Archives par mot-clé : colonial

Vivantité

La période que nous venons de vivre a vu préférer le vivant à l’économie, alors que tous les prophètes de malheur tablaient sur un ordre de préférences contraire. Cela m’a rappelé les propos du philosophe africain Patrice Yengo, qui a même inventé le concept de « vivantité » pour parler de la qualité du vivant1 ? À la […]

Cosmocide

Là à l’ouest des tabous Là dans votre verre de thé Là au nord-est de votre conscience Là dans les hanches du pain quotidien Vous avez vu sur vos gratte-ciel, sur mes jazz gratte-ancêtres La raison carbonique et le feu doré Du cosmocide1. « Cosmocide ». En 1973, ce mot fait son apparition chez Sony Labou Tansi […]

Peut-on voir le Covid 19 comme une alerte face aux six grandes pathologies qu’affrontent les sociétés contemporaines ? Comme toutes les pathologies, elles peuvent être prévenues sinon complètement contrecarrées par des ensembles de gestes adaptés. Il y a d’ailleurs plusieurs écoles pour nous offrir des programmes de gymnastique mentale, ou de prophylaxie sociale, sans oublier ce qui […]

Ananas (et déboulonnage de statues)

Le 22 mai 2020 la Préfecture de la Martinique, pour préparer le déconfinement, édite cette affiche censée faire bien comprendre le respect de la distance nécessaire entre deux personnes portant un masque. Première bourde : avoir pris deux hommes jeunes, mais un blanc et un noir ou métis. Pas une femme ou un homme et pas […]

Les élections générales du 20 octobre 2019 en Bolivie ont été dénoncées pour des irrégularités durant tout le processus. L’audit de l’Organisation des états américains (OEA) les a entachées de nullité. L’opposition les a qualifiées de fraude et a mobilisé les secteurs jeunes de la population autour de la défense et de la restitution de leur […]

All Incomplete

All Incomplete
Tirant son titre du prochain manifeste à paraître des deux auteurs, ce bref article met en relief la complicité intellectuelle entre Stefano Harney et Fred Moten au sein de nos sensibilités contemporaines. Il suggère quelques façons de les entendre dialoguer ensemble – entre eux, avec nous, parmi nous.

All Incomplete
Drawing its title from the forthcoming book by the two authors, this brief article stages and echoes the intellectual complicity displayed by Stefano Harney and Fred Moten within our current modes of sensibility. It suggests a few ways of listening to the common dialogue they share—with each other, with us, among us.

The Undercommons : extraits
Cet article propose une sélection de bonnes feuilles du livre de 2013 The Undercommons, actuellement en voie de traduction pour une publication française en 2021. Y sont abordés les thèmes de la politique « encerclée » (surrounded), de la gouvernance, du planning et de la policy, de la logistique, ainsi que de ce qui fait de l’étude consacrée aux undercommons une philosophie du toucher.

Excerpts from the Undercommons
This article selects passages from Harney and Moten’s book The Undercommons (2013), focusing on issues related to politics surrounded, governance, planning and policy, logistics, and hapticality, whereby the authors put feeling and touching at the core of their philosophical gesture.

Improbables publics
Quatre figures d’agentivité sonique
Si les publics improbables sont, fondamentalement, des publics faibles, ils nous surprennent aussi – et c’est leur principal cadeau, leur caractère exemplaire. Par un art de la transgression, ils rappellent combien la vie publique est une affaire commune, façonnée par les gens à certains moments, en certains lieux, animés par la lutte et l’imagination, et par la joie de se découvrir les uns les autres. Cet article identifie quatre figures d’agentivité sonique pratiquées par ces improbables publics : l’invisible, l’entendu par-dessus l’épaule, l’itinérant et le faible.

Unlikely Publics
Four Figures of Sonic Agency
While unlikely publics are, fundamentally, weak publics, they also surprise us—that is their gift, their example. Through an art of trespass, they remind how public life is a shared matter, crafted by people at certain moments, in certain places, driven by struggle and imagination, and the joy of discovering each other. This article identifies four figures of sonic agency practices by unlikely publics: the invisible, the overheard, the itinerant and the weak.

