Archives par mot-clé : contemporain

À l’heure de la « distanciation » sociale, du danger d’un repli belliciste dans des microstructures faussement invulnérables, de la menace de rupture des interdépendances, du choix de positions solipsistes et identitaires, nous n’avons jamais eu autant besoin de « liens faibles ». Rappelons-nous ce concept, introduit en sociologie par Mark Granovetter en 1973 pour décrire tous les liens […]

Il est devenu banal dans la philosophie contemporaine de dire que, éthiquement et politiquement, l’événement nous appelle à devenir son égal. Personnifier et individualiser ne sont pas à la hauteur d’un événement qui démontre avec tant de force notre interdépendance. Il n’y a rien de tel que de fermer une économie pour faire comprendre à […]

Quels potentiels de « résilience » manifestent les pratiques artistiques, en temps de catastrophes ? Les jams virtuelles, les déclarations médiatiques, les publications ou les projets caritatifs du temps du confinement semblent s’apparenter au régime de la réaction. Qu’en est-il de transformations à une échelle plus systémique et durable, qui pourraient advenir au sein des pratiques artistiques, et […]

Les musées ont fermé. Les expositions, les biennales1, les foires d’art, les conférences internationales ont été annulées, tandis que les galeries étaient au bord de la banqueroute, que les artistes, pour certains, ne pouvaient plus accéder à leurs ateliers et que les producteurs culturels2 et travailleurs de l’art indépendants ne disposaient plus de moyens de […]

Mon prénom s’écrivait jadis Chôra (χώρα). Je renais sans cesse, en différents lieux, parce que je suis le terreau d’où émergent les différentes formes de vie, le territoire antérieur à toute enclosure, le commun dont chacune de nous est une émanation, la commune dans laquelle chaque volonté rêve de se reconnaître. Une philosophe contemporaine dit […]

Peut-on voir le Covid 19 comme une alerte face aux six grandes pathologies qu’affrontent les sociétés contemporaines ? Comme toutes les pathologies, elles peuvent être prévenues sinon complètement contrecarrées par des ensembles de gestes adaptés. Il y a d’ailleurs plusieurs écoles pour nous offrir des programmes de gymnastique mentale, ou de prophylaxie sociale, sans oublier ce qui […]

Étrange situation de la littérature durant les semaines de confinement… Son économie s’écroule, les éditeurs sont invités à déstocker en annulant des parutions, les librairies crient famine, certains auteurs implorent l’aide de l’État, etc. Et pourtant la littérature, comme forme de vie et de pensée, n’a jamais été autant à son aise : dans sa fonction même […]

All Incomplete

All Incomplete
Tirant son titre du prochain manifeste à paraître des deux auteurs, ce bref article met en relief la complicité intellectuelle entre Stefano Harney et Fred Moten au sein de nos sensibilités contemporaines. Il suggère quelques façons de les entendre dialoguer ensemble – entre eux, avec nous, parmi nous.

All Incomplete
Drawing its title from the forthcoming book by the two authors, this brief article stages and echoes the intellectual complicity displayed by Stefano Harney and Fred Moten within our current modes of sensibility. It suggests a few ways of listening to the common dialogue they share—with each other, with us, among us.

The Undercommons : extraits
Cet article propose une sélection de bonnes feuilles du livre de 2013 The Undercommons, actuellement en voie de traduction pour une publication française en 2021. Y sont abordés les thèmes de la politique « encerclée » (surrounded), de la gouvernance, du planning et de la policy, de la logistique, ainsi que de ce qui fait de l’étude consacrée aux undercommons une philosophie du toucher.

Excerpts from the Undercommons
This article selects passages from Harney and Moten’s book The Undercommons (2013), focusing on issues related to politics surrounded, governance, planning and policy, logistics, and hapticality, whereby the authors put feeling and touching at the core of their philosophical gesture.

Fanny Durand présente deux séries de pièces, la première plus ancienne revisite les ornements des uniformes militaires, la seconde exhume les images oubliées des Amazones des temps présents. Les bijoux L’artiste s’intéresse aux bijoux de ces messieurs, ceux qu’ils arborent sur leurs tenues militaires. Ces guerriers s’honorent de porter de telles parures qui les distinguent, […]

Le parti pris des publics
Au carrefour entre une longue tradition théorique (de Benjamin à Rancière) et le contexte contemporain de la culture numérique, nous nous demandons si nos publics sont pris dans les filets de la production – institutionnelle, marchande, individualiste – ou bien s’ils leur échappent largement en tant que processus attentionnels collectifs animés par un dynamisme et une diffusion imprévisibles.

