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Politique expérimentale 36.

Multitudes en mue

Au cours de l’automne 2008, des débats du comité de rédaction de Multitudes ont conduit plusieurs de ses membres à quitter la revue. Les départs de ces amis et collaborateurs de longue date ont ébranlé notre aventure intellectuelle et éditoriale. La dynamique et la vie collective d’une revue dépassent toutefois les personnes qui ont pu […]

Ce tract provient d’un « centre », bien connu, autonome, autogéré, dans le quartier d’Exarchia, qui vient de l’intérieur du mouvement résumer l’expérience de Décembre 2008 à Athènes et dans toute la Grèce. Il réagit à vif contre la Gauche légaliste, répressive si ce n’est paranoïaque. La révolte de décembre est un événement qui en rappelle d’autres, de la Commune de Paris, l’Espagne de 36 et l’insurrection de l’Ecole Polytechnique d’Athènes en 1973, aux émeutes de 2005 en France.

Abstract
This leaflet comes from one of Exarchia’s autonomous, self-managed “center”. It summarizes from the inside the political and social experience of December 2008 in Athens and all of Greece. The revolt is an event that reminds us of others, from the Paris Commune, Spain ‘36 and the Athens Polytechnic uprising in 1973, all the way to the France’s “suburbs” riots of 2005.

6. Lettre ouverte aux jeunes de la part de leurs aînés

Cette lettre ouverte émane des générations précédentes et des luttes dans l’Éducation Nationale, c’est-à-dire des mouvements comme celui de 1990-91 qui, tout à coup, sont apparus comme sans commune mesure avec ce qui était en train de se passer. Écrit dans la perspective de se rencontrer et de se parler, d’agir en commun en vue de révolutionner le monde avec la jeune génération qui a mis le pays sens dessus-dessous, jusqu’à prendre d’assaut les commissariats (du jamais vu auparavant), ce texte exhorte le mouvement à préserver son autonomie et à rester loin de toute tutelle ou autorité.

Abstract
This letter was written by people active in previous generations and “educational movements” (namely those of 1990-’91), who retrospectively perceived these past movements as rather “moderate”. Written in order to meet with these youth turning the country upside down and assaulting Police Stations (something never seen before), this is an attempt to talk with one another and to act in common, in order to revolutionize the world, as the youth is exhorted to preserve their autonomy and to keep away from any authority other than themselves.

5. Le cri de désarroi d’un immigrant noir

Ce tract circulait au sein de l’espace occupé d’A.S.O.E.E., écrit en français et en grec. L’auteur parle à la première personne en dénonçant la condition faite en Grèce aux immigrants. Adressé à la communauté des « nationaux », il n’en appelle pas moins à la révolte. Son in-appartenance se dit par le « nom qu’il se donne à lui-même », à savoir « mavereau » (transcription de « mavros », « Noir », et notamment de l’interpellation « mavro ! »).

Abstract
This leaflet circulated in the occupied space of A.S.O.E.E. Its author speaks in the first person, denouncing his own condition in Greece as an immigrant. He directs his call to revolt to the community of “nationals”. His non-belonging is expressed by the very name he calls himself, “mavereau”, a transcription of the Greek word “mavros”, “Black”, as an interpellation (“mavro!”).

4. Këto ditë janë dhe të tonat… Ces jours-ci nous appartiennent à nous aussi

Vibrant et émouvant, ce tract émanant de la « deuxième génération » des immigrés albanais a bouleversé de nombreuses personnes. Il témoigne de la condition des « non nationaux », de ce que signifie en Grèce être étranger, immigré, réfugié, ou appartenir aux minorités (nationales, religieuses, culturelles, sexuelles).

Abstract
In this leaflet addressed by the “second generation” of Albanian immigrants, many people recognized the condition of “non-nationals” in Greece and the implications of being a stranger, an immigrant, a refugee, or the member of a national, religious, cultural, sexual minority…

Ce tract écrit par les filles en révolte – « différence » dans la révolte – circulait dans l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Economiques et Commerciales notamment. Nourri par des préoccupations « butlériennes » comme la communauté, l’appartenance, le deuil, la mélancolie, la rage, l’ambivalence, le pouvoir, la résistance, ce tract en appelle à « l’autodestruction créatrice » et à l’émancipation de la « domination masculine », lutte continue, politique et éthique. L’espace occupé de l’A.S.O.E.E. se prêtait sans doute mieux à l’accueil d’une expérience de ce « genre »…

Abstract
This leaflet written by “Girls in Revolt” circulated in the occupied Athens School of Economics. Rich with “Butlerian” preoccupations, such as community, belonging, grief, melancholy, rage, ambivalence, power, resistance, it called for “creative (self-) destruction” and emancipation from “masculine domination”, continuous struggle, political as well as ethical.

Un groupe de jeunes issu du mouvement qui sévit à Athènes depuis une dizaine de jours, munis de banderoles (« Eteignez vos télés, sortez tous dans la rue », « Liberté à nous tous », « Libération immédiate des toutes les personnes arrêtées »), s’est immiscé dans les locaux de la Chaîne Nationale, pour les investir et interrompre ainsi le journal télévisé où l’on voyait le Premier Ministre s’exprimer au Parlement. Ils ont laissé un tract aussi fin que le geste politique et performatif qui l’a lancé et a initié l’action.

Abstract
A group of youth armed with banners (“Stop your TVs, get out in the street”, “Freedom for us all”, “Immediate liberation of all people arrested”) entered the television studios of the Greek Public Channel and interrupted the TV news at the very moment when the Prime Minister was talking to the Parliament. They left a leaflet as subtle as the political and performative gesture that passed it and initiated the action.

1. Lettre ouverte des amis d’Alexis distribuée le 10 décembre 2008 à ses obsèques

Il s’agit d’une lettre ouverte écrite par les amis d’Alexis Grigoropoulos, à l’attention des adultes, qui a aussi été déposée sur sa tombe et été distribuée lors de ses obsèques, le 10 décembre 2008. Alexis, 15 ans, a été tué par la Police, assassiné dans le quartier d’Exarchia, le samedi 6 décembre au soir. Un meurtre « qui a mis le feu aux poudres » et déclenché la révolte. La Grèce et en particulier Athènes se mirent à brûler. Des centaines de personnes suivirent des obsèques sous haute tension.

Abstract
Open letter written by Alexis Grigoropoulos’ friends, addressed to the adult world. It was put on his grave and distributed on December 10th during his funeral. Alexis was murdered by the Police in the Exarchia quarter, the night of Saturday December 6th. This murder aroused revolt and riots. Greece started to burn and Athens was on fire.

Cet article présente une tentative, incertaine, de parler de la révolte de décembre en Grèce en général et sur la scène, tumultueuse, d’Athènes en particulier. Quelques considérations critiques, « cliniques » et politiques sur l’extrême-gauche sont suivies du désir de se déplacer vers les marges et les minorités. L’attention n’est pas moins portée aux « politiques de l’expérience » telles que le féminisme, qu’à diverses manifestations singulières du désir inconscient (Guattari).

Abstract
This is an uncertain attempt to talk about the revolt of December in Greece and within the Athens tumultuous scene in particular. There are a few critical, “clinical” and political considerations about Left-wing politics, along with a desire for displacement to the margins and minorities. We document the emergence of “politics of experience”, feminism in particular, as well as various manifestations of unconscious desire (Guattari).