Archives par mot-clé : universel

En entendant le ministre de l’Économie puis la Ministre du Travail parler de trous dans la raquette à la radio, je me suis étonnée. Il et elle parlaient de catégories de personnes non encore couvertes par la protection sociale. Il et elle allaient y mettre bon ordre. Il et elle avaient tous les outils réglementaires […]

Pressions / Pressoirs

Mes méditations confinées m’ont fait tenter de réunir les histoires parallèles du néolibéralisme et du mouvement pour la décroissance en une seule. C’est en réaction directe aux débats (alors très publicisés) dont le rapport du Club de Rome de 1972 a été l’objet médiatique que le néolibéralisme a pu prendre le pouvoir. Il conviendrait de […]

Contagion

Ah ces cons ! Contagion, contamination, confinement, et puis maintenant, pour les vacances d’été, la rentrée de septembre 2020 et les fêtes de Noël, comme pour revenir à la case départ, consommation ! C’est le plus con, celui-là. Sauf que pour moi, celui qui résume tout, c’est vraiment contagion. Parce qu’il y en a de toutes sortes, de […]

Et si la pandémie nous transformait toutes et tous en zombies ? Au premier degré, je me dis : en zombies, car malades à mourir, frappés par le virus que mon nom de famille rejette (Novirus !). Mais au second degré, je m’interroge : et si, face à la peur du Covid 19 et à la danse des morts que […]

Les artistes du spectacle dit « vivant » voient leur monde s’effondrer. Les spectacles de l’année seraient morts, et même au-delà. Entre les vivants et les morts, il y a pourtant les conventionnées. Les compagnies qui ont le privilège de bénéficier d’une convention continuent à recevoir leur financement des collectivités, tandis que les autres ont à réinventer […]

Après les attentats du 11 septembre, le langage utilisé autour de la menace du terrorisme a pris une tournure résolument virale. Les comparaisons directes entre le terroriste et le virus n’étaient pas rares. Tous deux avaient une façon de frapper à l’improviste, traversant soudainement le seuil de perception pour faire irruption. L’attaque risquait de venir de […]

Merci les soignants ! Cette expression de reconnaissance, si souvent entendue et affichée dans l’épidémie, et vraiment sympathique, m’a un peu énervée. On dit merci à quelqu’un quand il fait une gentillesse, avec à l’esprit que ce remerciement et cette reconnaissance suffira. Il y a là une forme de condescendance. Surtout, les soignants sont en majorité […]

Dans une crise comme celle du Covid 19, il y a les mots des médias, qui durent le temps d’un trimestre ou tiennent le haut-parleur un, voire deux ans. Parlerons-nous encore demain du confinement et du déconfinement ? Puis il y a les mots de nos conversations entre amis. Qui parfois nous surprennent. Chacun y va de […]

Vivantité

La période que nous venons de vivre a vu préférer le vivant à l’économie, alors que tous les prophètes de malheur tablaient sur un ordre de préférences contraire. Cela m’a rappelé les propos du philosophe africain Patrice Yengo, qui a même inventé le concept de « vivantité » pour parler de la qualité du vivant1 ? À la […]

Que démontre « la suspension mondiale de l’activité » opérée au printemps 2020 pour contenir la contagion du Covid 19 ? Que d’autres logiques peuvent diriger l’économie que la course à la maximisation de l’accumulation du capital et à toujours plus de dividendes et de profits. Pour assurer – « quoi qu’il en coûte » – la santé et la survie des populations, […]

Crésus transformait tout ce qu’il touchait en or. Dans coronavirus j’entends la syllabe « or ». Ce virus doit être un de ses lointains parents car on n’a jamais vu sortir autant d’argent que depuis qu’il sévit. L’échelle c’est le milliard d’euros. Au-dessous, on ne mentionne même plus. Quand on aime, on ne compte pas. Chômage partiel […]

