restitutions : fictions et réalités Dans un musée qui ne sera pas nommé, Killmonger, le rival de Black Panther, fait face à un masque pillé au cours du sac de Benin City en 1897. Le jeune homme fixe le masque en cage. Il ne tardera pas à le voler à grands renforts d’effets spéciaux et […]

L’embrasement du musée de Rio

  Une métaphore du Brésil   Le 2 septembre 2018, un violent incendie a réduit en cendres la presque totalité des collections du Museu Nacional do Rio de Janeiro. Seuls les murs de l’imposant palais néoclassique sont restés debout, squelette remplaçant celui des dinosaures écrasés sous les décombres. Dans le quartier de la Quinta da Boa […]

Bombatalu, la vague qui frappe trois fois

Depuis le séisme qui a ébranlé la région de Palu le 28 septembre 2018, le mot « liquéfaction » est devenu synonyme de terreur sur l’île de Célèbes. Ce phénomène géologique, qui fait qu’un sol à grains fins et saturé d’eau perd immédiatement sa compacité en raison de vibrations sismiques soudaines et puissantes, a englouti plus de 12 000 […]

Les deux textes qui suivent saluent la publication récente de l’ouvrage de François Matheron, L’homme qui ne savait plus écrire, Paris, La Découverte, 2018. François Matheron, philosophe, enseignant, traducteur d’Antonio Negri et spécialiste de Louis Althusser, a été l’un des fondateurs de la revue Multitudes. Il lui a consacré un travail énorme et décisif depuis […]

Entretien avec Gaëtane Lamarche-Vadel

Olivier Nottellet : une projection d’hypothèses Gaëtane Lamarche-Vadel : Pour commencer, j’aimerais rebondir sur le nom de Philip Guston1 par lequel tu clos un entretien avec Yann Ricordel2. Cet artiste américain était un grand amateur de comics. Outre cette complicité, tu as comme lui le goût de la vitalité des formes, dessinées ou peintes, à propos desquelles il […]

Tyrannies de la transparence
L’idéal de transparence semble s’imposer à tous les esprits comme une évidence. Toute opacité est suspecte de cacher des pratiques douteuses (népotisme, corruption, détournement, abus) en faisant obstacle à une indispensable soif de vérité. Prenant à contre-pied cette aspiration commune à tout rendre transparent, on s’efforce ici de souligner certains des coûts, des écueils et des victimes collatérales de l’impératif de transparence agité aujourd’hui de façon irréfléchie dans nos discours publics.

Tyrannical Transparency
The ideal of transparency imposes itself as obvious. Any form of opacity looks suspicious: it must hide corruption, nepotism or misdeeds. We attempt to take some distance from this categorical imperative of universal transparence, by shedding light on a number of its costs, dangers and collateral damages.

L’hypercapitalisme de la transparence

L’hypercapitalisme de la transparence
Au XVIIIe siècle, Jeremy Bentham avait imaginé un dispositif carcéral où les détenus seraient surveillés par un gardien omni-voyant. Dans le panoptique digital, nous ne sommes plus de simples détenus, mais participons activement à son façonnement. Personne ne semble s’en émouvoir outre mesure. Il n’y a pas si longtemps encore, en Allemagne les gens montaient sur les barricades contre le recensement démographique d’État : cette époque semble bien lointaine, au vu de notre inclination à partager toutes nos données avec les appareils de capture de l’hypercapitalisme.

Transparency and Hypercapitalism
In the 18th century, Bentham imagined a prison wherein the inmates would be watched over by an all-seeing guardian. In our digital panopticon, we no longer are mere inmates: we actively participate in its making. And nobody seems to mind. Not so long ago, in Germany, people took the streets against a State-sponsored census. Now we spontaneously share our data with the apparatuses of capture set in place by and for hypercapitalism.

