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Mineure 36. Nouveaux Fronts Ecologiques

Même si elle a moins mauvaise presse en France depuis quelque temps, l’éthique environnementale suscite encore ironie et réserves, et n’a pu bien se faire connaître de celles et ceux qui s’intéressent aux questions d’environnement. C’est le cas non seulement en France, mais aussi dans une part du continent européen. Tout se passe comme si […]

La question de la justice environnementale concerne les inégalités dans la distribution, ou la répartition, des problèmes environnementaux, que ce soit à l’intérieur d’un pays ou entre les différentes nations. Une telle inégalité devrait avoir pour conséquence que les groupes sociaux ou les nations les plus défavorisés aient particulièrement à cœur de résoudre les problèmes environnementaux en s’engageant activement dans cette voie. Or c’est plutôt le contraire qui se produit. Le souci environnemental est souvent dénoncé, par les plus défavorisés ou par leurs représentants, comme un luxe de riches qui ne concerne pas les pauvres, voire comme un complot des pays du Nord pour empêcher le développement des pays du Sud. Comment peut-on rendre compte d’un tel paradoxe ?

Environmental Justice
The question of environmental justice deals with the inequalities in the distribution of environmental problems between and within countries. As a consequence of those inequalities, the least favoured social groups or nations, could be expected to be highly motivated to solve the environmental problems and actively engage in that task. In practice, what happens is the contrary. The environmental concerns are seen by the least favoured and their representatives as a luxury of the rich, not a concern of the poor, or even as a conspiracy of the Northern countries against the development of the South. How can we explain such a paradox?

L’éthique des vertus et l’environnement

À l’heure actuelle, trois théories se disputent la prééminence en matière d’éthique normative : le déontologisme, qui considère que le critère de la correction morale réside dans une propriété intrinsèque des actes ; le conséquentialisme, qui aligne la correction morale des actes sur leur contribution à la promotion de bien non moraux ; enfin l’éthique des vertus, qui fait du caractère de l’agent le critère permettant d’apprécier ses actions. Les partisans contemporains des deux premiers types de théorie ont articulé de façon parfois assez détaillée les principes d’une éthique de l’environnement. Il s’agit pour l’auteur d’indiquer les grandes lignes d’une éthique environnementale des vertus, et de montrer que, dans ses conclusions pratiques, cette éthique se rapproche d’une forme d’environnementalisme faible.

The ethic of virtue and environment
Three different theories currently struggle for pre-eminence in the normative ethical question. Deontologism considers that the criteria for ethical correctness is within the act itself. Consequentialism considers the ethical correctness of an act to be linked to its contribution to the promotion of non-ethical goods. Finally, the virtue ethics sees the character of the actor as the criteria to appreciate his or her acts. Today the first two theories have developed the principles of environmental ethic in detail. The author points to the main features of an environmental ethic of virtue and shows that in practice such an ethic resembles a form of weak environmentalism.

La crise environnementale est la conséquence rigoureuse de la détermination rationaliste de toute chose comme objet dont l’essence est d’être à la disposition d’un sujet, qui s’assure de son propre statut de maître et de possesseur de la nature au moyen d’une batterie de schémas de pensée dualistes qui ravalent les êtres naturels inanimés, les animaux, les femmes, etc., à un rang hiérarchique inférieur. L’urgence est donc, pour l’auteure, de déconstruire les multiples « cadres conceptuels oppressifs » qui structurent la pensée occidentale, en soumettant à l’analyse le mode de pensée qui procède de façon systématique à une hiérarchie et à un dualisme des valeurs, qui multiplie les paires disjonctives, qui se réalise pleinement enfin sous la forme d’une « logique de la domination ».

The power and the promise of Ecological Feminism
The environmental crisis is the direct consequence of rationalist determination that makes everything into an object at the service of a subject, who asserts himself as master and possessor of nature by means of a battery of dualistic thinking schemes. In these schemes natural inanimate beings, animals and women are hierarchical inferior. It is urgent for the author to deconstruct these multiple “oppressive conceptual frames” that govern Western thinking. This mode of thinking evolves into a “logic of domination” by developing in a systematic way a hierarchy and a dualism of values, which multiply disjunctive pairs.

La critique écoféministe, en ses différentes dimensions (épistémologique, morale et sociale), vise à révéler que les conséquences de la longue prédominance masculine dans les différents champs où elle a pu s’exercer ont éminemment une signification écologique : en sciences, où les savoirs et les méthodes ont été conçus selon un modèle qui se révèle impuissant à saisir la nature des problèmes environnementaux ; en morale, où paternalisme et anthropocentrisme échangent leurs caractères ; dans les contextes sociaux, où la subordination économique et politique des femmes fait de ces dernières à la fois les premières victimes de la dégradation de l’environnement et bien souvent des actrices-clefs de la mise en œuvre des mesures de protection.

Clues for a productive dialogue between feminism and ecology
Clues for a productive dialogue between feminism and ecology
The feminist critique, in its different dimensions (epistemological, ethical and social) shows that the consequences of the long masculine predominance in the different areas haves an ecological relevance. In the sciences, where knowledge and methods have been constructed by a model that is unable to understand the nature of environmental problems. In moral theories, where paternalism and anthropocentrism are essentially the same. And also in social contexts, where economic and politic subordination of women make them the first victims of the environmental degradation and often the principal protagonists of protection measures.

Si la réflexion sur la condition animale est millénaire, il se produit bien quelque chose de singulier avec l’éthique animale, dans la mesure où une activité intellectuelle « académique » s’articule avec un mouvement social qui vise à mettre fin à toutes (ou à la plupart) des pratiques où des animaux sont utilisés pour servir des intérêts humains. Du fait des inspirations théoriques diverses, il arrive que les controverses sur les valeurs et leurs implications fassent rage à l’intérieur du mouvement animaliste. Il s’agit de montrer que, au-delà des engagements idéologiques des uns et des autres, une véritable convergence pratique se dégage sur la plupart des objectifs, dont celui d’en finir avec la viande. Au regard de ce but, les lignes de division qui se maintiennent permettent d’opposer, non pas tant des courants éthiques, que des stratégies.

Animal, my equal. Ethics and politic of the abolition of meat
The reflection about animal condition is thousands of years old, yet animal ethics has a peculiar result in that an intellectual “academic” activity connects with a social movement that aims at ending all (or most) activities where animals are used to serve human interests. Different theoretical inspirations result in controversies about values and their implications within the animal rights movement. But it is important to show that, beyond ideological differences, there is real practical convergence in objectives like the abolition of meat consumption. In light of this objective, the differences are mainly of strategies, not of ethical thinking.