Au moment même où ils coupaient le circuit des flux économiques et sociaux, les gouvernements de la moitié de la planète suspendaient toute règle budgétaire et se lançaient dans une création monétaire massive. En un clin d’œil, on est passé de la nécessité de réduire la dette publique à l’urgence de promouvoir son « accroissement1 ». Avant […]

Europe

In viro veritas, Qui aurait dit que ce serait dans l’épreuve de l’épidémie de Covid 19 que l’Europe jouerait sa peau ? Que Jacques Delors, comme la statue du commandeur, ou Mario Draghi, comme l’ancien commandant du vaisseau amiral de la Banque centrale, sonneraient tous deux le tocsin : l’Union européenne est en danger de mort ! Les pays du Sud […]

Un revenu sans travail obligatoire. Rêve revenu à plusieurs reprises après de multiples tours de piste. On l’avait rêvé, Covid 19 l’a fait et avec lui la crème du capitalisme bosseur, même si c’est à l’insu de son plein gré, avec tout plein d’arrières pensées. Quand l’économie s’est presque arrêtée ce printemps 2020, la vie a […]

Télétravail

Lorsqu’en mai, Twitter annonce : « Si nos employés ont un rôle et une situation qui leur permettent de travailler de chez eux et qu’ils veulent le faire indéfiniment, nous rendrons cela possible », et lorsque Mark Zuckerberg surenchérit en clamant que Facebook veut devenir dans les dix ans « l’entreprise la plus en avancée du monde sur le […]

Étudiantes

Ils sont plus d’une centaine à faire la queue devant la sortie du terminus de la ligne 13. En face, de l’autre côté de la rue, il y a l’université Paris 8 et ses portes closes. Si ces étudiants sont à Saint-Denis ce jour-là, ce n’est pas pour suivre des cours, mais pour récupérer des […]

Entre les listes mail, les tribunes sur les journaux et les discours institutionnels, ces derniers temps, je n’entends parler que des « leçons à tirer » de l’épidémie du Covid 19. Même le Président semble s’y plier. Il avoue à mi-voix quelques lacunes et se déclare prêt à quitter la chaire magistrale pour regagner les rangs des apprentis. […]

La lutte actuelle de milieux universitaires contre le projet de Loi pluriannuelle de programmation de la recherche (LPPR) respecte un rituel désormais bien connu. Nos différents gouvernements successifs (UMP, LR, PS, LREM) sortent de leur manche une « réforme » censée améliorer la « compétitivité » de la recherche et des universités françaises par rapport à leurs concurrentes étrangères. […]

The Undercommons : extraits
Cet article propose une sélection de bonnes feuilles du livre de 2013 The Undercommons, actuellement en voie de traduction pour une publication française en 2021. Y sont abordés les thèmes de la politique « encerclée » (surrounded), de la gouvernance, du planning et de la policy, de la logistique, ainsi que de ce qui fait de l’étude consacrée aux undercommons une philosophie du toucher.

Excerpts from the Undercommons
This article selects passages from Harney and Moten’s book The Undercommons (2013), focusing on issues related to politics surrounded, governance, planning and policy, logistics, and hapticality, whereby the authors put feeling and touching at the core of their philosophical gesture.

Une approche psychologique du patriarcat ?
Après avoir analysé les nombreuses raisons du retour du patriarcat aussi bien dans les slogans féministes que dans le travail théorique, l’autrice s’interroge sur la conception qui en est donnée par le récent livre de Carol Gilligan et Naomi Snider. Le patriarcat impose aux femmes et aux hommes des conduites genrées qui nuisent à la qualité de leurs relations et au développement de la démocratie. Mais il le fait pour nous protéger de nouvelles pertes amoureuses en nous enseignant la distanciation, d’où son efficacité et sa persistance. L’autrice estime qu’il y a beaucoup d’autres dimensions du patriarcat qui ne sont pas prises en compte dans cette perspective psychologique.