Le reste de la transparence

Le reste de la transparence
La gouvernementalité algorithmique répond à l’appel à la transparence par la mise en corrélation de données numériques semblant créer un double du réel parfaitement adéquat. Cette opération de représentation du réel peut être questionnée comme celle d’un langage, et même d’une écriture ; mais en s’appuyant sur les travaux de Jacques Derrida, on peut s’apercevoir que ce langage serait alors privé de sa capacité à induire reprise, correction, ajustement. C’est sur ce mythe d’une totalité close sur elle-même, sans reste, que repose le mot d’ordre de la transparence.

Transparency and its Leftover
Algorithmic governmentality responds to the imperative of transparency by correlating digital data in order to generate a perfectly adequate mirror-image of reality. This operation of re-presentation can be addressed as an issue of language and writing; but it also can questioned in its incapacity to allow for reiteration, correction, adjustment. The call for transparency rests on this myth of a totality closed upon itself, deprived of any leftover.

Le design de la transparence
Une rhétorique au cœur des interfaces numériques
Historiquement, un des objectifs du design est de rendre le monde intelligible en structurant la médiation du visible. Cette opération de sélection va nécessairement à l’encontre d’une compréhension (transparence) totale du réel, que vise la mathématisation du monde propre à l’informatique. Celle-ci s’est répandue parmi nous via le développement des interfaces numériques, qui tendent à devenir des médiateurs incontournables de toute activité humaine. Le design se trouve pris dans trois injonctions paradoxales, que cet article articule et s’efforce de dépasser.

The Design of Transparency
Rhetoric of Digital Interfaces
Historically, one of design’s objectives was to make the world intelligible by structuring the mediation of the visible. Such an operation of selection necessarily runs against a (transparent) understanding of the real, as fantasized by mathematical computation. Computation spread through digital interfaces which become unavoidable mediators of any form of human activity. As a consequence, design finds itself trapped between three double-binds, which this article attempts to investigate and overcome.

Logistique de la « dématérialisation »
La dimension immatérielle de notre réalité, grâce aux prothèses informatiques et médiatiques, est devenue de plus en plus étendue et puissante. Cet article suggère que la prétendue « dématérialisation » comporte le recel des conditions matérielles nécessaires à son propre essor. Il examine le rôle joué par la logistique dans ce processus de refoulement systématique de la jointure entre matériel et immatériel. Permettant que la marchandise puisse « apparaître » presque magiquement sur les rayons des magasins ou directement chez nous, et que les déchets puissent « disparaître » tout aussi magiquement, l’organisation logistique actuelle repose sur un mix unique de transparence et d’opacisation.

The Logistics of “Dematerialization”
The immaterial dimension of our reality, powered by our computational and medialized prostheses, is becoming ever wider and more powerful. This article suggests that the so-called “dematerialization” hides away the material conditions that are necessary to its dominance. It inquires into the role played by logistics in this systematic repression of the articulation between the material and the immaterial. By allowing commodities magically to “appear”, and trash no less magically to “disappear”, the logistical organization currently in place rests on a unique mix between transparency and opacity.

Mad Marx
Extinction, interruption, reproduction
Comment les interruptions des logiques capitalistes peuvent-elles devenir immédiatement des sites de reproduction, de sorte que nos tentatives pour réagir à la destruction capitaliste soient simultanément des pratiques de care capables de durer ? Quelles tactiques et quels espaces, quelles relations sociales et écologiques doivent être sauvées du passé et reconnues comme capables d’agir au présent, alors que le capitalisme se reproduit en détruisant les conditions de la reproduction du vivant, de la vie psychique, culturelle, et écologique ? Si la nostalgie tend à caractériser la dialectique entre production et parti, hégémonie et pouvoir d’État, alors quelles empathies, quels deuils et quelles fureurs, doivent être trouvées et promues sur le terrain où s’expriment la violence directe et l’expropriation définissant notre présent ? Un communisme intempéré se cherche dans cet article, pour donner forme à la conjuration politique des intempéries qui menacent notre existence terrestre.