Le réveil des mauvaises filles
Au résumé de la thèse de Gilligan et Snider déjà présenté dans les articles précédents, l’autrice ajoute que femmes et hommes ainsi différenciées reconnaissent chacun·e leur vulnérabilité et celle de l’autre, ce qui les met sur la voie de l’égalité. Le film Atlantique de Mati Diop offre une belle illustration de cette théorie. On y voit les jeunes femmes reprendre à leur compte la revendication de dignité de leurs amis morts en mer dans le drame de l’émigration.

Waking up the Bad Girls
To the summary of Gilligan and Snider’s thesis already presented in the previous articles, the author adds that women and men thus differentiated recognize each other’s vulnerability and that of the other. Mati Diop’s film Atlantic is be a good illustration of this theory. It shows young women taking up the claim to dignity of their friends who died at sea in the drama of emigration.

#MeToologies ou les ciseaux de Vanessa Springora
Le patriarcat au singulier est une construction mythique permise aujourd’hui par la concision et la répétition du message numérique. L’heure est plus que jamais à l’opposition binaire des catégories et à la concurrence entre mouvements. Le mouvement #MeToo a été lancé en 2007 par une femme noire devenue vice-présidente de la fondation Girls for Gender Equity. Il s’agit de construire une communauté de plaignantes, un groupe d’assujetties au binarisme genré, au modelé médiatique des visages de stars, et d’entonner une véritable ode aux méfaits du patriarcat, ce à quoi contribue également le témoignage de Vanessa Springora. Le hashtag rappelle la grille du vieux confessionnal.

#MeToologies or Vanessa Springora’s Scissors
Patriarchy (named in the singular instead of the plural) is a mythical construction made possible today by the conciseness and repetition of the digital message. Now more than ever, we live in the binary opposition of categories and competition between movements. The #MeToo movement was launched in 2007 by a black woman who became vice-president of the Girls for Gender Equity Foundation. The aim is to build a community of women complainants, a group of women subjected to gendered binarism, to the media shaping of the faces of stars. Singing an ode to the evils of patriarchy is also the aim of Vanessa Springora’s testimony. The hashtag is reminiscent of the old confessional.

Lire en ligne
La démocratie d’Aung San Suu Kyi
Persistance d’un système ethnonationaliste et militariste en Birmanie

La démocratie d’Aung San Suu Kyi
Persistance du système ethnonationaliste et militariste en Birmanie
Dès 1947, la construction de la nation birmane par Aung San, militaire victorieux de l’occupation japonaise, s’est faite en excluant certaines minorités, notamment musulmanes. En 1988, Aung San Suu Kyi revient au pays et prend la tête de l’opposition au nom de son père, assassiné en 1947, avec son parti la Ligue nationale pour la démocratie. Elle affirme son allégeance au bouddhisme et son soutien à l’armée malgré les exactions de celle-ci contre les minorités. Et c’est en tant que cheffe de fait du gouvernement qu’elle comparait devant le tribunal de la Haye en 2019.

Aung San Suu Kyi’s Democracy
Persistance of the Ethnonationalist and Militarist System in Burma
The ethnonationalist and militarist system in Burma started as early as 1947, during the building of the Burmese nation by Aung San, the victorious military officer of the Japanese occupation. This system established itself upon the exclusion of certain minorities, notably Muslims. In 1988, Aung San Suu Kyi returned to the country and took over the leadership of the opposition in the name of her father, assassinated in 1947, with his National League for Democracy party. She affirms her allegiance to Buddhism and her support for the army despite the latter’s exactions against minorities. And it is as de facto head of government that she appeared before the Hague Tribunal in 2019.