A Psychological Approach to Patriarchy?
After analyzing the many reasons for the return of patriarchy both in feminist slogans and in theoretical work, this article questions the conception of patriarchy given by the recent book by Carol Gilligan and Naomi Snider. Patriarchy imposes gendered behaviors on women and men that undermine the quality of their relationships and the development of democracy. But it does so to protect us from further loss of love by teaching us to distance ourselves, hence its effectiveness and persistence. The author believes that there are many other dimensions of patriarchy that are not taken into account in this psychological perspective.

La persistance du patriarcat
Le mouvement des femmes contre les agressions sexuelles pointe la responsabilité du patriarcat, d’un système de classement binaire qui organise la domination des hommes sur les femmes. La sociologie française préfère parler d’une domination masculine, expliquée par la volonté des hommes de s’approprier la fécondité des femmes pour Françoise Héritier, ou de construire un monde de l’entre-soi pour Pierre Bourdieu. Pour Carol Gilligan et Naomi Snider, le patriarcat est une force de hiérarchisation genrée qui s’applique à toutes les relations sociales, mais qui rencontre aujourd’hui une résistance, celle des femmes et celles de toutes les minorités sexuelles.

The Persistence of Patriarchy
The women’s movement against sexual violence points to the responsibility of patriarchy, a binary ranking system that organizes the domination of men over women. French sociology prefers to speak of male domination explained by men’s desire to appropriate women’s fertility for Françoise Héritier, or to build a world among themselves for Pierre Bourdieu. For Carol Gilligan and Naomi Snider, patriarchy is a gendered hierarchical force that applies to all social relations but which today meets with resistance, from women and from all sexual minorities.

#MeToologies ou les ciseaux de Vanessa Springora
Le patriarcat au singulier est une construction mythique permise aujourd’hui par la concision et la répétition du message numérique. L’heure est plus que jamais à l’opposition binaire des catégories et à la concurrence entre mouvements. Le mouvement #MeToo a été lancé en 2007 par une femme noire devenue vice-présidente de la fondation Girls for Gender Equity. Il s’agit de construire une communauté de plaignantes, un groupe d’assujetties au binarisme genré, au modelé médiatique des visages de stars, et d’entonner une véritable ode aux méfaits du patriarcat, ce à quoi contribue également le témoignage de Vanessa Springora. Le hashtag rappelle la grille du vieux confessionnal.

#MeToologies or Vanessa Springora’s Scissors
Patriarchy (named in the singular instead of the plural) is a mythical construction made possible today by the conciseness and repetition of the digital message. Now more than ever, we live in the binary opposition of categories and competition between movements. The #MeToo movement was launched in 2007 by a black woman who became vice-president of the Girls for Gender Equity Foundation. The aim is to build a community of women complainants, a group of women subjected to gendered binarism, to the media shaping of the faces of stars. Singing an ode to the evils of patriarchy is also the aim of Vanessa Springora’s testimony. The hashtag is reminiscent of the old confessional.

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Media sans audience

Media sans audience
Cet article datant de l’an 2000 proposait un survol visionnaire de la façon dont des media alors émergeants aux débuts de l’internet questionnaient la prémisse identifiant le succès d’un média avec la maximisation chiffrée de son audience. L’auteur passe en revue des « media intimes », des « media socialisés », des « media souverains » et des « media phatiques » pour dépasser les idées héritées du XXe siècle sur l’utilité et la qualité des mass-médias.

Media Without an Audience
This 2000 article provided a visionary overview of how the then-emerging digital media questioned the premise that a media’s success is based on maximizing its audience. The author reviews “intimate media”, “socialized media”, “sovereign media” and “phatic media”, in order to move beyond the ideas inherited from 20th century about the utility and quality of mass media.