Mad Marx
Extinction, Interruption, Reproduction
Can the interruption of capital become a site of reproduction and such that our responses to capitalist destruction are become practices of caretaking ? What tactics and spaces, social and ecological relations must both be redeemed from the past and recognized in the present, in order to attend to the double bind of reproduction under capitalism ? If nostalgia tends to characterize the dialectic between production and party, hegemony and the state, then, what empathies, mournings, and rages are to be found on the terrain of direct violence and expropriation that defines the present ? Addressing these questions, this article gestures towards an intemperate communism commensurate to the hellish reproduction of capitalist social-ecological disasters.

Les raisons de la colère

On est en droit de s’étonner du temps qu’il a fallu pour que sortent de leur léthargie et de leur résignation un si grand nombre d’hommes et de femmes dont l’existence est un combat quotidien contre la machine du profit, contre une entreprise délibérée de désertification de la vie et de la terre. Comment a-t-on […]

  Si Molière était encore parmi nous, qu’aurait-il pensé de notre Bourgeois numérique de cette fin d’année 2018, si enchanté de découvrir les miracles de l’intelligence artificielle (IA) ? N’aurait-il pas gratifié cet héritier du Bourgeois gentilhomme, inspiré comme il se doit par sa Mama IA Google, d’un nouveau titre de grand Mamamouchi ? Tandis que sa […]

  § 1 : Il faudrait faire l’histoire de notre inattention1. Elle montrerait qu’il existe des formes de vie qui sont incapables de se reconnaître comme des formes de vie. Car c’est cette incapacité qui fait dérailler la langue au point de la faire déraisonner. Une anthropologie de l’inattention est celle d’un mode d’existence qui en […]

Kevin Quashie livre dans cette introduction à La souveraineté du recueillement (2012)1 une analyse précise et féconde du concept de quiet (« calme », « silence », « tranquillité », « recueillement ») qu’il s’efforce d’appliquer à la culture afro-américaine. L’article agit comme un plaidoyer pour une reconsidération : depuis plusieurs décennies de lutte contre l’esclavagisme puis pour les droits civils et humains que […]

Habiter l’inséparation

Habiter l’inséparation
Nous sommes désormais entrés dans l’ontologie de l’inséparation. Un mouvement de fond nous a fait passer d’un univers humaniste composé d’entités séparables à un réel inséparé où tous les phénomènes devenus globalisés sont liés a priori (et non a posteriori), en intra-relation de co-évolution et de co-dépendance. Notre monde élabore une nouvelle condition d’existence, d’où la figure de l’Autre a disparu. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Là n’est pas la question. Cela est.

Dwelling in Inseparation
We have entered the ontology of inseparation. A deep and inescapable movement is pushing us from a humanist universe made of separable entities towards an unseparated real, where all phenomena are globalized and tied together a priori (rather than a posteriori), in intra-relations of co-evolution and co-dependence. Our world is giving birth to a new condition of existence, from which the figure of the Other has disappeared. Is it a good thing? A bad thing? That is not the question. The point is that we are unseparated, like it or not.

Logique de la frontière
À partir de la différence entre les frontières naturelles dites « bona fide », et les frontières artificielles, dites « fiat », cet article tâche de montrer qu’une frontière n’est jamais un résultat mais processus, qui fait passer l’homogène dans l’hétérogène et inversement. On en conclut que la pensée sépare ce que la vie confond en variétés intensives, et que la vie dégrade ce que la pensée sépare, « frontière » étant le nom de ce qu’opère toute vie pensante et toute pensée vivante.

Logic 
of the Border
On the basis of a distinction between natural borders (qualified as “bona fide”) and artificial (or “fiat”) borders, this article attempts to show that a border is not so much a result as a process, whereby the homogeneous enters the heterogeneous, and reciprocally. The conclusion is that thought separates what life unites in intensive varieties, and that life degrades what thought separates—“border” being the name of the action performed by any thinking life and by any living thought.

Dialectique de la séparation
Au-delà d’une opposition entre approches néo-matérialistes, qui insistent sur l’inséparé (l’immanence de la matière) et réalismes spéculatifs, qui affirment une séparation ontologique (la transcendance de l’objet), je propose dans cet article une dialectique de la séparation dont l’objectif est de montrer comment la séparation travaille de l’intérieur l’immanence de la matière.