Petite devinette : de quelle épidémie est-il question ? « L’usage de la notion d’épidémie et de son association à une mortalité foudroyante et incontrôlable est immédiatement une interpellation des gens à différents niveaux, dont le premier est, comme l’ont montré les anthropologues, l’interrogation du sujet individuel sur l’occurrence potentielle d’être la victime de cet événement et surtout […]

Restitutions de basse intensité

Restitutions de basse intensité
Le rapport Sarr-Savoy sur la restitution du patrimoine africain a provoqué controverses et crispations. Quels peuvent être les critères de restitution des objets ? Les modes d’acquisition, les usages dans le contexte culturel d’origine, les modalités de retour en Afrique ? Il s’agit ici de faire un pas de côté par rapport au débat sur le devenir des musées détenteurs de collections coloniales, particulièrement euro centré. La restitution n’est pas seulement le déplacement physique d’un artefact d’un musée à un autre, elle est un geste symbolique. Ainsi, dans les angles morts de la restitution formelle, cette Mineure recherche des formes alternatives de restitution de basse intensité, à partir desquels pourrait s’ouvrir de nouveaux horizons d’appropriation.

Low-intensity restitutions
The Sarr-Savoy report on the restitution of African heritage has caused controversy and tension. What can be the criteria for the restitution of objects? Modes of acquisition, uses in the original cultural context, modalities of return to Africa? The aim is here to take a step aside from the debate on the future of museums holding colonial collections, particularly Euro-centred. Restitution is not just the physical movement of an artefact from one museum to another, it is a symbolic gesture. Thus, in the blind spots of formal restitution, this Mineure seeks alternative forms of low-intensity restitution, from which new horizons of appropriation could open up.

Zone de contact autour d’histoires d’objets mal acquis
L’association Alter Natives a voulu mobiliser autour des enjeux de la restitution d’objets africains des personnes peu enclines à fréquenter les musées qui les conservent. L’expérience se nomme Zone de contact/Objets d’ailleurs. Il s’agit pour des jeunes franciliens d’entrer dans les réserves des musées, de choisir certains objets d’origine non européenne, d’enquêter sur leur biographie pour savoir d’où ils viennent et d’être en mesure d’expliquer leur parcours au reste de la population. Dans ce projet de long terme, ancré sur des territoires divers, la restitution des objets mal acquis n’est donc pas le mobile principal. Ces actions permettent de tester des outils pour établir un autre type de rapport aux savoirs et développer une relation directe avec les populations dont sont issues ces objets, dans leurs pays d’origine, d’Afrique essentiellement.

Contact zone around stories of
ill-gotten objects
The Alter Natives association wanted to mobilize people who are reluctant to visit the museums that preserve them around the issues of the restitution of African objects. The experience is called Contact zone/Objects from elsewhere. It involves young people from the Ile-de-France region entering museum reserves, selecting objects of non-European origin, investigating their biography to find out where they come from and being able to explain their journey to the rest of the population. In this long-term project, anchored in various territories, the restitution of ill-gotten objects is therefore not the main motive. These actions make it possible to test tools to establish another type of relationship with knowledge and to develop a direct relationship with the populations from which these objects come, in their countries of origin, mainly in Africa.

Formes rapides de restitution
La restitution des artefacts pillés lors des conquêtes coloniales ou abritées dans les musées « coloniaux » suscite des réactions antagoniques. Faut-il « tuer » le modèle du musée ethnographique, comme le préconise le président du Mali, ou bien purifier les collections témoins de pratiques génocidaires, en les radiographiant ou les cachant dans les réserves muséales, à l’abri des regards critiques ? La complicité entre le pouvoir académique et le principe d’inaliénabilité de la propriété muséologique rendent le processus de restitution particulièrement lent. Pour éviter que la restitution soit récupérée, des réponses rapides ont été conçues pour mieux correspondre aux imaginaires et pratiques de la jeunesse africaine: musée numérique, muséologie critique, institutions de culture populaire et restitution « en mode rapide ». Plutôt que de se focaliser sur des objets iconiques, la restitution en mode rapide cherche à revisiter l’ingéniosité traditionnelle précoloniale pour développer de nouvelles techniques, de nouvelles œuvres d’art et de nouveaux objets à finalité sociale et spirituelle.