Aujourd’hui, la question énergétique est dans toutes les bouches. Du matin au soir, journalistes, politiciens, ONG se gargarisent de « transition », « de plan de financement pour la troisième révolution industrielle », « d’électricité verte », de « Green New Deal ». Discours qui paraissent salutaires, mais qui servent la soupe quotidienne des grands groupes de l’énergie, dont l’avalanche de récits fait […]

Pour une culture critique de l’IA
L’intelligence artificielle est partout, l’air de rien, pour mieux nous contrôler et nous orienter en douceur. Faut-il se rebeller contre cet état de fait, qui s’impose à nos modes de vie sans la moindre délibération démocratique ? Est-il encore possible ou même souhaitable de jeter ces IA invisibles, voire indiscernables, à la poubelle du numérique ? Ne faudrait-il pas, avant de clamer l’urgence du « danger » qui vient, oser les connaître ? L’enjeu est de construire une culture critique de l’IA, qui associerait artistes, écrivains, chercheurs, ingénieurs, mathématiciens, logiciens, penseurs, philosophes, artisans et bien sûr citoyens dans une même dynamique de réflexion.

For a critical culture  of AI
Artificial intelligence is everywhere, discreetly, to better control and influence us smoothly. Should we rebel against this fact, which is imposed on our lifestyles without the slightest democratic deliberation? Is it still possible or even desirable to throw these invisible AIs, even indistinguishable, into the digital trash? Shouldn’t we, before claiming the urgency of the “danger” that comes, dare to know them? The challenge is to build a critical culture of AI, which would bring together artists, writers, researchers, engineers, mathematicians, logicians, thinkers, philosophers, craftsmen and of course citizens in the same dynamic of reflection.

Le troisième âge de l’intelligence augmentée, dite  artificielle
Le constat que faisait Herbert Simon, Prix Nobel d’économie 1978, comme quoi l’IA est très éloignée de l’intelligence humaine naviguant dans un monde incertain, reste plus juste que jamais en 2020. D’abord, l’IA manque de rigueur méthodologique sur la constitution et le traitement des données. Pire : après avoir privilégié le modèle de l’intelligence symbolique, qui a trouvé ses limites, elle prend désormais pour modèle l’intelligence intuitive de l’enfant de moins de 6 ans, qui plus est de façon caricaturale. Ne faudrait-il pas plutôt tenter d’aller vers un troisième âge de l’IA, augmentant nos capacités plutôt que les singeant, et s’appuyant sur tous les ressorts de l’intelligence ?

The third age of augmented intelligence, known as artificial intelligence
The observation made by Herbert Simon, 1978 Nobel Prize in economics, that AI is far removed from human intelligence navigating in an uncertain world, remains more correct than ever in 2020. First, AI lacks methodological rigor on the constitution and processing of data. Worse: after having privileged the symbolic intelligence model, which has found its limits, it now takes as its model the intuitive intelligence of children under 6, what is more in a very crude and cartoonish way. Shouldn’t we rather try to go towards a third age of AI, increasing our capacities rather than mimicking them, and relying on all the springs of intelligence?

De la loi des  grands nombres aux grands nombres qui  font  la  loi
IA, jeu de l’imitation et  vote  démocratique
Les affaires de Facebook et de Cambridge Analytica ont révélé aux démocraties la toute-puissance de la manipulation algorithmique. Les IA influencent dorénavant de manière drastique jusqu’au sacro-saint scrutin majoritaire. En ciblant nos affects et les failles de notre jugement, les IA attisent la tyrannie de la majorité. Sommes-nous pour autant condamnés à voir un choix individuel peu assuré dissout dans un choix collectif douteux ? Pour initier une réponse réjouissante qui redonnerait tout son sens au vote, l’article propose de revoir non sans dérision les règles du jeu : Et si les capacités de simulation des IA, au lieu de nous berner, nous aidaient au contraire dans notre jugement de citoyen ? Et si, en dégourdissant la pensée humaine plutôt qu’en la numérisant au moyen de l’IA, la simulation d’un candidat artificiel éveillait une intelligence collective permettant de prémunir les citoyens contre la tyrannie des moyennes ?