Dialectic of Separation
Beyond the opposition between neo-materialist approaches, which insist on the inseparated (the immanence of matter), and speculative realisms, which assert an ontological separation (the transcendence of the object), I propose in this article a dialectic of separation, by which I attempt to show how separation elaborates from within the immanence of matter.

Du don à l’investissement
Les métamorphoses de la solidarité
Depuis les années 1980, les organisations non gouvernementales ont développé un marché de l’aide humanitaire, qui a été relayé dans les années 1990 par les organisations internationales. L’importance du capital émotionnel susceptible d’être rassemblé par ces motifs a conduit les entreprises à vouloir également se placer sur ce marché pour se positionner comme acteur majeur de la société. La gouvernance d’entreprise devient le modèle suivi par toute institution, tandis que l’entreprise prétend devenir bien commun pour sauver la planète. La finance se convertit aux investissements socialement responsables. Comme l’affiche une entreprise chinoise : « le marché est le self-service du bonheur ».

From Giving to Investing
Metamorphoses 
of Solidarity
From the 1980s onwards, NGOs developed a market for humanitarian aid, relayed in the 1990s by international organizations. The considerable emotional capital collected around such initiatives led companies to enter this market, and to reposition themselves as major players on social issues. Company management becomes the model for all institutions, while companies claim to save the planet in the name of our common good. Meanwhile, finance converts itself to socially responsible investments. A poster by a Chinese company recently read: “The market is self-service for happiness”.

Le don, une force morale administrée
L’économie du don (de temps ou d’argent) précède la contrainte, et la dote d’un surplus. Les dons financent et font fonctionner les associations qui conseillent le pouvoir et développent de nouveaux services. L’État apprécie leur dévouement pour l’intérêt général par des dégrèvements fiscaux, mais interdit la rémunération de leurs dirigeants. L’économie sociale et solidaire joue un rôle majeur dans l’insertion par l’emploi. Le caractère non lucratif assumé se retrouve dans la gestion des mutuelles de santé, ou d’assurances. Aujourd’hui, secteur privé et « entreprises sociales » proposent d’assurer des missions équivalentes, par une rationalisation managériale qui ferait fi de ce troisième secteur de l’économie.

The Gift: an Administrated Moral Force
The gift economy (whether one offers time or money) takes place before one is compelled to act, and generates a surplus. Gifts sustain the associations which advise political power and provide new services. The State appreciates their contribution to the general interest and allows for tax deductions, but forbids their administrators to be waged for their work. The principle of “non-profit” is also active among health and other insurers, organized under “mutuality” management. Nowadays, the private sector and companies eager to claim their “social mission”offer similar services, imposing a managerial rationalization that undermines this third sector of the economy.

Le boum de la philanthropie
À la suite des États-Unis, où le don a été façonné par les milliardaires comme produit financier de rêve et acte de satisfaction morale, les classes moyennes françaises donnent de plus en plus à des associations d’intérêt général. Le financement privé par le mécénat populaire connait un véritable succès de marketing, que l’on peut qualifier de « marketing social ». Mais, parallèlement au développement du mouvement associatif, on assiste, depuis les années 90, à l’émergence de nouveaux samaritains, véritables despotes éclairés : les fondations. À côté des donateurs charitables de la société civile, le donateur philanthropique se positionne entre l’action de l’État-providence et les organismes paritaires chargés de porter l’intérêt général. Leur puissance leur permet de redéfinir cet intérêt général à leur profit. Le boum de la philanthropie est donc lié à une certaine incapacité de l’État-providence, grand redistributeur central, à étendre sa couverture à tous les citoyens, et surtout, aux causes lointaines. Un avenir radieux est donc promis à la philanthropie.