Rapid response to restitution
The restitution of artefacts looted during the colonial conquests or housed in “colonial” museums provokes antagonistic reactions. Should the model of the ethnographic museum be “killed”, as advocated by the President of Mali, or should the collections that bear witness to genocidal practices be purified by X-raying them or hiding them in museum reserves, away from critical eyes? The complicity between academic power and principle of inalienability of museological property makes the restitution process particularly slow. In order to prevent restitution from being retrieved, rapid responses have been designed to better correspond to the imaginaries and practices of African youth: digital museums, critical museology, popular culture institutions and “rapid response”restitution. Rather than focusing on iconic objects, rapid mode restitution seeks to revisit traditional pre-colonial ingenuity to develop new techniques, new works of art and new objects with social and spiritual purposes.

L’affaire des « pouces coupés »
Dispositif non pas d’exposition mais de communication, la « Konkomba Memory Box » est présentée simultanément dans une localité konkomba, à Nawaré au Togo, et au Rautenstrauch-Joest Museum à Cologne, dans le cadre de l’exposition « Resist – Die Kunst des Widerstands (L’art de la résistance) », du 6 novembre 2020 au 14 avril 2021. Ce cadre muséal hors-les-murs n’est pas simplement le réceptacle des informations collectées au cours d’une enquête sur l’actualité du passé colonial, et notamment de sa violence, mais il est aussi l’outil d’une exploration, dont la forme est élaborée, appropriée, discutée et recomposée par l’ensemble des participants, et surtout, par ceux qui aujourd’hui, font leur ce récit. L’affaire des « pouces coupés » illustre bien cette démarche. Il s’agit du débat sur la restitution d’un membre fantôme, celui du pouce de la main droite des archers konkomba dont les descendants actuels affirment qu’il a été amputé par les milices coloniales allemandes (Von Massow) puis françaises (Massu).

The case of the “severed thumbs”
The “Konkomba Memory Box” is not an exhibition but a communication device. It is presented simultaneously in a Konkomba locality in Nawaré, Togo, and at the Rautenstrauch-Joest Museum in Cologne, as part of the exhibition “Resist – Die Kunst des Widerstands (The Art of Resistance)”, from November 6, 2020 to April 14, 2021. This off-the-wall museum setting is not simply a receptacle for information gathered in the course of an investigation into the current events of the colonial past, and in particular its violence, but is the very tool of an exploration whose form is elaborated, appropriated, discussed and recomposed by all the participants, and above all, by those who, today, make this narrative their own. The “severed thumbs” case is a good illustration of this approach. It concerns the debate on the restitution of a phantom limb, that of the thumb of the right hand of the Konkomba archers whose current descendants claim that it was amputated by the German (Von Massow) and then French (Massu) colonial militias.

De la conServation à  la  conVersation
Le pari de la carte blanche

De la conServation à la conVersation
Le pari de la carte blanche
Nanette Snoep, alors directrice du Grassi Museum für Völkerkunde zu Leipzig (2015-2019) et aujourd’hui à la tête du Rautenstrauch Joest Museum – Kulturen der Welt à Cologne, revient dans cet article sur l’exposition « Megalopolis – Les voix de Kinshasa » (2018) qu’elle accueillit à Leipzig, et sur la manière dont son organisation fut conçue pour donner carte blanche aux commissaires Eddy Ekete et Freddy Tsimba, artistes plasticiens congolais. Les difficultés inhérentes à l’organisation encore dominante aujourd’hui du musée ethnographique, la nécessaire et urgente participation d’acteurs culturels issus des pays d’où proviennent les collections ethnographiques invite à revisiter structurellement son fonctionnement. Comment les musées peuvent-ils devenir des lieux effectifs de décolonisation du savoir et des narrations ? Qui parle et qui parle à qui ? Et comment ? Au lieu d’être un musée confiné à l’exclusive conServation, il devrait se dédier davantage à la conVersation, dans un forum où les objets nous parlent et où les gens se parlent.