From the law of  large numbers to  the  large numbers that  make  the law
AI, imitation game and  democratic voting
Facebook and Cambridge Analytica affairs have exposed democracies to the power of algorithmic manipulation. AI now drastically influences the sacrosanct majority vote. By targeting our affects and the flaws in our judgment, AI fuels the tyranny of the majority. Are we therefore condemned to see an individual choice with little assurance dissolved in a questionable collective choice? To initiate a pleasing response that would restore all meaning to the vote, the article proposes to review not without derision the rules of the game: and if the AI simulation capabilities, instead of fooling us, instead helped us in our judgment of citizen? What if, by stretching human thought rather than digitizing it by means of AI, the simulation of an artificial candidate awakened a collective intelligence making it possible to protect citizens against the tyranny of the average?

Intermède : extrait d’un film
Un chercheur décrit l’IA aimante, le robot enfant tout plein d’empathie de A.I. de Steven Spielberg

LE PROFESSEUR HOBBY : Créer un être artificiel est le plus grand rêve de l’homme depuis l’avènement de la science. Et pas seulement depuis le début des temps modernes, quand nos ancêtres ont étonné le monde avec les premières machines pensantes, les monstres primitifs pouvant jouer aux échecs (rires). Quel chemin nous avons fait depuis ! L’être artificiel est une réalité. Une parfaite […]

Les Européens se jouent-ils à nouveau des  Africains ?

Les Européens se jouent-ils à nouveau des Africains ?
Les Européens semblent se jouer à nouveau des Africains, mais avec des armes différentes des fusils utilisés pendant conquêtes et colonisations. L’ambigüité entretenue autour du terme « restitution » par les musées européens, en particulier allemands et britanniques, en constitue un exemple frappant. Par restitution, ils entendent souvent prêts temporaires ou permanents d’objets d’art africains. Car, admettre la restitution définitive de ces objets revient à reconnaître la réalité des raids et pillages coloniaux ainsi que le génocide de certains peuples. Des excuses juridiques sont également avancées. Kwame Opoku considère qu’il n’y a pas de difficulté juridique s’il y a volonté de faire.

Are the Europeans outmanoeuvring Africans again?
The Europeans seem to outmanoeuver the Africans again, but with different weapons from the rifles used during conquests and colonization. The ambiguity surrounding the term “restitution” in European museums, particularly German and British museums, is a striking example of this. By restitution, they often mean temporary or permanent loans of African artefacts. For to admit the definitive restitution of these objects is tantamount to acknowledging the reality of colonial raids and looting as well as the genocide of certain peoples. Legal excuses are also put forward. Kwame Opoku considers that there is no legal difficulty if there is a will to do so.

Restituer = relier, habiter
La pensée cosmopolite de  Felwine  Sarr

Restituer = relier, habiter
La pensée cosmopolite de Felwine Sarr
On connaît Felwine Sarr pour la publication de son rapport sur les restitutions d’objets d’arts africains, codirigé avec Béatrice Savoy et paru en 2018. On connaît moins son œuvre poétique, fictionnelle et philosophique. Cet article entend resituer sa réflexion sur la restitution dans une pensée plus vaste sur la relation, où l’objet d’art est entendu comme un « passeur de cultures », ainsi que dans une pensée du lieu, éminemment locale et cosmopolite tout à la fois.
 
To restore = to connect, to live
Felwine Sarr’s cosmopolitan thinking
Felwine Sarr is known for the publication of his report on the restitution of African art objects, co-directed with Béatrice Savoy and published in 2018. His poetic, fictional and philosophical work is less well known. This article seeks to place his thinking on restitution within a broader reflection on the relationship, where the art object is understood as a “cultural courier” and in a thought of place, eminently local and cosmopolitan at the same time.