Comme un ensemble

L’essaim donne une nouvelle image du peuple. Le lexique de l’« essaimage » n’a cependant pas une valeur homogène : il code en même temps les procédés du pouvoir et les pratiques qui lui résistent, dans une ambivalence tactique qui le brouille. Un collectif en essaim est nécessairement sans sujet : il ne dit pas « nous ». Mais le peuple en essaim est d’autant plus puissant qu’il n’affronte pas le pouvoir qu’il combat, qu’il demeure imperceptible. L’essaimage fait fluer le commun à travers la dispersion et dans la solitude même de ses membres.

The People in Swarm

Swarms provide a new image for the people. The swarm-vocabulary is not homogeneous: it encodes simultaneously machines of power and the practices which resist against them, in a tactical ambivalence which blurs all borders. A swarm-collective is without subject: it cannot say “we”. But the people in swarm is all the more potent when it does not confront power, but remains imperceptible. Swarms allow for the common to flow through dispersion and within the very solitude of its members.

Des Écoles de commerce aux associations, en passant par les institutions, la méthodologie de projet issue du management s’est imposée sans qu’elle soit réellement interrogée, même par les « militants ». En excluant ceux qui ne maîtrisent pas son jargon gestionnaire, elle participe d’une tentative d’imposition d’une « monoforme » : un dirigisme par le haut des projets censés émaner du bas jugule désirs et capacités d’autonomie. Les résistances et les alternatives sont toutefois nombreuses.

Subverting the « Project »: Alternative Modes of Being-in-many

From Business schools to collectives of volunteers, the projectmethodology inspired by managerial strategies has become an unquestioned norm of collective action, even among political activists. By excluding those who do not master its managerial jargon, this evolution tends to homogenize collective action, as top-down administrative practices tend to neutralize autonomous agency, in the very name of bottom-up practices. However, there are many forms of resistance and alternatives.

L’improvisation collective en musique, à travers toutes ses métamorphoses historiques, fournit des exemples privilégiés des processus sociaux et collaboratifs, des structures ouvertes et en réseau, que la philosophie politique peine à repérer dans le monde social. Des formations socio-musicales du type de celles de William Parker sont des multitudes en action, où l’on s’adonne depuis quelques lustres à un art de l’indépendance et de l’interdépendance, un art de faire et de vivre en commun qui maximalise les relations entre les participants et les présences qu’elles « soulèvent ».

Music Multiple of

Collective improvisation in music, throughout its historical metamorphoses, provides the best examples of the types of collaborative processes, open structures and networks which political philosophers look for in society at large. Socio-musical ensembles like those of William Parker are multitudes in action: for many years, they have been cultivating an art of independence and interdependence, an art of making and living in common which maximizes the relations between the participants they tend to “elate”.

(Blanchot, Duras, Foucault)Expérience de la disparition, la communauté est, selon Maurice Blanchot, «inavouable» : elle se dérobe à la possibilité même d’être définie. En prenant appui sur le roman de Marguerite Duras, La maladie de la mort, il considère que le couple formé par la narratrice et son amant homosexuel est emblématique de cette impossibilité. Cet exemple révèle qu’il n’est de communauté sans imaginaire et que la loi et son sujet sont coextensifs, non pas de ou dans la communauté, mais comme communauté.

The Shadow of the Law. (Blanchot, Duras, Foucault)

The notion of community is an experience of disappearance, which Maurice Blanchot calls “undisclosable”. It constantly shirks the process of being defined. Based on his interpretation of Marguerite Duras’ novel The Malady of Death, Maurice Blanchot considers that the couple made of the narrator and her homosexual lover exemplifies the impossibility to capture the meaning of community. This shows that there is no community without imaginary. The law and its subject are mutual extensions neither of a community nor in a community but as a community.