From conServation to conVersation
The bet of the carte blanche 
Nanette Snoep, then director of the Grassi Museum für Völkerkunde zu Leipzig (2015-2019) and now head of the Rautenstrauch-Joest Museum – Kulturen der Welt in Cologne, looks back in this article on the exhibition “Megalopolis – Voices from Kinshasa”(2018) that she hosted in Leipzig and how its organisation was designed to give curators Eddy Ekete and Freddy Tsimba carte blanche. The difficulties inherent in the ethnographic museum’s organization, which is still dominant today, and the necessary and urgent participation of cultural actors from the countries from which the ethnographic collections originate, call for a structural revision of its functioning. How can museums become effective places for the decolonization of knowledge and narratives? Who speaks and who speaks to whom? And how? Instead of being a museum confined to exclusive conServation, it should be more dedicated to conVersation, in a forum where objects speak to us and people speak to each other.

Les Européens se jouent-ils à nouveau des  Africains ?

Les Européens se jouent-ils à nouveau des Africains ?
Les Européens semblent se jouer à nouveau des Africains, mais avec des armes différentes des fusils utilisés pendant conquêtes et colonisations. L’ambigüité entretenue autour du terme « restitution » par les musées européens, en particulier allemands et britanniques, en constitue un exemple frappant. Par restitution, ils entendent souvent prêts temporaires ou permanents d’objets d’art africains. Car, admettre la restitution définitive de ces objets revient à reconnaître la réalité des raids et pillages coloniaux ainsi que le génocide de certains peuples. Des excuses juridiques sont également avancées. Kwame Opoku considère qu’il n’y a pas de difficulté juridique s’il y a volonté de faire.

Are the Europeans outmanoeuvring Africans again?
The Europeans seem to outmanoeuver the Africans again, but with different weapons from the rifles used during conquests and colonization. The ambiguity surrounding the term “restitution” in European museums, particularly German and British museums, is a striking example of this. By restitution, they often mean temporary or permanent loans of African artefacts. For to admit the definitive restitution of these objects is tantamount to acknowledging the reality of colonial raids and looting as well as the genocide of certain peoples. Legal excuses are also put forward. Kwame Opoku considers that there is no legal difficulty if there is a will to do so.

Restituer = relier, habiter
La pensée cosmopolite de  Felwine  Sarr

Restituer = relier, habiter
La pensée cosmopolite de Felwine Sarr
On connaît Felwine Sarr pour la publication de son rapport sur les restitutions d’objets d’arts africains, codirigé avec Béatrice Savoy et paru en 2018. On connaît moins son œuvre poétique, fictionnelle et philosophique. Cet article entend resituer sa réflexion sur la restitution dans une pensée plus vaste sur la relation, où l’objet d’art est entendu comme un « passeur de cultures », ainsi que dans une pensée du lieu, éminemment locale et cosmopolite tout à la fois.
 
To restore = to connect, to live
Felwine Sarr’s cosmopolitan thinking
Felwine Sarr is known for the publication of his report on the restitution of African art objects, co-directed with Béatrice Savoy and published in 2018. His poetic, fictional and philosophical work is less well known. This article seeks to place his thinking on restitution within a broader reflection on the relationship, where the art object is understood as a “cultural courier” and in a thought of place, eminently local and cosmopolitan at the same time.

« Collectif initié en 2013 par deux artistes basés à Kinshasa, nous traversons le vertige des mondes1 ». Ainsi se présentent les Kongo Astronauts. L’équipe est fluctuante, compte entre deux et sept membres selon les besoins et les envies des uns et des autres. Aux commandes : Eléonore Hellio et Michel Ekeba. D’elle-même, Hellio écrit qu’elle « élargit les […]