On the Publics’ Side
In the middle of a long-running theoretical tradition (from Benjamin to Rancière) and within the contemporary frame of our digital culture, we ask ourselves if our publics are caught into the net of production—institutional, commercial, individualist—or rather if they slip away as collective attentional processes lead by unpredictable dynamism and spread.

Pour un droit du public à entendre
Plutôt que d’abandonner ou d’écraser l’idée de la liberté de la presse – en la considérant comme naïve ou anachronique – mon but est de la faire revivre et de la redéployer pour plaider en faveur d’une valeur normative particulière : le droit du public à entendre. Je prétends que l’image dominante, historique et professionnalisée de la liberté de la presse – généralement définie comme toutes les libertés dont doivent bénéficier les journalistes pour poursuivre un intérêt public évident – privilégie le droit individuel à la parole sur le droit du public à entendre, alors que ce dernier mérite d’être remis au cœur de nos débats.

From Freedom of Expression to a Public Right to Hear
Rather than abandoning or collapsing the idea of press freedom—seeing it as naive or anachronistic—my aim is to revive and redeploy it (…) in order to argue for a particular normative value—a public right to hear. I claim that the dominant, historical, professionalized image of press freedom—as whatever journalists say they need to be free from to pursue self-evident public interest—privileges an individual right to speak over a public right to hear, while this latter deserves to be claimed as central to our networked press freedom.

Improbables publics
Quatre figures d’agentivité sonique
Si les publics improbables sont, fondamentalement, des publics faibles, ils nous surprennent aussi – et c’est leur principal cadeau, leur caractère exemplaire. Par un art de la transgression, ils rappellent combien la vie publique est une affaire commune, façonnée par les gens à certains moments, en certains lieux, animés par la lutte et l’imagination, et par la joie de se découvrir les uns les autres. Cet article identifie quatre figures d’agentivité sonique pratiquées par ces improbables publics : l’invisible, l’entendu par-dessus l’épaule, l’itinérant et le faible.

Unlikely Publics
Four Figures of Sonic Agency
While unlikely publics are, fundamentally, weak publics, they also surprise us—that is their gift, their example. Through an art of trespass, they remind how public life is a shared matter, crafted by people at certain moments, in certain places, driven by struggle and imagination, and the joy of discovering each other. This article identifies four figures of sonic agency practices by unlikely publics: the invisible, the overheard, the itinerant and the weak.

En quête d’une morale des sexes ?
Le mot de « phallocratie » des années 1970 est remplacé par celui de « patriarcat » dans le mouvement des femmes des années 2010. Ce changement s’accompagne d’une dépolitisation du mouvement, aujourd’hui soucieux, avant tout, d’obtenir des actions gouvernementales efficaces, et ouvert à toutes les opinions politiques. Il s’ensuit une forte demande de moralisation des comportements comme en témoigne le travail de l’unité de « dépatriarcalisation » du ministère du tourisme en Bolivie.

In Search of a Moral of the Sexes?
The word “phallocracy” from the 1970s is replaced by “patriarchy” in the women’s movement of the 2010s. This change is accompanied by a depoliticization of the movement, which is now concerned above all with obtaining effective government action and is open to all political opinions. There is also a strong demand for moralizing behavior, as shown by the work of the “depatriarchalization” unit of the Ministry of Tourism in Bolivia.

Le réveil des mauvaises filles
Au résumé de la thèse de Gilligan et Snider déjà présenté dans les articles précédents, l’autrice ajoute que femmes et hommes ainsi différenciées reconnaissent chacun·e leur vulnérabilité et celle de l’autre, ce qui les met sur la voie de l’égalité. Le film Atlantique de Mati Diop offre une belle illustration de cette théorie. On y voit les jeunes femmes reprendre à leur compte la revendication de dignité de leurs amis morts en mer dans le drame de l’émigration.

Waking up the Bad Girls
To the summary of Gilligan and Snider’s thesis already presented in the previous articles, the author adds that women and men thus differentiated recognize each other’s vulnerability and that of the other. Mati Diop’s film Atlantic is be a good illustration of this theory. It shows young women taking up the claim to dignity of their friends who died at sea in the drama of emigration.