The Boom of Philanthropy
Following the United-States, where philanthropy was shaped by billionaires as a dream financial product and an act of moral satisfaction, the French middle classes increasingly donate to associations of general interest. Private sponsorship through popular philanthropy is a marketing success, which can be described as “social marketing”. But, parallel to the development of the associative movement, we have witnessed, since the 90s, the emergence of new Samaritans, real enlightened despots: the foundations. Next to the charitable donors of civil society, the philanthropic donor is positioned between the policies of the Welfare State and the joint bodies in charge of the general interest. Their power allows them to redefine this general interest to their advantage. The boom of philanthropy is thus linked to a certain incapacity of the Welfare State, the great central redistributor, to extend its coverage to all citizens, and especially to distant causes. A bright future is promised to philanthropy.

L’entreprise à mission et ses partenaires
La crise de 2008 est une crise de gouvernance des entreprises, notamment des banques, qui, pour faire des profits élevés, sont allées jusqu’à compromettre leur existence. Comment faire en sorte que l’entreprise ne soit pas seulement préoccupée de maximiser le cours de l’action, alors que jusque dans les sciences sociales, elle est réduite à cela ? L’entreprise est apparue à la fin du XIXe siècle pour révolutionner la vie quotidienne grâce aux découvertes scientifiques. L’entreprise est une association de partenaires dans une création collective de modes de vie, dont les partenaires financiers, mais aussi les ingénieurs, les consommateurs, le personnel. Il faut refonder l’entreprise et qu’elle se donne une mission qui exprime son projet à long terme et à laquelle souscrivent les actionnaires.

The Mission-based Company and its Partners
The 2008 crisis was a crisis in company governance, most notably banks which, lured by the hope of high profits, went as far as risking their very existence. How can companies be made to set other ends for themselves than the mere maximization of their shares, when everything reduces them to that sole objective, including within the social sciences? From the end of the 19th century, they emerged to revolutionize daily life thanks to scientific discoveries. They consist in an association of partners within a collective creation of new modes of life. They need to be re-conceived around a mission that expresses their long-term project in agreement with their shareholders.

Formes de vie, milieux de vie
La forme-occupation
Les occupations actuelles, comme celle des universités, des bocages de Notre-Dame-des Landes ou des forêts de Bure sont exemplaires de la recherche d’une politique d’autonomie appuyée sur des formes de vie encourageant la cohérence entre mode de vie, pensée et activité pratique. Une occupation est le fait d’ouvrir une brèche dans le temps et l’espace en explorant des formes variées de vie qui se soustraient de la réalité sociale et du système marchand. L’article expose plusieurs des formes de vie conciliant monde sensible et puissance d’agir, à l’œuvre par exemple dans les ZAD.

Forms of life
Living environments
Occupation of places
Squats and current occupations, such as Notre-Dame-des-Landes or Bure (France), high point of contestations are seeking for a politic of autonomy, supported by “forms of life” encouraging the coherence between way of living and thinking and practical activity. What we call form-occupation is opening a gap in time and space by exploring various forms of life that are escaping from social reality and from the capitalist system. The article exposes many of these forms of life in the Zones to be defended (Zad) that reconcile the sensible world and the power of acting.

La dynamique culturelle des formes de vie sociales
Le matérialisme de Max Horkheimer
Cet article a pour objectif de mettre à l’épreuve l’indétermination conceptuelle du terme « Lebensform » (forme de vie) dans la tradition philosophique allemande, en cherchant à montrer ce que l’on trouve dans la première Théorie critique, une lecture matérialiste des « formes de vie ». On se propose de la reconstruire, en rendant compte du concept dynamique de la culture élaboré par Horkheimer au cours des années 1930, dans un dialogue étroit, quoique implicite, avec le matérialisme marxien de L’Idéologie allemande.

Cultural dynamics of social life forms
The materialism of Max Horkheimer
This article aims to challenge the conceptual indeterminacy of the term “Lebensform” (form of life) in the German philosophical tradition, seeking to show what ones find in the first Critical Theory, a materialist reading of “form of life”. It is proposed to reconstruct it, reflecting the dynamic concept of culture developed by Horkheimer during the 1930s, in a close dialogue, wathever implied, with the Marxian materialism of German Ideology.