Le voyage chamanique au tambour
Des traditions mongoles aux thérapies du troisième millénaire
Dans le chamanisme occidental, riche de multiples cosmologies syncrétiques, hybrides et multiculturelles, l’apprenti construit sa propre cosmologie par une succession d’interprétations de ses expériences cognitives et perceptuelles qui le constituent en tant que « chamane ». Les stages, initiations et diverses expériences tendent à la fabrication de ce corps chamanique capable de se mettre en contact et d’interagir, dans une relation volontaire et maîtrisée avec les autres mondes, qu’ils soient vécus comme extérieurs ou intérieurs à soi, mondes autres, parallèles ou faisant partie d’une intériorité élargie. Cet article propose une anthropologie des ressentis et des images intérieures associée à une analyse des techniques du corps dans le champ des études sur le chamanisme.

The shamanic drum journey
From Mongolian traditions to therapies of the third millennium
In western shamanism, rich in multiple syncretic, hybrid and multicultural cosmologies, the learner builds his own cosmology through a succession of interpretations of his cognitive and perceptual experiences that constitute him as a “shaman”. The internships, initiations and various experiences tend to the fabrication of this shamanic body able to get in contact and to interact, in a voluntary and controlled relationship with the other worlds, whether experienced as external or internal to oneself, other worlds, parallel or part of an enlarged interiority. This article proposes an anthropology of feelings and inner images associated with an analysis of body techniques in the field of studies on shamanism.

Des génies accueillants au Laos
Au Laos, pays majoritairement bouddhiste, toujours dirigé par un État-parti communiste rigide et répressif, les cultes aux génies continuent à se développer et se transforment, en réponse aux contraintes vécues par la population et à ses désirs d’y échapper. La dimension de refuge des cultes et en même temps, d’échappement imaginaire par le haut à des oppressions de toutes sortes, en est un trait récurrent, manifeste en particulier dans les années quatre-vingt-dix dans l’exaltation des figures royales, opposées aux cadres politiques rendus impuissants de l’État-parti communiste. Aujourd’hui les homosexuels masculins trouvent désormais dans les cultes aux génies, en perpétuel remaniement tant au plan des pratiques que des élaborations des personnages mythiques, une atmosphère accueillante, très séduisante en regard des barrières auxquels ils se heurtent dans la vie quotidienne. Les cérémonies se présentent alors, en résonance avec les images en provenance de Thaïlande, comme des dépassements possibles en phase avec un contexte de globalisation idéologique où les plateaux LGBT rayonnent de leurs potentialités libératoires.

Welcoming geniuses in Laos
In Laos, a predominantly Buddhist country, still run by a rigid and repressive communist party-state, cults devoted to genius continue to develop and transform in response to the constraints faced by the population and their desire to escape. The shelter dimension of the cults and, at the same time, an imaginary escape from the top to oppressions of all kinds, is a recurring feature, manifested particularly in the nineties in the exaltation of the royal figures, opposed to the impotent political frameworks of the communist party-state. Today, male homosexuals find in cults to geniuses, in perpetual shuffling both in terms of practices and elaborations of mythical characters, a welcoming atmosphere, very attractive compared to the barriers they face in everyday life. The ceremonies present themselves, in resonance with the images coming from Thailand, as possible overtaking in phase with a context of ideological globalization where the LGBT plateaux radiate their liberating potentialities.

Est-il trop tard
pour l’effondrement ?
Cette introduction invite à décadrer et à recadrer la thématique de l’effondrement, popularisée et médiatisée par la théorie dite « collapsologie », vers le plan des acteurs, des terrains, des temporalités, et des régimes d’énonciation. Nous appelons à documenter empiriquement ce que fait l’effondrement, et ce qu’en font celles et ceux à qui cette idée « fait » quelque chose. En effet, l’effondrisme pose la question des façons de se positionner non pas uniquement par rapport à une théorie, mais également par rapport à des expériences individuelles et collectives. Le dossier vise à comprendre comment la réception de la « collapsologie » donne lieu à des jeux complexes entre désemparement et capacités d’agir. L’atterrissage sur un sol anthropocénique de plus en plus critique mérite une décisive discussion collective. L’hypothèse de cette majeure est que les expériences effondristes ont une valeur d’expérimentation à cet égard, notamment en créant un zone discursive et praxique où des cultures et des expériences politiques différentes sont amenées à se rencontrer et à collaborer.

