Mineure 42. Les Voix

Voix Politique et littérature

Une expérimentation collective Vouloir dire la voix par l’écriture, la phrase par la parole, cela reste une entreprise impossible, située au bord de la folie. | Comment empêcher le mal de progresser si l’un de ses symptômes est précisément l’aphonie de ceux qui auraient intérêt à le décrire ? | Il est illusoire de se […]

Soit une séquence autobiographique, dans un essai de l’artiste et militant new-yorkais David Wojnarowicz: cauchemar abstrait; escapade au désert; conduite à l’aveugle; meurtre d’étudiant blanc; sexe en bord de route. Quelle politisation de la voix s’y dessine-t-elle ? Quelle idée de la démocratie y est-elle impliquée ? Pour répondre à ces questions : quelques micro-lectures, et un peu de technique vocale. Thèse à l’horizon : une démocratie a besoin que les gens deviennent voix.

Being Vocal : resonances of David Wojnarowicz

David Wojnarowicz was a graphic artist and an AIDS activist. In his autobiographical essay In the Shadow of the American Dream, we find the following sequence: abstract nightmare, desert trip, blind driving, student murder, and outdoor sex. Does it tell something about becoming vocal, in a political sense? What does it suggest about democracy? Micro-readings, and a singer’s know-how, will help me to answer. As a guideline: democracy needs people to be vocal.

Dans une société du consentement, chacun devrait pouvoir exprimer sa voix. Mais tout enfant apprend à parler en faisant usage de la parole des autres. Dans quelle mesure ce que dit le nouveau venu n’est-il pas une pure reproduction de ce que disent ses aînés ? Si chacun a la voix de sa communauté, qu’est-ce que peut bien vouloir dire « liberté d’expression » ? J’aimerais montrer qu’une voix n’est pas quelque chose que l’on a, mais quelque chose que l’on fait entendre au cours d’un apprentissage. Le problème est politique : ma voix est liée à ma place dans une communauté.

To make hearding our voice

In a society of consent, each and everyone should express their own voice. However, a child learns how to speak using the words of the others. To which extent the newcomer isn’t just reproducing what his elders say ? If everyone speaks through their community’s voice, what does « freedom of speech » mean ? I want to demonstrate that a voice isn’t something that one has, it’s something that one acquires through education. This is a political problem : my voice is linked to my place in a community.

Maladresse des voix – 20 thèses militantes

Quelles sont les conditions d’émergence d’une voix ? La voix s’inscrit dans des systèmes réglés qui autorisent son repérage, et déplace tout à la fois ces systèmes pour faire surgir des nominations partiellement inédites. C’est vers une politique de l’attention aux voix – et vers la militance qui correspond à cette politique – qu’entendent pointer les réflexions proposées ici, sous la forme d’une vingtaine de thèses commentées.

Clumsiness of the voices

What are the prerequisites for a voice to emerge ? The voice is captured in systems of rules that enable ist recognition. But at the same time, the voice shifts these systems and partially introduces new nominations. This text aims to suggest a new politics of attention regarding voices and the corresponding militancy. All this is presented in twenty commented theses.

Déroutes – des voix

Je voudrais proposer une lecture de deux textes de Philippe Lacoue-Labarthe, L’ « Allégorie » (1967-1968) et Phrase (2000), pour y suivre une voie déroutante, celle de ce qui prend là le nom de littérature. Celle-ci s’élève comme une chant dans le soir, un écho lointain, à l’heure où le sujet déjà s’efface et laisse place à une phrase qui le traverse et le renverse. Portée par une « douce voix que nous savons n’être pas nôtre », la littérature emplit alors l’espace de notre disparition.

Deroutes –some voices

I propose a reading of two texts by Philippe Lacoue-Labarthe, L’ « Allégorie » (1967-1968) and Phrase (2000), to follow the confusing way that takes what is named here literature. It rises like a song in the evening, a distant echo, when the subject is already cleared and give way to a phrase that crosses and deposes him. Sustained by a « soft voice that we know to be not ours, » the literature fills the space of our disappearence.

La philosophie contemporaine multiplie les dispositifs de repérage, de notification, de mobilisation par lesquels les voix sont continuellement mises en (im)puissance sur un horizon politique. Avec Spinoza, Karkowski et Jupitter-Larsen, les traditions matérialistes montrent que d’autres phonalisations sont là – fragiles et innombrables ; pour autant qu’on ne transforme pas la physique du « bruit » et de ses grésillements en fond d’absurdité nihiliste duquel des voix seraient chargées d’émerger.

Chirping. Materialism of sound waves

Contemporary philosophy multiplies the devices of location, notification and mobilisation in order to listen to voices, grant them their own power and deprive them from it in the same time. Some materialist authors, like Spinoza, Karkowski, and Jupitter-Larsen, suggest that other « phonalisations » exist – fragile and innumerous. They can be listened, provided that philosophers don’t turn the physics of « noise » in a nihilist background of absurdity from which new voices should emerge.