La longue durée de l’exploitation domestique
Les femmes mariées restent gouvernées par les hommes qui en attendent un travail domestique ménager, culturel, social, et sexuel. La famille reste oppressive pour les femmes. Patriarcat et capitalisme sont deux systèmes d’oppression distincts. Partout, et pas seulement dans le capitalisme, le travail ménager est fait par les femmes gratuitement et obligatoirement, parfois par des domestiques qu’il faut tout de même contrôler. La hiérarchie entre les hommes et les femmes reste admise, car elle est héritée du passé. Les femmes continuent de s’autosacrifier quand il faut partager au sein de la famille.

The Long Duration of Domestic Exploitation
Married women continue to be governed by men who expect them to perform domestic, cultural, social, and sexual work. The family remains oppressive for women. Patriarchy and capitalism are two distinct systems of oppression. Everywhere, and not only in capitalism, domestic work is done by women free of charge and compulsorily, sometimes by domestic servants who still have to be controlled. The hierarchy between men and women is still accepted because it is inherited from the past. Women continue to be self-sacrificing when it comes to sharing within the family.

#MeToologies ou les ciseaux de Vanessa Springora
Le patriarcat au singulier est une construction mythique permise aujourd’hui par la concision et la répétition du message numérique. L’heure est plus que jamais à l’opposition binaire des catégories et à la concurrence entre mouvements. Le mouvement #MeToo a été lancé en 2007 par une femme noire devenue vice-présidente de la fondation Girls for Gender Equity. Il s’agit de construire une communauté de plaignantes, un groupe d’assujetties au binarisme genré, au modelé médiatique des visages de stars, et d’entonner une véritable ode aux méfaits du patriarcat, ce à quoi contribue également le témoignage de Vanessa Springora. Le hashtag rappelle la grille du vieux confessionnal.

#MeToologies or Vanessa Springora’s Scissors
Patriarchy (named in the singular instead of the plural) is a mythical construction made possible today by the conciseness and repetition of the digital message. Now more than ever, we live in the binary opposition of categories and competition between movements. The #MeToo movement was launched in 2007 by a black woman who became vice-president of the Girls for Gender Equity Foundation. The aim is to build a community of women complainants, a group of women subjected to gendered binarism, to the media shaping of the faces of stars. Singing an ode to the evils of patriarchy is also the aim of Vanessa Springora’s testimony. The hashtag is reminiscent of the old confessional.

Quel nouvel espace rituel pour le XXIe siècle ?
Chaque époque se caractériserait par des dispositifs rituels de rassemblement des publics qui reflètent une certaine configuration socio-politique : du rassemblement collectif de la tradition théâtrale au modèle individualisé de l’exposition dans le contexte moderne. Comment rassembler des publics face aux défis de notre siècle ?

What is the New Ritual Space for the 21st Century?
Every historical period is caracterised by rituals gathering publics that mirrors a specific socio-political configuration: from the collective gathering of the tradition of theatre to the individualised model of the exhibition in the moderne context. How to gather the publics in front of the challenges of our century ?

Lire en ligne
La démocratie d’Aung San Suu Kyi
Persistance d’un système ethnonationaliste et militariste en Birmanie

La démocratie d’Aung San Suu Kyi
Persistance du système ethnonationaliste et militariste en Birmanie
Dès 1947, la construction de la nation birmane par Aung San, militaire victorieux de l’occupation japonaise, s’est faite en excluant certaines minorités, notamment musulmanes. En 1988, Aung San Suu Kyi revient au pays et prend la tête de l’opposition au nom de son père, assassiné en 1947, avec son parti la Ligue nationale pour la démocratie. Elle affirme son allégeance au bouddhisme et son soutien à l’armée malgré les exactions de celle-ci contre les minorités. Et c’est en tant que cheffe de fait du gouvernement qu’elle comparait devant le tribunal de la Haye en 2019.

Aung San Suu Kyi’s Democracy
Persistance of the Ethnonationalist and Militarist System in Burma
The ethnonationalist and militarist system in Burma started as early as 1947, during the building of the Burmese nation by Aung San, the victorious military officer of the Japanese occupation. This system established itself upon the exclusion of certain minorities, notably Muslims. In 1988, Aung San Suu Kyi returned to the country and took over the leadership of the opposition in the name of her father, assassinated in 1947, with his National League for Democracy party. She affirms her allegiance to Buddhism and her support for the army despite the latter’s exactions against minorities. And it is as de facto head of government that she appeared before the Hague Tribunal in 2019.