Is it too late for collapse?
This introduction invites the reader to displace and reframe the theme of collapse—which currently receives heavy media coverage—towards a sociological approach to the actors, the places, the temporalities and the regimes of discourse. We claim the need empirically to document what collapse does to people, what people do with it, once they are touched by this idea. Collapsology calls for people to position themselves not only in relation to a theory but, more importantly, in relation to individual and collective experiences. This issue attempts to understand how the reception of collapsology provides a location for complex interplays of disarray and empowerment. Landing on an and ever more critical Anthropocenic ground deserves collective discussion. This issue promotes the hypothesis that collapsological experiences provide occasions for experimentations, by creating discursive and practical zones where different political cultures and practices can meet and collaborate.

L’effondrement vu d’en bas et la science-fiction d’Octavia Butler

L’effondrement vu d’en bas et la science-fiction d’Octavia Butler
« Nous sommes tous sur le même bateau », s’écrient les collapsologues, comme s’il s’agissait d’un scoop. Seulement, ces catastrophes annoncées, ou déjà bien amorcées, sont principalement causées par l’Occident et son système économique destructeur. Il s’agit ici de s’interroger sur l’effondrement en adoptant une perspective inversée et d’exposer la démarche de l’autrice de science-fiction Octavia Butler et des continuatrices de son œuvre, qui excellent à rendre possible des histoires alternatives. L’effondrement peut être l’occasion rêvée de changer d’angle et d’échelle et de revenir à l’essentiel.

Collapse Viewed from Below Along with Octavia Butler’s Sci-Fi
«We are all on the same boat,» exclaim the collapsologists, as if it were a scoop. Only these announced (or already well-established) disasters are mainly caused by the West and its destructive economic system. The aim here is to question the notion of collapse by adopting an inverted perspective, as provided by the science-fiction writings by Octavia Butler and the continuators of her work, who excel at making alternative stories possible. The collapse may be the perfect opportunity to change your viewpoint and scales of consideration, and to get back to basics.

Le Plantationocène dans la perspective des undercommons
Cet article plaide pour un décadrage et un recadrage nécessaires pour neutraliser certains effets pervers du terme d’effondrement, tout en conservant ses vertus mobilisatrices. Il propose de s’appuyer sur la notion d’undercommons (« communs d’en bas » ou « sous-communs ») avancée par Stefano Harney & Fred Moten en 2013, qui s’inspire des formes de vie et de pensée collectives cultivées au sein de la black radical tradition nord-américaine, par celles et ceux qui sont issu.es des cales esclavagistes de la colonisation plantacionocène.

The Plantationocene from the Point of View of the Undercommons
This article argues for a reframing of the notion of collapse, necessary to neutralize some of its perverse effects, while maintaining its mobilizing virtues. It suggests to draw inspiration from the notion of undercommons, as elaborated by Stefano Harney & Fred Moten in 2013, which is inspired by collective forms of life and thought cultivated in the Black Radical Tradition, by those who came as slaves and subalterns from the hold of Plantacionocene colonization.

De la pluralité des fins du monde :
les voies de
la science-fiction
Des effondrements, la science-fiction en recèle de nombreuses formes et pour une large variété de mondes. Considérer ces immenses productions de romans et de nouvelles, de films, de séries télévisées ou de jeux vidéo comme une simple manifestation d’anxiété ou de désespoir face à notre avenir serait très réducteur. Elles nous familiarisent avec l’éventualité du pire, dans la tradition des « dystopies » ou utopies négatives, mais elles nous permettent surtout d’accorder une visibilité aux conditions d’organisation de collectifs, aux dilemmes moraux pouvant résulter de certaines situations d’effondrement. Le genre SF propose des prototypes et prototopes du futur – de l’ordre de l’exercice de pensée, du dispositif expérimental nous plongeant, via des personnages, décors et situations inventées, dans les si humaines complexités de mondes potentiels de notre « à venir ».