Lecture en ligne
Entretien Gaetane Lamarche-Vadel/Nicolas Frize, le 2 juin 2020
Écriture et plasticité du son

La partition promesse de relations GLV : Je voudrais revenir sur la plasticité des sons tels que tu les as traduits pour la revue Multitudes1, en couverture spécialement. On y découvre de vraies peintures et dans les pages intérieures d’autres partitions d’une écriture très plastique. Es-tu compositeur et peintre ? As-tu une double formation au conservatoire de […]

L’hétérogènese différentielle
Formes en devenir
entre mathématiques,
philosophie et politique
Cet entretien avec le mathématicien Alessandro Sarti presente les enjeux théoriques et politiques de la recherche autour du phénomène de l’heterogenèse différentielle. En lien avec les pensées philosophiques de Deleuze et Simondon, cette notion tente de décrire différemment la genèse des formes vivantes à la croisée des sciences naturelles et sociales.

Differential heterogenesis
Becoming forms between  mathematics, philosophy and politics
This interview with the mathematician Alessandro Sarti discuss the theoretical and political implications of the research around the issue of the differential heterogenesis. Connected to the philosophical thoughts of Deleuze and Simondon, this notion try to describe differently the genesis of living forms between natural and social sciences.

Pour une culture critique de l’IA
L’intelligence artificielle est partout, l’air de rien, pour mieux nous contrôler et nous orienter en douceur. Faut-il se rebeller contre cet état de fait, qui s’impose à nos modes de vie sans la moindre délibération démocratique ? Est-il encore possible ou même souhaitable de jeter ces IA invisibles, voire indiscernables, à la poubelle du numérique ? Ne faudrait-il pas, avant de clamer l’urgence du « danger » qui vient, oser les connaître ? L’enjeu est de construire une culture critique de l’IA, qui associerait artistes, écrivains, chercheurs, ingénieurs, mathématiciens, logiciens, penseurs, philosophes, artisans et bien sûr citoyens dans une même dynamique de réflexion.

For a critical culture  of AI
Artificial intelligence is everywhere, discreetly, to better control and influence us smoothly. Should we rebel against this fact, which is imposed on our lifestyles without the slightest democratic deliberation? Is it still possible or even desirable to throw these invisible AIs, even indistinguishable, into the digital trash? Shouldn’t we, before claiming the urgency of the “danger” that comes, dare to know them? The challenge is to build a critical culture of AI, which would bring together artists, writers, researchers, engineers, mathematicians, logicians, thinkers, philosophers, craftsmen and of course citizens in the same dynamic of reflection.

Compétition symbolique entre  espèces
Animaux / Humains / IA
Comprendre le traitement médiatique, les discours de rêve ou de cauchemar qui accompagnent l’intelligence artificielle, suppose une analyse au prisme de la « triade animalité, humanité, machinité », à même de mettre à jour les projections ontologiques humaines à l’endroit des IA et de ce qui fait souvent figure de contraire dans notre imaginaire : les animaux. Le robot comme figure imaginaire y est un vecteur de dévoilement de l’implicite. Les fantasmes et craintes suscitées par les IA, si élevés et subtils puissent-ils paraître d’un point de vue de bipèdes supérieurs, ne sont peut-être « que » de malines réactions animales face à ce qu’on imagine être un prédateur. Il s’agit simplement d’identifier la menace, or bien souvent elle est humaine. Les humains ne sont-ils pas les meilleurs prédateurs pour eux-mêmes ? Et pour sortir de la métaphore de l’annihilation des humains par les robots, ne se comportent-ils pas envers les animaux de la même façon que ce qu’ils craignent et condamnent dans leur fantasme d’une machine aveugle, sans capacité de réflexion, d’éthique ou de sentiments ?

Symbolic competition between species
Animals / Humans / AI
Understanding the media treatment, the dream or nightmare speeches that accompany artificial intelligence, presupposes an analysis through the prism of the “triad animality, humanity, machinity”, capable of updating the human ontological projections towards the AI and what is often the opposite in our imagination: animals. The robot as an imaginary figure is a vector for the unveiling of the implicit. The AIs ​​fantasies and fears, however lofty and subtle they may seem from a superior bipedal point of view, are perhaps “only” clever animal reactions to what we imagine to be a predator. It’s just a matter of identifying the threat, but very often it’s human. Aren’t humans the best predators for themselves? And to get out of the metaphor of the annihilation of humans by robots, do they not behave towards animals in the same way as what they fear and condemn in their fantasy of a blind machine, without capacity for reflection, ethics or feelings?

Dans les imaginaires de l’IA
Du film Her de Spike Jonze à 2001 L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, et des androïdes de Philip K. Dick à l’utopie intergalactique de la Culture de l’écrivain Iain M. Banks, il est impossible de comprendre aujourd’hui l’intelligence artificielle sans s’intéresser à ses puissants imaginaires. Ceux-ci, nourrissant bien des fantasmes de la Silicon Valley, sont essentiels à décrypter pour ne pas les subir, voire pour se les approprier et mieux les détourner, en faire des antidotes contre les multinationales du numérique, puis cultiver grâce à eux nos propres machines rebelles de quelque futur.

In the imaginary of  AI
From the film Her by Spike Jonze to 2001: A Space Odyssey by Stanley Kubrick, and from Philip K. Dick androids to the intergalactic utopia of the Culture of the writer Iain M. Banks, it is impossible to understand artificial intelligence without a strong regard to its powerful fictions. These, nourishing many fantasies of Silicon Valley, are essential to decrypt not to undergo them, even to appropriate them and better hijack them, to make them antidotes against the multinationals of the digital, then to cultivate (thanks to them) our own rebellious machines of some future.

Quand les arts détournent l’intelligence artificielle

Quand les arts détournent l’intelligence artificielle
Dans le sillage de Chris Marker ou de Grégory Chatonsky, de plus en plus d’artistes contemporains pratiquent la réappropriation, le détournement, l’usage critique de l’intelligence artificielle. Grand connaisseur des arts numériques, Fabien Zocco est l’un d’entre eux. Il est l’auteur, avec le réalisateur Gwendal Sartre, d’Attack The Sun, film dont des dialogues ont été générés par une IA au cours même du tournage qui suit la dérive d’un youtuber californien paraissant sombrer dans une folie de tuerie. L’enjeu : éprouver « de l’intérieur » des outils contemporains comme l’IA pour « escompter ensuite analyser et déconstruire leurs effets ».

When the arts hijack artificial intelligence
In the wake of Chris Marker or Grégory Chatonsky, more and more contemporary artists practice reappropriation, hijacking and critical use of artificial intelligence. A great connoisseur of digital arts, Fabien Zocco is one of them. He is the author, with the director Gwendal Sartre, of Attack The Sun, film whose dialogues were generated by an AI during the very shooting which follows the drift of a Californian youtuber seeming to sink into a madness of killing. The challenge: to experiment “inside” contemporary tools like AI to “then expect to analyze and deconstruct their effects”.

Zone de contact autour d’histoires d’objets mal acquis
L’association Alter Natives a voulu mobiliser autour des enjeux de la restitution d’objets africains des personnes peu enclines à fréquenter les musées qui les conservent. L’expérience se nomme Zone de contact/Objets d’ailleurs. Il s’agit pour des jeunes franciliens d’entrer dans les réserves des musées, de choisir certains objets d’origine non européenne, d’enquêter sur leur biographie pour savoir d’où ils viennent et d’être en mesure d’expliquer leur parcours au reste de la population. Dans ce projet de long terme, ancré sur des territoires divers, la restitution des objets mal acquis n’est donc pas le mobile principal. Ces actions permettent de tester des outils pour établir un autre type de rapport aux savoirs et développer une relation directe avec les populations dont sont issues ces objets, dans leurs pays d’origine, d’Afrique essentiellement.

Contact zone around stories of
ill-gotten objects
The Alter Natives association wanted to mobilize people who are reluctant to visit the museums that preserve them around the issues of the restitution of African objects. The experience is called Contact zone/Objects from elsewhere. It involves young people from the Ile-de-France region entering museum reserves, selecting objects of non-European origin, investigating their biography to find out where they come from and being able to explain their journey to the rest of the population. In this long-term project, anchored in various territories, the restitution of ill-gotten objects is therefore not the main motive. These actions make it possible to test tools to establish another type of relationship with knowledge and to develop a direct relationship with the populations from which these objects come, in their countries of origin, mainly in Africa.

Formes rapides de restitution
La restitution des artefacts pillés lors des conquêtes coloniales ou abritées dans les musées « coloniaux » suscite des réactions antagoniques. Faut-il « tuer » le modèle du musée ethnographique, comme le préconise le président du Mali, ou bien purifier les collections témoins de pratiques génocidaires, en les radiographiant ou les cachant dans les réserves muséales, à l’abri des regards critiques ? La complicité entre le pouvoir académique et le principe d’inaliénabilité de la propriété muséologique rendent le processus de restitution particulièrement lent. Pour éviter que la restitution soit récupérée, des réponses rapides ont été conçues pour mieux correspondre aux imaginaires et pratiques de la jeunesse africaine: musée numérique, muséologie critique, institutions de culture populaire et restitution « en mode rapide ». Plutôt que de se focaliser sur des objets iconiques, la restitution en mode rapide cherche à revisiter l’ingéniosité traditionnelle précoloniale pour développer de nouvelles techniques, de nouvelles œuvres d’art et de nouveaux objets à finalité sociale et spirituelle.