Experiencing the Collapsological Plurality of Science-Fiction
Science-fiction contains many forms of collapsing, relative to a wide variety of worlds. To consider this immense production of novels and short stories, movies, television series or video games as a simple manifestation of anxiety or despair in the face of our future would be very reductive. They familiarize us with the possibility of the worst, in the tradition of «dystopias» or negative utopias, but they also allow to give visibility to the organizational conditions of collectives, to elaborate on moral dilemmas that may result from certain situations of collapse. The SciFi genre proposes prototypes and “prototopes” of the future—as thought-experiments, by plunging us, through characters, sets and invented situations, into the human complexities of potential worlds of our yet to come.

Écrire de l’autre rive
Fictions politiques pour dire la traversée
La littérature porte une voix singulière sur les migrations contemporaines qui endeuillent la Méditerranée. Sont présentées ici plusieurs voix, parfois contradictoires entre elles, qui s’attachent à mettre en récit des trajectoires de migrants. Sylvie Kandé, Gauz, Mohamed Mbougar Sarr, Hakim Bah figurent différentes manières d’écrire des fictions politiques.

Writing from the other side
Political fictions to say the crossing
Literature has a very singular voice among other discourses on the contemporary migrations that cause so many deaths in the Mediterranean Sea. These texts present various voices (some of them contradictory) narrating trajectories of migrants. Sylvie Kandé, Gauz, Mohamed Mbougar Sarr, Hakim Bah experiment different ways of writing political fictions.

Sur les traversées
Dans cet entretien, la poétesse explore ce que signifie l’écriture de l’histoire des « sans histoires ». À travers la nouvelle qu’elle livre à Multitudes, intitulée précisément « sans histoire/s », et son recueil La quête infinie de l’autre rive (2011), l’auteur analyse le pouvoir de « considération » de la littérature, reliant les pensées de Marielle Macé avec celles d’Édouard Glissant.

On crossings
With this interview, the poetess explores what it means to write stories of people « without histories ». Through the short story she gives to Multitudes, entitled « without history/ies », and through her book La quête infinie de l’autre rive (2011), she analyses the power of « consideration » carried by literature, linking Marielle Macé’s thoughts with Edouard Glissant’s, among others.

Le français, c’est de l’italien mal gaulé
Gauz revient dans cet entretien sur son dernier roman, Camarade Papa, lequel a reçu le Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire en 2018. Il nous ouvre des chemins pour mieux le lire. Celui de raconter une histoire de l’Histoire, à hauteur d’hommes, adultes ou enfants, pleine de beauté, d’idéaux et de liberté. Celui de sortir de la couleur pour retrouver la capacité de ravissement et défendre les façons de parler comme cultures et armes politiques. Celui de nommer la beauté de l’espoir des migrants, qui sont des « super espérants ».

French is lousy Italian
In this interview, Gauz returns on his latest novel, Camarade Papa, who received the Literary Grand Prix of Black Africa in 2018. He opens paths for us to read it better. This invites us to tell a story of History, at the level of men, adults or children, a story full of beauty, ideals and freedom. It also invites us to escape from color in order to to regain a capacity of rapture and to defend the various ways of speaking as cultures and political weapons. It invites us to name the beauty of hope of migrants, who are “super hopefuls”.

La légende de Gauz

Légende de Gauz
Au sortir de cet entretien avec Gauz, Laëtitia Ajanohun nous propose une légende inspirée de ces légendes orales pleinement réécrites qui essaiment dans tout le roman de Gauz, Camarade Papa, qui minent le discours colonial et donnent voix aux oubliés de l’Histoire.

Gauz’s legend
As a follow up to the interview with Gauz, Laëtitia Ajanohun offers a legend inspired by these fully rewritten oral legends that are spread throughout Gauz’s novel, Camarade Papa, undermining the colonial discourse and giving voice to those who have been forgotten by History.