Rapid response to restitution
The restitution of artefacts looted during the colonial conquests or housed in “colonial” museums provokes antagonistic reactions. Should the model of the ethnographic museum be “killed”, as advocated by the President of Mali, or should the collections that bear witness to genocidal practices be purified by X-raying them or hiding them in museum reserves, away from critical eyes? The complicity between academic power and principle of inalienability of museological property makes the restitution process particularly slow. In order to prevent restitution from being retrieved, rapid responses have been designed to better correspond to the imaginaries and practices of African youth: digital museums, critical museology, popular culture institutions and “rapid response”restitution. Rather than focusing on iconic objects, rapid mode restitution seeks to revisit traditional pre-colonial ingenuity to develop new techniques, new works of art and new objects with social and spiritual purposes.

Questionner « l’intelligence » des machines

Questionner « l’intelligence » des machines
La création de « puces synaptiques » qui seraient dotées d’une certaine plasticité ouvre-t-elle la voie à une intelligence artificielle vraiment « intelligente », même si de façon différente des êtres humains ? Ou la nature des avancées de ce type, d’une plasticité à des années lumières de celle du cerveau humain, nous contraignent-elles à beaucoup plus de scepticisme ? Pour la philosophe Catherine Malabou, l’essentiel est de permettre aux deux intelligences, naturelle et artificielle, de s’enrichir l’une l’autre. De ne jamais fermer la voie des possibles, que ce soit par des réflexions philosophiques, des fictions ou des expérimentations.

Questioning the “intelligence” of the machines
Does the creation of “synaptic chips” which would have a certain plasticity open the way to a really “intelligent” artificial intelligence, even if in a different way from human beings? Or do the nature of such advances, from plasticity far away from that of the human brain, force us to be much more skeptical? For the philosopher Catherine Malabou, the main thing is to allow the two intelligences, natural and artificial, to enrich each other, and never to close the path of possibilities, whether by philosophical reflections, fictions or experiments.

De la conServation à  la  conVersation
Le pari de la carte blanche

De la conServation à la conVersation
Le pari de la carte blanche
Nanette Snoep, alors directrice du Grassi Museum für Völkerkunde zu Leipzig (2015-2019) et aujourd’hui à la tête du Rautenstrauch Joest Museum – Kulturen der Welt à Cologne, revient dans cet article sur l’exposition « Megalopolis – Les voix de Kinshasa » (2018) qu’elle accueillit à Leipzig, et sur la manière dont son organisation fut conçue pour donner carte blanche aux commissaires Eddy Ekete et Freddy Tsimba, artistes plasticiens congolais. Les difficultés inhérentes à l’organisation encore dominante aujourd’hui du musée ethnographique, la nécessaire et urgente participation d’acteurs culturels issus des pays d’où proviennent les collections ethnographiques invite à revisiter structurellement son fonctionnement. Comment les musées peuvent-ils devenir des lieux effectifs de décolonisation du savoir et des narrations ? Qui parle et qui parle à qui ? Et comment ? Au lieu d’être un musée confiné à l’exclusive conServation, il devrait se dédier davantage à la conVersation, dans un forum où les objets nous parlent et où les gens se parlent.

From conServation to conVersation
The bet of the carte blanche 
Nanette Snoep, then director of the Grassi Museum für Völkerkunde zu Leipzig (2015-2019) and now head of the Rautenstrauch-Joest Museum – Kulturen der Welt in Cologne, looks back in this article on the exhibition “Megalopolis – Voices from Kinshasa”(2018) that she hosted in Leipzig and how its organisation was designed to give curators Eddy Ekete and Freddy Tsimba carte blanche. The difficulties inherent in the ethnographic museum’s organization, which is still dominant today, and the necessary and urgent participation of cultural actors from the countries from which the ethnographic collections originate, call for a structural revision of its functioning. How can museums become effective places for the decolonization of knowledge and narratives? Who speaks and who speaks to whom? And how? Instead of being a museum confined to exclusive conServation, it should be more dedicated to conVersation, in a forum where objects speak to us and people speak to each other.